SCENE VIII
JENNY
Je dois vous remercier, monsieur, de votre empressement...
M"ie Morand a placé une. chaise pour Vincent; quand il est
descendu, elle passe derrière et va également donner une f chaise à Jenny.
JENNY
C'est bien, Mme Morand, laissez-nous, laissez-nous.
Vincent, assis.
J'ai d'abord été surpris, je l'avoue, de votre désir... Je m'étais présenté plusieurs fois inutilement.
Monsieur...
VINCENT
Oh ! ce n'est pas un reproche, je sais qu'on ma fait, dans la colonie, une réputation qui vous a sans doute effrayée.
JENNY
J'aime à croire, monsieur, qu'elle n'est pas méritée.
VINCENT
Pardonnez-moi! Je suis un maître dur, un voisin peu endurant... rien de plus vrai... mais, l'expérience m'a prouvé que c'était le seul moyen de faire respecter ses goûts et ses droits... Quand je veux une chose, je la veux bien, on en a acquis la certitude, et, sachant que toute lutte avec moi serait inutile, on y renonce.
JENNY
Pour ma part, monsieur, je ne l'ai jamais cherchée, et sij'ai demandé à vous voir, ce n'est que dans l'espérance d'une transaction.
VINCENT
Que vous eussiez dû obtenir plus tôt, n'est-ce pas?...
54 ACTE lf
(Mouvement de Jenny.) Oh ! parlez franchement, vous devez me détester.
JENNY
J'ai pu seulement m'étonner, monsieur, de vous trouver seul inflexible, de vous voir refuser tous les arrangemens offerts pour éviter la vente de mes biens.
VINCENT
Vente qui doit avoir lieu demain.
JENNY
Et qui est ma ruine.
VINCENT
Je le sais ; oui... vous avez pu prendre cela pour de la haine... vous vous êtes trompée.
JENNY
Comment?
Vincent, s9 approchant.
Écoutez-moi... Lors de mon arrivée à la Guadeloupe, je vous vis plusieurs fois ; je vous trouvai charmante...
JENNY
Monsieur !..,
VINCENT
Je demandai à vous être présenté; votre mère refusa. Je sus même bientôt qu'elle partageait, comme vous, les préventions soulevées contre moi... Ce fut alors que je me décidai à acheter les créances souscrites par Mme Laroche, afin de me trouver maître de votre sort à toutes deux.
JENNY
Ah! monsieur, une telle vengeance...
Ce n'était point une vengeance... c'était un calcul, je désirais vous avoir dans ma dépendance, parce que je ne voulais plus être repoussé... parce que je