BISSON ET COTTARD, EXC
Fhenomènes ANTEDILUVIENS. C3lqués sur les originaux. f i 2 de la Chronique de Nuremberg, imprimée en 1493
F. SERE, CIREXIT.
Croyances et superstitions populaires, PI. Il bis
F. Séré del. A. Bisscn et Cottard. exe.
Phénomènes antédiluviens, calqués sur les originaux, fol. 12 de la Chronique de Nuremberg,
imprimée en 1493.
F. SERÉ, DIREXIT
ne lui découvert ou imaginé qu'au douzième siècle, cl il acquit bientôt une célébrité qui courut d'un bout de l'Europe à l'autre : les principaux écrivains de ce temps-là, Mathieu Paris, Jean de Vilry, Vincent de Beauvais, ne dédaignèrent pas de s'en occuper très-sérieusement, tandis que la poésie des trouvères et des minnesingers faisait circuler de Bouche en bouche cette légende sombre et merveilleuse qui devait bientôt inspirer le Dante. Suivant celte légende, Jésus-Christ avait conduit saint Patrice dans « une moult
grant fosse qui estoit moult obscure par dedans» et il l'y laissa un jour et une nuit; en sortant de là, le saint était expurgié de tous les péchiés qu'il fit oncques : il n'eut rien de plus pressé que de faire bâtir, près de la fosse, une moult belle église et un couvent de l'ordre de saint Augustin. Après sa mort, la foule vint en pèlerinage ; quelques téméraires osèrent pénétrer dans la fosse, et la plupart ne reparurent jamais. On eut pourtant des nouvelles du purgatoire, par l'entremise d'un chevalier anglais, nommé Owen, qui avait commis de si gros péchés, qu'il résolut de s'en délivrer à l'instar de saint Patrice. 11 se prépare donc à descendre dans la fosse : il prie et jeûne pendant quinze jours; il communie, reçoit l'extrème-onction et fait célébrer ses obsèques; puis, sans cuirasse et sans armes, protégé seulement par la foi et la grâce, accompagné de moines et de prêtres qui chantent les litanies des morts, il se rend à l'ouverture du trou et il s'y glisse en rampant sur les mains et sur les genoux au milieu des ténèbres. Bientôt une clarté « comme il y en a en ce monde es jours d'hiver vers les vespres » lui permet de voir qu'il se trouve dans une vaste salle à coulomnes et à arches, et que douze grands hommes vêtus de robes blanches viennent à lui pour le
Le Purgaloire de monseigneur saint Patrice, d'après une mima du M\ l siècle [Mss. franc. N" 6325, Bibl. Nat. de Paris].
commence le Purgatoire de monseigneur saint Patrice. D'après iii'l' ninialure du XVe siècle (Mss., N" 7T.8S, A. F. Bibl. nat. de Pans).
réconforter . — « Geste salle sera lanstosl plaine de deables qui moult cruellement te tourmenteront, lui disent ces fantômes. Garde bien que lu aies le nom de Dieu en la remembrance. » En effet, les démons accourent avec des cris de joie et de fureur; ils entourent le chevalier qui résiste à leurs tentations et à leurs menaces; ils l'enchaînent, ils l'emportent dans les profondeurs du gouffre, jusques « en un plain champ moult long et moull plain de douleurs. Là avoit hommes et femmes de divers âges, qui se gissoienl tous nus, trestous estendus à terre le ventre dessous ; qui avoient des clous
Mœurs et usages de la vie reh;
Fol, V.
