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‘ fAdicatidiî^ I Ouvrières se firent jour en nos • !*pà^5*,i rpVgq^ei 'surtout ces revendications furent ... pon plus seulement par ces perturbateurs
*^t4rè ‘public qui rêvent de détruire la société, •' *(iê* bannir 'Dieu de ce monde, mais par les enfants du Christ eux-mêmes, par les disciples de l’Evangih les soutenant au nom de la religion elle-même.
Ces revendications ouvrières qui leur paraissaient justement révolutionnaires, impies dans la botche des socialistes, à cause de leurs excès, ils ne surent point les dégager de leurs aspirations athées, imriorales, antisociales quand ils les entendirent défendre par des voix catholiques.
/.U lieu de séparer le bien du mal et l’ivraie du bor grain, ils ne virent dans toutes les revendic< lions populaires que des manœuvres révolutioi naires et confondirent tous leurs défenseurs sou; un même titre de socialistes.
l^n dernier écho de cette hostilité irréfléchie vier t de se faire entendre à Malines, malgré les défenses de l’Episcopat dans une cérémonie de pai:. et de concorde et cela par l’organe d’un homme qui aurait du spécialement, par sa posilior , s’abstenir de pareille démonstration et dont nous ne reproduirons ni le nom ni les paroles pour son honneur et celui du pays.
C n ne le sait que trop, les sentiments naturels, les 1 endances insiiiictives sont bien souvent opposés à la raison, à l’équité. Mais était ce ici le cas? Les revf ndicalions ouvrières méritaient-elles cette défiince, cet antagonisme? C’est ce que nous allons examiner en peu de mots.
Comment devons-nous envisager le mouvement ouvier pour être juste et ne point écouter des préjugés de caste, ne point céder à l’influence de i habitude? Nous devons le faire à un double point de vue politique et social, l’un et l’autre à la lumière de l’histoire.
Si nous considérons les faits tels que la froide raison nous les présente, nous ne pourrons nous refuser à reconnaître que le mouvement actuel a son ori|.’ine dans la proclamation des vérités évangéliques, dans celle de la grande et universelle Iraternilé humaine émanant de la filiation divine également universelle. Du jour où Dieu s’est présenté à nous sous la forme d’un jeune artisan, où l’homme-Dieu choisissait ses représentants parmi la classe infime des travailleurs honnêtes, où son apôtre flétrissait les disciples qui accordaient une préséance illégitime dans l’église aux grands de la terre, de ce jour on devait entrevoir le moment où le travailleur ne serait plus traité comme une chose, ou même, d’une certaine manière, comme la propriété d’un homme plus puissant, mais revendiquerait sa place d’égalité principielle parmi les enfants de Dieu.
Depuis lors il s’est accompli comme un vaste drame dont le premier acte a été la libération des esclaves. Les invasions germaniques dans nos pays vinrent interrompre le cours naturel des choses. La conquête mit la propriété et le pouvoir aux mains d’un petit nombre de puissants, de forts par les armes. Tout le reste tomba dans la dépendance et le servage.
Mais ce ne fut là qu’un temps d’arrêt et bientôt le courant reprit sa voie naturelle. Les communes furent émancipées, les serfs libérés peu à-peu. A la fin du siècle dernier ce fut le tour de la bourgeoisie, du Tiers-état, de conquérir sa place au soleil.
Restait la masse populaire qui semblait manquer de l’intelligence, des connaissances et des vertus nécessaires pour prendre part à la gestion des affaires publiques et que, pour ces mêmes raisons, les classes dirigeantes croyaient devoir tenir sous leur dépendance, comme des mineurs
SOIS la direclion el la puissai.ee de tuteurs éclairés.
Les esprits étaient ainsi formés qu’un jour après ure longue conversation, un débat familier sur la question ouvrière, je posai cette question à mes interlocuteurs: «N’est-il pas vrai qdünstinctivenii’nt vous regardez les ouvriers comme des êtres de nature inférieure, perpétuellement destinés à so jffrir ? >» Le silence se fit un instant, tous réfléchirent. se regardèrent et me dirent avec la plus pa rfaite sincérité. «Eh! bien oui il en est réellement comme vous le dites. Et tout le monde dut cc nvenir que ce n’était pas l’esprit de l’Evangile.
Qu’est-ce donc en définitive que le mouvement oi vrier sinon le dernier acte de ce grand drame hi main qui se joue depuis bientôt 19 siècles et deit avoir pour terme l’égalité dans la justice et le ben ordre social qui n’exlut point certaines diffère ices de classes résultant de faits légitimes.
Qu’est-ce encore dans l’ordre de la Providence? R en d’autre que le résultat delà volonté divine qi i veut donner à ses enfants les moins favorisés ju.qu’iciune part de biens terrestres mieux propertionnée et plus équitable, et entend faire régner d£ ns la société humaine les principes de justice dt la morale évangélique.
Que les adversaires de toute innovation sociale veulent bien y réfléchir! Puisque la bourgeoisie a Dieu pu se créer une situation meilleure il y a cent ans. pourquoi le quatrième état ne pourrait-il aspirer à une amélioration analogue? LeTiersét it est arrivé à la domination par une révolution sanglante et riche en crimes. Le peuple ne pourra it-il aspirer simplement à une condition plus he ureuse par des voies légales et pacifiques, comme celles par où les démocrates chrétiens veulent le C( nduire ?
Je ne sais pas comment on pourrait motiver une réponse négative à celte question de principe.
On dira peut-être qu’ew fait les prétentions des classes inférieures sont inadmissibles, qu’elle rendraient impossible l’existence de la société si on leur accordait satisfaction.
Examinons donc ce point avec la plus sérieuse attention et voyons d’abord qu’elles ont été les causes motrices de ces réclamations populaires.
Ces causes sont objectives ou subjectives. Les premières sont à chercher dans la condition même des travailleurs, dans la gêne, la misère d’un grand nombre, les accidents qui ont compromis tant d’existences, les fautes de certains patrons, leur imprudence, leur dureté, les abus d’autorité, etc. Nous ne compléterons point cette triste liste.
Les secondes se trouvent dans la tendance naturelle à s’élever, à jouir, ou tout au moins à moins souffrir, comme dans les excitations d’hommes ambitieux voulant se faire du peuple un marche pied, ou les encouragements d’amis généreux du petit et du pauvre, anxieux de diminuer le nombre des misères humaines.
Depuis 5o ans déjà ces causes agissent de concert, elles ont acquis par là une force irrésistible.
On s’est demandé si en y cédant on ne jouait pas le jeu des socialistes, s’il ne fallait pas, au contraire, résister au torrent et apprendre au peuple à se résigner à sa destinée.
La réponse à cette question je la trouve dans cette maxime d’un sage antique : Fas est et ah hoste doceri. « On peut tirer parti d’une leçon qu’un ennemi nous donne. »
Or comme tout le monde le sait, Bebel préconise cette tactique : “ Laissez saigner les plaies du peuple afin qu’exaspéré il se porte à une révolte suprême. » Ainsi donc, d’après celui que le succès du socialisme intéresse le plus vivement, c’est en mécontentant le peuple que nous assurerons la
réussite des projets niveleurs et athées. En le satisfaisant, nous l’apaisons, nous prévenons toute tentation de révolte et de destruction sociale.
N’est-ce point du reste ce que nous éprouvons tous les jours? Lorsque un homme accablé de maux est sollicité de blasphémer la providence et de commettre quelque crime, quelle est la voix qui saura le mieux le déterminer à résister à ces tentations horribles, est-ce celle du moraliste qui se contentera de lui peindre les misères de l’humanité et la nécessité de se contenter de sa part de destin, de se résigner à des douleurs peut-être méritées, ou l’ami, qui, plein de compa&sion pour son état misérable, le plaindra, cherchera à le consoler et ne négligera rien pour soulager ses maux?
Poser cette question c’est la résoudre, comme l’on dit fréquemment. Aussi nos gouvernements ont-ils compris la nécessité politique de donner au peuple une part de suffrage convenable et s’occupent-ils de satisfaire autant que possible ses revendications sociales.
Mais si cela est vrai en principe, dans l’application n’a-t-on été au delà des bornes? C’est ce que nous avons à examiner. Je ne parlerai, bien entendu, que des principes généraux de ce qu’on appelle la démocratie chrétienne, laissant de côté l’une ou l’autre théorie que des sociologues isolés auraient pu professer à leurs risques et périls.
Tout système a ses excentricités, toute école a ses disciples autonomes et indisciplinés qui n’engagent nullement la responsabilité du corps total.
