‹ Le moyen âge dans La légende des sìecles et les sources de Victor HugoChapitre 162 sur 303 · D. LE QUATRIÈME JOUR. — DIEU · texte numérisé non relu

D. LE QUATRIÈME JOUR. — DIEU

L'émancipation de ITtalie. — Le Quatrième jour d'ElcUs est précisément écrit pour éclairer, par des allusions non douteuses, cette destination de tout le morceau. Il en est la très claire affabulation :

1027. Spectacle ténébreux qu'un peuple décroissant!

Même quand tous sont là, l'on sent quelqu'un d'absent;

C'est l'âme, c'est l'esprit sacré, c'est la patrie... io32. Que ce soit l'Italie ajoute à ma douleur.

Ces vers sont-ils autre chose que le commentaire de la fameuse affirmation qui valut à Lamartine un duel avec Pepe : « L'Italie est la terre des morts » ?

Qui ne songerait au général Durando, quémandant auprès de Pie IX la bénédiction de ses drapeaux, prenant au Vatican son mot d'ordre et suspendant ses marches au gré des hésitations papales, et, en même temps qu'à Durando, aux généraux autrichiens devenus les bourreaux exécuteurs du Saint-Siège apeuré, en lisant ce développement :

io33. La chose est surprenante et triste que des traîtres, Des coquins, généraux de moines et de reîtres, Puissent rapetisser lentement dans leur main Un peuple, quand ce peuple est le peuple romain ?

Enfin, au terme de la prophétique évocation de l'Italie moderne secouant son joug et poussant jusqu'au ciel le cri « Liberté ! », qui ne reconnaîtrait la réfutation du mot de Metternich, « L'Italie n'est qu'une expression géographique, » dans cette protestation :

io63. Tous les peuples sont vrais, même les plus niés ?

Non seulement la source du Quatrième jour est tout entière dans la pitié du poète pour l'Italie contemporaine, mais la place finale de ce développement indique bien la volonté qu'a le poète d'éclairer le lecteur sur son véritable dessein.

Les Quatre jours d'Elciis ne sont dans leur ensemble qu'une généralisation symbolique de toutes les souffrances à travers les âges de l'Italie éprise de liberté et longuement opprimée par des tyrans divers.

Et c'est cette destination bien plus nettement accusée dans la pièce d'Elciis, que dans les trois autres Romances de Ratbert, qui a rendu nécessaire son élimination. Devenue trop voisine de l'inspiration lyrique des ChâtimenUiy

cette romance, presque entièrement remplie par des discours allégoriques, eût paru détoner au milieu du récit épique des cruautés de Ratbert. Ce récit, sans doute, n'avait point exclu, dans le détail, de nombreuses allusions à la situation présente ; mais il conservait un fond d'action historique et une allure toujours voisine de l'épopée.

La Romance d^Elciis eût mal cadré désormais avec un ensemble de poèmes épisodiques qui ne pouvaient oflrir avec l'histoire contemporaine que des allusions de détail.

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