Le Mormonisme polygame
Celle réponse a paru dans V Avenir. Nous croyons ulile de la publier h pan. Plusieurs s’clonneronl peul-êlre de nous voir prendre au sérieux le mormonisme el penseront que la secte et sa doctrine caractéristique se ruineront assez d'elles-mcmes. Nous l’espérons comme eux. Mais en attendant prenons-y garde : tout enseignement immoral a de redoutables auxiliaires dans les penclianls de notre nature déchue. Sans doute la polygamie ne parviendra jamais à s’établir en fait dans la législation; mais comme doctrine elle ne s’infiltrerait pas impunément dans les masses. En tout cas sa propagation ne tournerait certainement pas au profil de la morale publique. La parole des im-
purs ronge aussi comme la gangrène. Quoi qu’il en soil, nous n’avons pas cru pouvoir nous taire en présence de pareils principes affichés avec une pareille audace ; nous nous sommes senti pressé pour notre part, et selon noire mesure, de venger la Bible de la complicité et de la solidarité odieuse qu’ose lui infliger me secte de perdition qui la tord pour sa propre condamnation.
Les Mormons et leurs Ennemis : Lausanne, 1 854, etc. Tel est le titre d’une brochure qui vient de paraître et à laquelle M. Stenhouse, qui s’intitule Président do leurs missions suisse et italienne, a cru pouvoir attacher son nom. L’auteur entreprend d’y répondre aux écrits antimormons et en particulier à celui que j’ai publié sous le litre ; L'Irvingisme et le Mormonisme jugés par la Parole de Dieu (Genève 1853); mais il évite avec soin d’y toucher au fond des choses. J’avais démontré, pièces on mains, que le mormonisme sape par la base les vérités fondamentales de la Révélation, et qu’b commencer par l’Expiation, il n’en laisse pas uno seule debout (pp. 79 — 92). L’auteur do la brochure mormone n’essaie pas même de répondre b cette grave accusation.
J’avais également démontré, par de nombreuses citations, que le Livre de Mormon, cette seconde Bible de la secte, n’est qu’une misérable compilation qui confond les économies divines, et fourmille do monstrueux anachronismes *, qui renverse tout le conseil de Dieu, qui al-
• Il se donne pour être d’auteurs bien antérieurs à notre ère, et il fait dire, par exemple, au Sauveur: Je suis l’Alpha et l’Oméga, etc., etc./
tère audacieusement les paroles du Seigneur, et ose placer sur ses lèvres des eipressions d’une trivialité révoltante ou de la plus affligeante impiété. Sur ces points comme sur les autres, l’autour do la brochure mormone garde un silence prudent.
M. de Gasparin, dans une série d’articles importants qu’ont publiés les Archives (1853), avait instruit en règle le procès de ce même livre et en avait fait pleine justice ; il avait montré que la main du compilateur s’y révèle partout à des signes irrécusables : absurdité du récit, — citations d’Esaïe et dos autres prophètes, faisant le plus étrange effet au milieu de cos tristes rapsodies, — caractère significatif des prophéties nouvelles relatives à Jésus-Christ, prophéties où toutes les circonstances, toutes les expressions, toutes les institutions sont reproduites à l’avance dans les propres termes de l’Ancien Testament, et comme il convient h un homme qui prophétise la venue du Sauveur dix-neuf siècles après celte venue,— abominable parodie de l’apparition du Christ, et répétition textuelle par lui du sermon sur la montagne, etc., etc. L’auteur de la brochure mormone, au lieu de discuter les arguments do fond que M. de Gasparin avait présentés et développés dans ses articles, ne lui répond que par d’insignifiantes remarques de détail.
Relevant le trait le plus saillant de la doctrine et des prétentions de la secte, j’avais dit (p. 85) : « Non content de falsifier la doctrine du baptême et celle de l’imposition des mains, le mormonisme les exploite à son profit, en s’arrogeant gratuitement le privilège exclusif de
les administrer l'un et l’autre. Tout baptême autre que le sien est devant Dieu nul et non avenu. Papisme bâtard, mais plus exclusif et plus audacieux encore que le vrai papisme, puisqu’il n'admet comme valide que son baptême à lui, le mormonisme revendique crûment, en faveur de ses douze apôtres et de leurs émissaires, le bénéfice d'une prétendue délégation divine et miraculeuse : e Nul homme au monde, dit-il, n’a droit h la rémission des péchés par le sang expiatoire du Sauveur, s'il n’a reçu los saintes ordonnances par l’intermédiaire des apôtres de Jésus-Christ, » c’est-à-dire, des douze apôtres mormons ou de leurs délégués. Prétention gigantesque au monopole du salut du monde entier par le moyen du baptême et de l’imposition des mains qu’il donne, tel est au fond le mormonisme. Voilà la position qu’il vient pren dre au sein de la chrétienté, sans y apporter, vous le voyez, trop de façon, sans se mettre en frais d’argumentations savamment élaborées. Notre salut, notre bonheur présent et éternel est a la merci de ses patriarches. Maintenant, qu’un homme soit un modèle de foi, de piété, do zèle, d'amour, de fidélité, d’humilité, que sa vie entière orne et recommande la sainte doctrine qu’il professe, à moins qu’il ne reçoive le Livre et les prétentions de la secte, et qu’il ne soit rebaptisé par un de ses émissaires, le voilà irrémissiblerncnt maudit, voué à l'éternelle perdition : c’est Snow qui VàïüwaiQ au Nom de Jésus^Chrisi! que dis-je? c’est Jésus-Christ lui-même qui le déclare!.. Il est de ces énormités qu'il suffit d'énoncer pour los avoir pleinement réfutées.
Enfin, j’avais mis en regard dans ma brochure les prétciuions exacJcment identiques du mormonisme et do l^irvingisme et j’avais dit : Voila devant nous douze apôtres américains et en voilà douze anglais; tandis que couici nous disent : Le Christ est-dans la Grande-Bretagne, ceux-là nous crient : Non, mais i! est en Amérique et dans le désert do Californie; tous viennent à nous avec les njômes sommations do croire, avec les mêmes promesses de bénédictions pour ceux qui les écouteront et les mêmes anathèmes pour ceux qui ne les recevront pas. J’avais mis le mormonisme, aussi bien que l’irvingisme, en demeure de s’expliquer en notre présence et de nous dire b qui nous devions entendre. Mais b nos paroles les plus solennelles, à nos interpellations les plus sérieuses, quelle réponse ?... Toujours le silence.
La brochure mormone est un perpétuel escamotage des points essentiels du débat qui s’est engagé entre le christianisme elle mormonisme Pauvre de fond, pauvre d’arguments solides, elle est en revanche fort riche d'injures. Elle accuse les adversaires du mormonisme d’avoir mal représenté les faits de son histoire, et leur prodi guo b cette occasion des qualifications odieuses, épuisant à leur adresse la nomenclature des épithètes les plus outrageantes. C’est d’un bout b l’autre le cri du dépit, de la haine et de la colère. Pour ma part, je ne m’en étonne aucunement : a chaque arbre son fruit. Je ne m’en plains pas non plus ; il est des injures qui honorent ceux qui en sont l’objet. Le reproche le plus saillant que l’auteur nous adresse, à moi et b mes frères, c’est, comme je viens
de lo dire, d'avoir alléré les fails du niormonisme; mais sur les poinis les plus essentiels de son histoire, nous reproduisons lexiuellomeni sa légende, puisée dans ses propres écrits, en l'accompagnant, selon noire droit, des réflexions qu’elle suggère. L auteur nous fail un crime d'avoir souvent emprunté nos citations h des auteurs décidéinenl hostilcsà Smith et à scs sectateurs ; apparemment aurions-nous dft nous en tenir a la version des prétendus saints dos derniers jours et au témoignage que les mormons sc rendent a eux-mômes, ou nous borner du moins à reproduire littéralement ce qu’ont écrit à leur sujet les auteurs qui leur sont le moins défavorables; mais nous citons les auteurs méthodistes américains et anglais qui ont écrit contre le mormonisme ! voila le principal grief de l’auteur de la brochure. La qualité do méthodistes dos écrivains en question peut être à scs yeux une raison suffisante pour rejeter leur témoignage; elle n’en est pas une aux nôtres; nous connaissons les mormons, et nous connaissons aussi leurs adversaires méthodistes ; et nous savons b qui sont dus notre respect et notre confiance. Los auteurs dont nous invoquons le témoignage ont vécu d’ailleurs plus près que nous des lieux où so sont passés les principaux faits du mormonisme, et plusieurs d’entre eux ont vu les mormons b l’œuvre; ils parlent, du reste, la meme langue qu'eux, et sont de toute manière b môme de les apprécier b tous les poinis de vue possibles. La boue que le mormonisme essaie do leur jeter b la face retombera constamment sur lui.
