‹ Le Mouvements symbolisteChapitre 26 sur 26 · I. Paysages et Sentiments · texte numérisé non relu

I. Paysages et Sentiments

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-= i^ JE.\N MORÉAS ^

Irop iircc pour ne pas savoir que toute belle œuvre doit Unir dans une paix surhumaine et reconciliée. Toute beauté est à ce prix. Qui pouvait le mieux sentir cpic le poète venu pour nous de la ville sainte où la déesse armée et calme élit pour toute (leur l'olivier pacifique.^ L'œuvre, faite, le chantre des Stances pouvait s'en aller de ce monde : il n'y resta pas davantage et sa mort fut discrète autant que sa vie l'avait été. Il laissa à ses amis quelque reste de bien qu'il avait à Patras; puis, ayant assuré autant qu'il était en lui, la destinée des poètes, il mourut comme un héros, je veux dire tout simplement.

De l'immortalité tu respires les feux; Je te vois redresse, riche ornement du monde, Défiant du regard la sottise à la ronde, Tel que La Gandara te figure à nos yeux !

Sur nos fronts étonnés ton vers orageux gronde Et d'un chemin de ilamme unit la terre aux cieux. Ne parlez plus de tombe aux murs de nuit profonde. C'est un autel nouveau que l'on dresse en ces lieux.

Pris au dernier sonnet de V Apothéose, ces vers rendent parfaitement la pensée de l'Ecole romane à la mort de son chef. Le lien visible était seul rompu.

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La foi dans l'avenir fortifié par le passé n'a point quitté les survivants de la Pléiade, ni ceux qui sont venus vers eux. Le sonnet de Du Plessys témoigne de son art toujours vivant et de sa puissante maîtrise. Raymond de la Tailliède, dans son Quercy natal, prépare des drames antiques : Ajax dont nous avons déjà quelques beaux vers, Orphée et Prométhée. Charles Maurras porte dans la politique des vues nettes, d'une sagacité prophétique, comme il l'a montré par Kiel et Tanger. Lionel des Rieux, l'amoureux Chénier d'à présent, le joaillier des Neuf Perles de la couronne, a disparu de ce monde dans la moisson de deuil et de gloire dont notre France est couronnée. Qui l'eût dit, ce soir-là, dans les Champs-Elysées, quand il recevait Moréas avec faste dans sa maison et qu'une lecture à'Iphigénie réunissait l'Ecole romane, Maurice Barres, Berthelot, Paul Souday, tant de nobles poètes et de charmantes femmes ! Il avait appelé la gloire d'un cœur intrépide, elle a répondu autrement et mieux encore qu'il n'avait demandé.

Pourtant je sais, je sens, ô déesse farouche.

Que mon nom doit un jour s'envoler de ta bouche

Aux quatre vents des cieux.

Qu'un jour je te tiendrai soumise à mon caprice Et que tu prêteras ton aile inspiratrice

A mes désirs audacieux.

Ernest Raynaud, dans ce paisible Montrouge qui le faisait jadis voisin de Moréas, continue l'œuvre

-= s^ JEAN MOHÉ.VS ^ —

poétique : la Couronne des Jours ne s'est pas circuillce, vaine, dans ses mains. Il y a tressé, au hasard des heures, des mélodies de tous les rythmes, se souvenant sans doute que l'Ecole romane eut, entre ses amis, le musicien Gaston Dubrouil qui fit le Petit Chaperon rou(je sur un livret d'Abel Lefranc. Il faudrait tout citer, mais je choisis, faute de place, le plus court de ces poèmes :

Ghazel turque.

Tes larmes qui se réveillent Sont toutes blanches. Pourquoi ?

— C'est qu'elles suivent la loi

De l'homme; elles sont si vieilles!

Prenant une autre couleur, Tes larmes jaillissent vertes.

— C'est que le fiel de mon cœur S'échappe à portes ouvertes.

Mais à présent je les vois Toutes noires qui ruissellent.

— Je n'en ai plus, c'est pourquoi Je pleure mes deux prunelles ^

Que, plus tard, son humeur vagabonde le porte à visiter l'Allemagne — c'était en 191 3 — son cœur se révolte, malgré sa volonté de justice, à voir la France

I. E. Raynaud. La Couronne des Jours. Edition du Mercure de France.

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-» ^ LE SYMBOLISME <^ -

outragée par la basse vanité d'ennemis trop sauvages pour savoir respecter un adversaire momentanément abaissé. La vue d'un képi français placé sôus les pieds du cheval impérial — bien après que ce portrait équestre eut été peint — par un flagorneur un peu sot, la vue de nos drapeaux livrés aux bêtes (c'était pourtant bien symbolique!) dans le monument commémoratif de 1870, le soulèvent de colère et il écrit :

Assez!

Certes, en attendant l'heure (ah ! pourquoi si lente !) Où l'homme sera juste et ne tressera plus De couronnes qu'au front des paisibles vertus, Tout peuple chôme à tort quelque fête sanglante.

Mais nous, si quelquefois remontant notre pente, Même oublieux du Droit, nous avons combattu. Ce n'est pas pour au bronze enchaîner le vaincu Ni pour en triompher de manière insolente.

Pourquoi vous faire un jeu de jeter sans repos, Borusses 1 à la dent des bêtes nos drapeaux Encore tout gonflés d'héroïque tumulte.

Et quel acharnement féroce et maladroit Vous fait, dans cette image où caracole un roi. Piétiner le képi de nos morts en insulte * .

Parus en 191/i, ces vers parurent excessifs à

I. Les Deux Allemagne. Edition du Mercure de France. '^^^ 166 Cîg'îvi'

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quelques pacilislcs outranciers : celte variété existe. Quatre uiois après, ils nous semblaient prescjue trop calmes, clans la fièvre de la mobilisation. C'est un fait que le poète aime à citer et qui donnera sa note bizarrement prophétique dans les volumes de souvenirs que nous attendons de lui.

La pensée romane a fait son chemin. Rien des poètes lui sont venus : la nouvelle école méditerranéenne, dont Joachim Gasquet est le plus glorieux tenant et J. Charlcs-Biun le porte-drapeau, a puisé sa jeune force dans le groupe ofi Moréas a régné. Les libertés mêmes que le vers y prend, desserré de la technique parnassienne — comme Th. de Banville l'avait prévu, car il savait tout — raccordent les jeunes groupes régionalistes au souvenir de Lionel des Rieux et de ses illustres amis.

Un idéal sacré de patrie, de famille, de religion souvent, de règle toujours, est venu de ce renouveau latin. L'Ecole romane la première — la date de ses manifestes en fait foi — a rompu la chaîne romantique, remis à leur place les types chers aux dramaturges et tous les Rousseau de seconde main.

Emile Augier, qui fut souvent un charmant poète, se trouve avoir laison des partisans du délire et du désordre. L'auteur de Gabrielle doit sourire en voyant le poète des Citants séculaires chanter comme lui, bien que sur un mode infmiment plus élevé, l'union

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^ LE SYMBOLISME

sainte et définitive des époux, la joie du père qui sent autour de la maison les mânes chéris se réjouir à la venue du premier-né. C'est l'âme véritable de (( France la doulce », ce foyer reconstitué selon des rites immuables, et la Nature maternelle et l'orageuse Mer à qui la Volonté la plus forte a fixé des bornes précises, se rejouissent obscurément de voir les poètes, cette conscience d'un peuple, revenir à la Vérité, à l'Ordre, sans lequel le Rythme ne peut être, à cette attraction équilibrée sans laquelle rien ne serait, à la Loi par qui se meuvent les étoiles.

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