D’abord, un fait qui a fortement surpris des hommes, très honorables et charitables du reste, mais trop exclusivement attachés aux idées anciennes, c’est que l’on parlât des droits des ouvriers. L’ouvrier, il leur semblait qu’il n’avait
d’autre droit que de toucher le salaire accepté par lui et que pour le reste le patron était maître absolu. Le patron, par le fait même de son nom, n est-il pas le père de l’ouvrier et pour ce motif, l’ouvrier ne lui doit-il pas une obéissance parfaite? L’homme qui établit une industrie n’en est-il pas le propriétaire, le maître absolu et ceux qu’il y emploie peuvent-ils prétendre participer à ses droits de propriétaire ?
Ceux qui s’appuyaient de ces considérations ne savaient point distinguer la vérité de l’erreur qui s’y mêle et prenaient les abus existants même pour des privilèges légiiimes de leur caste. Ils se méprenaient en outre sur la portée des droits qu’on revendiquaient pour les classes laborieuses. 11 ne s agissait point, en effet, de rendre l’ouvrier maître dans 1 atelier d’autrui, de lui accorder une portion de l’autorité qui appartient au seul propriétaire, mais de prévenir les surprises, les abus en assurant le règne des lois de la justice, de l’équité, de la charité.
Droit et devoir sont des idées corrélatives. Le patron a des devoirs, sans doute, personne n’essaiera de le nier, conséquemment l’ouvrier a des droits et spécialement celui d’exiger que le maître accomplisse ses devoirs, qu’il n’expose en rien, volontairement ou par négligence, la santé, la vie de ses travailleurs, qu’il n’exige point d’eux ce à quoi ils ne pouvaient s’attendre, que rien chez lui ne mettent en danger leur religion, leur moralité, qu il ne les congédie point à la légère, par caprice.
Le contrat de louage est un véritable contrat, mais jusqu’ici il ne comprenait guère que la stipulation du taux du salaire. Tout le reste était livré à la volonté du patron. Cependant, nul ne peut le contester, avant son entrée à l’atelier 1 ouvrier est entièrement indépendant et l’égal du maître ; il peut poser à son engagement telles
cordiliors qu’il lui plaît, le maître étant également libie de les refuser. Les choses en étaient à cet éiai,qui serait probablement resté sans modificatioi , si les abus commis par certains patrons d’une part et de l’autre les encouragements donnés aux tra^ ailleurs par les chefs du parti ouvrier n’avaient ins])iré l’idée de mettre fin aux contestations et aux troubles en obligeant les patrons à dresser un ‘èglement d’atelier et à le porter à la connaissan :e de ses ouvriers, et comme malgré cette précau ion des abus étaient encore possible vu la nécîssiié qui s’impose à tant d’hommes du peuple de i e procurer de l’ouvrage à tout prix, on a jugé devoir soumettre ces règlements à l’approbation d’une autorité compétente qui examinerait, avant de lui donner son visa, s’il ne contenait rien dont l'oui^rier eut à se plaindre avec raison.
\ oilà donc le droit principal de l’ouvrier, c’est de i avoir à quoi il s’oblige et à ne devoir s’engager que dans des conditions équitables. C’est en outre de requérir des pouvoirs publics qu’ils veillent à c ; que sa vie, sa santé, sa moralité, sa religion ne soient point exposées à des dangers évitables. Ce >ont surtout les causes de renvoi ou d’abandon du ravail qui doivent être déterminées avec précision. Aucune des deux parties ne peut être exposée aux caprices, aux coups de tête de l’autre, en |;énéral un certain temps doit être accordé des deu { côtés et si même le maître a eu à se plaindre de 1 ouvrier, il ne peut le jeter immédiatement à la por e si pendant le temps légal il continue sa besogne d’une manière convenable. Travaillant dans ces conditions, recevant un juste salaire, l’ouvrier jouit de tous les droits qu’ils possède vis-;, vis du maître. Il ne lui res‘e qu’à exécuter fidè ement le contrat librement accepté, à accomplir sa tache de son mieux, faisant tout ce qu’on peu exiger de lui raisonnablement dans l’intérêt
de son patron. Il n’a point d’autorité dans l’atelier et ne peut s’ingérer dans sa direction. Des devoirs analogues incombent au patron qui, dans les questions non prévues par le règlement ou le conirat, doit procéder en tout et partout selon les régies de la justice et de la charité. En ces cas, l’ouvrier n’est pas non plus dépourvu de droits et de moyens de défense. L’équité et la paix publique réclament qu’il y ait des Cours arbitrales constituées de manière à inspirer confiance aux deux parties et chargées de trancher les différends. L’ouvrier peut certainement revendiquer le droit d’y nommer des représentants. Aucun motif sérieux ne peut être invoqué pour faire le patron arbitre en sa propre cause. La paix sociale comme la justice exige que l’ouvrier ne soit pas exposé à des tentations de défiance et de mécontentement perpétuels.
Quand ces diverses conditions sont remplies, tout n’est point encore dit en faveur des ouvriers. Il est, en outre, des mesures générales de protectioii qu’ils peuvent légitimement exiger de la société et dont nous parlerons plus loin.
Mais avant de continuer cette courte étude nous devons faire une distinction essentielle entre deux especes de droits que l’on confond trop souvent au grand détriment des doctrines et déductions logiques comme de l’accord des esprits en ces matières qui le réclament impérieusement pour l’heureuse solution des problèmes sociaux.
Il est des droits que l’on pourrait appeler de justice commutative, qui ont un objet bien déterminé, qui entraînent une obligation à laquelle on ne peut satisfaire que par le paiement, la livraison intégrale de cet objet ou par une réparation reconnue suffisante par les tribunaux ou la loi. Il en est ainsi du paiement du salaire convenu et de toutes les prestations prévues par un contrat.
Mais il est une autre sorte de droit qui est plutôt bas'i sur l’équité naturelle, qui correspond à une obi gation déterminée en soi, déterminée par les circonstances, qui ne prête pas matière à restitutior ou réparation adéquate et va même jusqu’à ce devoir moral qui n’engendre point une responsabili;é matérielle.
( l’est ainsi que l’ouvrier a le droit de réclamer de la soc été les mesures protectrices qui lui assurent un cer ain bien-être terrestre, une existence à l’abri de la noire misère et des accidents qui compromettent sa ’ie. En élevant la voix, en s’agitant d’une ma- t
nié e légale pour obtenir satisfaction sous ce rapport, l’ouvrier ne sort pas des limites de son droit.
Les hommes politiques qui le lui refusent s’expo- i
sen: au juste reproche de manque de prudence et d’équité. Ici vient se placer la question de cet ins rument redoutable qui, comme l’épée de Prud’homme, peut sauver le pays ou le perdre, je veix parler des grèves ouvrières.
11 n’est besoin de le dire, toute grève fut-elle la plus légitime du monde est un mal, une cause de ma ix moraux et matériels pour les deux classes de la société. Elles produisent d’un côté le désaccord, l'initation, les sentiments de vengeance et de l’autre des pertes irréparables de salaire et de bénéfice. Les prévenir, les faire cesser au plus tôt c’est le problème que doit se poser tout gouvernement pre voyant et sage.
Les vrais amis de l’ouvrier doivent l’en détourner autant que possible et chercher par tous les moyens, à applanir les différends, à mettre fin à cet e guerre sociale si désastreuse bien que non sanglante. Mais s’il vient à régner dans un atelier un abus sérieux, auquel les moyens de conciliation n’oil pu mettre un terme, les ouvriers ont-ils le dre it de se coaliser pour cesser tout ouvrage et forcer les chefs industriels à donner satisfaction à leurs gri îfs ?
S’il s’agit d’une violation du contrat de travail, il est évident que les ouvriers ne sont pas tenus seuls à l’observer. 5i un fait étranger aux conventions est la cause de leurs plaintes et que le patron soit certainement en faute, les travailleurs n’ayant point d’autre moyen de se faire rendre justice, peuvent sans doute recourir au remède extrême d’une grève pacifique, cette solution est plus certaine encore s’ils ont pris la précaution d’avertir le patron de leur dessein dans le délai légal. Dans ces conditions tout ouvrier a droit de quitter un atelier » quelconque et sans un motif spécial. On ne voit
' pas pourquoi ce droit serait diminué parce qu’il
est exercé par plusieurs intéressés de commun accord. Il peut encore se présenter des circonstances tellement graves qu’elles ne comportent pas de retard. En ce cas on ne saurait condamner un chômage volontaire commencé dans des conditions plus ou moins anormales mais prolongé sans violence. La violence employée pour forcer au repos complet des travailleurs désireux de continuer leur ouvrage et de soutenir leur famille, est certainement condamnable. Mais ne peut-il point se présenter des conjectures tellement graves qu’on doive y voir réellement le salus populi mis en danger. Si alors un certain nombre d’ouvriers pour des motifs plus ou moins plausibles compromettent le salut de leur classe en refusant de s’associer à leurs camarades, pourrait-on légitimement les contraindre à prendre part à la grève générale ? C’est une question bien ardue, que l’on aura bien rarement à se poser et, que pour ce motif j’abandonne à l’appréciation de ceux qui se trouveraient forcés de la résoudre à un moment donné.
