C'est ce qu'un appelle les vers baifins
semble assez peu valable. D'abord, les vers ne sont plus faits uniquement pour être dits; ensuite, je ne sache pas que celui qui dit des alexandrins respire toujours à la fin de chaque unité métrique et ne respire jamais avant. Ce qui est vrai, c'est que l'oreille, ne pouvant saisir un ensemble rythmique trop étendu, le décompose en fragments indépendants du tout. Le seul moven d'obvier à cet inconvénienl consisterait dans la régularité parfaite des iïroupos rythmiques, toujours les mêmes pour chaque vers; mais une suite de vers ainsi rythmés serait d'une insupportable monotonie. Ajoutons, du reste, que nos poètes modernes ont très rarement employé les mètres de longueur anormale.
Ouant aux mètres impairs, les symbolistes emploient surtout ceux de neuf et ceux de onze syllabes. On les rencontre quelquefois dans notre poésie du moyen ài^e. Au xvr siècle, certains novateurs composent, sur le modèle de la prosodie latine et grecque, des hendécasyllabes qui observent tant bien que mal les règles de la quantité. Une chanson de Malherbe * est en quatrains dont les deux premiers vers comptent onze pieds. Scarron, Voltaire, ont usé parfois de ces deux mètres dans une intention comique. De nos jours, Théodore de Banville s'y amusa par curiosité d'artiste, comme, d'ailleurs, au vers de treize syllabes. Mais c'est Técolc symboliste qui en reconnut la valeur expressive . Verlaine les recommande dans son art poétique, et, donnant l'exemple avec le pré-
i. 11 n'osl pas bien sûr que Malherbe en soit railleur.
ceple, indique encore pourquoi ils conviennent à la poésie nouvelle :
De la musique avant toute chose ;
Et, pour cela, préfère l'Impair
Plus vague et plus soluble dans l'air.
Les vers de neuf et de onze syllabes ont par eux-mêmes un caractère d'instabilité, de discordance, et c'est précisément pour cela qu'ils avaient été jusqu'alors d'un emploi peu fréquent; mais, si la symétrie du rythme pair s'accorde fort bien avec un art précis comme celui des parnassiens, elle a quelque chose de convenu et d'artificiel. Au contraire, les mètres impairs écartent, par l'incertitude même de leur démarche, toute idée d'arrangement factice, de rhétorique. Ils semblent d'ailleurs être plus aptes à rendre les sentiments vagues et troubles, à rythmer cette « chanson grise » qui fut la chanson de Verlaine et de ses disciples.
La rime aussi devait être réformée par les symbolistes. Ils l'affranchirent des règles conventionnelles qui gênaient le poète dans l'expression de sa personnalité propre, et l'accommodèrent au caractère de la nouvelle poésie.
D'abord, Tordre des masculines et des féminines devint libre. Il avait fallu, depuis Ronsard et surtout depuis Malherbe, les alterner régulièrement. Et sans doute cette régularité d'alternance peut bien se défendre, en dehors de tout cas particulier, comme avantageuse à l'harmonie des vcfrs. Mais « il n'y a pas de règle générale *, » c'est-à-dire universelle. Pour