Mais les ai-je du moins cités avec une scrupuleuse
cxaclilode? (oav c’esl pour moi personiiellemont que j’ai à répondre ici). J’ai pu coinmollro on lo faisant quelque errour, mais tout à fait involontaire. Je nomme à mcsuro mes autorités, j’indique la page de leurs écrits où je prends mes citations, etc.; et je crois avoir le droit de pro tester énergiquement ici contre toute insinuation malveillante et perfide. Le mormonisme, je le sais, no m’en croira pas sur parole; mais je no tiens pas non plus à être cru par lui. La brochure qui vient de paraître donne (p. Vil) comme spécimen de mes altérations volontaires, la prétendue substitution que je fais du mol infamous à celui de fnmous, h la page 74 do mon écrit ; j'y faisais dire h mon auteur que la famille du fondateur de la secte ( lait particulièrement décriée (infamous) pour ses entreprises visionnaires, tandis que l’anglais dirait simplement qu’elle était fameuse (/‘amousj pour les dites entreprises. Je pense qu’au fond cel.i revient bien au môme; mais prenez l’écrit que je cilefJ/orHiomsm, bij the Rev. Ashleij, London, 1851), et vous y lirez à la page que j’indique (p. 9) le mol incriminé (tn/’amows). Je n’ai d'ailleurs aucune raison de révoquer en doute l’exactitude et surtout la bonne foi du Rév. Ashiev.
L’auteur m’adresse des reproches d’un outre genre. J’affiche dans mon écrit la prétention de distinguer, dans le Livre de Mormon, ce qui est bon anglais de ce qui ne l’est pas; mais en vérité je ne sais h quelle page de ma brochure i! a découvert celle prétention là.
Il m’intente une accusation beaucoup plus grave (pp. 169, 171) : j’approuve aussi, pour ma part, les persécu-
lions dont les Mormons onl été l’objet. — Je serais également curieux de savoir h quel endroit de ma brochure il lit Todiouse apologie qu'il m’attribue; serait-ce peut-être aux pages 67 et 68, où je dis ; « De nobles voix dans le pays protestèrent contre les traitements cruels dont les mormons avaient été l’objet, et plusieurs ministres du Seigneur appuyèrent fortement cos réclamations, ne voulant point, par leur silence, accepter la solidarité de ce» r/' Irailomenls odieux? »
L'auteur a beau faire, il ne donnera le change à personne. Quiconque étudiera le mormonisme ne pourra que s'associer au jugement que portail sur Smith et son œuvre un homme qui le connaissait bien. M. Haie, son beaupore, qui l’avait vu de près à son début, déclare exprossement, dans une pièce authentique et dûment légalisée*, qu’il n’a jamais su voir dans le séducteur de sa fille qu’une sorte d’aventurier, et dans son Livre de Mormon qu'une sotte imposture, fruit de l'ignorance, de l’orgueil et de la cupidité.
L'auteur de la brochure mormone, qui relève tant do choses dans mon écrit, n’a pourtant pas relevé celle la. Lu revanche, il me reproche d’avoir aussi, pour ma pari, accusé Smith d’immoralité grossière. Mais encore une fois, où trcuvc-l il celte accusation dans mon écrit? Le fait est que, sur ce point, je ne parle de Smith ni en bien, ni en mal. Je me tais. Au moment où je publiai ma brochure on l’accusait de toutes parts d’avoir ouvertement professé
* Voir L’Jrvingisme elle Mormonisme, pp. 61 çt 126.
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ia polygamie. Je me refusai d’abord à croire à celle accusation et no voulus pas raccuciüir dans ma brocliuro. Je m'y estimais d’aiilani plus obligé, que les mormons de Getiève criaient à la calomnie quand on accusait Smith d'avoir professé ot pratiqué une pareille doctrine. Mais il me fallut reconnaître enfin mon erreur. Un ministre do ma connaissance, qui avait suivi pendant quelque temps les mormons, et même exercé partni eux je tio sais quel office, me remit, sur la fin do 1853, un numéro de leur journal TAc Seer (Le Voyant. Janvier, 1853), où s’étalait, dans le langage !o plus révoltant ot sous la forme la plus impie, le dogme favori do la secte : la pluralité des femmes. C'était une prétendue révélation du Ciel accordée h Smith. Elle portait la date de 1 843 (juillet). Le chef des mormons à Genève pouvait il l'ignorer en 1853? Smith osait y faire parler en ces termes le Dieu do sainteté (je traduis littéralement) ;
« En vérité, ainsi dit le Seigneur à vous mon serviteur Joseph : Comme vous vous êtes enquis de moi poursavoir et comprendre en quoi, moi, le Seigneur, ai justifié mes serviteurs Abraham, Isaac et Jacob, et aussi Moïse, David ci Salomon mes serviteurs, louchant le principe et la doctrine de la pluralité de leurs femmes et concubines : Voici! Je suis Ig Seigneur ton Dieu, et je te répondrai louchant ce point ; C’est pourquoi prépare ton cœur è recevoir et à exécuter les instructions que je vais vous donner; car tous ceux qui ont celte loi a eux révélée doivent l’exécuter; car voici ! je vais vous révéler une nouvelle et éternelle alliance, et si vous ne demeurez pas dans cette alliance, alors vous êtes damnés, etc. •
C’est le début do la pièce. Un peu plus bas on y lit cos paroles abominables : « Abraham reçut des concubines et elles lui donnèrent des enfants, e^t cela lui fut compté pour justice (! ! !), parce qu’elles lui avaient été données,
et il demeura dans ma loi, etc. »
Smith reçoit ensuite celle promesse personnelle, odieuse parodie d’une parole du Sauveur : « Je bénirai (mon serviteur Joseph) et le multiplierai, et lui donnerai le centuple en ce monde, pères et mères, frères et sœurs, maisons et terres, femmes (!!!) et enfants, et des couronnes do vies éternelles dans les mondes éternels, etc.»
Coite pièce impie sc terminait par ces mots, que le blasphémateur osait également placer dans la bouche du Soigneur Jésus Christ : « En vérité, je vous dis, que jo vous eu révélerai davantage par la suite; que ceci vous suffise donc pour le présent. Voici, je suis l’Alpha et l’O méga. Amen ! >
La lecture de cette déplorable pièce, intitulée par antiphrase le mariage céleste, avait fait sur le ministre dont jo viens de parler une impression décisive, et il avait dit adieu au mormonisme. Moi-même jo ne pus la parcourir sans en avoir le cœur navré ; elle me remplit de dégoût et d’horreur; survenue à point pour légitimer les harems du mormonisme, elle mêlait à toutes les abominations do la secte le Nom du Dieu trois fois saint que l’Eglise adore, et révélait chez le malheureux Smith l’absence la plus complète de la crainte de Dieu et de tout sentiment religieux.