La cause principale des grèves qui ont affligé notre pays est, tout le monde le sait, l’abaissement des salaires. Hormis les évènements de force majeure il est incontestablement illégitime de réduire
le prix de la journée de travail sans avertissement donné quelque temps à l’avance. L’ouvrier dont le sa aire est le seul bien, doit pouvoir délibérer s’il ac:eptera la diminution de son gagne-pain ou s’il ir< chercher ailleurs sa subsistance. De son coté l’industriel ne peut être obligé de travailler à perte ou même sans bénéfice pendant un temps notable 11 yr a là un conflit d’intérêts qui doit être résolu selon le: lois de l’équité naturelle et qu’il serait désira Me de voir terminer toujours à l’amiable ou par vcie d’arbitrage. Mais en toute circonstance on ne dcit point oublier que l’ouvrier n’a, en général, pc ur toute ressource que le produit du travail de se i mains, que le moindre déficit dans son budget qi otidien l’expose, lui et sa famille, à une misère loJt au moins momentanée, aux horreurs de la fa m et du dénûment, tandis que l’industriel a 01 dinairement des moyens d’existence si pas abonda nts du moins suffisants pour lui permettre de traverser K s mauvais jours sans peine ni anxiété et que cttte différence de condition doit faire pend er la balance plutôt vers celui qu’une stricte égalité de traitement mettrait dans une situation d’inégalité désastreuse.
Ces principes, lorsqu’ils ont été émis, ou plutôt rappelés il y a quelques années ont fortement surp' is, scandalisé même des hommes honorables fermés à des idées bien différentes que le libéraliî me économique avait mis en vogue comme l’exp] ession de la vérité sociale.
Aujourd’hui encore il s’en trouvera parmi les cî iholiques qui se résoudront bien difficilement à les admettre. Ce ne sont toutefois que la pure doctrine évangélique, que l’application des principes de la justice, de l’équité et de la charité chrétiennes. Ils ont été annoncés au monde le jour où U 1 docteur divin lui a dit : « Ce que vous ferez au p us petit des miens c’est à moi que vous l’aurez
— lo-
fait », ce jour même où il nous a appris que nous étions tous frères, enfants d’un commun père
céleste.
Plusieurs, il est vrai, sont fondés peut-être plutôt sur la charité que sur la stricte justice. Mais qu’importe ? La douce charité a des exigences bien plus grandes que sa rigide sœur et condamne pour condamné, il importe peu qu’on le soit pour avoir violé les règles du strict droit ou celle de l’amour fraternel.
Ces principes établis, examinons quelques points de détails, les plus importants et d abord celui qui a suscité le plus d’emotion et de débats,
létaux normal des salaires.
L’industriel ou le particulier qui emploie un autre homme à travailler pour lui, doit rétribuer sa peine en lui payant un salaire équitable. Tout le monde est d’accord quant à ce principe en luimême ; mais les difficultés, les dissentiments surgissent dès que l’on cherche à déterminer en quoi consiste le juste salaire auquel le travailleur a droit. Quelle base faut-il prendre pour le déter-
Les économistes n’en veulent point d autre que le jeu des lois du monde matériel et industriel, de l’offre et de la demande agissant sous l’influence ( de la liberté illimitée des conventions.
D’autres prennent pour critérium l’appréciation générale, les coutumes du pays où le contrat de travail se conclut, ou bien simplement 1 offre et
l’acceptation du travailleur.
De ces trois genres d’appréciation en est-il un qui se justifie complètement ? Nous n’hésitons pas à répondre par un non catégorique. Tout d abord nous devons écarter le troisième, condamné par l’autorité suprême en matière de foi et de morale. Kn effet, dans son immortelle encyclique Sur la condition des ouvriers, S S. Léon XIII déclare
que le maître he peut justifier l’insuffisance du sale ire qu’il accorde en se prévalant d’une acceptation que la misère arrache au travailleur. L’s coutumes locales n’ont pas une valeur plus grande par elles-mêmes, car elles ont été jadis jusqu à établir le servage et l’esclavage contraires à tous les droits de a nature. Cette estimation générale, irréfléchie pet t excuser la bonne foi tant que sa légitimité n’e ,t point contestée. Mais dès que les doutes s’élèvent. que des protestations se forment, ce qui légitirr ait le passé ne peut plus justifier l’avenir.
l.e jeu des forces économiques agissant sans entraves est, quoiqu’en disent les théoriciens, bien im )uissant à résoudre le problème. D'abord parce ■ quo son action n’est que rarement entièrement lib -e, l’intervention de l’homme la contrarie très souvent. Je pourrais citer plusieurs villes manufacturières où les patrons coalisés ont su maintenir les salaires à un taux uniforme et tel qu’il mérite la qualification de salaire de famine. En outre, la loi de l’offre et de la demande peut bien exercer une influence prépondérante dans les grands centres de travail, mais ses effets n’atteignent que partiellem« nt cette multitude de travailleurs isolés que les paniculiers emploient à Dur service et dont le sort dé Dend le plus souvent de volontés individuelles, de cil constances toutes spéciales. Si l’offre et la demande sont encore pour quelque chose dans les os filiations de leur salaire ce n’est plus par suite des lois générales, naturelles, mais en vertu de circonstances particulières, une proposition exceptic nnelle, par exemple, qui vient interrompre le cojrs des choses dans un endroit déterminé.
Quoiqu’il en soit, les économistes, si je ne me T-ompe, commettent une confusion qui vicie tout .'iir système et dont les effets sont funestes au S' uverain degré. Mais nous verrons cela plus loin. Pour le moment nous avons une autre question a discuter. La voici formulée brièvement :
Un chrétien, un homme de cœur même, peut-il a’oandonner ses semblables au jeu naturel des forces du monde matériel? Peut-il permettre que l’homme, que la famille humaine soit le jouet de forces aveugles qui causent partout la ruine, la misère, la douleur.^ Je l’espère bien, je ne trouverai pas de contradicteurs quand j’affirmerai cque cela est impossible et que la loi divine de la solidarité humaine ne nous permet pas d’assister impassibles au spectacle de l’humanité victime des forces du monde terrestre. Celui qui verrait un torrent prêt à engloutir un village sans défense et ne ferait 1 point ce qui est en son pouvoir pour prévenir cette
catastrophe, serait, sans aucun doute, fortement répréhensible. En serait -il autrement de l’homme qui pourrait préserver de nombreuses familles de la misère et ne tenterait rien pour les sauver ?
La vue de tant de malheureuses victimes des effets de la concurrence doit inspirer à tout cœur généreux le désir d’essayer tous les moyens possibles pour soulager leur détresse. Les périls que court aujourd’hui la société doit être pour chacun de nous un nouveau stimulant. Les économistes nous objecteront que toute tentative dans ce sens serait inefficace, qu’on ne peut changer les lois de la nalure et leur résister, qu’on s’efforcerait en vain f défaire remonter un courant vers sa source.
Ici apparaît cette contusion dont nous parlions ci-dessus et qu’il est temps de signaler à nos lecteurs.
Les lois de la nature sont inéluctables en leurs effets, cela est parfaitement vrai de chaque loi prise en elle-même et considérée séparément. Mais à la loi d’un certain corps, l’homme peut opposer celle d’un autre corps et par ce moyen modifier complètement l’ordre naturel des choses. La main de l’homme arrête un corps que la pesanteur attirait irrémédiablement vers la terre, elle donne au con-
tr lire le mouvement à ce qui était essentiellement immobile. Des canaux habilement creusés font servir à fertiliser le sol un torrent qui par lui nrême ne pourrait que détruire.
Sur le terrain économique, nous avons vu qu’une coalition d’interesses arrête parfois la marche naturellement ascendante du prix des journées. Une coalition dans le sens opposé pourrait ai 1 contraire lui imprimer une force irrésistible. Livrés à eux-mêmes les agents économiques prod airont des résultats fatals, mais l’homme peut l€ur opposer d’autres forces qui modifient les résultantes et transforment un instrument destiucteuren un moyen de salut. Pour celui qui examine les choses sans idée préconçue, cette ti ansformation n’est ni impossible nimêmediffic le. Il suffit pour cela de dispositions légistatives intérieures et des conventions internationales. Les premières ne sont pas difficiles à obtenir, il sfflt de vouloir.
