‹ Le mouvement litteraire contemporain (volume 2)Chapitre 43 sur 69 · Amoureuse^ aclc I, scène i · texte numérisé non relu

Amoureuse^ aclc I, scène i

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sans consistance, incapable d'éprouver un sentiment proi'ond, de résister à une fantaisie. Plus mûr, plus grave aussi, Etienne avait cru que le mariage lui laisserait la paix du travail; il est las d'un amour qui consume son temps et ses forces, et cependant il écoute chaque fois l'appel de Germaine, et, chaque fois qu'il a succombé, il se venge sur la tentatrice en lui adressant de dures paroles. Quant aux femmes, toutes les trois sont des amoureuses, et chacune Test à sa manière. Françoise et Germaine ont bien entre elles quelque rapport. Mais, tandis que Tune fait semblant de se résigner, l'autre accapare son mari, l'opprime, l'exaspère par sa jalousie toujours en éveil. Françoise est plus sentimentale, Germaine plus sensuelle. En faut-il davantage pour que ce soient deux figures très diverses? Dominique, elle, se trouve dans une situation particulière. Elle ne cède point à son ancien amant, et même finit par le renvoyer. Si, huit ans auparavant, lors de sa première expérience, elle devait sans doute ressembler à Germaine et à Françoise, cette expérience lui a servi. Au reste, Dominique n'est plus une jeune femme; et, quoiqu'elle puisse encore subir des entraînements, il y a en elle un fond (le vaillance, de solidité, de droiture qui la met à pari, qui lui fait une physionomie originale et dislinclo. No disons pas que l'auteur se répète, mais louons-le plutôt d'exprimer par des nuances très fines les diverses variétés d'un môme type.

Ce qu'on pourrait reprocher à M. de Porto-Riche, c'est que ses pièces, sauf la Chance de Françoise^ très courte, laissent trop de place au remj)lissage. Elles

sont débarrassées de toute intrigue, rien de mieux. Seulement, Amoureuse a trois actes et le Passé en a cinq. S'il faut cela pour l'évolution morale des personnages, quelques scènes de chaque acte suffisent au sujet même. Les autres ne comptent pas : dans Amoureusej tout le rôle de Pascal, dans le Passé, toutes les conversations entre Dominique et ses familiers. Quelque grâce et quelque esprit qu'y mette l'auteur, il nous en reste une impression de vide.

Mais les scènes essentielles sont admirables. M. de Porto-Riche porte dans l'analyse sentimentale la plus délicate curiosité. Il introduit sur la scène autant de psychologie qu'elle peut en admettre. Et cette psychologie, quoique très subtile, ne cesse pourtant pas d'être vraie, d'être humaine. Nul autre n'a mieux peint l'amour, ses faiblesses, ses troubles, ses défiances, ses transports, ses amertumes, l'amour inquiet et douloureux . Dominique , tout ulcérée encore du mal que lui fit François, s'apprête, en le voyant, au mal qu'il va lui faire. Germaine souffre de se sentir importune. Françoise songe toujours : « M'aimera-t-il demain? » et, sans même être sûre qu'Etienne l'aime aujourd'hui, elle cache ses appréhensions en lui souriant. Le mal d'aimer, voilà ce qu'exprime d'un bout à l'autre le Théâtre d'amour, Madeleine elle-même, la femme de chambre, lorsque Pascal, au début, lui demande : « Comment va votre amant? » répond : « Je n'ai pas d'amant; si j'avais quelqu'un, je serais moins gaie* ».

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