ardans Gchiés parmi les mains et parmi les pies, et y avoit un grant dragon tout ardanl qui se seoit sus eulx et leur fichoit les dens tous ardans dedans la char. » Owen poursuit sa route et rencontre, toujours escorté par les diables, d'autres supplices plus douloureux, à mesure qu'il approche de l'enfer : il voit une foule d'âmes plongées dans des cuves remplies de métaux fondus. « Or est la vérité que trestous ces gens ensemble si erioienl à haultevoix et pleuroient moult angoisseusement. » Bien lui prend d'invoquer le nom du Christ, lorsqu'il s'avance jusqu'aux abords de la géhenne infernale et qu'il aperçoit les âmes des damnés, semblables à de grosses étincelles volant à travers les flammes. Cette invocation l'a délivré des diables, et il peut arriver sans encombre à la porte même du séjour des bienheureux. Ce n'est pas la Jérusalem céleste, c'est le paradis terrestre, celui-là même dont fut chassé le premier homme et qui reçoit maintenant les âmes purifiées au sortir du purgatoire. Ce paradis ne pouvait pas différer de la peinture que nous en fait la Bible, et le bon chevalier n'y remarqua rien de plus que des prés verts délicieux, des arbres, des fleurs, des herbes, des fruits de toute sembtance et de toutes délices de beautés, et de plus, deux archevêques qui lui indiquèrent de loin le ciel des élus et l'entrée lumineuse du véritable paradis. On comprend que le chevalier, à son retour dans notre monde sublunaire, se soit empressé de raconter toutes ces belles choses qui furent recueillies comme paroles d'évangile. Le purgatoire de saint Patrice n'eut pas besoin d'autres lettres de créance pour être reconnu comme vrai et authentique par l'Église et par toute la chrétienté. Les moines, qui en avaient la garde et le revenu , en montraient bien la porte aux pèlerins que la dévotion et la curiosité amenaient en Irlande; mais le trou restait fermé et impénétrable, si bien qu'il ne fut donné à personne de recommencer l'excursion souterraine du chevalier Owen. Cependant chaque nation a tenu à honneur de se faire représenter par un des siens dans les récits, rédigés en différentes langues, qui nous ont conservé le souvenir des voyages faits au purgatoire de saint Patrice, tant celte Croyance superstitieuse s'était, en quelque sorte, nationalisée partout dans l'Europe du Moyen Age.
Une Superstition non moins célèbre , qui date du même temps, et qui paraît avoir été rapportée d'Orient par les premières croisades, c'est celle du Juif-Errant, que les habitants des campagnes croyaient voir dans tous les mendiants étrangers, à longue barbe blanche, qui passaient d'un air grave et mélancolique, sans s'arrêter, sans lever les yeux. et sans parler à personne. Le passage du Juif-Errant dans la plupart des pays chrétiens, et dans un grand nombre de villes, a été constaté par les chroniqueurs, et sa légende, recueillie dès le treizième siècle par Mathieu Paris, trouvait peu d'incrédules, à l'époque même de la Béformalion , qui faisait une si implacable guerre aux Croyances superstitieuses. Celte légende fut racontée, en 1228, aux moines de Saint Alban, par un archevêque arménien , à son arrivée de la Terre-Sainte en Angleterre. Cet archevêque, interrogé sur «le fameux Joseph, dont il est souvent question parmi les hommes, » déclara trèsdélibérément qu'il le connaissait pour l'avoir reçu souvent à sa table. Voici l'histoire de ce Joseph. Il se nommait Cartaphilus. et était portier du prétoire de Ponce-Pilate.
