I. Les limites du contrôle volontaire
En quelle mesure nos mouvements sont-ils volontaires, et en quelle mesure sont-ils involontaires? Nous avons déjà dit qu'aucun mouvement, considéré comme un tout, n'est exclusivement volontaire, et que certains détails en sont certainement exécutés d'une façon mécanique.
La coordination des mouvements est involontaire. Nous avons vu que dans beaucoup de cas simples, la coordination est l'œuvre de la moelle épinière, et dans beaucoup de cas complexes, celle de la moelle pro-^ longée, du pons, des corpora quadragemina et du
MOUVEMENT VOLONTAIRE SOQ
cervelet. Un animal privé de ses hémisphères cérébraux peut exécuter tous les mouvements fondamentaux. La coordination n'est pas affaire d'intelligence, mais d'instinct ; les voies nerveuses par qui elle s'accomplit ne sont pas déterminées par une expérience individuelle.
On dit communément que la nature prend soin de nos fonctions vitales ; nous n'avons pas besoin de vouloir l'action de notre cœur et de notre estomac. On peut étendre la même observation à la coordination des mouvements volontaires. Nous n'avons à vouloir le mouvement que comme un tout ; la nature prend soin des détails.
L'habitude, ainsi que l'instinct, gouverne beaucoup des détails du mouvement. Tous deux déterminent la forme que prendra le mouvement. On peut appeler l'habitude une coordination acquise. Elle dépend de l'expérience individuelle. Ses connexions nerveuses sont localisées dans les hémisphères cérébraux, exclusivement peut-être. Cependant un mouvement habituel n'est pas toujours accompagné de conscience dans ses détails. Les connexions nerveuses sont devenues si parfaites qu'on n'a plus besoin d'accorder de l'attention à la forme du mouvement. Une longue série de mouvements habituels peut continuer automatiquement, tandis que l'attention de la personne qui les accomplit est ailleurs. Et même lorsque le mouvement habituel est volontaire comme un tout, ses parties se combinent et se suivent sans l'effort des volontés.
En tant que la forme du mouvement est donc réglée par des coordinations instinctives ou habituelles cette forme devient involontaire.
3rO LK MOUVEMENT
Dans la production du mouvement, le facteur volontaire est la délcrminnlion du résultat que Von veut oldcnir ; les niovens d'v arriver sont ordinairement instinctifs ou habituels — en un mot involontaires. Je veux que ma plume écrive, comment ce résultat sera- 1 il réalisé, je ne le sais ni ne m'en préoccupe: mon attention est fixée uniquement sur le résultat.
Un principe général du mouvement volontaire est que r intention se réfère au but et non pas à la forme du mouvement, au résultat et pas aux moyens.
Parfois, comme lorsqu'on apprend un nouveau mouvement, il faut prêter attention à certaine partie du processus par lequel on atteint le résultat; pour le temps, cette partie devient un mouvement volontaire complet, un résultai, mais ses subdivisions se suivent automatiquement. Il est possible de prêter attention à une phase quelconque du mouvement et d'en faire un résultat, mais il n'est jamais possible de prêter attention à tous les détails à la fois. Ce que nous désirons, c'est toujours un certain résultat ; immédiatement le mouvement approprié est exécuté automatiquement, et le résultat est assuré. Le mouvement suit la pensée, non pas la pensée du mouvement comme processus, mais la pensée du résultat.
Eh quels termes cette pensée du résultat est-elle ])résent.e dans la conscience.^ Certains psychologues réi)ondent que les termes sont kineslhétiques ; « ce <[ue nous voulons immédiatement, disent-ils, c'est la réalisation de certaine idée kineslhétique. L'qntécédenl immédiat d'un mouvement volontaire est la reproduction de sensations kinesthétiques d'autres mouvements similaires dcyà exécutés ».
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Nous avons déjà repoussé cette opinion*. Nous avons vu que beaucoup d'individus sont incapables de trouver des images kinesthétiques qui précèdent immédiatement le mouvement ; ^ous avons trouvé des raisons physiologiques pour admettre que les mouvements des yeux et de la tête sont souvent directement provoqués par des sensations et par des idées visuelles et auditives, sans aucun intermédiaire kinestliétique, et nous avons conclu que les images kinesthétiques d'un mouvement ne peuvent pas être l'antécédent immédiat de ce mouvement.
Il est possible, sans doute, de désirer la perception d'un mouvement et de faire ce mouvement en conséquence ; mais c'est chose rare ; nous éprouverons rarement de l'intérêt pour la perception d'un mouvement.
Lorsque nous parlons, nous n'éprouvons aucun intérêt pour les sensations qui viennent des cordes vocales. L'idée que nous nous eflbrçons de réaliser est exprimée en termes auditoires, sinon en termes encore plus étrangers au mouvement réel.
Lorsque nous écrivons, l'idée conductrice peut être visuelle ou auditive. Nous pensons à ras|)ert ou au son, ou simplement au sens d'une |)hraso, et la pensée agit aussitôt d'elle-même pour nous faire écrire.
Si nous faisons usage d'un outil, le mouvement de la main suit l'idée du mouvement de Tout il. Nous serions incapables de décrire h l'avance comment nous allons mouvoir la main, mais nous pourrions