‹ Le mousse, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 51 sur 65 · SCENE VII · texte numérisé non relu

SCENE VII

Air de la Bonne Vieille. (Béranger.) Tout m'y parlait encor de sa présence, Meubles, portraits et travail commencé ; Tout m'y disait : oui, ce n'est qu'une absence, Et j'attendais, et le cœur oppressé, A chaque objet que rencontrait ma vue, Il me semblait, quand j'entrais là, Que cette voix, si chère et si connue, M'allait crier: Mon enfant, me voilà !

BERTHAUT

Pauvre fille !

JENNY

Eh bien ! aujourd'hui , en voyant les créanciers , les gens de justice, tous les apprêts de cette vente qui m'annonçaient ma ruine, je me dirigeai instinctivement vers la chambre de ma mère pour y chercher la consolation et le courage... la chambre était fermée, le sceau de la loi m'en interdissait l'entrée.

BERTUAUT.

Oh!

JENNY

Là, rien ne m'appartenait plus... et là, pourtant, étaient mes plus chers souvenirs , ceux qui faisaient une part de mon cœur !... Le livre dans lequel ma mère m'apprit à lire, la croix d'or qu'elle m'avait laissée en mourant, je n'ai rien pu sauver, M. Berthaut,rien ; pas même le portrait de mon père...

Julien, qui est entré par la porte de droite sur le commencement de ce récit, se trouve près d'elle au moment où elle prononce ces derniers mots, et il lui présente un médaillon.

JULIEN

Pardon, le voilà, Mlle Jenny.

jenny, avec un cri de joie.

Que dis-tu?... son portrait !... (Elle le baise.) Et c'est toi?...

7i ACTE IL

JULIEN

C'est moi qui vous le rapporte.

JENNY

Mais, comment... comment est-il entre tes mains?...

JULIEN

Mon Dieu, je flânais là-bas, tout en déjeunant comme vous me l'aviez permis ; j'allais voir où ils en étaient de leur pillage, quand tout-à-coup j'aperçois ce médaillon dans les mains d'un grand braillard de revendeur... Cristi! ça m'a serré le cœur de voir ça dans les mains d'un marchand de bric-à-brac, une chose qui n'est qu'à vous... qui ne doit, qui ne peut être qu'à vous... C'est pas de la marchandise, que je lui ai dit... c'est une pensée, ça, c'est un souvenir... parce qu'une fille... une enfant... vous comprenez bien, mon brave homme, que lorsqu'on a d'ça?... mais il est bête, cet homme... il ne comprenait pas... alors, je lui ai donné l'argent de ma masse, que j'avais pas encore eu le temps de dépenser à terre... ça lui a ouvert l'intelligence, et il m'a rendu le portrait... Voilà toute l'histoire.

JENNY

Ah ! tu ne pouvais me faire un don plus cher et plus précieux!...

Elle baise le portrait. Musique.

BERTHAUT

Pauvre Jenny !

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