X' SIECLE
Minia'.ureB reprêcenlanl, leB euribu'-S des QUATRE èVANGfeLiSTES. Crncmer.ta et Majusoulas, tirés
O'UN EVANGELIAIRE LATIN, exéoulô en Anôleterre. ms 693 S. L. Bibl. nal. dî Pans.
F. SERÊ, OIRcXIT.
beaux iiionunienls de l'art grec chrélien : ce qu'il en reste d'intact
're témoigne de l'ancienne perfeclion de l'œuvre et légitime nos reerets.
Y Pendant le dixième siècle, c'est encore chez les artistes de la Grèce
qu'il faut chercher le beau dans l'art de la pointure des manuscrits. Le chef-d'œuvre de celle époque est certainement le Psaniier avec commcnlaires, appartenant à la Bibliolhèque Nationale (Gr. n" 139). Les nondjreuses allégories païennes, dont il est orné, en font un monument de la plus grande rareté : on serait disposé à croire qu'il a été peint par un artiste encore attaché aux ci-oyances du paganisme ; car cet artiste a personnifié dans ses compositions la Mélodie, la Valeur, la Douceur, la Force, le Courage, la Sagesse, la Patience, la Piophélie, la Nuit, l'Aurore, etc. Le coloris des Miniatures, les groupes de personnages, le caractère des têtes, les draperies des costumes, tout montre l'art antique dans sa plus haute expression. La peinture que nous reproduisons d'après cet admirable livre, représente le prophète Ézéchiel recevant des inspiralions jtendant la nuit (PI. n" VU).
Les livres manuscrits du dixième siècle, exécutés en France et ornés de I\Iinialures, sont assez rares. Deux célèbres ouvrages de cette époque sont conservés à la Bibliolhèque Nationale : l'un est la Bible de Sainl- Marlial de Limoges (A. L. n° S), si riche en ornements d'une élégance remarquable (nous en avons tiré les bordures n"" 7 et 8); et l'autre, la Bible, dite de Nnailles. dans laquelle un grand nombre de dessins au trail el enluminés offrent des armes, des meubles, des ustensiles, des costumes (i vils et militaires; mais l'exécution de ces dessins annonce une grande décadence dans l'art : les ligures sont représentées habituellement de face, quoique le bas du corps soit de trois quarts; le dessin est très-incorrect: les teintes et les diaperies sont des plus plates (voyez l'Ianche VIll). ITn autie manuscrit, contenant le Conunenlaiie d'Haiisson sur Ezéchiel (S. (îerm. 303), renlèrme aussi trois pages peintes, dignes d'attention: lune d'elles représente le siège d'une forteresse. Il faut donc mentionner ce manuscrit parmi les curieux monuments exécutés en France au dixième siècle.
Tiiutefois, si l'anK'lioration dans les arts, excitée j)ar le gi'-nie de Chariemague , s'é'tait dejii sensiblement anètc'e en France au <lixieme siècle, il en fut (II' même pai'uii les artistes anglo-saxons et visigothlipies de ce même période, lu Evangi'liaire laliu . exécuté en Angleterre (S. L. ()i)3'i. |)rouve notre asseition; mais on y reconnaît, en même temps, que l'ail dOiiier les livres était moins (ii'gc'néré que celui de dessiner des ligures humaines : la |ilan<lie n' VIll bis, (pie nous empruntons \\ cet Fvaiigt'liaire, en tloimera une idée exacte |iai' le fac-similé de la ligure del7/o;/;///f'(pii.dans ropinioii
des artistes tlo ce pays au dixième siècle, élait le symbole de saint Mathieu l'évangéliste. Cette figure est, en effet, d'une très-singulière composition, tandis que les ornements et les lettres capitales qui se trouvent dans ce volume peuvent être cités comme des chefs-d'œuvre de finesse et d'élégance. Quant aux peintures visigothiques du manuscrit S. L. 1076, il serait difficile (le détailler tout ce qu'elles ont de curieux. C'est un art tout h fait étrange, qui ne ressemble en rien h d'autres monuments contemporains. Les animaux fantastiques et les oiseaux, qu'on y voit représentés, se rapprochent souvent du style anglo-saxon. Ce précieux volume contient le texte de l'Apocalypse de saint Jean; il est orné de nombreuses peintures, dignes ii tous égards de la plus grande attention : il nous a fourni la bordure n" 9.
L'Allemagne voyait alors s'améliorer l'art de peindre les Miniatures; elle (levait ce progrès inattendu à l'émigration des artistes grecs, surtout à ceux (le Conslantinople, qui vinrent auprès des empereurs d'Allemagne chercher un refuge contre les troubles habituels de l'Orient. Ces artistes continuèrent d'appliquer leurs talents à la composition des sujets chrétiens, et il nous est parvenu quelques beaux manuscrits de celte époque. On peut citer, entre autres, deux Évangéliaiies latins Bibl. Nation.. n'>« 817, A. F., et \Ï0. S. Cerm.), dont les peintures révèlent assez l'inlluence des artistes grecs, par la finesse des tètes : les pieds et les mains des personnages sont bien dessinés, et les draperies bien agencées. Aussi, le progrès est-il immense, si l'on conqiare ces peintures avec celles de l'Evangéliaire théotisque déjà cité. Il en est de même au siècle suivant. Notre planche IX reproduit une page d'un beau manuscrit (A. F. n" 275) de la Biiiliolhèque Nationale , qui est du conmiencement du onzième siècle et qui contient le texte des Évangiles. Un autre, à peu près contemporain, rappelle, dans une de ses peintures, l'usage, assez fréquent alors, de consacrer un livre en le déposant sur un autel h titre d'olfrande, soit qu'il contînt un texte sacré, soit qu'il perpétuât les inmiortels ouvrages de la latinité païenne. Le personnage qui avait fait exécuter ce beau volume (n" 1118, S. L.) est représenté au moment oii. soutenu par deux anges, il va déposer son livre sur l'autel. Enfin la bordure n 1 1 est tirée d'un Évangéliaire du même temps, conservé dans la Bibliothèque de Munich.
Mais, en Fiance, le clergé prècliait la fin du monde pour le premier mill('naii'f qui allait s'accomplir. On fut donc occupé à toute autre chose, qu'à orner des livres. Aussi , le onzième siècle est-il celui (]ui nous a légué le moins de monuments de peintures chrétiennes ou autres : le volume n" 821 (le la Bibliothè(iue Nationale nous représente le dernier degré de l'abaissement de cet art. (PI. IX bis.) Rien au monde n'est plus barbare ; "rien n'est plus éloigné du sentiment du beau et même de l'idée du dessin. L'ornemen-