I. Courez tous, facteurs : demandez
Afin qu'il foule ma pelouse.
Monsieur François Coppée, un des Quarante, rue Oudinot, douze.
(Suscrij)tion d'une leKrc.)
-= -^ STKIMIANK MAM-MIMI': <^
maison gardait un silence gêné jusqu'au temps que le pr(^pos lut changé.
Un tel scrupule honore l'artiste. Cependant il serait bien doux de trouver dans quelques articles l'écho de celte conveisalion à la l'ois ailée et sérieuse qui charma les causeurs les plus dilTérents : l^anvillc et Jules Laforgue, Villiers de l'Isle-Adam et Marcel Schwob, Laurent Tailhade et Jean de Mitty. On regrette encore qu'une main pieuse n'ait pas rassemblé ses lettres pour l'édification des artistes qui prétendent ressembler à Mallarmé. L'œuvre, peu nombreuse, nous reste, de quoi nous allons parler.
Dès ses premiers poèmes, môme au temps du Parnasse, Stéphane Mallarmé prit une attitude particulière, un tour spécial qui eût empêché de le confondre avec pas un de ses frères. Iniluencé de Baudelaire, il en a toute l'amertume, mais il remplace la révolte par l'abstention, plus voisin en cela d'Alfred de Vigny dont il semble s'être inspiré dans la pratique de la vie. Le gentilhomme-poète était adoré de quelques-uns et Théodore de Banville lui a con-sacré des pages où l'homme est glorifié autant que son œuvre. Il se peut donc que le chantre d'Eloa ait amené Mallariiié à fuir les fâcheuses contingences
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dans une rêverie hermétique et voulue. N'est-ce pas lui qui a écrit :
S'il est vrai qu'au Jardin sacré des Ecritures Le Fils de l'Homme ait dit ce qu'on a rapporté ; Muet, aveugle et sourd au cri des créatures, Si Dieu nous rejeta comme un monde avorté, Le Juste opposera le dédain à l'absence Et ne répondra plus que par un froid silence Au silence éternel de la Divinité ^ .
Et encore :
Gémir, prier, pleurer est également lâche : Accomplis jusqu'au bout la longue et lourde tâche Dans ce monde où le sort a voulu t'appeler, Puis après, comme lui, souffre et meurs sans parler 2.
De tous, les romantiques, Vigny est le seul qui, par complexion aussi bien que par halDitude militaire, ait conservé ce mutisme fier, qui se soit enfermé dans cette (( tour d'ivoire » dont on a repris l'expression pour Mallarmé et qui a servi par la suite à bien des poètes de moindre envergure.
Les Fenêtres nous montrent Stéphane Mallarmé Parnassien encore, mais plein d'un dégoût à la Baudelaire pour tout ce que la vie montre de prosaïque et l'on peut rapprocher du Voyage ces vers :
1. A. DE Vigny, Le Jardin des Oliviers. Poésies. Delagrave, éditeur,
2, Id., La Mort du Loup.
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Ainsi pris du dégoût de l'Iiommo à l'àinc dure, A autre dans lo bouheur où ses seuls apprlits Maugeut, et qui s'enti^to à cluM'clicr cette ordure Pour l'ollVir à la fenuue allaitant ses petits,
Je fuis, et je m'accroche à toutes les croisées D où l'on tourne l'épaule à la vie
N'est-ce pas raccent même de Baudelaire :
La femme, esclave vile, orgueilleuse et stupide, Sans rire s'adorant et s'aimant sans dégoût, L'homme tyran jaloux, paillard, lâche et cupide, Esclave de l'esclave et ruisseau dans l'égout,
et ce qui s'ensuit. Comme chez Baudelaire, la fleur, poème d'amour ressassé dans les madrigaux, devient chez Mallarmé un très redoutable piège à philtres et à poisons :
Hosannah sur le cis*re et dans les encensoirs, Notre dame, hosannah du jardin de nos limbes ! Et finisse l'écho par les célestes soirs, Extase des regards, scintillement des nimbes !
0 Mère qui créas en ton sein juste et fort. Calices balançant la future fiole, De grandes fleurs avec la balsamique Mort Pour le poète las que la vie étiole.
(Les Fleurs.)
Comme Baudelaire, il veut fuir « n'importe où hors du monde » et son âme s'exalte au « chant des ma-
■^ LE SYMBOLISME ^-
telots ^ » . Mais il n'a pas l'âpreté du poète des Fleurs du Mal et je ne sais quoi de lassé en lui fait comprendre cette boutade de Charles Gros : (( Mallarmé, c'est un Baudelaire cassé en morceaux qui n'a jamais pu se recoller. » Néanmoins une personnalité curieuse se faisait jour dans le poète. Il mérite certainement le nom de poète impressionniste. Il a des peintres de cette école le goût de procéder par taches. Sa syntaxe même s'en ressent. Pour donner plus de rapidité à sa pensée, il supprime les conjonctions, les prépositions, souvent, et comme les Goncourt, le verbe. Gelui-ci, d'ailleurs, avait à ses yeux le tort de trop préciser l'action, de vouloir conter quelque chose au lieu de contraindre l'esprit à suivre le cours de sa pensée par des reflets et des mirages, comme on chercherait la topographie d'une ville engloutie par les remous brillants qui se plissent à ses clochers. Par ailleurs, s'il lui semble utile d'appuyer plus sur un détail, il redoublera la négation d'une façon toute imprévue :
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux, Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe, 0 Nuits ! Ni la clarté déserte de la lampe Sur le vierge papier que sa blancheur défend, El ni la jeune femme allaitant son enfant. Je partirai '^.
1. Mallarmé, Brise marine. Vers et Prose. Didier-Perrin , éditeur.