‹ Le mousseChapitre 33 sur 58 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

L'ESTURGEON, L'ESGARBOT, PARISIEN, BALAN- DIER , M«>« MORAND, entrant 'par le fond, venant de la droite.

M^e MORAND.

Ah ! je ne puis supporter plus longtemps ce spectacle.

BALÂNDiERj il tient son parapluie ouvert. Ni moi.

M^e MORAND, s'asseyant.

Voir passer ainsi en d'autres mains tout ce qui appartenait à ma jeune maîtresse... ça me fait un mal !...

BALANDIER

Et moi aussi, ça m'irrite, ça m'agace les nerfs.

M™c MORAND.

Ah! c'est que vous avez un bon cœur, monsieur; vous plaignez M»e Laroche.

BALANDIER

Je plains, je plains les créanciers, madame...

Il heurte Parisien de son parapluie.

PARISIEN

Dites donc, bourgeois, si vous carguiez vot' cacatois. . . Il sort avec l'Esturgeon.

BALANDIER

Mon caca... quoi... (Com2}renan^) Ah ! je comprends, c'est juste. Je suis tellement exaspéré, j'oublie toujours de fermer mon parapluie... Comment voulez-vous que M"e Laroche nous paye intégralement? Tout est vendu pour rien. Dès que M. Vincent a offert un prix, ça ne monte plus, personne ne surenchérit.

Parce qu'on craint de lui déplaire ; c'est un particulier peu commode et qui a la main malheureuse; il n'a jamais manqué son homme.

SCENK II. 59

BALANDIER

Qu'est-ce que ça me fait? je ne le crains pasj je me moque des spadassins, moi, monsieur.

l'escarbot.

Tiens !

BALANDIER

Premièrement, j'ai eu pour maître d'escrime un élève de Saint-Georges ; deuxièmement, je ne me bals jamais. Aussi, tout-à-l'heure, je l'ai poussé à bout, ce spadassin de Vincent. Il montait, je montais, 800 fr... 900 fr. !... 12, i5. Il tient bon, je ne cède pas. Enfin, j'offre 2000 fr. ; il s'arrête, me regarde en riant, et me laisse adjudicataire du lot disputé.

l'escarbot.

C'était un beau lot, 2000 fr.

BALANDIER

Cinq cochons, vingt-trois poules et un âne.

l'escarbot.

Ah! ah! ah!

BALANDIER

Il n'y a rien de risible là-dedans, M. le douanier., quand je pense que l'on n'a pas encore couvert la moitié des créances et qu'il ne reste plus à vendre que les nègres... et je n'en veux pas !

M™c MORAND.

Pauvre M"« Jenny! on ne lui laissera pas même un serviteur !

Quoi ! vous aussi, madame, vous serez vendue?

M'ne MORAND, se leVaUt.

Par exemple !.., Est-ce que j'ai l'air d'une femme de couleur? Je suis blanche, monsieur.

BALANDIER, éioiiné .

Ah! alors, je n'y conçois plu*' * .i. Tout-à-l'heure,

je vois une charmante personne, dix-sept à dix-huit ans, un teint de lis, une taille de guêpe, des yeux de velours; je me lève et je lui offre mon siège avec empressement, tout le monde se met à rire. — Si vous n'étiez pas étranger, me dit un monsieur en paletot blanc et en chapeau de paille, voilà une action qui vous déshonorerait dans le pays.

M»ne MORAND,

Sans doute.

BALANDIER

Comment! parce que je me conduis en galant chevalier avec les femmes?...

M™e MORAND.

Avec les blanches, rien de mieux; mais c'était une femme de couleur.

l'escahbot.

Certainement, nous avons une foule de gens dans la colonie aussi blancs que vous et moi, et qui n'en sont pas moins esclaves, parce que leurs bisaïeules étaient négresses.

M"c MORAND.

Oui, monsieur, ce qui fait les noirs, ce n'est pas la couleur, c'est l'origine.

BALANDIER

Ah! très-bien; voilà pourquoi cette jeune fille est une femme de couleur, tandis que M™« Morand est une femme blanche.

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