quand Jésus fut entraîné par les Juifs, pour être crucifié. Jésus s'élant arrêté un instant sur le seuil du prétoire. Cartaphilus le frappa d'un coup de poing dans le dos, et lui cria d'un ton moqueur: — « Va donc plus vile. Jésus, va! Pourquoi t'arrêtes-tu?» Jésus se retourna et lui dit avec un visage sévère : - « Je vais, et loi tu attendras que je sois venu ! » Or, Cartaphilus, qui n'avait que trente ans au moment de la Passion, et qui rajeunissait chaque fois qu'il atteignait sa centième année, attendait toujours, depuis, la venue du Seigneur et la fin du monde. C'était un homme de sainte conversation et de grande piété, qui parlait peu et avec réserve, qui se contentait d'une nourriture frugale et de vêlements modestes, qui pleurait souvent et qui ne souriait jamais. Du reste, il annonçait le jour du jugement des âmes , et il recommandait la sienne à l'indulgence de Dieu. Celle légende avait de quoi faire impression sur le peuple, avant même que la Superstition l'eût surchargée de détails plus singuliers encore. Ce fut la poétique et rêveuse Allemagne qui caractérisa davantage la grande figure du Juif-Errant. Ainsi, au seizième siècle, lorsque chaque ville, chaque village s'attribuait l'honneur d'avoir donné l'hospitalité ;i cet infortuné portier du prétoire de Pilate, unévêque allemand, et non plus un arche vêque arménien , Paul d'Eitzen , raconte, dans une lelire datée du 2!» juin 1564 . qu'il a rencontré le Juif-Errant à Hambourg, et qu'il s'est entretenu longtemps avec lui. Ce Juif ne se nommait plus Cartaphilus, ni Joseph, mais Ahasvérus. C'était un grand homme , qui ne paraissait pas avoir plus de cinquante ans. Il avait de longs cheveux . flottant sur les épaules ; il marchait pieds nus; ses vêlements étranges consistaient en des (hausses amples, en une jupe courte qui lui descendait jusqu'aux genoux, et en un manteau qui tombait jusqu'à ses lalons. II assistait d'ailleurs au sermon, dans une église catholique', tout Juif qu'il était, et il se prosternait en pleurant, en soupirant, en meurtrissant sa poitrine, toutes les fois que le prédicateur prononçait le saint nom de Jésus-Christ. Il tenait les discours les plus édifiants , pourvu qu'on lui adressât la parole, car il était naturellement silencieux: il ne riait pas plus en 1564 qu'en 1228. et il fondait en larmes dès qu'il entendait jurer et blasphémer. Il mangeait et buvait avec une sohriété exemplaire , et n'acceptait que deux ou trois sous pour son usage , quand on lui offrait de l'argent. Son histoire ressemhlait beaucoup à celle de Cartaphilus, si ce n'est qu'il avait repoussé et injurié Jésus portant sa croix, lorsque Jésus s'arrêta pour reprendre haleine devant la maison, où il se trouvait, lui, avec sa femme et ses enfants, pour voir passer le roi des Juifs montant au Calvaire. « — Je m'arrêterai et reposerai ! lui avait dit le Christ indigné; toi , lu chemineras! » En effet, depuis cet arrêt, il avait quitté sa maison et sa famille, pour errer par le inonde et faire pénitence de sa dureté. Il n'avait revu Jérusalem que quinze siècles après en être sorti : « Il ne savait ce que Dieu voulait faire de lui, de le retenir si longtemps en celte misérable vie ! » On comprend l'émotion et la lerreur que laissait dans les esprits cette admirable légende qui personnifie en un seul homme tout le peuple de Moïse, et qui. sous la forme d'une imposante allégorie, retrace sa destinée vagabonde depuis le crucifiement de Jésus. On signala plus d'une fois l'apparition du Juif-Errant en France, en Allemagne et dans les Pays-
Bas, au seizième siècle, et toujours celle apparition, qui donna lieu à une foule de livrets et de placards, fut considérée comme le sinistre pronostic de quelque grande calamité publique. Ainsi, le Juif-Errant venait-il de se montrera Strasbourg, à Béarnais, à Noyon et dans plusieurs autres villes de France, lorsque Ravaillac assassina Henri IV. Une Superstition qui pouvait bien avoir la même origine que celle du Juif-Errant et qui ne fut pas moins populaire au Moyen Age et jusqu'à la fin de la Renaissance, c'est l'existence, dans l'Inde ou dans l'Abyssinie, d'un certain Prêtre-Jean, roi et pontife, moitié juif et moitié chrétien, qui. depuis