Le mormonisme a posé le masque. J’en bénis te Sei-
gneur. Salan est beaucoup moins à redouter quand il so montre ouvertement ce qu’il est — Salan. La pluralité des femmes est désormais un dogme pour la religion nouvelle, si tant est que le mormonisme soit une religion. Il la proclame, dans la brochure qui vient de paraître, avec une impudence et une verve qui vous glacent. Lisez plutôt (p. 120) ;
« Nous le savons : la polygamie n’est pas dons les mœurs de celto époque ; la civilisation européenne l’a reléguée dans la catégorie des crimes ; la sagesse humaine l’a emporté sur la sagesse divine. Dans celle partie do notre lâche, où nous allons heurter de front les idées reçues, accréditées par une longue pratique, et replacer la morale sur scs bases véritables, il nous importe de donner h nos paroles une portée claire et précise. »
Voilà, je pense, un début suffisamment cavalier.
L'ouleur poursuit : * Les principes de l’Eglise de Jésus Christ des saints des dorniers jours, seront accueillis un jour dans l’univers entier \ comme tels ils doivent être connus de tous. Ainsi, nous devons dire à tous que la po lygamie a élé non-seulement autorisée parDiou lui môme dans cette dernière dispensation, mais ordonnée aux membres de son Eglise, suivant qu’il l’a révélé h son prophclo Joseph. (Voir la révélation du 12 juillet 1843.) Voilà pour le principe. Mais l’Eglise a pour but do préparer le royaume de Jésus-Christ sur la terre. Les saints doivent se rassembler afin de constituer ce royaume, qui ne peut être gouverné que par les ordonnances du souverain. Le noyau de la grande nation sur laquelle Jésus viendra ré-
gncr se forme aujourd’hui dans le terriloire d’ütab (Haute- Californie, Etats-Unis d'Amérique).
« C’est donc là, et là seulement, que ce principe do l'Eglise peut et doit être mis en pratique, parce que là seulement la loi civile est d’accord avec la loi religieuse. Pour les citoyens mêmes d'’Utaîi, la pratique de la polygamie est restreinte aux limites de ce territoire, et leur e.st interdite s’ils voyagent dans les nations étrangères, sous peine d’être retranchés de l’Eglise. »
« La polygamie a été non-seulement autorisée de Dieu mais ordonnée aux membres de son Eglise, » dit la brochure, cl cependant les mormons qui ta pratiqueraient en terre étrangère seraient retranchés de leur Eglise ! Mais où serait donc le crime de faire ce que Dieu a si positivement prescrit?
« Il est donc bien entendu,» continue l’auteurdo la bro chiire (p. 121), « que nos explications sur la polygamie, lorsque nous sommes en mission parmi les nations do l'Europe, se rapportent à un principe applicable seulement dans la contrée dont nous avons parlé. Nous insistons sur CO point, afin que nos ennemis ne nous accusent pas d'enseigner à nos frères une pratique contraire aux lois de leur pays, qui doivent toujours être respectées. »
t Contraire aux lois de leur pays! » dites-vous. Ce n’est pas de cela qu’il s’agit entre vous et nous — et vous ne l'ignorez pas •— c’est de quelque chose bien autrement grave et dont vous prenez fort pou souci : la pluralité des femmes n’est pas seulement contraire aux lois des pays civilisés, elle est avant tout contraire aux lois de Dieu.
Après avoir pQsé le principe, il s’agit de l’établir. C’est dans la bouche d’une femme que l’auteur de la brochure a la délicate attention de placer l’apologie do la doctrine mormone, atin, sans doute, d’ajouter b l’odieux du fond celui do la forme, et qu’aiitsi rien ne manque au scandale. Une dame Pratl, de la cité du Grand Lac Salé, écrit en ces termes b une autre dame de je ne sais quel endroit du nord do l’Amérique (p. 125)
« Je vous dirai quelques-unes des raisons qui m’ont fait accepter et observer comme sacré ce point particulier de la doctrine do l'Eglise des saints, auquel vous, ma chère sœur, avec beaucoup do chrétiens, faites de si grandes objections : je veux parler de la plnralilé des femmes. » M*"* B. Pratl invoque d’abord, en faveur do la pluralité des femmes, l’exemple d’Abraham, cet homme fidèle en toutes choses, y compris ses relations avec sa servante, et sans doute aussi ses dissimulations (Gen. XIl, et XX)! Elle mentionne également l'exemple de .facob cl de scs douze fils, tous polygames avec l’approbalioti do Dieu ! car la polygamie n’est pas simplement une pratique qu’il a tolérée pour un temps; c’est, — enten-
dez-bien, — c’est une institution divine c'est une
organisation de famille! (p. 126). L’auteur ici n’oubiio qu’un point, c’est do nous montrer en quel endroit de la Genèse il trouve ce qu’il nomme la loi patriarcale de Dieu (p. 130), ce qu'il lui plaît d’appeler aussi l'organisation de la famille, et que nous nous estimerions pleinement autorisé b appeler d’un tout autre nom. L’auteur de la lettre ne se met pas en peine pour si peu.
Il continua sans sourciller : « La pluralité des femmes,» dit M'"® Praïf, « a ensuite été perpétxiée, sanctionnée et réglementée par la Loi de Moïse •* (p. 126). Comme il s’agit ici d’un point qui intéresse au plus haut degré l'ordre do la société, la paix des familles et le bonheur des individus, et que nous sommes naturellement en droit de nous attendre à le voir aussi longuement développé pour le moins, aussi minutieusement formulé que tant d’autres points de la Loi révélée qui sont loin d’avoir la même importance, nous demandons derechef h M'"® B. Pratt qu’elle veuille bien nous dire à quelle page du Pentaleuque Moïse sanctionne et réglemente ainsi la polygamie. Mais, encore une fois, c’est bien de cela que va prendre souci la théologienne d’TJlah !
Avec une désinvolture qui vous confond, de l’Ancien Testament elle saute au Nouveau. Soit; mais no perdons pas de vue que ce qu’il s’agit d’y trouver, c’est toujours ['organisation patriarcale du mariage polygame. C’est surtout ici que la nullité de l’argumentation n’est surpassée que par l’infamie du blasphème (p. 127) : « Jésus parle hautement d’Abraham et de sa famille. Il dit que beaucoup viendront de l'orient et de l'occident, du septentrion et du midi, qui seront à table dans le royaume des deux avec Abraham, Isaac et Jacob (Luc, XIII, 28, 29). Il dit encore : Si vous êtes enfants d^Abraham, vous FEREZ LES («LYRES d’AbRAHAM. >
Ces derniers mots sont imprimés en gros caractères !.. Oui, n’est-ce pas? si vous êtes les enfants d’Abraham, vous ferez les œuvres d’Abraham', toutes ses œuvres
sans mille exceplion! vous accepterez vos servantes des mains de vos femmes, si celles ci vous los offrent, et vous les recevrez dans voire couche ! et sans doute aussi vous tergiverserez, vous mentirez dans l’occasion, car Abraham a tergiversé, il a menti ! Et plus vous abonderez dans ces choses, plus vous serez les vrais enfants du patriarche !... Mais, répéterons-nous, si l’on n’est enfant d’Abrahain qu’à la condition d’être polygame, pourquoi donc le mormonisme interdit-il la polygamie hors de la Vallée du Lac Salé?
