SCENE XV
LES MÊMES, PARISIEN, L'ESTURGEON, les Matelots. Ils entrent tumultueusement se groupant au fond, et ouvrent les rideaux du pagne. Il pleut.
54 ACTK I,
l'esturgeon.
Cré coquin ! env'là un ouragan des tropiques, comme dit le père Lagarcette.
BERTHAUT
En eflfet, on ne peut prendre la mer.
PARISIE1V.
Je crois bien : l'Amphitrite , qui allait appareiller, n*a pas osé lever les ancres.
VINCENT
Vous voyez !...
JULIEN, à Vincent.
L'orage s'apaisera bientôt et l'on pourra alors se rendre à la Dominique.
VINCENT, à demi-voîx.
Sans doute, mais l'orage apaisé, l'Amphitrite mettra à la voile... et l'acte de naissance arrivera trop tard. JENNY, qui a entendu.
Dieu !
JULIEN
Est-ce possible?... ainsi, M"e Jenny ne pourrait suivre M. Henry... elle resterait ici seule et comme prisonnière!... Ça ne sera pas, M. Vincent!,., ça ne sera pas... {Aux Matelots.) Voyons, les amis, qu'est-ce qui veut s'embarquer avec moi pour la Dominique ?
PARISIEN
A c't'heure?... pour servir de friture aux requins? Merci !
Tu refuses ?
Un peu.
PARISIEN
JULIEN
Et vous autres?... {Les Matelots secouent la tête.) Quoi ! il n'y a pas, parmi vous, deux bons enfans ! pas un!
SCEXK XV. 55
VIXCENT.
Il faudrait élre fou !
JULIEN
Eh bien ! j'irai tout seul, moi !
TODS.
Toi!
4ULIEX.
Oui, et j'apporterai les papiers...
Orage violent.
JENNY
Julien... vous resterez... Écoutez la tempête!
JULIEN, ôlant sa veste .
La barque est bonne et j'ai de bons bras. BERTHAUT, qui a remonté vers les Matelots, ramenant Julien sur le devant dîi tfUâtre.
Mais ce vent terrible...
JULIEiN.
Plus il est fort, plus j'irai vite.
TOUS
Tu n'iras pas.
JULIEN
Laissez-moi !
JENNY
Julien... par la mémoire de votre mère...
JULIEN, s'arrêtant.
Ma mère... Oh! merci, M"e Jenny; voilà un mot qui me rassure encore plus ! vous l'avez secourue autrefois, à mon tour de vous servir!...
Il s'échappe, sort par le foad et s'élance dans le canot.
TOUS
Julien !
JENNY ^ lorsque le canot arrive au milieu du théâtre.
Julien!...
56 ACÏt II,
JULIEN
Ma mère me voit, M''» Jenny...
(La barque continue etdisparaîl; Julien chante: )
Malgré les flots, malgré l'orage,
Malgré les vents, malgré la nuit...
(Ici on entend tomber la foudre ; tout le monde pousse un cri d'effroi. Jenny tombe à genoux, M««« Morand et Ber- Ihaut sont près d'elle ; les Matelots se précipitent vers le parapet. Après un court moment de silence, on entend au loin la voix de Julien qui achève l'air : )
Espoir! espoir! brave équipage !
C'est toujours Dieu qui nous conduit î FIN DO PREMIER ACTE.
Un salon de la maison de M'ie Laroche; porte au fond, fenêtres de chaque côté avec des stores, portes à droite et à gauche;au Snielplan, une petite porte à gauche; au 3"'» plan, banne en dehors, vue sur le quai ;une table, chaises.