Quant aux secondes, si au lieu de prêcher la désespérance, on exhortait les voix autorisées à r ïclamer de commun accord les mesures nécess lires, les gouvernements ne pourraient pas longtemps faire la sourde oreille.
Du reste, des expériences ont été faites sur divers terrains et le succès a couronné les efforts ces réformistes. L’adoption de la clause d un salaire minimum dans les adjudications publiques, J ar exemple, a donné les résultats les plus satist lisants et si quelqu’un avait à s’en plaindre ce sont uniquement ceux qui ne s’en plaignent pas, c’est-à-dire les contribuables. Des coalitions faites (.ans un but de justice et avec sagesse, des unions J irofessionnelles prudemment organisées pourront ( ontribuer puissamment au succès de l’entreprise, ( n attendant qu’une législation internationale < omplète l’œuvre en combinant tous les efforts. Ce
n’est point là sans doute, l’ouvrage d’un moment. Mais la durée du travail ne doit empêcher de l’entreprendre. L’isthme de Suez ne s'est point ouvert, les Alpes n’ont point été percées en quelques jours, l’affranchissement des serfs ne s’est point opéré en une année. En notre matière il y a d’autant moins de motif de se décourager que chaque pas fait vers le but final et lointain, peutêtre, sera marqué par un succès, par une amélioration partielle du sort des classes laborieuses. Un premier congrès international n’a point produit de résultats appréciables. Soit ! mais il en sera tout autrement d’un troisième ou d’un quatrième. Les relations privées leur viendront puissamment en aide et pourront même les remplacer avaiitageusement. L’opinion publique sera plus puissante que nos économistes ne se l’imaginent, surtout s’ils s’abstiennent d’en contrarier l’action et la secondent même de tout leur pouvoir.
Pour cela, et nous croyons devoir insister sur ce point, il faut qu’il soit permis de signaler les abus, avec prudence sans doute, mais aussi avec énergie; autrement ils fleuriront à l’ombre et dans le silence ; le mauvais vouloir, la cupidité de quelques-uns paraliseront les efforts de la générosité et de la justice : on ne peut admettre que la sécurité, l’impunité soient assurées à des gens capables, de compromettre le salut de la société par leur avarice cupide. Si nous nous taisons, d’autres parleront à notre place et à des protestations faites pour le bien général, se substitueront des dénonciations exagérées, des déclamations propres à engendrer les haines et les révoltes.
Certains économistes font à ces théories une objection qui les renversent complètement à leur avis.
« Relever le taux des salaires, disent-ils ; c’est faire renchérir le prix des objets nécessaires à la
traire le mouvement à ce qui était essentiellement immobile. Des canaux habilement creusés font servir à fertiliser le sol un torrent qui par luimême ne pourrait que détruire.
Sur le terrain économique, nous avons vu qu’une coalition d’intéresses arrête parfois la marche naturellement ascendante du prix des journ<“,es. Une coalition dans le sens opposé pourrait au contraire lui imprimer une force irrésistible. Livrés à eux-mêmes les agents économiques produiront des résultats fatals, mais l’homme peut leur opposer d’autres forces qui modifient les résultantes et transforment un instrument destructeur en un moyen de salut. Pour celui qui e". lamine les choses sans idee préconçue, cette transformation n’est ni impossible ni mêrne difficile. Il suffit pour cela de dispositions légistatives intérieures et des conventions internationales. Les premières ne sont pas difficiles à obtenir, il sfflt
ds vouloir. a , ,
Quant aux secondes, si au lieu de prêcher la
désespérance, on exhortait les voix autorisées à r iclamer de commun accord les mesures nécessaires, les gouvernements ne pourraient pas longt ;mps faire la sourde oreille.
Du reste, des expériences ont été laites sur divers terrains et le succès a couronne les efforts des réformistes. L’adoption de la clause d un silaire minimum dans les adjudications j>ubliques, far exemple, a donné les résultats les plus satisf lisants et si quelqu’un avait à s’en plaindre ce sont uniquement ceux qui ne s’en plaignent pas, c’est-à-dire les contribuables. Des coalitions faites c ans un but de justice et avec sagesse, des unions J rofessionnelles prudemment organisées pourront contribuer puissamment au succès de l’entreprise, ( n attendant qu’une législation internationale complète l’œuvre en combinant tous les efforts. Ce
n’est point là sans doute, l’ouvrage d’un moment. Mais la durée du travail ne doit empêcher de l’entreprendre. L’isthme de Suez ne s'est point ouvert, les Alpes n’ont point été percées en quelques jours, l’affranchissement des serfs ne s’est point opéré en une année. En notre matière il y a d’autant moins de motif de se décourager que chaque pas fait vers le but final et lointain, peutêtre, sera marqué par un succès, par une amélioration partielle du sort des classes laborieuses. Un premier congrès international n’a point produit de résultats appréciables. Soit ! mais il en sera tout autrement d’un troisième ou d’un quatrième. Les relations privées leur viendront puissamment en aide et pourront même les remplacer avantageusement. L’opinion publique sera plus puissante que nos économistes ne se l’imaginent, surtout s’ils s’abstiennent d’en contrarier l’action et la secondent même de tout leur pouvoir.
Pour cela, et nous croyons devoir insister sur ce point, il faut qu’il soit permis de signaler les abus, avec prudence sans doute, mais aussi avec énergie; autrement ils fleuriront à l’ombre et dans le silence ; le mauvais vouloir, la cupidité de quelques-uns paraliseront les efforts de la générosité et de la justice : on ne peut admettre que la sécurité, l’impunité soient assurées à des gens capables, de compromettre le salut de la société par leur avarice cupide. Si nous nous taisons, d’autres parleront à notre place et à des protestations faites pour le bien général, se substitueront des dénonciations exagérées, des déclamations propres à engendrer les haines et les révoltes.
Certains économistes font à ces théories une objection qui les renversent complètement à leur avis.
U Relever le taux des salaires, disent-ils ; c’est faire renchérir le prix des objets nécessaires à la
viî ; vous reprenez donc d’une main ce que vous a\ez accordé de l’autre et en fin de compte l’ouviier se retrouve Gros Jean comme devant. »
Cette observation n’est point sans un grain de v(rité mais elle pêche en ce qu’elle n’envisage qu’un seul côté de la question. Ceux qui auront à supporter les conséquences du renchérissement d'î la main d’œuvre ne seront pas, en général, les ouvriers eux-mêmes comme on s’en convaincra en lisant les réflexions suivantes.
En ce qui concerne les objets de luxe, les riches seuls ressentiront les effets de l’élévation des salaires.
Pour un très grand nombre, pour la plupart des e itreprises, les propriétaires, les actionnaires seuls aaront en à souffrir; les dividendes diminueront csrtainement. mais les intérêts du peuple n’en sîront point lésés. Le résultat sera tout analogue cuant aux travaux de la campagne; le prix du ^rain ne haussera pas autant que celui des jourr ées. Les unions professionnelles empêcheront ces spéculations iniques par lesquelles des chefs d’ent -eprise, des industriels conjurés s’enrichissent en payant à leurs ouvriers des salaires dérisoires.
Si l’on doit désormais renoncer à faire en peu ce temps des fortunes énormes au dépens des ouvriers ou du public, si l’on doit se contenter de P ains honnêtes et suffisamment rémunérateurs, le liai ne sera pas grand, je pense bien.
On le voit, la plus grande partie de l’augmentation des salaires n’aura point pour corollaire un J urcroît de dépenses équivalent pour l’ouvrier et ]»our le reste ce surcroît sera toujours pour lui l)ien inférieur à celui de ses ressources.
Ces principes théoriques ne donnent guère lieu JL des difficultés; mais il en est tout autrement de leur application à leur objet principal, c’est-à-dire IL la détermination du salaire normal que l’on doit
chercher à atteindre ou de ce qu on appelle le juste salaire. Car on ne peut avoir en vue de^ faire hausser indéfiniment le prix de la journée de travail, mais simplement de l’amener généralement à un taux estimé suffisant par tout homme raisonnable. Quelle doit être la base d appréciation du juste salaire^ C’est ici que vient se poser la question du salaire familial qui a tant agité les esprits et passionné les discussions. Les économistes catholiques se divisent en deux écoles dont l’une prend uniquement pour base les faits, 1 autre tient compte de la personne de l’ouvrier.