Triste exemple des folies humaines et dos aberrations auxquelles peut conduire la désertion de la Parole de Dieu et des notions les plus élémentaires de la conscience naturelle et du sens commun ! Le mormonisme nous présente de fait Abraham et Sara comme étant à tous égards des modèles de foi et de bonnes œuvres. L’Ecriture, au contraire, nous enseigne que les patriarches, les prophètes, los apôtres ne sont pour nous des modèles que dans ce qu’ils firent de conforme h la nature et à l’intenlion de Dieu, et que, s’ils sont sauvés c’est malgré leur polygamie et tous leurs autres péchés, et seulement en vertu du sacrifice de l’Agneau immolé dès la fondation du monde. Elle nous dit ; Bien aime', n'imite point le mal , mais le bien (3 Jean); et ce principe est applicable à la vie de l’homme môme le plus sanctifie. Voilà ce que sait, dans l’Eglise de Jésus, le disciple le plus humble de la Révélation , mais voilà ce qu’ignorent les docteurs du mormonisme. Pour eux, un fait devient un principe ; une simple tolérance, motivée par la dureté de notre cœur, devient un
commandement, une institution, que dis-je? une organisation divine !
Mais, en matière d’impiété, rien n’égaie les lignes suivantes (p. 128): a En résumé, je vois que les polygames étaient les amis de Dieu. »— En leur qualité de polygames, n’est-ce pas? blasphémateurs ! — Je vois « que la famille et la postérité d’un polygame étaient choisies pour être une bénédiction à toutes les nations; qu’un polygame est nommé dans le Nouveau Testament comme le père des chrétiens fidèles dans tous les siècles, et cité comme un modèle pour toutes les générations; que la femme d un polygame, qui engagea son mari à pratiquer la pluralité, qui lui a elle-même donné une seconde femme, est qualifiée femme vertueuse, honorable, le modèle des femmes chrétiennes, la mère de toutes les saintes femmes dans l’Eglise chrétienne, lesquelles doivent aspircr à être appelées ses filles. » — Sans doute encore en livrant comme elle leurs servantes à leurs maris !
« Sara,* dit l’auteur de la lettre,* a donné à Abraham une seconde femme. «Mais l’Ecriture nedil pas cela. Agar n’est pas la femme, tine seconde femme d’Abraham ; et si elle est donnée à Abraham pour /emwe, c’est-àdiro pour concubine (Gen. XVI), c’est, en effet, par Sara et non par le Seigneur qu’elle lui est ainsi donnée, ce qui n’est, certes, pas la même chose. Agar est et demeure, dans le chapitre de la Genèse, la sermntcde Sara, livrée par celle cijà Abraham qui la prend de ses mains pour lui obéir, croyant devoir réaliser dans la chair des promesses qui étaient faites à l'esprit. C’est comme servante de Sara, et pour cette
dernière, qu’Agar doit enfanter un fils h Abraham ; c’est comme seruantc qu’elle est ensuite expulsée de la maison du patriarche («Chasse cette seruanteel son fils» ch. XXI, 10), oui, comme servante et non comme seconde femme; car alors Abraham eût chassé l’une des femmes que Dieu lui avait données, pour plaire à l’autre; et en obéissant à Sara, il eût désobéi à Dieu.
Le bon sens et la Bible subissent d’égales tortures dans les productions du mormonisme. L’auteur ajoute : « Je vois que Jésus-Christ a déclaré que les fameux polygames se trouveront parmi les grands dans le royaume do Dieu; que ceux qui seront sauvés, dons tous les siècles, le seront parce qu’ils seront dovenns membres do cette grande famille de polygames ; que tous ceux qui n'y seront pas incorporés resteront étrangers à l’alliance do promesse, au royaume d’Israël, et ne seront pas héritiers de la promesse faite h Abraham. Je vois que tous les peuples de 1 est, de 1 ouest, du nord et du midi, qui entrent dans le royaume de Dieu, entrent dans la société des polygames, sous leur gouvernement, sous leurdirection patriarcale. Personne ne peut approcher des portes du ciel sans rencontrer les noms des douze polygames (les fils d'un seul homme par quatre femmes différentes) gravés on gloire éternelle sur les portes formées de perles. »
« Ma chère sœur, avec les Ecritures devant moi, je ne pourrais jamais rejeter la vision céleste, qui a restauré la plénitude de l’Evangile et a donné de nouveau des prophètes et des apôtres, par la seule raison que cette restauration remeten vigueur l’ancienne loi du mariage et de
l'organisation des familles, qui prépare la restauration de tout Israël.»
Voilà ce que le mormonisme ose maintenant livrer à l’impression ; telles sont les énormités qu’il ne craint plus d’exposer ouvertement h nos regards, dans toute la crudité, tout le cpisme de ce langage odieux dont lui seul a lo secret.
La théologienne du Lac Salé brouille à plaisir les dispensations. Elle n’a pas compris le premier mot du Nou veau Testament. L’humble et pieux disciple de Jésus, aspirant à la patrie d’en-haut où se trouve son trésor et par conséquent aussi son cœur, se transforme sous sa plume en un prince d’ici-bas auquel on assigne, pour récompense de ses vertus toutes humaines et toutes ju> daïques, une centaine de femmes, etc. (p. 133), conformément à la promesse du Seigneur (Matih. XIX et Marc, X) qu'on lit un peu plus haut (p. 132), mais à cette promesse indignement falsifiée. Si B. Pratt se fût purement et simplement prévalue ici de la prétendue révélation accordée au fondateur du mormonisme, nous nous serions borné à la plaindre de tout notre cœur; mais quand sciemment elle altère à ce point la Parole du Seigneur; quand, dans la première partie du passage qu’elle cite, elle lui fait dire : Il n’y a personne qui ait quitté, pour l'amour de moi et de l’Evangile, maison, ou frères, ou sœur,... ou femmes, etc, au pluriel, quand il dit femme au singulier, comme il dit père ou mère; et que de fait elle ose interpoler, dans lo seconde partie do ce même passage {qui n’en reçoive cent fois autanl,maisons, frères,
sœurs, etc.» Marc^ X), le mot femmes que Jésus y supprime à dessein, précisément parce qu’il ne veut pas autoriser la polygamie, alors nous ne trouvons plus d’expressions assez énergiques pour protester contre une pareille audace et pour flétrir une pareille impiété.
M“** B. Prait trace ensuite la peinture fantastique d’une nation organisée sous la loi â' Abraham el des patriarches : l’impureté, avec tous ses désordres, n'’osera plus approcher de cette nation bénie; la vertu y fleurira universellement sous l’influence du mariage polygame! - C’est tout simple : quand la convoitise aura tout ce qu’elle veut, elle se tiendra tranquille; quand le mal organisé aura pris le nom de bien, et le vice réglementé celui do vertu, naturellement il n’y aura plus ni mal ni vice.
Parlant ensuite de ce qui la concerne, M®' B. Pralt ajoute avec une rare effronterie (pages 133 el 134) :
« Ainsi, en bonne conscience, et, comme vous le voyez, en me basant sur la Parole do Dieu, j'ai formé des liens qui me sont chers el que je ne pourrais jamais me résoudre h rompre. J’ai un epoux bon et vertueux, et je l’aime; nous avons quatre petits enfants qui nous sont mutuellement chers. En outre, mon époux a sept autres femmes uioantes (c’est nous qui soulignons), et une qui est partie pour un monde meilleur. Il a, en tout, plus do vingt-cinq enfants. Toutes ces mères el cos enfants sont pour moi l’objet d’une vive tendresse; nous sommes liés ensemble par une mutuelle affection, par une longue connaissance et une association de chaque jour. Les mères, en particulier, sont liées par une communauté de peines,
de fatigues, de souffrances et d’égards de sœurs (sislerhj kindness). Nous avons toutes nos imperfections dans cette vie ; mais je sais que celles-ci sont des femmes bonnes et vertueuses, et que mon mari est un digne homme gui garde les commandements de Jésus-Christ, et qui préside sur sa famille comme Abraham. Il travaille pour nous toutes avec diligence, il nous aime toutes, et il cherche à nous rendre heureuses. Il nous enseigne les commandements de Dieu, et il nous réunit autour de lui, dans lecercle de famille, pour invoquer le Tout-Puissant malin et soir.
