‹ Le mousseChapitre 44 sur 58 · BERTHAUT, JENNY · texte numérisé non relu

BERTHAUT, JENNY

BERTIIAL'T.

Enfin, chère enfant, vous allez être libre, heureuse.

JENKY.

Heureuse... oh ! oui, n'est-ce pas? Henry est un noble cœur !

BERTHAUT

Sans doute; et vous pouvezlui confier votre avenir... Seulement, quand vous serez loin d'ici , n'oubliez pas trop vos amis...

JENNY

Vous oublier... est-ce que cela est possible? Hélas! votre amitié n'est-elle pas tout ce qui me reste ici ?

BERTHAUT

n n'est que trop vrai !

JENNY

Ils m'ont tout enlevé, M. Berthaut j jusqu'aux objets les plus chers et les plus sacrés !

Comment?

JENNY

Vous savez que j'avais conservé la chambre de ma mère , comme un religieux souvenir. En y retrouvant chaque objet à sa place accoutumée, jeme faisais par instans une sorte d'illusion, je n'étais pas complètement orpheline.

SCKNE VII. 75

Air de la Bonne Vieille. (Béranger.) Tout m'y parlait encor de sa présence, Meubles, portraits et travail commencé ; Tout m'y disait : oui, ce n'est qu'une absence. El j'attendais, et le cœur oppressé, A chaque objet que rencontrait ma vue, II me semblait, quand j'entrais là, Que celte voix, si cbère et si connue, M'allait crier: Mon enfant, me voilà !

BEBIHAUT.

Pauvre fille !

JENNY

Eh bien! aujourd'hui, en voyant les créanciers , les gens de justice, tous les apprêts de cette vente qui m'annonçaient ma ruine, je me dirigeai instinctivement vers la chambre de ma mère pour y chercher la consolation et le courage... la chambre était fermée, le sceau de la loi m'en interdissait l'entrée.

BERTHAUT

Oh!

JENNY

Là, rien ne m'appartenait plus... et là, pourtant, étaient mes plus chers souvenirs , ceux qui faisaient une part de mon cœur !... Le livre dans lequel ma mère m'apprit à lire, la croix d'or qu'elle m'avait laissée en mourant, je n'ai rien pu sauver, M. Berthaut,rien; pas même le portrait de mon père...

Julien, qui est entré par la porte de droite sur le commencement de ce récit, se trouve près d'elle au moment où elle prononce ces derniers mots, cl il lui présente un médaillon.

JULIEN

Pardon, le voilà, M^ie Jenny.

JENNY, avec un cri de joie.

Que dis-tu?... son portrait!... {Elle le baise.) Et c'est toi?...

JULIEN

C'est moi qui vous le rapporte.

4E1NNY.

Mais, comment... comment est-il entre tes mains?...

JULIEN

Mon Dieu, je flânais là-bas, tout en déjeunant comme vous me l'aviez permis ; j'allais voir où ils en étaient de leur pillage, quand tout-à-coup j'aperçois ce médaillon dans les mains d'un grand braillard de revendeur... Cristi ! ça m'a serré le cœur de voir ça dans les mains d'un marchand de bric-à-brac, une chose qui n'est qu'à vous... qui ne doit, qui ne peut être qu'à vous... C'est pas de la marchandise, que je lui ai dit... c'est une pensée, ça, c'est un souvenir... parce qu'une tille... une enfant... vous comprenez bien, mon brave homme, que lorsqu'on a d'ça?... mais il est bête, cet homme... il ne comprenait pas... alors, je lui ai donné l'argent de ma masse, que j'avais pas encore eu le temps de dépenser à terre... ça lui a ouvert l'intelligence, et il m'a rendu le portrait... Voilà toute l'histoire.

JENNY

Ah ! tu ne pouvais me faire un don plus cher et plus

précieux!...

Elle baise le portrait. Musique.

BERTHAUT

Pauvre Jenny !

SGENE VXIX.

Mtne MORAND, JENNY, BERTHAUT, JULIEN.

BERTHAUT

Tout est fini, là-bas.

JENMT.

Enfin!

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