La première à laquelle appartiennent également tous les économistes libéraux « ne voit dans le salaire que la rétribution du travail ^et, pour mesure, elle n’accepte que la valeur de 1 ouvrage. C’est là en effet tout ce que le maître se propose en faisant travailler.
» Quant à cette valeur du travail prise comme mesure, elle doit s’apprécier d apres 1 estimation commune qui varie avec le temps, les lieux et mêmes les personnes. Le patron n’a pas à se préoccuper des besoins de l’ouvrier; il en reçoit un service, il le rémunère selon l’estimation commune et ce faisant, il a rempli tout son devoir. Du reste par la force même des choses, ce salaire correspond à peu près aux besoins de la vie du côté du travailleur et de sa famille. Si par la force des choses le salaire tombait notablement en dessous et se maintenait à ce niveau, le changement de profession ou l’emigration aurait bientôt raniene le juste équilibre. Le juste salaire est donc généralement atteint. » Tel est le raisonnement d avocats, de savants distingués qui manient admirablement l’arme de la logique abstraite, mais ne tiennent pas assez compte des faits.
Ils ignorent que l’action de leur loi favorite est constamment entravée par les volontés humaines.
- isr
Je pourrais citer maintes villes où les salaires S(int vraiment dérisoires, où pour un travail qui épuise les forces du travailleur à l’âge où il devrait encore jouir de la plénitude de ses forces on lui dDnne i fr., i fr 5o et moins encore par journée e; cela dans des industries des plus prospères. Le salaire d’une foule d’ouvriers agricoles leur procure à peine de quoi mener une vie de privations. Si les disciples de celte école assistaient au repas, voyaient la couche de milliers de nos braves tra- V lilleurs, il n’en faudrait pas davantage pour les c )nverlir à d’autres idées. Pour moi il m’est impassible de comprendre comment un membre de h Société de St-Vincent de Paul, témoin de tant d2 misères et de douleurs, peut croire que tout est bien en ce monde et qu’il n'y a point de réforme sociale à opérer. On a été Jusqu’à s’inquiéter de l’îxtinction du paupérisme et de l’impossibilité où la chrétien se trouverait de faire encore la charité pour gagner le ciel.
Mais quand on voit le peu de soulagement que tous nos efforts apportent à celte misère si étendue, si profonde, on doit se dire qu’il en restera toujours assez, quoique nous fassions, pour accomflir le précepte évangélique de l’aumône.
A tout ceci nous devons ajouter une réflexion capitale qui ne nous semble pas avoir été faite j isqu’ici, du moins d’une manière suffisante pour attirer l’attention.
Si la base d’appréciation du juste salaire est la valeur du travail de l’ouvrier, en quoi donc consiste cette valeur et comment la fixer L’estiriation commune, la coutume n’est point une mesure suffisante; elle ne l’est plus à coup sûr dès c u’elle est discutée. Autrement la coutume pourrait servir à justifier tous les abus, toutes les i 1 justices.
En réalité la valeur du travail devrait être
estimée au point de vue du bénéfice que l’ouvrier procure à son patron. Voici, par exemple, un marchand de meubles qui remet à un ouvrier un bois d’une valeur de 25 fr. Avec cette matière l’ébéniste fait en une dizaine de journées un buffet qui est vendu i5o fr. Pourra-t-on soutenir que le travail ne doit pas être estimé en raison de celte plus value de 8o à 90 fr. ? On pourra invoquer la coutume, mais c’est précisément contre cet usage que protestera la classe ouvrière prétendant qu’il est abusif, injuste et qu’il faut y mettre fin. Quel autre point d’appui aura-t-on pour soutenir
le système pratiqué jusqu’ici?
L’autre école part d’un tout autre point de vue. Pour elle le travail n’est point un objet de commerce, une simple marchandise, mais le moyen donné par Dieu à l’homme pour atteindre sa fin, vivre et se multiplier. Le salaire est donc l’instrument voulu par la Providence divine pour faire subsister la famille humaine, conséquemment la rénumération du travail doit suffire pour pouivoir aux besoins des familles ouvrières.
La solution de cette question serait très simple si toutes les familles avaient des besoins identiques et pouvaient être traitées avec égale mesure. Mais il n’en est rien. Ces nécessités varient avec les conditions des localités et surtout avec le nombre des enfants. Faut-il établir une échelle de salaires correspondant au chiffre des membres de la famille ? Cela n’est guère possible et donnerait lieu à des graves inconvénients que l’on a Justement relevés pour rejeter le système du salaire familial.
Ses partisans pour y remédier, ont proposé la théorie du salaire moyen» Le salaire familial serait celui qu’exigent les besoins d’une famille, telle que sont l’immense majorité de ces groupes humains, c’est-à-dire d’une famille comptant par exemple 3 ou 4 enfants.
3n oppose à ce système « que des moyennes ne sont pas des solutions, qu’on ne paie pas ses dettes en remettant à ses créanciers la moyenne de ses de les totales, etc., qu’en outre c’est une prime au pe it nombre d’enfants. »
Zes objections, il faut bien l’avouer, ne sont pas séiieuses. Les moyennes sont admises pour les de tes même partout où il n’y a point une fixité coistante de leur objet.
[1 en est ainsi par exemple des dettes contracté( s originairement en nature et appréciées aujourd’iiui en monnaie courante. Tout fermage est un CO itrat de moyennes ; le déficit d’une année se '
conble par le bénéfice d’une autre. L’exemple opposé n’a aucun rapport avec la question, il s’agit d’une seule et même dette vis-à-vis d’une seule et même personne et cette dette n’a nullement le caractère absolu de celle que l’on contre cte par achat, emprunt ou autre procédé.
Dire que ce soit une prime au petit nombre d’( nfants, c’est pure plaisanterie. Ainsi l’ouvrier qui recevrait 4 francs par jour au lieu de 2 ou 3, aurait intérêt à limiter le nombre de ses enfants.
U 1 homme sérieux peut-il invoquer un argument se nblable ?
Ce n’est donc point celte objection qui renverse a la thèse de cette école. Mais cependant je ne )
sa s pas si le principe sur lequel elle s’appuie est suffisante pour la rendre inébranlable. Je préférerais envisager la chose par un autre côté, et m arrêter à l’argumentation suivante.
Dieu a fait l’homme déchu pour vivre et se mulli|'lier en soutenant son existence, en s’en procurant les moyens par son travail. En outre il l’a fa t pour vivre en famille et en société. Les chefs de la famille doivent veiller à son entretien, ceux de la société à son maintien dans la paix et un bien-être relatif.
La société fait des hommes, une grande famille où chacun doit concourir au but total, où tous doivent se soutenir, s’entraider en toute justice et charité, Deus mandavit cumeuique de p'oximo. Dieu a commandé à chacun des hommes de veiller aux intérêts de son prochain.
La société a donc mandat formel et grave de veiller à la conservation de ses membres. Là où des familles nombreuses ne trouvent pas moyen de s’entretenir selon les exigences de la condition humaine, la socété est entâchée d'un vice qu’elle doit corriger dès qu’elle s’en aperçoit.
* Lors donc que, dans un pays, les salaires sont
en grande partie insuffisants, la nation est tenue de rémédier à cet état de choses et de prendre tous les moyens légitimes d’arriver à cette fin. 11 ne s’agit point naturellement, comme le croyaient jadis les adversaires du salaire familial^ d’imposer à tout le monde un prix fixé pour la journée de travail, ou d'en faire une obligation morale sous peine de péché mortel, mais simplement de travailler à amener un état de choses tel que la général! é des travailleurs parvenus à la majorité soient rémunérés de ceile laçon.
Nous avons vu précédemment que ce n’est ni impossible ni difficile si chacun remplit son devoir.
^ Les gouvernants y contribueront par des disposi-
tions législatives appropriées, par des ententes internationales : les unions professionnelles par leur action commune, les particuliers par leurs réclamations et protestations tout comme en donnant le bon exemple.
Le terme à atteindre par tous ces efforts c’est que la grande masse des ouvriers louchent un salaire suffisant pour que l’homme majeur ne soit point empêché de fonder une famille par la crainte de tomber, lui et les siens, dans une misère immédiate. Celui qui tardera de contracter mariage
pourra réaliser des économies qui lui permettront c e se tirer d’embarras si sa famille vient à s’éten- ( re au-delà des prévisions. En ce dernier cas, si ses ressources sont trop en dessous de ses besoins, li bienfaisance publique et privée devra y pourvoir de façon toutefois à ne pas encourager la paresse, l'imprévoyance et l’inconduite. Tout cela n’est pas l’œuvre d’un jour ni d’une année, mais (,’un temps plus ou moins long selon les résistances. En tout état de cause, que l’on ne parle plus (le prime au petit nombre d’enfants. (]lomme je l’ai dit tantôt ce n’est pas parce que le salaire sera jilus élevé que les pères et mères de famille, cher- ( heront à limiter le nombre de leurs enfants. C’est bien même tout le contraire.
