LE MORVAN VU DES MARGES
plus la plaine et qui n'est pas la montagne. On espère toujours arriver bientôt en montagne, on n'y entre jamais. Peut-être est-ce avec les avancées du plateau lorrain que, vu des marges, il oflre le plus de ressemblance. A l'Ouest, au Nord, à l'Est, c'est une déception pour qui s'attend à la grande montagne. Il faut cire dessus pour s'en apercevoir, et pour y arriver, la pente est insensible. Du Grand-Montarnu à Cercy-la-Tour, la différence des cotes n'est que de 2.3a mètres pour une dislance de 20 kilomètres, soit une inclinaison de 1,16 pour 100; du Haut Folin au pied de la Bulle de Vézelay. sur 55 kilomètres, le Morvan s'abaisse de 55o mètres, soit une pente de 1 pour 100. Au Nord, l'inclinaison est encore plus faible ; d Avallon à Chaslellux elle ne dépasse pas 1,1 pour 1001. Cette topographie de long plateau bossue domine dans l'Est, autour de Saulieu el de Liernais. Par contre, quand on l'aborde au Sud. c'est un tout autre aspect qui se présente. Pendant l\ kilomètres, à 1 Ouest de l'Arroux, la plaine d'Autun ne monte pas de 3o mètres. Le Bois du Roi (902 mètres) surplombe la combe de l'Arroux (270 mètres), distante de i4 kilomètres, de 627 mètres, soit une inclinaison de 4,5 pour 100. Du Sud, le Morvan apparaît comme une ligne de hauteurs d'où surgissent de distance en dislance des cimes importantes, comme celle du Beuvray. Celle ligne n'est pas interrompue ; les cols sont à assez haute altitude pour que les voies ferrées contournent le massif et ne se risquent pas à y pénétrer.
La seconde impression de cette excursion dans les marges est toute économique. Au milieu de la richesse des régions agricoles ou industrielles, entouré des prés d'embouche célèbres du Bazois, des moissons plantureuses de la Terre-Plaine, des pâtures verdoyantes de l'Auxois. des usines jadis prospères de la Cuvelle permienne, le Morvan. âpre et rude, couronné de sombres forcis presque sans cultures, sans vignobles, bien qu'il en soit environné, le Morvan est un mauvais pays. Peut-être le manque absolu du blé pendant de longs siècles et surtout l'absence des ceps ont-ils contribué à faire considérer les Morvandeaux par les gais compères de ses abords comme des gens taciturnes, sur la défensive, jaloux el mauvais coucheurs. C'est de la Bourgogne qu'est venu le proverbe :
Il ne vient du Morvand, Ni bonne cent, ni bon vent.