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des poètes français ». Ce titre, bien magnifique pour convenir au <» pauvre Lélian », suppose d'ailleurs je ne dis pas plus de génie, mais un talent plus maître de soi, plus sûr et moins inégal. Tout ce qui restera de Verlaine peut tenir dans une centaine de pages. Les douze ou quinze volumes dont se compose son œuvre poétique trahissent à chaque instant l'embarras de la pensée et les maladresses de la facture, Maints poèmes n'offrent aucun sens appréciable, et la plupart de ceux qui se laissent entendre sont tantôt plats, tantôt alambiqués, ou même concilient l'insignifiance avec le contournement. Ses derniers recueils, très lâchés en général, ont je ne sais quoi de sénile tout ensemble et d'enfantin. Disons le mot : il s'y trouve beaucoup de niaiseries.
Qu'importe? Un petit nombre de pièces, vraiment exquises et d'un accent jusqu'alors inconnu, suffisent pour lui assurer sa place entre les plus grands poètes de ce siècle, et le font considérer à juste titre comme l'initiateur de la moderne poésie. Écoutez, a-t-il dit,
Écoutez la chanson bien douce!
Une douceur inefTable donne à certaines chansons de Verlaine leur charme propre. Effusions tout instinctives d'un faible cœur, qui a gardé jusque dans les pires déporlements quelque chose de naïf, elles ne sont d aucune école et l'on peut à peine les appeler des œuvres d'art. C'est justement par là que, s'opposant à l'art parnassien, elles inaugurent une poétique nouvelle.
Nous n'avons pas môme besoin de signaler ses autres œuvres; elles renferment sans doute quelques pièces délicieuses, mais rien de nouveau.
C'est vers 1885 que Verlaine fut reconnu comme leur précurseur par les poètes opposés au Parnasse. Cherchant le secret d'une forme moins raide que celle des parnassiens et plus apte à traduire le rêve, les symbolistes se tournèrent vers l'auteur des Romances sans jmroles et le prirent pour maître. Cependant, si Verlaine est sans aucun doute un initiateur du symbolisme, n'en faisons pas un chef d'école. Il ne put jamais s'imposera soi-même aucune règle. Revenu à Paris après dix années de vagabondage et de basses débauches ^ on le rencontrait, dès le matin, errant de cabaret en cabaret, déjà peu sûr de son pas; et, lorsqu'il tenait ses assises, c'était dans quelque brasserie de Montmartre ou du quartier latin. Chef d'école, ce poète à face de satyre, ce bohème, cet impulsif n'obéissant jamais qu'à l'impression du moment? Pouvait-il avoir des disciples, lui qui n'avait aucune discipline? « Quand je suis malheureux, disait-il, j'écris des vers tristes; quand je suis heureux, j'écris des vers gais. Et voilà. Je n'ai que mon instinct pour règle. » Toute sa « doctrine », il la résume dans cet alexandrin :
L'art, mes enfants, c'est d'être absolument soi-même.
Pourtant une pièce célèbre de Jadis et Naguère nous donne ce que lui-môme appelle son « art poé-
\. En 1881.
tique ». Et cet art poétique n'a sans doute rien de proprement symboliste, au sens exact du mot, mais il indique fort bien le sens général de révolution qui se prépare. Verlaine y prend parti contre le Parnasse. Il avait jadis raillé les « Inspirés »
D'abandonner leur être aux vents comme un bouleau.
Maintenant, le voici disant au poète :
Que ton vers soit la bonne aventure Éparse au vent crispé du matin.
Il fait la guerre à la rhétorique, voire à Téloquence :
Prends Téloquence et tords-lui le cou.
Ce qu'il veut, c'est une poésie, non pas rationnelle, comme celle des Malherbe et des Boileau, non pas môme pittoresque, comme celle de Théophile Gautier, ou sculpturale comme celle de Leconte de Lisle, mais fluide, aérienne, vaguement nuancée, une « chanson grise ». Tel est, dès lors, le caractère de ses vers. Et il y accommode naturellement sa langue et sa prosodie. Presque toutes les innovations de l'école moderne, c'est lui qui en est le premier auteur. La poétique de Paul Verlaine consiste à proscrire le concerté, l'apprêté, ce qui sent l'art, ce qui se nomme lillérature^ à faire, du vers,
la chose envolée Qu'on sent qui fuit d'une àme en allée Vers d'autres cieux...
Et certes, ses meilleures pièces sont aussi les plus ingénues.
Verlaine, au reste, désapprouva en maints cas ceux
Nous n'avons pas même besoin de signaler ses autres œuvres ; elles renferment sans doute quelques pièces délicieuses, mais rien de nouveau.
C'est vers 1885 que Verlaine fut reconnu comme leur précurseur par les poètes opposés au Parnasse. Cherchant le secret d'une forme moins raidc que celle des parnassiens et plus apte à traduire le rôve, les symbolistes se tournèrent vers l'auteur des Romancer sans jmroles et le prirent pour maître. Cependant, si Verlaine est sans aucun doute un initiateur du symbolisme, n'en faisons pas un chef d'école. Il ne put jamais s'imposera soi-même aucune règle. Revenu à Paris après dix années de vagabondage et de basses débauches *, on le rencontrait, dès le matin, errant de cabaret en cabaret, déjà peu sûr de son pas; et, lorsqu'il tenait ses assises, c'était dans quelque brasserie de Montmartre ou du quartier latin. Chef d'école, ce poète à face de satyre, ce bohème, cet impulsif n'obéissant jamais qu'à l'impression du moment? Pouvait-il avoir des disciples, lui qui n'avait aucune discipline? « Quand je suis malheureux, disait-il, j'écris des vers tristes; quand je suis heureux, j'écris des vers gais. Et voilà. Je n'ai que mon instinct pour règle. » Toute sa « doctrine », il la résume dans cet alexandrin :
L'art, mes enfants, c'est d'olre absolument soi-même.
Pourtant une pièce célèbre de Jadis et Naguère nous donne ce que lui-môme appelle son « art poé-