Pour le moment ce qui e^t facilement réalisable ce sont des mesures partielles de relèvement telles (jue l’obligation du maximum de salaire dans les adjudications publiques, puis la personnification accordée aux unions professionnelles, le soutien lies réclamations légitimes et légalement présenées de groupes d’ouvriers dont les griefs sont )ien fondés, etc.
La fixation générale d’un minimum de salaire, nême en tenant compte des circonstances de emps et de lieux ne me paraît pas chose utile ni aisable. Il en est surtout ainsi en ce qui concerne es services particuliers et les ateliers de proporion modeste. Les particuliers de fortune médiocre ievraient renoncer à maints petits travaux si le e prix des journées était partout et toujours très §levé Beaucoup de travailleurs seraient ainsi sans ouvrage.
Il vaut mieux sans doute vivre assez pauvrement que de ne point vivre de tout. 11 faut donc 211 ceci comme en toute chose, une ex rême prudence, une constante circonspeclicn qui n’excluent ni le zèle, ni l’énergie pour remédier aux maux de la société.
En outre personne n’ignore que certains industries — et le nombre en est considérable -- ne. rapportent rien à leurs propriétaires, aux actionnaires qui ont fourni le capital de fondatmn. Les dividendes y sont inconnus ou rares. Comment pourrait-on y consentir à une augmentation de salaire ? Fermer ces établissements plongerait ^ dans la misère une foule de familles. On ne peut
y songer, pas qu’à plus payer d’avantage les ouvriers. Ces circonstances et d’autres analogues imposent la plus grande réserve dans l’application des théories. Aussi c’est surtout par la création des unions professionnelles et l’entente entre travailleurs et patrons que l’on arrivera à une amélioration sûre et durable de la condition des classes laborieuses.
j J’emploie à dessein le terme d'unions profession-
nelles poux dountr k entendre qu il ne peut être question, à mon avis, de restaurer les corporations , du moyen-âge. Ces institutions présenteraient de
' nos jours les plus graves dangers pour la religion.
■ la moralité et l’ordre public. Elle se transforme-
raient promptement en corps politiques au sein I desquels un petit nombre d’hommes, exerceraient
' une autorité absolue, une véritable tyrannie. Il en
était ainsi déjà aux derniers temps de leur exisi tence. En outre l’accroissement de la population
ne permet plus de fermer l’entrée des métiers aux faibles et aux maladroits. Ce serait priver de tout 1 moyen de vivre des milliers d hommes et de famil-
les. Des unions pour l exercice et le développement du métier, des associations de secours mutuels entre gens du même métier c’est tout ce qu on peut viser à reconstituer aujourd hui et pour leur formation, leur division, leur multiplication il faut laisser aux individus une grande liberté, si l’on veut éviter les abus les plus redoutables. Un I certain milieu d’hommes et de choses peut-être
pour un ouvrier ou une ouvrière d’un danger gi ave qu’il doit éviter à tout pr.x, on ne d'^it point lii ravir tout moyen d’y échapper. Quand on voit c< qui se passe dans certains ateliers bien que Ü3res, on ne peut méconnaître que la restauration d J passé engendrerait les pires désordres. La plupart des ouvriers perdrait en fait leur liberté civile, P DÜtique et religieuse; leur moralité serait exposée a ax plus graves périls.
L’essentiel pour les corporations régénérées c’est dî posséder la personnification civile et, par elle, dî pouvoir gérer leurs intérêts communs, de concert et détendre leurs droits, d’être à même de recevoir des dons, des subsides privés et gouvernementaux qui forment un tond permanent destiné à subvenir à tous les besoins de la vie ouvrièr •, accidents, chômages, retraite, pension, etc.
A ce propos je dois rappeler une distinction que l’on ne comprend pas toujours ou que l’on perd parfois de vue. C’est celle des coopératives de consommation et de production que l’on confond malheureusement et que l’on condamne également comme nuisible au petit commerce et cela au détriment d’institutions des plus utiles. Qu’on me permette donc de remettre les choses au point ; dernièrement encore, un publiciste bruxellois, c immerçant lui-même, s’élevait, bien à tort, contre If second genre d’institution dont il ne saisissait pas la vraie nature.
La coopérative de consommation a pour but d acheter en gros certaines marchandises, de con- Cintrer en quelques mains certains objets de commerce pour les revendre à bas prix soit à ses membres seuls, soit au public en général. Il est é/ident que l’abaissement des prix, produit par ce procédé, ne peut être suivi par les petits détaillants qui perdraient certainement à ce genre de commerce et seraient bientôt ruinés; conséquemment
on ne peut permettre que cette espèce de société prenne trop d’extension : tout au moins ne doit-on point trop les favoriser sans raison spéciale.
La CO pérative de production est tout le contraire. C’est une association d’ouvriers, de petits commerçants ou industriels fondée pour l’exploitation plus avantageuse de leur métier, de leur trafic, pour l’achat en commun des matières premières : — du cuir, par exemple, pour les cordonniers, du bois pour les menuisiers, — pour la recherche de la clientèle, la prohibition d’une concurrence déloyale, l’abonnement aux revues, aux gazettes spéciales et autres objets analogues Des sociétés de ce genre ne peuvent, sans doute, que favoriser le commerce de détails et arrêter les envahbsements des grands magasins l’absorption des bénéfices, par quelques ma son.s montées sur un haut pied. Elles méritent donc toute sympathie ; il serait fâcheux que l’ignorance de leur nature empêchât ces utiles institutions de se créer et se développer selon les besoins.
Participation aux bénéfices.
Nous avons traité jusqu’ici la question du salaire ; nous devons y rattacher celle de la participation aux béi éfices, débattue avec non moins d’ardeur. L’une n’est en réalité que le corollaire de l’autre. L’ouvrier a t-il droit de réclamer outre le prix de sa journée de travail, une part quelconque du bénéfice que ce travail procure à celui qui le lui a commandé.
Cette question très simple en apparence est au contraire l'une des plus compliquées qui existe, l’une des plus difficiles à résoudre. Pour le taire avec méthode nous devons faire certaines distinctions nécessaires.
En ce qui concerne le passé, l’ouvrier, ce sembl< , ne peut rien réclamer. Il a été tenu en dehors de toute participation aux bénéfices par suite d une CO ivention tacite admise partout et dont le Divin auteur de la loi évangélique semble avoir reconnu la licéité en proposant la parabole des ouvriers de la XI* heure. En faisant dire au rnaître que les ou vriers des heures précédentes avaient reçu tout ce qui leur était du en justice, Notre Seigneur a re:onnu, ce semble, la légitimité de la coutume.
Quant à l'avenir, l’ouvrier qui réclamerait une part des gains et poserait cette condiiion a 1 accepta ion du travail, ne pourrait pas être taxé de prête ition injuste. .
Le patron de son côté, bien entendu, ne dcit
pî s être tenu d’accepter ce contrat et pourra cherci er ailleurs des travailleurs qui se contentent à moins dès qu’il a des raisons sérieuses de refu-
SG r.
Il en est ainsi, je pense bien, si l’on ne consulte que les principes de la justice commutative. Mais si l’on se place au point de vue de l’ordre social et d( l’équité na’urelle. on ne peut méconnaître qu’il est désirable de voir les patrons industriels et com^merciaux laire une certaine part de leurs gains à C(ux qui les leur font acquérir. Si l’ouvrier ne P *ut vivre sans le salaire qui lui est payé, d autre pirt le maître ne peut se procurer ses bénéfices Sc ns le travail de l’ouvrier, il y a corrélation de dépendance entre les deux services et il est équitab e que les deux parties en tirent avantage dans U ae certaine mesure en tenant compte de la part plus grande que le patron prend à la ^eu^site de l’entreprise
Mais quelle est la mesure qui répond aux besoins d^s temps actuf Is ? Voilà la difficulté du problème social qui nous occupe.
Si toute entreprise produisait toujours des bériéfices, la solution en serait des plus aisées Mais, on ne le sait que trop, les entreprises de tout genre et de toute importance ne sont que très rarement sûres du lendemain.