des siècles, gouvernail un vaste empire où la main de Dieu avait rassemblé plus de merveilles que dans le paradis de Mahomet. Tous les chroniqueurs, lous les voyageurs du treizième siècle, que la tradition du Juif-Errant avait préoccupés. Mathieu Paris. Jacques de Vilry, Jean Carpin, Marco Polo, s'étaient donné garde d'oublier le Prètre-Jean. Les récils que l'on publiait des richesses inouïes de ce personnage et du pays qu'il avait sous sa domination, semblaient bien faits pour exalter l'imagination et la cupidité du pauvre peuple. Ce fut aussi un évèque d'Arménie qui, en 1145, apporta en Europe les premières nouvelles de ce fabuleux Prêtre-Jean. Depuis, beaucoup de particularités bizarres et fantastiques vinrent de toutes mains s'ajouter à la légende originale et en augmentèrent la vogue. Pas de voyageur qui , ayant visité l'Afrique ou l'Asie, osât s'inscrire en faux contre celle Croyance généralement admise dans la chrétienté; les plus menteurs prétendaient même s'être renseignés sur les lieux et n'étaient pas avares de récils incroyables qu'on accueillait en Europe avec autant de confiance que de crédulité. Celte espèce de pape immortel de l'Orient avait plus d'une fois troublé le sommeil des papes d'Occident, successeurs de saint Pierre, comme si le schisme devait venir de bien loin pour attaquer la papauté. Ce fut peut-être un partisan secret de la Réformation, qui s'avisa d'écrire, en 1507. à l'empereur de Rome et au roi de France, sous le nom du Prélre-Jean. Dans celle lettre curieuse , rédigée en français (imprimée sans lieu ni date, in-4° de 12 feuillets, golh.). le Prètre-Jean. qui s'intitule par la grâce de Dieu roi tout puissant sur lous 1rs rois chrétiens , fait une profession de foi assez orthodoxe et invite le pape Jules H et Louis XII à venir sans façon s'établir dans ses états qu'il leur représente comme les plus beaux et les plus riches du monde. On y trouve, en effet, une foule de choses qui ne se voient que là et dans les contes de fées; c'est là qu'on rencontre la licorne, le phénix, le griffon, le rock , des bœufs sauvages à sept cornes, des lions rouges, verts, noirs et blancs, des sagittaires ou centaures, des hommes à tète de chien, des pygmées qui sont bons chrétiens et qui ne font la guerre qu'aux oiseaux, des dragons à sept tètes; c'est là que jaillit la fontaine d'Eau de Jouvence et que l'Arbre de Vie a été planté exprès pour produire le saint-chrême, qui sert aux usages des sacrements de l'Église. On n'avait donc pas lieu de s'étonner si cette région bénite était terrible pour les pécheurs, tellement que celui qui commettait le péché de luxure périssait par le feu et celui qui osait mentir courait risque de la hart. Quant au palais du maître de ce singulier pays, on devine qu'il devait être de cristal avec un toit de pierres précieuses et des colonnes
d'or massif. Mais ce n'élait pas encore le plus extraordinaire : « Une autre grant merveille y a en nostre palais, dit le Prêtre-Jean au pape et au roi de France, c'est assavoir
que nul manger n'y est appareillé fors que en une escuelle, un gril et un tailloir qui sont pendus à ung pillier. Et quand nous sommes à table et nous désirons avoir viandes, elles nous sont appareillées par la grâce du Saint-Esprit. » Le pape et le roi de France n'auraient pu en offrir autant à leur heureux correspondant , qui devait être bien fier d'avoir le Saint-Esprit pour cuisinier. On comprend que les rois de Portugal, Jean II cl Emmanuel, aient envoyé plusieurs expéditions dans l'Inde et en Abyssinie pour s'assurer de la vérité de ces merveilles; mais ils ne réussirent pas à découvrir si le Prèlre-Jean régnait en Abyssinie ou en Tartarie. C'est dans ce dernier pays néanmoins, que les savants , peu superstitieux de leur nature, ont fixé la résidence d'un chef neslorien, nommé Johannes l'resbylcr, qui y aurait fondé
/ un empire puissant, au milieu du douzième siècle. De là , celte fiction du Prêtre-Jean , répandue dans le monde chrétien au Moyen Age et souvent mise
1^. en œuvre dans les inventions des poë-
L'Arbre de Vie ou l'Arbrn qui pleure, fac-similé d'une gravure sur boû du XVlt siècle, communiquée par feu ElzèarBlaze.
tes et des voyageurs.
