‹ Le moyen âge dans La légende des sìecles et les sources de Victor HugoChapitre 175 sur 303 · L'expiation formidable est la règle · texte numérisé non relu

L'expiation formidable est la règle

est le résumé de la pièce du YII® livre :

Ce serait une erreur, de croire que ces choses Finiront par des chants et des apothéoses.

Châtiments, VII, X, i et sq.

Ce qui d'ailleurs, plus manifestement encore que toutes ces rencontres avec les Châtiments^ dénonce que toute l'inspiration italienne de la légende a découlé d'une source moderne, c'est le caractère de la pièce finale, celle que j'appellerai volontiers, la pièce de reviviscence, le Comte Félibien, datée du 18 novembre 1876.

Ui COMTE FELIBIEN

Tous les thèmes d'inspiration médiévale ont eu, dans la Légende des Siècles^ leur phénomène de reviviscence en 1874-76- Leur sève nourrit à cette date, une dernière tige tardive, mais de la pure essence de l'arbre primitif.

L'Espagne fait fleurir, comme dernier rameau : PaternUé; la France des Chansons de gestes: V Aigle du Casque; et l'Italie : le Comte Félibien.

Reviviscence de l'inspiration de l'exil. — Ces pièces de reviviscence proviennent, toutes, des débris des notes du poète et de ce qui subsiste dans sa mémoire de l'efFort primitif : souvent elles dérivent d'un trait de détail, négligé d'abord, mais repris par le poète ensuite, parce

qu'il était manifestement représentatif du caractère général de rinspiration.

Or, quelle est la source du Comte Fèlibien ? Elle n'est autre que le récit des atrocités commises par Radetzki à Milan ; le poète a puisé soit dans les journaux, soit plus vraisemblablement dans les Mémoires de Pepe^ déjà cités et utilisés par lui dans les Châtiments.

Voici ce que raconte le général Pepe :

« Un volume ne suffirait pas au récit de toutes les atrocités par « lesquelles se signala la rage des Autrichiens pendant ces cinq jource nées.

« On trouva un groupe de huit enfants, dont les uns avaient été « broyés contre les murailles, dont les autres avaient été jetés à terre « et écrasés à coups de pieds. On en trouva deux cloués sur une « caisse; un autre, traversé d'une baïonnette, avait été fiché à un arbre, « et se tordait dans une lente agonie sous les yeux de sa mère ! Un « autre était jeté sur le cadavre de sa mère qui Tallaitait, afin qu'il pût « téter encore; un autre avait le corps coupé en deux. Cinq tètes « d'enfants coupées furent placées sous les yeux de leur père mourant.

« Un fœtus, arraché du sein de sa mère, servit de jouet à ces mains « scélérates ^. » •

Une première fois, et sans transposer son récit dans un décor du moyen âge, Hugo avait tiré de toutes ces atrocités un acte d'accusation contre Pie IX :

264. On coupe à coups de knout le ventre aux femmes grosses. Le glaive a reparu hideux comme jadis.

Dans Brescia, dans Milan, on a vu des bandits Ecraser du talon le sein des vierges mortes ; Des vieillards au front blanc, massacrés sur leurs portes, Imprimaient à leurs seuils leurs doigts ensanglantés Et les petits enfants, du haut du toit jetés, Etaient reçus en bas sur les pointes de piques.

La vision de Dante, 24 février i853.

t. C est ainsi que Hugo désigne (cf. p. 190) la dernière partie dcë Mémoires de Pepe dont le titre véritable est : Histoire des Révolutions des guerres d'Italie en 1847-49- Paris, Pagnerre, i85o.

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