‹ Le Morvan; étude de géographie humaineChapitre 115 sur 232 · LES FORMES AGRICOLES · texte numérisé non relu

LES FORMES AGRICOLES

risait pour un an ou deux les moissons de seigle ou de sarrazin.

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Cet usage a cessé avec la diminution des terres oisives. Il est

Levainville. — Le Morvan.

lUi LES FORMES CULTURÀLES

encore très rarement employé à Saint-Prix, à Saulieu, à Quarré les-Tombes où persistenl les dernières landes. Leur mise en valeur fera tomber l'écobuage au rang des mauvais souvenirs, au rang des pratiques surannées, comme la pâture des forêts et le labour avec la charrue en bois.

Le chaulage a remplacé l'écobuage. Longtemps, la chaux a été le seul amendement employé. Dans le Bas-Morvan, une propriété bien chaulée (a5 à 3o hectolitres à l'hectare) conservait ses qualités productives pendant 8 ou 10 ans. Malheureusement, celte méthode a été appliquée partout et sans discernement. Dans les terres plus argib usesdu gneiss, à Quarré-les-Tombes, à Saiht-Léger-Vauban, elle adonné les meilleurs résultats; dans le même canton, sur les sols légers des bailleurs granitiques (les Lavauts) elle a été employée en \ain ; les landes ont persisté. Sur la Zone bordière et dans la partie septentrionale du Bas-Morvan, les laboureurs donnèrent la préférence assez vite aux phosphates de chaux qui se trouvent en abondance aux abords du massif ancien, dans la plaine d'Epoisses. Actuellement, les paysans prétendent que les terres ont reçu assez de calcaire. A Lu/y. à Quarré-les-Tombes, on essaye a\cc succès les engrais plus savants qui réussissent aux grandes exploitations de l'Ouest: les superphosphates, Iespoudrettes, les scories du Greusot. A lui seul, le canton de Quarré-les-Tombes en consomme de iooooo à 120000 kilos par an. Cependant, sur les terres exposées au Nord, les terres d'avers1, la chaux reste l'amendement le plus employé comme étant suseeplihlc de produire plus de chaleur. En -«'■lierai, le Morvandeau estime peu les sols exposés à TOuest ou battus par les vents rigoureux du Nord. Ils sont froids, humides, parsemés de joncs, de fougères et de mousses. Les coteaux réchauffés par le soleil du matin ou de midi sont autrement fertiles : avec moins d'engrais, ils produisent des recolles plus luxuriantes.

(^e que le laboureur préfère, ("est la bonne terre, la patoûelle, grasse à souhait, limoneuse, qu'on laboure deux fois l'an en forme de cintre, concave au centre, légèrement relevée sur les bords. On la trouve sur les bords du Morvan (la grande cintre, commune de Vandenesse) ou au centre des hautes cuvettes (les chaintres, commune d'Arleuf). Cen'esl que sur ces sols, fréquents dans le plat pa\s de Saulieu, que l'on peut utiliser une charrue à soc profond attelée de trois chevaux : deux au limon, un en pointe.

i. En quelques villages, le champ de l'avers, c'est le cimetière: de Chambure : if><>,

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Partout ailleurs, les labours sont faits parles bœufs à l'automne, pour toute l'année, en planches étroites et très relevées connues sous U> nom de luîtes. Ils obligent à l'emploi de trois et quatre paires de bœufs, difficiles à manier. Ce mot hâte, soit seul, soit accouplé à un nom de propriétaire, a fourni le vocable sous lequel on désigne plusieurs hameaux1. La direction des hâtes fixée une fois pour toutes ne permet pas un second labour très rapproché. Toutefois, la nouvelle charrue a permis d'incliner le sillon. Les raies ne suivent plus la ligne de plus grande pente, ce qui favorisait singulièrement l'action érosive des eaux d'orage, surtout sur une pente qui souvent n'a pas moins de 2 à 3 kilomètres de long2 (PL XV).

La différence des assolements en sol calcaire et en sol ancien est établie depuis longtemps. Les terres de l'élection (de Vézelay) du temps de Vauban3 se labourent deux années de suite et se reposent la troisième. « Celles du Morvan ne se labourent que de six à sept années l'une. Dans le temps de leur repos, il y croît des fougères et genêts où les bestiaux vont pâturer et, le temps révolu du labour, on y met le feu, on les laboure et on les sème. Les terres du bon pays sont affermées 20, 3o ou l\o sols l'arpent; celles du Morvan. moins que les plus mauvaises du bon pays. Les terres du bon pays produisent du froment, du méteil et de l'orge; celles du Morvan ne rapportent que du seigle, de l'avoine et du blé noir qu'on nomme sarrazin. » Du temps de Belgrand\ au Sud de l'Avallonnais, l'assolement était triennal sur les granités; sarrazin (graine de printemps), seigle (graine d'été), avoine (graine de printemps), L'ordre était presque toujours rompu par de grandes jachères couvertes de gencts élevés sous lesquels poussait une herbe fine qui servait de pâture au bétail. Autour de Saulieu, on livrait également le sol à la jachère quand il paraissait épuisé ". La jachère a été pendant longtemps le dernier mot de l'agronomie en Morvan. Aujourd'hui, elle a presque entièrement disparu de la culture. On ne la retrouve que là où les landes n'ont pas été complètement défrichées (Quarré-les-Tombes, Saint-Prix, Roussilloncn-Morvan), plutôt par la négligence des propriétaires que par l'impossibilité de transformer le sol. Le chaulage a fait adopter partout

r. V. M.itruchot: i34. p- 170 et de Ghambure : i.~>o, p. '|.">o.

a. Bel grand : 3, p. 33.

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