‹ Le Moratorium Des Dépôts En Banque Et Des Comptes CourantsChapitre 49 sur 49 · LR MORATORIUM DES DÉPÔTS EN BANQUE · texte numérisé non relu

LR MORATORIUM DES DÉPÔTS EN BANQUE

C’est aux banques, c’est à la Bourse, en effet, qu ’incombera dans quelques mois le sofn de panser les blessures purement matérielles de la guerre et de faire renaître dans votre cher pays la prospérité, le travail et l’aisance. Laissons-les libres d’opérer à leur guise dans ce domaine et d’exercer par elles-mêmes leurs aspirations rénovatrices. Elles ps D la France de la ruine comme nos vaillantes armées l’ont sauvée du joug ennemi, et elles n’auront, pour cela faire, qu’à s’inspirer du mémorable exemple d’énergie qu’elles ont donné en 1870. N'oublions pas, en effet, les lignes si éloquentes de M. Anatole Leroy-Beauheu à ce propos; elles sont aujourd’hui encore d’une instructive actualité (1) : « Rappelons-nous les déjà lointaines années de notre convalescence après l’invasion, années douloureuses et douces à la fois, où se mêlait à la tristesse de la défaite et aux souffrances de la mutilation la joie de sentir la France revivre. D’où nous est venue notre première consolation, notre première revanche devant le monde? Glorieuse ou non, elle nous est venue de la Bourse. Le marché de Paris s’est retrouvé intact au milieu des ruines de la guerre et de la Commune, et, la paix à peine ratifiée et l’insurrection domptée, il s’est mis à travailler au relèvement de la France; car c’est bien au relèvement de la France que travaillaient, sous Thiers et sous Mac-Mahon, agents de change et courtiers. La Bourse a eu aux plus mauvais jours un mérite peu commun: elle a fait un acte de foi à la France. Alors que plus d’un politique sceptique et d’un penseur découragé se permettaient d’écrire sur les murs croulants de nos palais incendiés : Fins Galliæ, la Bourse a cru à la France et à sa fortune, et cette foi en la France elle l’a répandue autour d'elle, chez nous et au dehors. La spéculation a été patriote à sa manière; elle a montré en nous une confiance

(4) Revue des Deux-Mondes, 1893, page 95.

LA RÉFORME BANCAIRE PROCHAINE 239 que la prudence de plus d’un sage taxait de téméraire. Avons-nous déjà oublié nos grands emprunts de liquidation? Sans la Bourse, ces emprunts colossaux, dont le montant dépassait tout ce qu'avait rêvé l'imagination des financiers, n’auraient pas été souscrits, ou ils ne l’auraient été qu’à un taux notablement plus onéreux pour le pays. Sans la Bourse, nos rentes françaises n’eussent pas pris un essor aussi rapide; notre crédit, rétabli encore plus vite que nos armées, n’eût pas, dès le lendemain de la défaite, égalé le crédit de nos vainqueurs. À cet égard, tout ce que l’équité nous faisait dire naguère de la haute banque, il faudrait, pour être juste, le répéter de la Bourse. Pour qui à vécu à cette pâle aurore du relèvement de la France, cet entrain de la Bourse et des capitaux à nous offrir les milliards dont nous avions besoin dépassait les ardeurs et les audaces de la spéculation; mais, quand on n’y voudrait voir que le jeu et le pari de spéculateurs, la spéculation a joué sur le relèvement de la France; elle a bravement parié pour le vaincu. Ces financiers nationaux ou exotiqnes, qu’on accuse de s'être abattus sur elle comme des oiseaux de proie, ont apporté à la noble blessée leurs écus et leur crédit; et s’ils en ont eu leur récompense, est-ce à nous de le leur reprocher, à nous qu’ils ont aidés à refaire nos armées, notre flotte, nos arsenaux! Si la France a été si prompte à reprendre son rang dans le monde, le mérite en revient pour une bônne part à la Bourse. Et aux services de la guerre nous devons ajouter, si nous voulons être équitables, les services de la paix. Sans l’ampleur du marché de Paris et l’élan donné à nos ressources par la spéculation, que de choses eussent été impossibles à nos finances si témérairement surmenées. Nous n’aurions pu ni compléter notre réseau de chemins de fer, ni renouveler notre outillage national, ni nous créer au delà des mers un empire colonial qui refera de la France une des grandes puissances du globe. Quand on juge la Bourse, avant de la condamner au nom de la morale et des intérêts privés,

un patriote doit peser les services rendus à l’intérêt national; qu’on entasse sur un plateau de la balance tous ses défauts et ses méfaits, de pareils services leur font bien contrepoids ! »

#Ces paroles, si réconfortantes pour nous à l’heure actuelle, de M. Anatole Leroy-Beaulieu peuvent aussi bien s’appliquer aux banques qu’à la Bourse. Les services rendus par les premières ne sont pas moindres, et l’heure sonnera bientôt, nous l’espérons, où, comme en 1870, elles auront à cœur de contribuer à nouveau au relèvement de la France, grandie cette fois par la Victoire et par l’Honneur | |

Montpellier, le 18 juin 1915. Montpellier, le18 juin 1915. Vu, le Doyen de la Faculté, Vu, le Président de la Thèse, BREMOND. CHAUSSE.

Page 1