On avait, sans trop d'efforts, rattaché au Prèlre-Jean et au Juif Errant le personnage de l'Antéchrist , qu'on attendait toujours depuis l'an 1000, et qui ne se pressait pas de paraître sur la terre, pour préluder à la fin du monde. On publia, à diverses reprises, que l'Antéchrist était né et qu'il ne tarderait pas à se révéler par des miracles; on prétendit même que ce fils de la perdition avait commencé son règne apocalyptique en prêchant la guerre et en évoquant la peste et la famine; mais si la famine, la peste et la guerre se niellaient d'intelligence contre les hommes, nul n'osait assumer la grave responsabilité du rôle d'Antéchrist ; aussi bien, le monde ne se préparait-il pas à finir. Le peuple n'en était pas moins persuadé que le monde finirait et que l'Antéchrist viendrait auparavant. Les gens
d'Eglise et les moines ne faisaient rien pour combattre celle Superstition qui leur avait été si profitable, toutes les fois que la crédulité populaire s'était émue de l'arrivée prochaine de l'Antéchrist et de l'imminence du jugement dernier. Ainsi, dès le quatrième siècle de 1ère chrétienne, saint Augustin n'accordait plus que quelques années de répit au genre humain, avant l'accomplissement des temps. L'époque de la fin du monde fut pourtant remise de siècle en siècle jusqu'au millénaire, qui, de l'avis des plus doctes et des plus pieux théologiens, était le terme préfix de cette grande catastrophe. « Au bout de mille ans. avait dit saint Jean, Satan sortira de sa prison et séduira les peuples qui sont aux quatre angles de la terre. » Cette prophétie n'avait jamais soulevé de doute ni de contradiction, et la lettre même de l'Évangile, où il est écrit que le Fils de Dieu viendra juger les vivants et les morts, lui servait de redoutable commentaire. En présence de ce jugement universel, les chrétiens ne songèrent plus qu'à se mettre en état de paraître devant Dieu; ils renoncèrent à tous leurs biens terrestres et les donnèrent aux églises et aux couvents: ils crurent inutile de cultiver la terre et de se livrer à leurs travaux habituels; ils quittèrent leurs champs, leurs boutiques et leurs maisons, pour se précipiter autour des autels. Celte année-là, il y eut des signes menaçants dans le ciel et sur la terre : éclipses, comètes, météores, débordements de fleuves, tempêtes, épidémies, stérilité. Un contemporain nous a laissé une peinture terrible de la désolation qui régnait dans tout l'Occident aux approches du terme fatal : la Superstition aggravait encore les maux réels de la misère publique; on ne parlait que de miracles effrayants : juifs convertis, morts ressuscites, vivants frappés de mort subite, spectres et démons sortant du fond de l'abîme. Enfin, la veille du jour où devait s'accomplir l'an 1000, toute la population en larmes et en prières s'entassa dans les églises; on attendait, en frissonnant, le son des sept trompettes et l'apparition de l'Antéchrist; mais le soleil ne s'obscurcit pas, les étoiles ne tombèrent pas. et la nature ne vit pas ses lois interrompues. Ce n'était qu'un retard, disait-on. et l'on comptait avec anxiété les jours, les semaines, les mois : on ne se rassura qu'au bout de plusieurs aimées d'angoisses. Depuis celle époque mémorable, la fin du monde semble ajournée, par un effet de la grâce divine, mais toutefois, à différents intervalles, elle fut de nouveau annoncée avec plus ou moins d'à-propos, notamment par Arnaull de Villeneuve, qui la metlait en 1395. Au commencement du seizième siècle, les luthériens eurent l'étrange idéede voir l'Antéchrist dans le pape de Rome, qu'ils ne désignèrent plus autrement. L'Allemagne protestante n'hésita donc pas à croire les sinistres prophéties d'un fameux astrologue, Jean Stoffler. qui voulait que le monde finit en 1521 par un nouveau déluge. 