‹ Le moulin de Jemmapes. Vaudeville historique en un acteChapitre 6 sur 37 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

JOSÉPHINE, PIERRE, IVIADEIMOISELLE DE CIIEVREUSE ,

MADAME D'ESTAL\G, slite.

CHOEUH.

Air : Enlendez-vons du bal. ( Ltktnide. ) Quel plaisir! quel beau jour'.

Bientôt chaque barque légère, Sillonnant la rivière Va nous promener tour à tour.

JOSÉPHINE

Je ne pourrai vous accompagner aujourd'hui , mesdames.

TOUTES

Ah ! quel dommage I

JOSÉPHINE

Personne ne s'cst-il présenté ? ji

MADEMOISELLE d'eSTAING.

Le duc Maximilien, Madame, et il s'est relire bien de'solé, lorsqu'on lui annonça votre prétendue absence de la Malmaison ; il venait encore réclamer votre appui auprès de l'Empereur.

JOSÉPHINE

Pauvre duc .. Je sais que sa principauté de Lowenstein a disparu dans un traité de paix, dans une nécessité de limite... On lui doit un dédommagement.

mademoiselle d'estaing.

Il ne l'obtiendra pas , il a im ennemi à la cour, auprès de l'empereur; ii est né prince allemand: jamai"; Marie-Louise ne lui pardonnera d'avoir servi la France contre l'Autriche.

JOSÉPHINE

Ah ! si c'est là le ressentiment qu'elle a dans l'ànu' , je la plains.

mademoiselle d'estaing.

Le protéger !

JOSÉPHINE

Je le voudrais, car je sais qu'il t'aime et ce serait liàter votre bonheur... Je me suis iulcrdit pour toujours de parler à l'Empereur de ce qui touche aux intérêts politiques : une autre en a le droit... une autre !...

mademoiselle d'estaing.

Pardon, Madame, si, sans U- vouloir, j'ai pu éveiller en vous Je tristes souvenirs.

JOSÉPHINE

Devant vous , ai-ji' jamais cherché .'i contraindre mes sentiuiens ? Ma raison, je l'avoue, ne peut triompher de mon cœur... L'image de celui qui me lut si cher est toujours là... {Soupirant.) Est-il possible de ne pas aimer l'homme que tout le monde admire? mais

mon bonheur devait passer comme un songe... On me l'avait bien prédit.

MADEMOISELLE d'eSTAIJNG.

Quoi! la prophétie de la vieille négresse de Saint. -Pierre-la- Martinique ?

JOSÉPHINE

Malgré moi elle me revient souvent à l'esprit. J'avais quinze ans alors, j'accourais pour rejoindre mes jeunes compagnes près d'une habitation voisine ; je les trouvai toutes entourant une vieille esclave étrangère qui leur prédisait l'avenir... A mon approche, elle se leva fixa, sur moi des regards étonnés, et me dit en m'examinant avec une scrupuleuse attention : Joséphine, d'abord bien jeune.-, un mariage... ensuite veuve... une prison. . après le trône!... Alors l'amour, le bonheur... et puis des larmes... des larmes toujours!..

Air : d'Airstippe.

Elle m'a dit les honneurs, la puissance Pour toi viendront... Ds sont venus un jour. Bientôt après, j'ai régné sur la France Et j'ai connu le bonheur et l'amour. ( Bis. )

Ah î pour mon cœur ce tems eut bien des charmes ! Je me disais : Mon destin est rempli ; Mais j'araîs oublié les larmes , Maintenant tout est accompli.

( Joséphine reste quelque tems en méditation , tout le monde autour d'elle garde un silence respectueux. )

JOSÉPHINE

Mesdames , vous pouvez partir.

PIERRE, à part.

Ça veut dire : allez vous-en, je connais le langage des cours.

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