‹ Le mouvement litteraire contemporain (volume 2)Chapitre 35 sur 69 · Faite en 1880, représentée en · texte numérisé non relu

Faite en 1880, représentée en

lOS LK MOrVKMKNT LITTERAIRE CONTEMPORAIN.

se passe dans une arrière-boutique. Nulle intrigue d'ailleurs, nulle complication d'incidents adventices; nous ne nous y intéressons qu'à des sentiments. Enfin deux « héros » vrais, qui ne jouent pas, mais vivent devant le public, et que la réalité, sans cesse présente, ramène continuellement à leurs vulgaires occupa-: lions; et, comme figures accessoires, d'insignifiants comparses, les premiers venus, dans leur médiocrité plate et triviale K Quant à lienée, elle diffère de Thérèse Raquin par la peinture d'une classe sociale tout autre, mais elle lui ressemble par la simplicité de la fable et par Texclusion des personnages dits sympathiques. Ce qu'elle a sans doute de plus intéressant, c'est que M. Emile Zola prétend y appliquer la méthode naturaliste en représentant « l'homme physiologique » sous la double influence de l'hérédité et des entours-.

Ni les Concourt, ni Daudet, ni M. Zola ne réussirent au théâtre. Le naturalisme, qui renouvelle la critique et l'histoire, qui a déjà transformé le roman, ne subit sur la scène que des échecs, môme avec un chefd'œuvre comme VArUnennc. Il finira bien par y triompher, mais beaucoup plus tard. Pourquoi? Ouels sont les obstacles qui l'arrêtèrent si longtemps?

D'abord, l'art dramatique suppose certaines con-

1. « Pour meltre, sous les angoisses atroces de mes héros, la banalité de la vie de tous les jours. » (Préface de Thérèse Haquln.)

2, Cf. la préface de la pièce.

venlions indispensables. Les naturalistes ne prétendirent jamais s'y soustraire. Mais,. des conventions essentielles à toute œuvre théâtrale, ils distinguaient celles qui ne se fondent point sur la nature même du genre, qui n'ont rien de nécessaire ni de fixe, qui varient avec les temps, avec les mœurs, avec les préjugés sociaux ou littéraires; et ce sont ces conventions-là dont ils voulurent libérer la scène. Or, les auteurs et les critiques de Tancienne école s'autorisaient des unes pour imposer aussi les autres. Dans sa préface de Y Etrangère^ Dumas remontre doctoralement à M. Zola que le théâtre n'est pas le roman, que la réalité ne peut être mise telle quelle sur les planches, que, d'ailleurs, les plus intransigeants naturalistes sont bien forcés de recourir au trompe-l'œil, et que V Assommoir^ par exemple nous montre, non pas Coupeau lui-môme tombant de l'échafaudage, mais « un modeste mannequin ». Comme si, parce que Coupeau ne se casse pas vraiment la jambe, c'était une raison pour néghger, quant à tout le reste, la vérité du milieu et des accessoires! Comme si, parce qu'il y a des choses que l'on dit ou fait dans la vie réelle et qu'on ne peut dire ou faire sur la scène, c'était une raison pour prohiber, au théâtre, la représentation du laid et du mal! Le naturalisme voulait s'affranchir de conventions gratuites et vieillies : on lui répondait en alléguant les lois mômes du genre.

Parmi tous les critiques qu'il eut à combattre, le plus redoutable fut Francisque Sarcey. Le solide

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