11 y eut un théologien de Toulouse, nommé Auriol. qui fit construire une arche, par mesure de précaution. L'épouvante générale, que les prédictions de Stoffler avaient causée, reparut dans les dernières années du seizième siècle et se prolongea jusqu'en 1 6 10. «Le bruit de la fin du monde, dit un historien breton le chanoine Moreau), alla si avant, qu'il fallut que le roi Henri IV, lors régnant, par édit exprès, fît défense d'en parler. » On disait que l'Antéchrist était né à Babylone et que les Juifs se disposaient à le reconnaître pour leur messie. Un démoniaque exorcisé
déclara que cet Antéchrist avait vu le jour, aux environs de Paris, en 1600, qu'il avait été baptisé au sabbat, et que sa mère, juive d'origine, nommée Blanchefleur, l'avait conçu par l'œuvre de Satan. Une sorcière prétendit avoir tenu sur ses genoux cet enfant diabolique, qui avait des griffes au lieu de pieds, ne portail pas de chaussures et parlait toutes les langues. Ce ne fut pas la dernière fois que l'on vit s'émouvoir les Croyances populaires à l'égard de la fin du monde, et le personnage mystérieux de l'Antéchrist, que les artistes du Moyen Age avaient revêtu des traits les plus conformes au rôle que lui prête I apocalypse, est encore présent à l'imagination des bonnes gens de campagne, qui nom garde, en le jugeant armé de griffes, de cornes et de queue, de le confondre avec le pape. Plusieurs écrivains catholiques et prolestants, qui n'étaient pas moins superstitieux que le peuple, sans être aussi ignorants que lui. avaient rattaché à l'Antéchrist la fable de la papesse Jeanne , que la critique moderne est enfin parvenue à exclure de l'histoire des papes. Cette fable, néanmoins, grâce à son caractère satirique et romanesque , a trouvé longtemps des défenseurs complaisants, et le savant Vignier lui-même, dans son Théâtre de l'Ante-Christ, n'a pas hésité a l'admettre comme authentique, malgré son invraisemblance choquante et les contradictions que lui donne la chronologie. Mais des siècles passeront, avant que la tradition de la Papesse se soit effacée dans l'esprit du vulgaire. Cette Papesse était-elle en commerce avec le diable, incarné dans le corps d'un chapelain, et a-t-elle mis au monde, pour fruit de ce commerce exécrable, un enfant qui ne serait autre que l'Antéchrist ? Il résulterait delà, que l'Antéchrist, né vers 837, aurait été âgé de cent quarante-trois ans à l'époque de l'an 1000. où il devait apparaître. Quoi qu'il en soit, Sigebert de Gemblours, qui écrivait sa chronique an onzième siècle, et qui ne lit peut-être que copier un passage interpolé dans l'ouvrage d'Anastase-le-Biblioihécaire, raconte très-sérieusement qu'un pape, nommé Jean, successeur de Léon IV. en S.'i.'i , était femme , et que son sexe se trahit par un accouchement qui 1er mina son pontifical et sa vie. Les chroniqueurs et les théologiens hétérodoxes ornèrent à l'envi cette singulière légende. en essayant de la mettre d'accord avec les dates de l'histoire. Jean lîoucliet, dans ses Annales d'Aquitaine, affirme que la Papesse , enceinte des œuvres d'un sien valet de chambre secret, accoucha au milieu d'une procession , entre le Colysée et l'église de Saint-Clément, et il ajoute : « On dit qu'à l'occasion de ce , si et quand on laid un pape, que depuis ledicl temps on a accoustumé s'enquérir par un cardinal s'il a génitoires. » Jean Crespin, dans son
], i papesse Jcjitn.', d'apn
un,' miniature Ju XV* siècle [Mss. V i 878. i. I .
llibl. Ni!, ds Pan1.