« Mon mari et sa famille ont la confiance, l’estime et l’amitié de tout le territoire et d’un vaste cercle de relations en Europe et en Amérique. Il enseigne avec succès la morale et la religion, et il occupe un siège honorable dans le Corps législatif d’Utahü... »
M. Pralt a donc actuellement huit femmes, nous dit M Bélinda Pratt; c’est un digne homme qui garde les commandements de Jésus -Christ, et qui enseigne avec succès la morale!!! Quo le lecteur nous pardonne d’avoir placé devant lui toute cette ordure! C’est un appel indirect mais très significatif aux penchants les plus ignobles do notre nature déchue ; c’est un habile moyen d’encourager et d'accélérer l’émigration mormone par l’appât d’un petit sérail : « La loi ne vous permet, chez vous, d’avoir qu’une seule femme ; venez h Utah, vous en aurez autant quo votre convoitise en désirera et que votre bourse en pourra nourrir ! i B. Pratt assure que la paix règne dans le harem qu’elle peint de si dégoû-
lanles couleurs, et que tout ce monde y vil ensemble dans une heureuse et touchante harmonie. Vos Sara et vos Agar, vos Anne et vos Peninna, font donc entre elles bon ménage; vos Abraham et vos Elkana ont un intérieur paisible et agréable, et vos maisons sont plus heureuses que ne l’étaient celles des patriarches; je vous en félicite; mais ici, je l’avoue, un doute s’élève dans mon esprit, et le dicton populaire me revient involontairement à la pensée : « A beau mentir qui vient de loin. > Puis, attendons. Déjh, s'il en faut croire certaines rumeurs, vos ménages californiens seraient loin d’être de si parfaits modèles de bonne harmonie et de mutuelle afleclion.
Telle est la lettre de M*"* B. Pratt. L’auteur de la brochure qui vient de paraître a probablement senti tout ce qu’a de pauvre l’argumentation que celte dame sert à sa correspondante américaine; aussi a-t-il hâte d’invoquer, a l’appui de la thèse mormone, l’autorité d’un nom considérable, celui de Milton, le célèbre poêle anglais, nous dit-il è la page 135. Mais que fait ici sa qbalilé de poète célèbre? Ÿoat être un poète éminent est-on nécessairement un théologien correct et un bon logicien? Millon n’est pas plus une autorité pour nous quand il enseigne la polygamie que lorsqu’il attaque le dogme fondamental de la Sainte-Trinité ; il écrit tout simplement alors, à son insu bien sûrement, sous l’inspiration du Serpent qu’il a chanté dans son immortel ouvrage.
Milton, dans le passage qu’on cite, s’il est fidèlement reproduit, pose donc la thèse que la Bible autorise la polygamie, et il cherche à le prouver par des exemples et
des déclaralions soit de l'Ancien, soit du Nouveau Testament. Ouvrons la Parole de Dieu. Nous y trouvons deux choses ; des lois et des faits.
I. Dieu institue le mariage dès la création. Il fait une femme pour wn /tomme (Genèse, II, 18, 21 24). Celaesi répété plusieurs fois dans tout le cours do la Bible : Dieu ne crée qu’une seule femme pour Adam, bien que la nécessité de peupler la terre eût semblé demander alors qu'il lui en donnât plusieurs.
La Loi de Dieu parle toujours de la femme d’un homme, jamais de ses femmes. Cotte Loi, qui prévoit tout, n’a pas une ordonnance pour fixer les rapports des femmes mariées à un seul homme, leurs roppoils avec leur unique mari et leurs rapports entre elles. Elle lègle tout, les fiançailles, le mariage, le divorce; elle ne dit pas un mol de la polygamie ! et cependant quelle circonstance do la vio du peuple juif eût plus impérieusement réclann' des prescriptions détaillées et précises? Ouvrez le Coran : tandis que Moïse dit partout ta femme, Mahomet dit partout vos femmes; avec <iuel soin il s'altaclie à régulariser ce point, qui, sitôt admis, devient nécessairement l’olijct d’ordonnances claires, positives, rigoureuses !
Au Deutéronome (chap. XVII, 17), la Loi condamne expressément la polygamie en la personne des rois. Je trouve au môme Livre une disposition qui contredit nonseulomenl l'autorisation do la polygamie, mais le fait luiniômc : le frère d'un Israélite mort doit épouser sa veuve pour susciter des enfants au défunt; mais si la polygamie avait été en usage alors, la Loi n’cftt-cdle pas prescrit au
frère d’épouser, non la femme, mais les femmes, ou (ont an moins telle ou telle femme du défunt?
Les Proverbes, ce livre qui s’occupe do tous les détails pratiques de la vio, no disent pas non plus un mot de la polygamie; cette expression : sa femme, ta femme, la femme y revient sans cesse ; jamais celle-ci : ses femmes, tes femmes, les femmes.
If est, dans la loi de Moïse, un texte, un seul texte qui semble, au premier abord, favorable à la polygamie, c’est Deut. XXI, 15. Mais ici la loi part d’un fait qu’elle accepte sans le justifier, pour régler le droit des enfants; c'est des enfants uniquement qu’elle se préoccupe; elle ne règle pas le fait qui lui sert de point de départ; c’est une triste, une odieuse réalité qu’elle ne peut ni ne veut sanctionner. Prétendre que ce lexle-lh sanctionne la polygamie, c’est exactement aussi juste que de prétendre que les lois qui déterminent les rapports de l'enfant illégitime avec son père ou sa mère, sanctionnent les relations criminelles de ce père et do celte mère.
De l’Ancien Testament passons au Nouveau. Le mariage avait dévié de l’institulion primitive; Jésus le ramène b sa condition normale, il le rétablit dans son unité et sa dignité premières (Maitli. XIX, 3-6) : Alors des pharisiens vinrent à lui pour l'éprouver, et ils lui dirent : Est-il permis à un homme de répudier sa femme pour quelque cause que ce soit ? Et U répondit et leur dit : N’avezvous point lu que Celui qui les a faits dis le commencement, ft UN homme et tNE femme, et qu’il dit : A cause de cela l'homme laissera son pire et sa mire, et se joindra à SA femme, et les deux ne seront qu’une seule chair!*
Jésus dit encore : Quiconque répudie sa femme et en
épouse une autre, commet un oflult'ere à son égard (Mallh.
X, il). Si la polygamie est permise, on ne devient pas adultéré en prenant une autre femme, on est tout simplement polygame.
