‹ Le mousseChapitre 1 sur 17 · VIIJ · texte numérisé non relu

VIIJ

les travaux mal compris dont vous chargez inutilement les ouvriers indigènes , dans votre belle manufacture de papiers. Vous avez entrepris, mon cher parrain, une tâche utopique ^ vous voulez semer l'industrie, avant que le temps en soit venu , dans une terre qui n'a pas été sarclée encore par le progressif génie de notre siècle. Il fallait attendre, croyezmoi , que ce pays fût moins fécond en hobereaux et en avoués. Jusque-là vos peines seront perdues, et j'ai peur d'ajouter que votre argent le sera aussi.

Et quel argent, bon Dieu! fut plus noblement gagné ? Vous êtes de ceux qui avez cherché la fortune comme conséquence de la gloire. Vous avez, alors que vous étiez Français (et je suis sûre que vous l'êtes encore), vous avez, disje, pris part à ces grandes choses qui se sont accomplies lom de nous et dont nous parlons trop peu. La pensée m'est venue de leur rendre un éclat perdu. Ce n'a été là qu'une fantaisie passagère du livre que vous allez lire , jnais du moins y a-t-elle eu place. Ce n'est pas vous qui me reprocherez d'avoir jeté la jnoindre

exagération dans les brefs détails cjui se rapportent à ces graves réticences de l'histoire contemporaine. Vous savez, mieux que personne , combien il y aurait à écrire de volumes, aussi incroyables que les Mille et une nuits ^ avec les merveilles très véritables que la marine dite marchande a opérées dans l'hémisphère austral. Quel oubli, dites-moi, a donc pesé , par privilège, sur tant de faits héroïques? Vous ne verrez pas un écolier qui ne sache les noms de Latourd'Auvergne et du chevalier d'Assas :

combien de gens savent le nojn de Sur-

couf ? Certes , l'Angleterre ne laisserait pas étouffer de tels souvenirs^ ils seraient avec soin répandus parmi son peuple de matelots, avec soin commentés, outrés peut-être. A peine, chez nous, si la vie de Duguay-Trouin ou de Jean-Bart se rencontre abîmée dans quelque volume

à cinquante centimes Vous vous eu

fâchez souvent, mon cher parrain, et je ne puis croire que vous ayez tort.

Il faut me dépécher de dire que tout en cherchant à vous amuser, je n'ai

pourtant point voulu Caire une marine.

Je me serais défiée de votre rigorisme; je sais trop la peine que vous avez eue à m'apprendre , quand nous étions ensemble au triste séjour de Fernando- Norogna , la différence d'un perroquet à un hunier, ou même celle de l'étrave à l'étambot. Je profite de cette occasion pour déclarer que je n'ai pas voulu davantage peindre une spécialité; si peu que j'aie navigué avec vous , mes voyages m'ont appris qu'il n'y a rien de poétique ni d'intéressant dans la vie d'un mousse, lorsqu'on se prend à l'expression gêné-

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raie de ce mol. Car un mousse, en ce sens, est un petit être grossier, battu, hargneux , préparé jeune aux durs travaux de la mer; c'est Grain~de-sel y c'est Cartahut, c'est bien rarement (Dieu merci ! ) Misère ( i ) ; mais ces types arides ne fourniront que des peintures détachées, originales, parfois curieuses; si vous en voulez fane un tableau complet , la figure principale disparaîtra dans la grandeur des accessoires.

(i) Trois mousses de mon ami Eugène Sue,

N'allez donc pas chercher ici le vrai mousse ^z/ bord; c'est une exception qui vous est offerte. Elle a pourtant sa ressemblance; elle existe quelque part, elle a peut-être des variétés nombreuses^ n'est-ce pas, après tout, d'exceptions que vil la littérature lorsqu'elle veut arriver au cœur ? L'important est de les choisir réelles , dans la minorité des êtres de même sorte, et de n'en point créer d'imaginaires.

On a vu et Fou verra encoi^e des mousses devenir amiraux : ces amiraux-

là sont les meilleurs; mais il a fallu que de tels enfans fussent à part dans leur monde , qu'il y eût une vaste divergence morale entre eux et leur entourage, dont l'avenir, comme l'ambition, se limite à une retraite de matelot de première classe, ou de maître calfat pour les prédestinés.

De cette doid^le déclaration , par moi faite, il résulte que vous serez forcé de refuser ce volume à ceux qui voudraient, sur son titre, baser d'avance une addilion possible à leur science du glossaire

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