État de l'Église, envisage, au point de vue calviniste, l'anecdote de la Papesse, et donne des détails plus circonstanciés sur son accouchement, en n'oubliant pas de rapporter cpie, pour empêcher le retour d'un pareil scandale, les cardinaux « ordonnèrent qu'un diacre manieroit les parties honteuses de celui qui seroit eslu pape, par dedans une chaise percée, afin qu'on seust s'il est masle ou non. » On a prétendu que cette chaise percée existait encore au Vatican, et l'on a même imaginé d'en faire le dessin, qui paraît être celui d'une chaise curule de sénateur romain. Il est permis pourtant de regarder comme l'Antéchrist ce fils de la Papesse et d'un moine, ou d'un démon, si l'on veut bien admettre, avec un célèbre ministre hollandais, qu'au moment où l'enfant sortit du ventre maternel, le diable prononça en Pair ces deux vers sibyllins, qui annonçaient la naissance de l'infernal précurseur du Christ :
Papa pater patrum, Papissse pandito partum Et tibi tune eadem de corpore quando recédant .'
L'accouchement d'un pape en habits pontificaux était bien fait pour annoncer la fin du inonde.
Les prophéties et les présages furent, d'ailleurs, les accessoires ordinaires de tous les événements historiques de quelque importance; ils étaient aussi, dans bien des circonstances, le prélude des moindres événements de la vie privée. Les oracles se taisaient depuis des siècles . dans les ruines des temples païens , mais on y suppléait par les prophéties écrites des Sibylles et de l'enchanteur Merlin. Les Sibylles , que l'on voit sans cesse représentées dans les sculptures et les vitraux des églises, étaient en odeur de sainteté auprès des chrétiens, pour avoir pressenti la naissance de Jésus, et la sibylle d'Erythrée surtout, pour l'avoir prédite. Quant à Merlin, barde du cinquième siècle, non moins fameux par ses prodiges que par ses prophéties, il fut adopté par la chevalerie, qui le protégea contre les foudres de l'excommunication, quoiqu'il passât pour fils d'un démon incube et d'une druidesse bretonne. La légende se chargea de corriger ce que son origine avait de peu édifiant , et bientôt ses prophéties, traduites dans toutes les langues , devinrent . jusqu'au seizième siècle, jusqu'à la publication des prophéties de Nostradamus. le seul livre ouvert de la destinée , où l'on trouvait la révélation de tous les grands faits qui devaient s'accomplir dans le monde. Ainsi, Merlin avait non-seulement pénétré les secrets de l'avenir le plus rapproché de lui, mais encore, à la distance de sept siècles, il entrevit la Pucelle d'Orléans tuée par un cerf dix-cors (Henri VI, roi d'Angleterre et de France), qui portait quatre couronnes sur son front. Ce n'étaient pourtant pas les seules prophéties qui eussent cours en Europe, avant celles de Nostradamus. Le recueil, connu sous le titre de Mirabilis liber, n'attendit pas. pour être consulté, qu'il fût imprimé, à la lin du quinzième siècle. Le grand nombre d'éditions qu'on en a faites partout, témoigne assez de la confiance qu'on lui accordait généralement. Ce n'était pas là l'espèce délivre que le clergé mettait h l'index. L'Église même prit sous sa protection spéciale les prophéties, dites Révélations, de sainte Brigitte de Suède . morte en 1373. et le concile de
baie les approuva en bonne forme, de sorte qu'elles furent lues et commentées dans les chaires de théologie. On les traduisit , on les imprima dans toutes les langues, et l'on y découvrit si souvent la prédiction des faits accomplis, qu'un traducteur anonyme, en publiant ces prophéties merveilleuses (Lyon. lo36. in-16), annonça qu'elles avaient été. jusqu'à présent , trouvées véritables.