Après Jésus, son opôlie, sûr el fidèlo in(erprèle de sa pensée, pose do nouveau en principe le mariage monogame (1 Cor. VII, 2) : Toutefois, pour éviter Timpureté, que CHACUN ail sa femme, et que chaque femme ait son mari. Et plus has, (v. 29 et 33) : Mais je vous dis ceci, mes //ères, que le temps est court, et ainsi que ceux qui ont hüt femme, soient comme s’ils n'en avaient point. Celui qui estmarié a soin des choses de ce monde, et comment il plaira à sa femme, et ainsi il est divisé. Le môme apôtre écrivait aux Corinthiens : N’avons-nous pas le droit de mener aveenousmr. soeur femmeÏ (i Cor. IX, 5.) Il écrivait de même aux Epliésicns (V, 33) : Que chae^ln de vous aime donc sa femme comme soi même, et que la femme révlrc son mari. El l’ensemble de l’instruction qu'il donnait à ces mômes Ephésiens sur le sujet du mariage, suppose également le mariage monogame: le mari, ditil, est le chef {grec, la tôle) do la femme; or une tête pas plusieurs corps; le mari, dit-il encore, est le type de Christ: or Christ n’est pas non plus la tête do plusieurs corps.
Milton croit trouver la polygamie dans I Tim. III, 2 el Tile I, 6 : que les évêques soient maris d’une seule femme ; ff ce commandement Ini-môme, dit-il, est une preuve suffisante que la polygamie n’était pas défendue aux autres, et qu'elle était alors pratiquée dans l’Eglise. s> Mais
Paul ici ne donne pas une loi pour l’avenir : il règle le présent. Co qui était fait n’aurait pu se défaire sans do graves inconvénienis; Paul le supporte, mais il ne l'approuve en aucune façon. Quel remède aurait-il [)u y apporter? Les chrétiens de cette génération-là eussent-ils pu répudier leurs deuxièmes et troisièmes femmes sans leur causer les plus grands torts, ainsi qu'à leurs enfanisl L’apôtre, en conséquence, accepte les faits accomplis; seulement il n’admet pas, pour la charge d’anciens dans les églises, des hommes qui se trouveraient avoir actuellement plus d’une femme. La vie de consécration complète au service de Dieu que l'éveque devait mener, et la considération particulière dont il avait besoin pour exercer utilement son ministère, exigeaient naturellement qu’il fût mari d’une seule femme.
C’est l’explication qu’on donne ordinairement de ces deux passages. Cependant elle suppose que la polygamie régnait géiicralemenl à colle époque, tandis qu’il est, au contraire, avéré qu’ello était fort rare; les lois romaines la punissaient de la peine d'infamie. Mais, en revanche, deux autres plaies morales minaiotit alors la société païenne : 1® l'inconduite des hommes, qui omeuaienl et gardaient dans la maison, avec une position quasi légale, des femmes qui n’étaient nullement épouses : c'éiail l'adultère officiellement assis au foyer domestique avec un nom à lui, peu déshonorant; 2“ le divorce, très générai, très-habituel, qui facilitait de secondes, de troisièmes, de quatrièmes noces , de sorte que le môme homme était actuellement, aux yeux du Soigneur, qui juge tout au point de vue de la loi parfaite, wiari de plusieurs femmes. Or,
c’est au ftiiiiou do collo société-lb que Timothée recrutait pour les Eglises dos membres et des anciens. Paul, en conséquence, exige de ces derniers, pour les admettre en charge, que, avant leur conversion, ils n’aient pas ou des cotic'.ibines à côté de leur femme légitime; surtout il entend qu’ils n’aient pas répudié leur première femme pour en épouser ensuite d’autres. El, comme nous l’avons déjà dit, la considération particulière dont l’ancien devait ôlre entouré pour s’acquitter avec bénédiction do la lèche qui lui était confiée, expliquait et justifiait suffisamment cotte prescription apostolique. Mari d’une seule femme, signifierait donc : « Non divorcé et remarié. » Il n’est pas hors do propos de faire remarquer ici que 1 Tim. III, 2, peut signifier:® que l’ancien n'ait eu qu’une femme, » comme 1 Tim. V, 9, signifie : « que la veuve n’oii eu qu’un mari, » c’esi h-dire qu’elle n’ait été mariée qu'une seule fois. Dans l’un et l’aulro cas, c’est exaclomcnl la même forme grammaticale et le meme nombre de mots dans l’original.
II. Des lois ot des proscriptions passons aux faits historiques. Millon dit (p. 143) : e La pratique des saints est le meilleur interprète de la Loi. « Principe faux, évidemment subversif de toute morale ! Non, mille fois non, la pratique des saints n’est pas le meilleur interprète do la Loi. Celte Loi sainte, oh! que de fois les saints euxmêmes l’ont mal traduite dans leur vie! Que de fois ils l’ont défigurée et travestie dans leur conduite ! Au lieu de juger les proscriptions divines d’après la vie des saints, c’est, au contraire, la vio des saints qu'il convient de jugerd’après les prescriptions divines. Passe encore si Mil-
ton voyait ici les faits historiques dans leur réalité! Mais où Dieu a simplement écrit tolérance, il lit, lui aussi, approbalion.' Il voit partout la polygamie dans Thistoiro biblique, et partout aussi la voit autorisée. Ouvrons donc celte histoire:
Caïn n a qu'une femme.
Lémec, un de ses descendants, est le premier qui en prenne deux. Lémec, ce digne fils de Caïn, Lémec, dont l’orgueil et l’indifTérenco au meurtre se révèlent par le discours impie qu’il lient h ses femmes, est le patriarche des polygames (Genèse, IV, 19 24).
Noé n’a qu’une femme. Ses trois fils n’ont chacun qu’une femme (Genèse, VIII, 13).
Loth n’a qu’une femme.
Abraham n’a épousé que Sara. Si la polygamie avait été permise, aurait-il hésité, lui, privé d’enfants, h épouser d’autres femmes? Comme on l’a déjà vu, quand il prend Agar, c’est des mains de Sara, et pour obéir à la parole de celle-ci, qui la lui donne parce qu’elle ne croit pas au pouvoir miraculeux do l’Elernel. L'incrédulité de Sara enfante l’adultère qu’elle fait commettre à son mari. Car il n’y a pas ici de mariage. Agar demeure la servante d’Abraham; c’est purement à litre de concubine qu'il la reçoit, et personne n’ignore tout ce que cette faute énorme entraîna d’amertume et d’ennuis pour le patriarche.
Abraham ne fait pas chercher ias femmes, mais nne femme pour son fils; et le pieux Isaac n’a pas d’autre compagne que Rebecca,
Esaù a plusieurs femmes ; mais Esaü est en dehors do l’alliance, et ses femmes font le désespoir do sa mère.
Isaac ordonne à Jacob d’aller prendre en Padan Âram une femme, el non des femmes; et si Jacob en a deux, la deuxième lui est imposée par la ruse de son beaupère, do Laban, a demi païen, car il a des dieux domestiques, de Laban, chez qui se sont émoussées toutes les traditions de sainteté. Mais Jacob non plus ne trouva pas le bonheur dans ces désordres, que l'Ecriture raconte sans les approuver; on sait assez quelles tortures de coaur on furent pour lui la conséquence.
Joseph n’a qu’une femme (Gonèse, XLVII, 20).
Moïse non plusn’ena qu’une, Séphora (Exod.II, 21); et c'est quand Jéthro la ramène à son mari, que, jaloux apparemment de la place qu’elle vient prendre auprès do leur frère dont jusqu’alors ils avaient été les confidents, el de l’influenco de Jéthro son beau-père, Aaron et Marie parlent pour la première fois contre la femme de Moïse (Nomb. XII, 1)‘.