Il en est même qui n’ont jamais produit que des mécomptes. Que l’ouvrier participe toujours aux gains et jamais aux pertes, cela ne paraît pas équitable d’autant plus que le salaire doit restei perpétuellement intangible. Mais ce manque d équité est plus apparent que réel. En fait, quand un etablissement industriel ne produit plus de bénéfices, la participation cesse par soi-meme ; si elle est en perte, elle se traduit par la cessation du travail ou une diminution forcée de salaire, ainsi 1 égalité se maintient de soi-même.
Si les actionnaires font quelques sacrifices en raison des bénéfices antérieurs ce n’est que juste et
légitime.
On a cherché à tourner la difficulté en préconisant pour les travailleurs! épargne et 1 achat d acticms qui ferait ainsi participer aux dividendes. Ce moyen est bon tant que 1 industrie piospere, mais le produit des épargnes ouvrières pourraient bien périr un jour avec elle.
Notons encore que si cette coutume se généralisait la situation financière des industries incapables de la suivre deviendrait bien difficile et bien précaire. La seule solution pratique est de donner, en temps heureux, un supplément de paie a la fin de l’année tout en augmentant le fond de leserve ou bien une concession gratuite d actions réglée avec prudence. Il est est qui ont adopté ce système et qui s’en applaudissent, les ouvriers travaillant plus de zèle et de ponctualité en vue de la part de dividende à recueillir. C est un exemple à suivre quand on le peut. Ce sera surtout aux unions professionnelles et aux conseils d arbitrage qu il appartiendra, en chaque circonstance paiticuliere, de
inncher les difficultés pendantes et de faire àchacu 1 sa part. Etablir un principe général me paraît abiolument impossible.
Jne chose m’a toujours étonné c’est que les sociétés industrielles qui ne distribuent aucun dhidende, qui font travailler même parfois à leur détriment, ne fassent pas mieux connaître aux OU' Tiers leur état précaire, les sacrifices même qu’ils s’imposent pour eux ou pour faire subsister leu* industrie. Ce serait le meilleur préservatif cortre les prétentions dangereuses. Il ne faut pas trop multiplier lescauses de déficit et de ruines, ou biei l’industrie périclitera et avec ellela satisfaction doi née aux réclamations ouvrières.
De L’intervention de l’État.
Jusqu’ici nous nous sommes occupé exclusivement de la question du salaire.
Mais le mouvement ouvrier en soulève beaucoup d’antres qui ont aussi donné lieu à de vives contro^ erses. La principale est celle de l’intervention de l’état que les uns admettaient et que les autres repoussaient avec une égale conviction. Aujourd’h li ce débat est clos pour les catholiques depuis que l’autorité religieuse a proclamé que l’inter vention de l’état est légitime et nécessaire lorsque des intérêts sont lésés ou menacés de l’être et qu’il n’y a pas d’autre moyen de les sauvegarder sufï samment.
Cm peut encore toutefois discuter l’étendue de cett3 intervention, c’est pourquoi nous voulons dire quelques mots de cet important sujet.
L es adversaires de l’ingérence de l’état dans les affaires commerciales et privées, les juristes imbus des principes du droit romain se font une idée plu! ou moins inexacte de la nature de l’état et du prit cipe de la propriété privée. Inconsciemment ils :onsidèrent l’état comme une entité à part aya it une origine, une existence, une fin indépendan e pour ainsi dire de celles de la nation et
comme tombée du ciel qui l’a superposée au peuple. Le terme état lui-même est de nature à favoriser d’une certaine manière cette appréciation fausse. Les mots : « gouvernement, pouvoirs publics » seraient plus propres à donner une idée exacte de la chose.
Or le gouvernement c’est la nation, la société elle-même dans ses mandataires, chargés de mettre à exécution ce qui est du devoir de la société en vertu de la loi divine. Ce devoir pour la société chiétienne c’est de procurer le bien des hommes ^ qui la composent et d’empêcher que de légitimes
V intérêts soient lésés quand les efforts des particu-
liers sont impuissants à c-t effet. Il en est ainsi, sans doute, en cette foule de cas où la santé, la vie même des travailleurs, l’existence de leurs familles sont compromises par un labeur trop prolongé, trop dûr ou trop dangereux, cans des conditions de temps ou de lieux qui présentent des périls sérieux pour la moralité des ouvrières, le bon ordre des familles, etc.
Ainsi la loi pourra réglementer la durée du travail, le travail de nuit ou du dimanche, celui des femmes, des enfants, etc. Tout cela est d’intérêt public ; cette réglementation importe même à l’existence de la nation.
I On objecte, il est vrai, le principe de la liberté
du travail, de la liberté humaine en général « qui donne a chacun le droit de chercher son propre bien par des moyens honnêtes et le rend seul juge de ce qui est son bien ».
^ Mais Ceux qui tiennent ce langage oublient d abord qu’en réalité, l’ouvrier n’est pas véritablement libre dans l'acceptation du travail imposé. Pressé le plus souvent par une nécessité qui ne comporte aucun retard, il s’engage où il peut et comme il peut et souvent sans savoir quel sera précisément le travail qu’on lui imposera. En
outre, si la loi protège bien les femmes, les mineurs, les prodigues contre leur faiblesse ou leurs ^ icts, elle peut également défendre l’homme adulte (onîre un entraînement funeste à la société même, car tous ce qui épuise les forces du peuple, des enfants, des mères de famille porte un grave préj jdice à la nation entière et précipite sa décadence, delà est d’autant plus vrai qu’en prenant la défense ce 1 ouvrier c’est en même temps sa femme et ses enfants que l’état couvre de sa protection, en ce cas comme en tant d’autres.
Les gouvernants, cela est vrai encore, n’ont c’autre pouvoir que ceux dont ils sont investis par Il nation, mais c’est précisément à celle-ci de leur conférer ceux qui sont nécessaire en bon ordre, au règne de l’équilé, à ia prospérité publique.
On oppose encore à l’exercice de ce pouvoir qu’il peut se présenter dtscas nécessitant une dérogaiion a jx règles établies. Cela est vrai et l’on doit en tenir compte, mais ce fait ne change rien au princ pe. Les conseils de l’industrie sont là pour autor ser une infraction ou l’excuser en cas d’urgence e ctrême qui ne permet pas de demander une autor salion préalable. L’inspection ouvrière sera là, ei outre, pour faire cesser ou prévenir les abus notables.
Notons en passant que cette inspection peut ê re organisée de deux façons. Ou bien l’inspecttur ouvrier fera partie d’un comité délibérant et r( digeant un rapport en commun ; ou bien il sera il dépendant de tout groupe et présentera directenient son rapport au ministère.
Le second mode paraît de beaucoup préférable. Le premier ne satisfera pas les ouvriers qui croiront toujours à une influence capitaliste sur le5 r; pports du comité et l’ouvrier inspecteur luin ême sera exposé à des pressions en divers sens. 1 rop souvent il en résultera que les gouvernants
ne connaîtront pas l’état réel des choses et des esprits et ne pourront pas prendre les mesures les plus convenables pour assurer le bon ordre et le redressement des griefs sérieux. La paix publique et l’équité en souffriront.
Les fonctions, la mission du représentant des ouvriers doivent être parfaitement définie et circonscrite ; pour calmer des craintes fondées, on pourrait statuer la peine de suspension, même de révocation pour cause de faux rapports, de calomnie, de pression, d’abus de pouvoir démontrés devant une cour ad hoc, office du travail, conseil d’industrie ou autre semblable.
Outre la personnification civile des unions professionnelles et les subsides importants accordés aux caisses d’assurance, de chômage, d’accidents, de retraite, etc , outre la réglementation du (ravail de jour et de nuit, de celui des femmes et des enfants, la régularisation des réglements d’atelier, la création d’une inspection ouvrière prudemment constituée, la fixation d’un minimun de salaire pour les travaux publics, la légalisation de ce même minimum déterminé par les syndicats mixtes, s’il y a lieu, ainsi que l’allègement des impôts qui frappent les familles vivant du travail manuel, il est encore d’autres mesures qu’il appartient au gouvernement de proposer à la législature, en ce qui concerne le service militaire, les écoles, les frais de justice et autres matières énumérées dans les programmes des Unions démocratiques chrétiennes.
