‹ Le mouvement de concentration dans les banques allemandesChapitre 22 sur 54 · I. — Le développement propre de la Discontogesellscliaft · texte numérisé non relu

I. — Le développement propre de la Discontogesellscliaft

La Discontogesellscliaft fut fondée en 1831 à Berlin par le grand financier David llansemann, ancien ministre des finances de Prusse ; il aurait voulu créer en Allemagne, à l'exemple du Crédit mutuel (\q Bruxelles (1848), une Société du crédit mutuel à capital variable, limitant le risque au montant souscrit par chaque membre qui verserait 10 0/0 et auquel il serait ouvert un crédit d'escompte pour le montant de ce capital souscrit.

Mais le gouvernement prussien opposa mille difficultés, et la Société dut se constituer sous forme de Société en commandite avec gérant responsable et des associés à mise variable. Le but de la Société est nettement délimité : escomptes, avances, dépots produisant un intérêt (art. 19-21 des statuts) ; toutes transactions autres sont interdites (art. 23). On voit comment à ses débuts la Discontogesellschaft est éloignée des affaires qui, plus lard, formeront Pessentiel de son activité : cest une pure Société d'escompte.

En 18.j5 l'assemblée générale vota la transformation de la Disconto en Société en commandite ?i capital fixe : ce capital fut fixé à 10 millions ^q thalers. Il a été porté successivement à :

40 millions de marks en . . . .' 1871

Ces élévations du capital social ont coïncidé avec un accroissement général et régulier de Tactivilé de la banque. Si l'on excepte l'élévation de 1895 nécessitée par l'absorption de la Norddeiitsche Bank de Hambourg, celle de 1904 nécessitée par la création d'importantes filiales, les autres augmentations n'ont point été la conséquence d'absorptions ou de participations prises dans les banques secondaires. La forme juridique particulière de la Discontogesellschaft, non moins que sa situation prépondérante dans le consortiumRothschild lui ont toujours imposé de ce côté, de grandes réserves. Ce n'est qu'en ces toutes dernières années qu'un nouvel et important développement de ses affaires de banque pure est venu nécessiter une diffusion plus grande de son activité et un élargissement de son rayon d'action (voir §11)

L'examen des bilans de la Discontogesellschaft nous permet de constater les principaux faits suivants :

1° L'activité de la banque a toujours été en progressant d'une façon régulière ; prudemment gérée, elle ne paraît pas avoir trop souffert de la grande crise de 1857 et celle de 1900-1901 l'a toucbée beaucoup moins que certaines autres de ses grandes concurrentes; mais on remarquera en sens contraire, l'arrêt des années 1875-1876 et 1891-1892.

2° La progression des bénéfices est moins régulière et non toujours proportionnelle au volume des affaires, — sauf en ces dernières années; c'est l'année 1872 qui nous

LA DISCONTOGESELLSCHAFT 157

donne le bénéfice brut maximum obtenu, soit 2o,8 millions de marks ; le bénéfice brut de l'année 1904 n'a été que de 23,7 millions de marks.

3° La distinction des bénéfices en bénéfices provenant des all'aires de banque pure et en bénéfices provenant des titres et des affaires en participation montre que la banque a inégalement développé ces deux branches de son activité.

a) Jusque vers 1866, les affaires régulières de banque tiennent la première place dans cette activité ; le portefeuille commercial s'est accru d'une façon régulière; le chapitre des valeurs propres reste à peu près stationnaire. Mais à partir de cette date, le portefeuille commercial et les dépôts montrent une augmentation proportionnellement moins forte que celle des valeurs propres et des affaires en participation et aussi moins régulière.

La Dicontogcsellschaft est devenue avant tout une Socif'tn financière, intéressée à presque toutes les grandes affaires internationales; elle a négocié des emprunts pour le Chili, l'Autriche, la Russie, la Roumanie, sans parler des opérations faites avec l'Kmpire, les Etats particuliers et les villes allemandes ; elle a participé à la fondation des grandes entreprises industrielles et commerciales et si de ce côté, dans la période 1866-1890 par exemple, elle a trouvé des bénéfices considérables le plus souvent égaux ou supérieurs (1878,1879,1880, 1881,1883,1884) aux bénéfices provenant du reguUire Geschafl^ elle a parfois aussi éprouvé des pertes sérieuses, témoins les énormes capitaux qu'elle a enfouis dans les chemins de fer Vénézuéliens et dans la Compagnie d'électricité et d'air comprimé Popp.

b) Les enseignements i\o la crise 1900-1901 semblent avoir eu une grande InQuencc sur la Uiscontogcsellschalt.

Elle a de nouveau orienté son activité vers les affaires régulières de banque ; on constate en effet un accroissement remarquable des chapitres suivants : portefeuille commercial (80,2 millions de marks en d899, 141,3 millions en 1904), reports et lombards (40,6 millions en 1899, 73 millions en 1903), dépôts (52,1 millions en 1899, 100,4 millions en 1904), etc. Aussi bien ce sont les bénéfices provenant de ces affaires régulières qui lui ont permis de relever son dividende dès 1902 (8 1/2). Il faut noter cependant que la branche des titres et participations adonné en 1904, en bénéhces, la somme non encore atteinte de 8,000.000 marks.

La Discontogesellschaft nous semble donc allier, pour l'heure présente, dans une juste et heureuse mesure, « ces deux ordres de travaux que le président d'un grand établissement de crédit français déclarait naguère inconciliables : la conservation de disponibilités suffisantes et l'impulsion donnée aux entreprises industrielles ». Si son développement propre fut, à ses débuts, moins rapide que celui de certaines concurrentes plus jeunes, cela tient sans doute aux conditions économiques générales de l'Allemagne et dans une certaine mesure aussi à la forme même de la Société ; la responsabilité solidaire des gérants réclamant peut-être plus de prudence dans la conduite des affaires ; mais elle a su toujours constituer de grandes réserves , son prestige est considérable ; ses dernières élévations de capital, l'intensité de son tout récent mouvement d'expansion prouvent assez que la Discontogesellschaft, la plus vieille avec le Schaaffhausens'cher Bankverein, des grandes banques allemandes, ne s'est pas recueillie dans une majesté un peu somnolente et qu'elle entend participer d'une façon très active au mouvement de concentration.

LA nrsCONTOr.ESELLSCIIAIT

Discontogesellschaft.

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