L'époque des Juges et celle aussi des Rois nous offrent des exemples de polygamie (Juges, VIU, 30; 1 Samuel, I,etc.); mais, à tout prendre, les polygames y sont en petit nombre, comme on général dans tout l’Ancien Testament. Ce sont des hommes qui participaient, sur ce point, aux désordres des peuples païens qui les entouraient, leurs relations avec ces peuples ayant plus ou moins altéré chez eux la pureté des convictions el celle des mœurs. Et Dieu supportait en eux la polygamie corn-
« Aaron et Marie l’appellent Chmite (Hébr.). parce que Madian était dans le pays de Chus (Hab., 111, 7); il appartenwt à cette partie de l’Arabie qu’on nommait Éthiopie chuséenne.
me il siipporlail tant d’aulros choses ; comme il supporta chez David, par exemple, des ruses, des vengeances, une foule de péchés hideux, et que nous ne voyoti.s pourtant pas repris un par un dans sa vie; comme il nous sitpporio aussi nous-inémes en bien des points de noire conduite, qui nous semblent purs, et que nous verrons impurs quand nous les contemplerons à la clarté d’en-haul.
Après l'exil de Babylone, la monogamie, devenue générale, fut toujours mieux comprise dans sa portée et dans son sens moral, comme l’indique le livre apocryphe, l’Ecclésiastique (XXVI, 1).
e Mais les actes de polygamie ne sont, dans rEcrituro, l’objet d’aucun biémo ! »
Par la raison toute simple, et déjà mentionnée, que l’Esprit saint, dans les livres historiques surtout, se borne le plus souvent à raconter; ainsi, le crime des filles do Loth, ainsi I action infâme deThamar, nous sont rapportés sans un mol de condamnation. L’Esprit saint vent habituer notre conscience à se tenir éveillée, à faire ellemême le commentaire, h déduire la moralité qui découle des faits dont il reste simplement narrateur.
Milton découvre l'aulorisalion du mariage polygame dans celle parole de Nathan à David (2 Sam. XII, 8j : Je t'ai donné les femmes de Saüi en ton sein, etc. Mais qui donc oserait voir ici autre chose que le pur et simple énoncé d'un fait? Qui oserait faire du Dieu de sainteté, l'ordonnateur, l’instigateur d'un adultère effroyable? El si l’on ne recule pas d'horreur à une telle idée, allons plus avant. Au v. 11, nous retrouvons la môme expression exactement : a J'enlèverai tes femmes de devant tes
yeux; je les donnerai à un homme do la maison , et il dormira aoec tes femmes à la vue de ce soleil. » Si l'on oso dire que c’est Dieu qui a <ionne les femmes do Saiil à David, dans le sens précis, direct, el de la manière dont 11 donne quand II donne, c’esl-h-diro comme une bénédiction, et en inférer cette infamie, que Dieu, par conséquent, autorisait la polygamie chez David — polygamie expressément interdite aux rois, notoz-!e bien — il faut aller jusqu’au bout, on ne peut autrement — ci dire alors que l'Eierneî a donné à Absalom les femmes de son pere! Cola est épouvantable, n’cst-ce pas? mais cela est rigoureusement logique; l'un ne peut aller sans raulre. Oh, oui, sûrement, dans le sens de la toute puissance do Dion, dans co sons que rien n'arrive sans qu'il le veuille, dans le sens mystérieux où Dieu permet tous les crimes, il a cfonne les femmes de Saül à David, et les femmes de David à Absalom ; mais co sens est l’unique, et il n’autoriso pas plus la polygamie qu'il n'autorise les meurtres, les massacres, les pillages et toutes les abominations auxquelles sc sont livres les hommes, auxquelles ils n’ont pu so livrer que parce que Dieu leur donnait la permission cl leur laissait la liberté de le faire.
2 Samuel, XII, 8, ne sanctionne donc pas la polygamie ; mais comme, selon l’usage do ces temps- là, le roi qui succédait h un autre prenait possession de tout co qui avait appartenu à son prédécesseur, ce passage signifie tout simplement : - Je t’ai établi roi à la place de Sqül et je l'ai donné la propriété do tout ce qui lui appartenait.* Au surplus, nous ne lisons nulle part que David ait partagé la couche d’aucune des femmes de Saiil.
L’exemple de Joas (2 0hron. XXlV, 3) n'esl pas plus concluant. A supposer que ce prince ait reçu simullanémenl et non successivement les deux femmes que lui donna le grand sacrificateur, ce que le texte ne dit pourtant pas, toujours est-il qu’en cela Jehojadah aurait plutôt suivi son inspiration personnelle que le commandement de Dieu. Ici, comme ailleurs, l’Ancien Testament raconte, il n’approuve pas. C’est vous encore qui, toujours sous l’influence des mêmes préoccupations et toujours b l’aide des x mômes tours de force, supposez gratuitement que la Bible légitime ce que, selon son habitude, elle se borne à narrer.
On a quelquefois allégué, on faveur de la polygamie, le fait prophétique qui se lit Esaïe, IV, 1. Mais ce passage signifie t-il autre chose si ce n’est que, à l'époque annon- * cée par Esaïe {ch. Ilï), les hommes, moissonnés par la guerre, seraient réduits à un si petit nombre dans la Judée, qu’à peine en resterait-il un pour sept femmes? Attacher absolument h cette parole l’interprétation grossière que l’on sait, y voir en tout cas plus que la simple annonce d’un fait prophétique, et vouloir b toute force y trouver raïUorisalion positive du mariage polygame, n’est-co pas donner une bien pauvre idée do son intelligence ou de sa bonne foi ?
Si de l’Ancien Testament nous allons au Nouveau, nous y trouvons deux faits qui ne permettent pas de supposer que la polygamie existât au temps du Seigneur.
Le premier est la facilité avec laquelle les Juifs d’alors répudiaient leurs femmes pour eu épouser d’autres (Maith.
XIX, 1 ). Si la pülygamieavail été générale alors, — et elle
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l’aurait été si elle avait été autorisée, — les Juifs auraicnli!s tant tenu à la répudiation? Sans donner à leur première femme la lettre do divorce, ils n’avaient tout simplement qu’à on prendre une seconde, une troisième, autant que leur caprice en désirait, faisant à Jérusalem ce qui se fait fous les jours à Ulah. — Un second fait : Les Sadducécns viennent devant le Soigneur, et lui proposent le cas d’une femme qui avait successivement épousé sept frères, d'après la loi du léviral mentionnée plus haut; et ils lui demandent duquel elle sera la femme au siècle 'a venir. Si la polygamie eût été pleinement autorisée et qu'elle eût librement régné, n’auraicnl-ils pas plus naturellement présenté au Seigneur le cas d'un seul homme mari de sept femmesl Si le problème se posait en Orient, où règne la polygamie, il se poserait très-certainement en ces lermos-là
Résumons-nous : Au commencement Dieu institua le mariage monogame. La loi qu’il donna plus tard suppose partout un hoinrae mari d’une seule femme. Elle condamne expressément la polygamie en la personne des Rois. Le mariage avait dévié de sa pureté primitive; le mémo Dieu qui l'avait personnellement institué, lui rendit, personnellement aussi, son unité et sa dignité premières. — Née des rapports des enfants d'Israël avec les nations païennes d’alentour, la polygamie a toujours été la conséquence de l'infidélité. Les passages de l'Ancien Testament qu’on allègue en sa faveur ne l’autorisent en aucune façon. Dieu la supporte comme il supporte tant
> Voir le Journal d'un Voyage au Levant par l’auteur du Mariage aw point de vue chrétien, édit., t. li, p. 234 et suiv.
cl iiiitrcs choses cjuc sa loi condamne et réprouve *; mais de lit à iiiio autorisalion positive, et, cointno on ose Timprimor, à une organisation régulière, il y a un abîmo ! El si Dieu ne monifesie pas son déplaisir à cet égard en lennes exprès, il le fait cependant par les dispensations de sa Providence : les jalousies, les querelles et (ouïes les misères que la polygamie apporte avec elle au sein des familles sont, on 1 a dit, comme autant de signaux destinés à nous révéler l’écueil où plusieurs sont venus se briser, aOn d’ompôclier que nous n’y fassions naufrage à notre tour.