Nous n’avons pas à les rappeler ici, bien qu’elles puissent contribuer beaucoup à la pacification des esprits en démontrant la sollicitude des classes possédantes, des catholiques spécialement, pour le bien être des travailleurs dénués des dons de la fortune, comme de tous ceux qui vivent d’un commerce modeste et précaire, d’autant plus dignes
d intérêt que leur sort est moins heureux, moins b: en assuré. Abandonner les malheureux, les hommes de dur labeur à la bonne volonté des particuln;rs,^ cest, a mes yeux, comprendre très mal les d( voirs de la )ustice et de la charité; c’est en outre p< rpetuer les abus et irriter les classes populaires er leur donnant lieu de croire qu’on ne veut
pj s sérieusement l’amélioration de leur sort terrestre.
Attendre qu’elles soient dans un dénuement ccmplet pour les secourir et par là se créer des dioits a 1 héritage celeste, c’est une charité si e^oiste, SI cruelle quelle ne sera pas certainement ac mise dans le ciel comme un titre à la récompense eternelle.
Quelques hommes politiques craignent, il est vrai, 1 ingérei^e de 1 état dans ce qu’ils considèrent
comme des affaires privées, ils redoutent les usurpations, sa partialité.
Mais, d abord ce n’est point une affaire privée,
la santé, les forces, le bien-être des neuf dixièmes de la nation, l’avenir, la paix des familles la constitution forte ou débile des enfants du peuple, le contentement des classes qui consti-
m nt la force principale du pays, qui lui donnent
k tranquillité ou le trouble, la prospérité ou la
Puis les craintes qu’inspire l’intervention de I rlat, telle que la réclament les défenseurs chrétieis du peuple, ne sont nullement justifiées.
^ dabitués aux luttes politiques certains hommes eminents ne distinguent pas le terrain social de cel ji sur lequel ils ont toujours combattu. Sur tous les points qui ont été indiqués plus haut l’Etat est imDuissant à commettre des empiétements, des mjjsiices. Il ne peut que ce que la loi permet. Quand une loi aura fixé, par exemple, le temps maximum du travail journalier, ce qui peut être
exigé des femmes et des mineurs, quand elle aura concédé la personnification civ le à certaines sociétés bien déterminées, même avec obligation pour lui de les subsidier d’une manière fixe et précise, quel abus de pouvoir le gouvernement pourrait-il bien commettre à ces divers titres ? Il serait impossible de les découvrir.
Si c’est une extension ultérieure de ces lois que l’on craint on se trompe évidemment. Quand on aura satisfait les désirs légitimes, on sera bien moins en pouvoir de porter les choses à l’excès ; le peuple justement mécontent est très facile à pousser aux extrémités.
Le droit de propriété.
D’autres économistes voient dans ces mesures une violation du droit de propriété, sacré, inviolable, absolu. Ils oublient que ce droit n’est ni théoriquement, ni pratiquement illimité. Il a déjà ses bornes dans les impôts, les expropriations, l’interdiction et d’ailleurs la loi n’agit ici que pour forcer les particuliers à remplir un devoir social et dans l’intérêt du salut public. Ce qui justifia son ingérence. La loi punit celui qui abuse des forces d’un animal et elle ne pourrait interdire d’épuiser celles de l’homme ! Ce serait là une théorie bien singulière.
D’ailleurs, comme nous l’avons remarqué plus haut, ce n’est plus un sujet de doute pour les catholiques. Enfin s’il faillait interdire tout ce dont on peut abuser, il faudrait supprimer l’humanité toute entière.
Nous nous arrêtons ici, non sans avoir ajouté une considération, une réflexion dernière, d’une hauteimportance.
Nulle construction matérielle n’a de chances de
durée si elle n’est posée sur des fondements solides.
^ ul édifice moral n’est assuré contre les bouleversements et les violences, s’il n’est basé sur des crircipes inébranlables. Or, il nest point de principes à l’abri des variations de l’esprit et du cœur l umain, s’il n’a son point d’appui placé au dessus ce l’homme, s’il n’est imposé à l’homme par un t ouvoir supérieur La religion est donc la hure la seule garantie durable des droits des faibles le seul soutien inébranlable de la justice (t de la charité. Ce n’est donc point seulement le sentiment de notre devoir envers Dieu, mais celui de l’amour du peuple qui nous fait cornbame pour la religion qui peut seule assurer son bonheur icihas. Il serait souverainement injuste d’attribuer à in esprit de parti, à un intéiêt de caste, à 1 attachenenl à un système, le carac'ère religieux que nous :herchons à imprimer à nos sociétés ouvrières. Chrétiens convaincus, certains de la rétribution utuie, éternelle de nos actes.nous regardons, nécessairement comme la supiême cruauté d exposer 'homme apœs une vie de labeur et de peine, a an malheur qui n’aura point de fin. C’est donc le sentiment de la pluspure charité qui inspire en nous nos actes et nullement un retour sur nous-rnemes, des pensées intéressées. Supposer le contraire est donc une criante injustice D autant pl'^s qne nul homme au monde ne peut-être certain de la cessation totale de son être après la mort et que la plus simple notion de la prudence nous dit de nous assurer contre des maux redoutables tout au moins
possibles aux yeux de tous
Toutefois le caractère religieux de ces œuvres ne peut être absolu ni universel, autrement nous ne pourrons jamaisgagner la confiance des grandes masses aux pays industriels, nous resterons sans action sur elles, dans l’impossibilité de leur faire aucun bien, d’améliorer leur sort ce que nous de-
vons désirer alors ou dire qu’elles resteraient indifférentes à nos principes. Nous les livrerions irrémédiablement aux doctrines desyuciives de tout ordre et de tout bonheur. Quand les foules indifférentes, hostiles mêmes, verront en nous leurs véritables bienfaiteurs, a.^xieux de leur procurer le double bien pour lequel l’homme est fait et que dans ces biens elles reconnaîtront leur vraie source, la doctrine évangélique, la cause divine sera gagnee comme celle de l’homme. Kt puis on doit bien se garder de confondre le terrain social avec le champ de l’action politique, une campagne électorale avec le travail de restauration sociale II y a la une confusion dangereuse sur laquelle il est superflu d’insister, mais qu’on ne peut passer entièrement
sous silence. . . .
Enfin, disons-le en terminant, dans toutes ces
considérations nous ne nous sommes préoccupés que des intérêts des ouvriers Mais il en est d au 1res qui sont aussi légitimes et respectables et que l’on doit soigneusement combiner avec les premiers ; non seulement par esprit de justice, mais encore parce que les uns et les autres sont connexes, inséparables et que l’on ne peut les envisager sans
nuire également à tous deux.
Je veux parler des droits des classes possédantes,
ri • des propriétaires et des industriels. Les ruiner c est
ruiner le peuple, arrêter l’essor de 1 industrie d un pays, c’est ôter le pain à une multitude de travailleurs C’est, en outre, manquer aux plus simples notions de l’équité naturelle. Gonsequernment dans toutes les mesures que l’on prendra en faveur de ceux qui vivent du travail manuel on devra tenir compte des intérêts partiellement opposes et ne point porter outre mesure le préjudice cause aux hommes qui détiennent les moyens de payer les
salaires et de faire fleurir l’industrie.
L’égalisation plus ou moins complété des tor-
Unes serait l’égalité dans la misère et rendrait im- } ossible l’érection des grandes institutions qui font li richesse intellectuelle et matérielle du pays On c boutirait au même résultat que le collectivisme : 1 égalité dans la servitude. Ce serait la perte du pays.
Autre chose est réformer des abus, réduire à de j isles proportions des inégalités excessives et dan- ^ereuses; autre chose, passer sur un pays un r iveau qui écrase toute activité matérielle ou norale, abatte l’esprit d’entreprise et ne laisser à i n peuple entier que cet état de médiocrité où il
I e peut que végéter et dépérir.
Ces réserves faites, voyons sans aucune crainte lî mouvement ouvrier suivre son cours nécessaire. Uéjouissons-nous au contraire de ce que nos frères t esogneux et souffrant auront une part un peu ï lus large aux biens communs de la famille \ umaine, à ce bien être nécessaire à la pratique ce la vertu. Si eda nous impose quelque saenhee et diminue un peu nos Jouissances, si l’on ne peut P lus compter sur ces fortunes énormes acquises en peu de temps, par contre nous aurons la satisfact on d’exercer une œuvre de chaiité générale bien sjpérieure à toutes celles dont nous pourrions regretter l’amoindrissement entre nos mains. Mais pour qu’elle soit méritoire faisons-là volontaire ; re nous la laissons pas imposer malgré nous, perçant ainsi ces mérites dont nous sommes justement jaloux. Ne laissons pas les ennemis de Dieu et de
II société en acquérir la gloire. Ce serait trahir la cause de Dieu et de nos frères; tous les malheurs cui peuvent fondre sur la société chrétienne ne s iraient imputables qu’à nous seuls.