SCENE PREMIERE
ANGÈLE, BETTY, Mulâtresses.
ANGÈLE, se réveillant, Betty! Betty, es-tu là?
BETTY
Me voici, madame...
Elle aide Angèle à descendre de son hamac. k^sGÈLK^ aux esclaves.
Eloignez-vous un moment, mes filles... (Les esclaves remontent la scène. Angèle continue à Betty.) Dis-moi,
Bclty, mon père et mon époux n'étaient-ils pas ià toutà-rheure?
BETTY
Que dites-vous? lord Sidriey ici ?
ÂNGELE.
Oui?
BETTT.
Hélas! madame, il n'y a ici personne que vos esclaves et moi... personne, pas même monsei...
ANGÈLE
Tais-toi î... Ce n'était donc qu'un songe?... Ah î que ne })uis-je rêver toujours ainsi î... Je revoyais mon père... Il arrivait de France... mon Jacques bien-aimé était avec lui, mes mains enlacées dans les siennes... Un tel rêve m'est envoyé du ciel... Oh! oui, j'en ai le pressentiment, notre bon curé du Macouba nous rapporte d'heureuses nouvelles deFrance...Ilauravumon père.
BETTT.
Et peut-être l'aura-t-il accompagné?
ANGÈLE
Le crois-tu? à celte idée, ma vie, déjà si belle, me semblepiusbeIleencore...(jMa?esc/aues.) Venez, venez. BETTY, allant à sa maîtresse.
Maîtresse!
AINGELE.
Qu'ya-t-il?
C'est maître Arrache-l'âme avec un étranger, je les aperçois.
ANGÈLE, avec gaieté.
Il a cédé à mon désir! il amène ce bizarre aventurier dont il m'a raconté la vie et les prétentions... Comme il est toujours bon et soigneux de mes plaisirs, mon Jacques bien-aimé ! Viens, Betty, il ne faut pas paraître ainsi devant cet étranger...
Elle sort) suivie de ses femmes, par le premier plan de la ga*
lerie.
TABLEAO V, SCÈNE 11. 71
SGXINZ: II.
CROUSTILLAG, MONMOUTH.
Crousiillac regarde autour de lui avec ébahissement.
MOIVMOUTH.
Allons donc, chevalier! que diable avez-vous à regarder ainsi autour de vous?
CROUSTILLÂC.
Que? ce que j'ai? Je suis enchanté, ébloui, ravi, stupéfait! Jamais je n'ai vu pareille magnificence, pas même chez le roi do Bohême.
MONMOUTH
Eh bien ! j'ai tenu ma promesse, j'espcre?
CROUSTILLAC
En îoyal et généreux rival.
Maintenant, je vais vous présenter à la Barbe-Bleue, venez.
CROUSTILLAC
Que? tout de suite.
MONMOUTH
Comment, c'est là votre bel empressement?
CROUSTILLAG.
Donnez-moi le temps derespirer, capedebious! Cette route à travers les roches escarpées m*a essouflé... (Se regardant, à part,) Mordions! je suis vêtu comme un mendiant, et me présenter ainsi devant la reine de mes pensées, par Cupidon ! c'est impossible... (Haut.) Ce justaucorps et ces chausses élaient hier presque neufs et à celte heure, vous voyez, mordions ! on dirait qu'ils sont âgés de six mois.
MONMOUTH
Ils ont l'air plus vénérable que cela, chevalier.
CROUSTILLAG.
Vénérable! c'est votre enragé de soleil qui en un jour a dévoré la couleur de ces habits... Et mon baudrier donc, voyez, ce soleil affamé en a mangé tout l'or, ca-
pedebious! Il n'en a laissé que le fil et le buffle. Eli donc ! mon brave chasseur, est-ce que je ne trouverais pas ici quelquesnippes pour me vêtir plus congruriient?
MONMOUTH
Vous croyez donc que la Barbe-BIcuc tient boutique de friperie?
Que! pensez-vous (juo je la soupçonne capable de cet ignoble trafic Î...Mais enfin, s*il restait, par hasard, dans le coin d'un vestiaire, quelques habits provenant... d'un des défunts maris de la Barbe-Bleue, de notre divine hôtesse?
MONMOUTH
Eh bien ?
CROUSTILLAC
Eh bien ! donc, quoiqu'il m'en coûte de m'affubler d'une défroque qui n'est pas la mienne, et qui peut surtout m'habiiler fort mal, je consentirais pourtant à m'en accommoder.
MONMOUTH, riant.
Ma foi, chevalier, votre idée est bonne... Dans les trois défunts maris (le la Barbe-Bleue, ily en avait justenient un à peu près de votre taille.
CROUSTU^LAC.
Celait un digne homme que ce défunt.
MONMOUTH
Et comme il se vêtissait toujours magnifiquement, vous aurez de quoi choisir...
Il frappe sur un timbre. Belfy parait.
CROUSTILLAC
Capedebious! brave boucanier, vous êtes le plus
aveugle et le plus généreux des rivaux...
Monmouth parle à l'oreille de Betty, qui revient bientôt, suivie d'esclaves perlant Tune une aiguière d'or, l'autre une cassolette à parfums, etc.
CROUSTILLAC, à part.
Je commence à avoir une terrible peur... Tant de
richesses, et enfermée... invisible... cette pauvre Barbe-