Le mormonisme, comme on a pu le remarquer, a pour rAncicn Tesiameul une prédilection marquée. Il le cite do préférence; et, se croyant h l'aise dans cette portion do la Bible, il a vraiment l’air do vous dire: « En tout cas, elle est bien à moi !» Il ne saurait tenir sur le terrain du Nouveau leslameni, car il n'y trouve rien do ce qu’i aime : ni l’clal politique qu’il a institué, ni le sacerdoce qu’il a revé, ni la polygamie, ni rinlervcntion du glaive dans les choses de Dieu, ni tout le reste. Le mormonisme est une tendance perpétuelle b retourner du Nouveau rcsiament b 1 Ancien. Encore s’il avait compris ce dernier ! Mais il l’a vu b travers ses idées et ses vœux, ses instincts secrets et ses passions, et il l’a mal vu. En ce qui regarde la polygamie, l’Ancien ïesiament, ainsi que nous venons de le voir, no franchit jamais la limite d’une simple tolérance. Prenez les passages que le mormonismo
‘ En meme temps il en gène l’exercice par diverses restrictions et prescriptions. Voir BosT, Dictionnaire de la Bible, art. Polygamie.
ciie lo plus volontiers, Deul. XXI, 15-17, etc., etc.; donnez-leur rinterprétalion la plus favorable à sa thèse impie; vous ne dépasserez jamais celte limile-ià. L’Ancien lestament accepte la polygamie, comme il accepte le divorce, à cause de la dureté de notre cœur (Matth. XIX). Mais Jésus paraît; une économie toute spiriiucllo est inaugurée; la tolérance cesse ; désormais plus de polygamie, plus de divorce, sinon pour cause d’adulière.
Il est temps de conclure :
La polygamie esl en opposition directe et flagrante avec la Parole de Dieu; jamais on ne réussira à faire dire aux passages que nous avons cités, notamment: Genèse, II, 18, 21 24 ; Matth. XIX, 3-6 et I Cor. Vil, 2, autre chose que ce qu’ils expriment en réalité pour (oui cœur humblement soumis à la Révélation et n’ayant pas intérêt à la falsifier en ce point. Ces passages, dont le premier, comme on l'a vu, institue le mariage, dont le second le ramène à son unité primitive, et le troisième le pose et le consacre, ainsi rétabli dans son état normal, comme loi fondamentale et axiome dans l'Eglise de Josus-ChrisI, ces trois passages forment entre eux un faisceau de preuves que tons les sophismes du monde ne parviendront jamais à briser.
La polygamie compromet la dignité souveraine do Dieu. Elle constitue un outrage envers le Saint d'Israël, et elle provoque ses jugements. Celte parole d'un prophète (Mal. 11, 14,15) atteint aussi lo polyganie : L'Elernel est inleroenu comme témoin, entre toi et la femme de ta jeunesse, contre laquelle lu agis perfidement ; eltoutefois elle est la compagne el la femme qui Ca été accordée.
Or il n'en a fait qu’un ; et néanmoins il y avait en lui abondance d'esprit. Mais pourquoi n’en a-t-il fait qu’un? C’est parce qu'il cherchait une postérité de Dieu. Gardezvous donc dans votre esprit; et, quant à la femme de ta jeunesse, prends garde qu'on n’agisse per^demenl avec elle.
La polygamie esl contraire b l'organisation morale do l’iiomme, dont le cœur ne saurait se partager entre plusieurs femmes ; il se donne nécessairement à l’une d’elles et néglige pins ou moins l’autre ou les autres.
La polygamie nuit au développement physique et moral de la nature humaine. Elle est une des principales causes de la dégénération dos peuples de l’Orient.
La polygamie accuse, chez l'homme qui s'en rend coupable, l’absence complète do toute vraie délicatesse de sentiment. Elle avilit et démoralise la femme qui n'est plus que rinstrument de ses passions.
Loin de faire le bonheur des époux, elle y met, au contraire, un invincible obstacle. C’est le témoignage de tous ceux qui ont le mieux observé l'Orient. La polyga mie n'est pas moins incompatible avec la paix et la prospérité des familles. Avec elle les rivalités, la discorde et le chagrin viennent s’asseoir au foyer domestique.
Elle nuit à l'éducation de la famille. Impossible, en eiïet, que les enfants de plusieurs mères soient également aimés et soignés par leur père; il y a nécessairement des prédilections; de là dus jalousies et des divisions entre les mères et entre leurs enfants.
Dieu ne peut être servi dans la maison du polygame; car. Dieu de sainteté, il déleste la souillure, et Dieu de
paix et d'amour, il n'agrée de culte que celui qui lui est ofîert dans la paix et dans l’amour.
La polygamie, enfin, est diamélralemeiU opposée h l’esprit entier do la nouvelle dispensation. L’économie du Nouveau Testament est ut»e écononiio toute spirituelle. Ses affections et ses jouissances sont de l’ordre le plus relevé. Elle eiigcndro et elle prépare une postérité de Dieu, non pour Ulali, mais pour le ciel. Elle tjous apprend à mortifier la chair avec ses convoitises, et nullement a la satisfaire. C’est dans les demeures d’En-Haut, et non dans la Californie, qu’elle place le paradis du chrétien. Voilà tout ce que méconnaît le mormonisme. Le caractère spirituel de la nouvelle alliance lui échappe entièrement. Faut-il s’en étonner? Lo mormonisme est façonné à la ressemblance de la divinité qu'il adore. Uno divinité matérielle et grossière formerait-elle des cœurs spirituels et élevés? Le psalmislo a dit au sujet des idoles : « Ceux qui les font et ceux qui les adorent leur seront faits semblables B (Ps. CXV). Elle Dieu des mormons est-il autre chose qu'une idole des gentils? « 11 possède une forme, dos dimensions, un corps comme un homme; il peut manger et boire comme un homme, et un liotnmo lui ressfiinblo dans la forme et les traits de son corps, et ne differo pas malérieliomenl de lui on grandeur*. »
Etrange phénomène ! C’est précisément la corporation religieuse qui s’intitule : « L'Eglise des Saints des derniers jours, P qui, de fait, arbore comme enseigne la pluralité
< Voir le traité mormon : The liingdom of God. Voir aussi Le Mormonisme, extrait de la Revue d' Edimbourg, Lausanne, 1855, pp. 56 et suiv., etc., 1855.
des femmes, démcnlani ainsi de la façon la plus éclalante, el confondatil ello-mûmc, par un admirable jugomenl de Dieu, ses absurdes prétenûons, au moment même où elle les formule! A ses yeux, ,polijgamie, par un inconcevablo aveuglement, est réquivalerit de pureté! A ceux de l’Eglise, au contraire, ce mot est sjiionynte de souillure ; |)Our elle, polygamie, ou adultère et fornication, c'est dans le fait tout un. Du mariage selon l Evangile au mariage selon Jüsepn Smith, il y a toute la distance qui sépare la sainteté de la corruption. La polygamie mormone n’esi autre chose que Tadulièro réglementé, que la fornication organisée, pour parler le langage de M™* Bel. Pralt. La société politico-religieuse qui a inscrit sur son drapeau : polygamie, c est-'a-dire liSFAMtE, a donc pris à tâche de se designer elle-même à la légitime réprobation, je ne dis pas seulement de tous les chrétiens, mais encore de tous les cœurs honnêtes et droits. Oh! veuille le Seigneur éclairer ceux de ses enfants qui peuvent se itouver encore au milieu d’elle, el les ramener bientôt de leur égarement!