Mais le succès des prophéties de Michel de Nostradanms surpassa celui de toutes les précédentes. Catherine de Médicis, et son fils Charles IX, plus superstitieux l'un et l'autre que le moins éclairé de leurs sujets , firent la fortune de ces prophéties , en y recherchant avec soin tout ce qui pouvait se rapporter a eux. et en ne dédaignant pas d'aller rendre visite à l'astrologue, retiré dans la petite ville de Salon, en Provence. Les courtisans crurent devoir imiter le roi et la reine-mère, et voulurent avoir leur horoscope. C'était dans les étoiles et les planètes, dans les révolutions de la lune et du soleil, que Noslradamus avait la prétention de lire les choses futures. Il composa, d'après ces observations astrologiques, une sorte de grimoire inintelligible en quatrains, ayant la mesure et la rime du vers, mais hérissé de mots hybrides et de noms étranges. La première édition de ces quatrains, plus gaulois que français, avait été publiée à Lyon, en 1555; l'auteur y fit des additions successives jusqu'à sa mort, arrivée en 1566. Ce recueil de Prophéties, divisé en dix centuries et assez habilement exécuté pour qu'on y rencontrât des applications plus ou moins heureuses à tous les événements qui peuvent se produire dans l'ordre historique et politique , fournit toujours des oracles pour chaque fait mémorable qu'on voulait, après coup, appuyer sur une prédiction. Noslradamus ne s'était préoccupé, dans son ouvrage, que du sort des rois, des princes et des Etats; mais il y avait quantité d'astrologues qui dressaient des génethliaques ou horoscopes et interrogeaient les astres pour quiconque avait l'argent à la main. On savait, d'ailleurs, que l'influence des planètes, sous lesquelles un enfant était né, dominait tout le cours de sa vie, et il ne fallait pas être devin de profession pour connaître les pronostics des signes célestes à l'heure de la nativité. L'Eglise , toutefois , ne tolérait pas ce genre de Superstition . qui est peut-être aussi vieux que le monde, et qui remonte du moins à l'origine des religions. Quant à la loi, impitoyable pour les sorciers, elle ne gênait nullement l'industrie des devins et des astrologues.
Les devins interprétaient les songes qui , dans tous les siècles et chez tous les peuples, ont été considérés comme des reflets de l'avenir, comme des avertissements divins ou diaboliques, soit qu'ils offrissent, sans voile et sans énigme, les choses qui devaient arriver, soit qu'ils cachassent, sous une enveloppe mystérieuse et sombre, le spectre de la destinée. Celte Superstition des songes illumine les plus anciennes pages de la bible, et c'est ordinairement dans le sommeil, que les saints et les patriarches sont en relation avec Dieu et ses anges. L'Eglise catholique ne pouvait cependant se montrer trop sévère à l'égard d'une Croyance qui se fonde sur l'histoire d'Abraham et de Joseph, et qui nous fait entendre la voix divine de la Providence, en liant sans cesse le inonde matériel aux mondes invisibles. L'Église s'est presque abstenue, dans
Mœurs et usages de la vie religieuse. SUPERSTITIONS. Fol. IX.
une question aussi délicate, et elle a seulement distingué les songes qui viennent du ciel de ceux qui viennent de l'enfer. « Pendant le sommeil, avait dit Terliillien , ce Père de l'Église à demi-païen, des remèdes sont indiqués, des larcins dévoilés, des trésors découverts. » Mais, en revanche, douze siècle plus tard, saint Thomas n'avait pas craint de déclarer que Satan, a qui se tient toute la nuit à noire chevet, » était le père des songes surnaturels. Souvent l'Eglise a déclaré, que c'était Dieu qui se manifestait dans un songe. L'histoire est pleine de ces songes fatidiques, qui ont laissé aux générations un long souvenir d'admiration et de stupeur. Il n'y a pas un fait important, au Moyen Age , qui ne se rattache a un songe, a une vision , à un présage, à une prédiction. La Renaissance n'a pas été moins crédule sur ce point , quoique plus éclairée que le Moyen Age. Ainsi , la plupart des morts tragiques et imprévues étaient-elles ordinairement annoncées par des songes.
La mort de Henri II, roi de France, hlessé dans un tournoi par le comte de Montgommeri (1559), celle de Henri III, assassiné par Jacques Clément (1589), celle de Henri IV, assassiné par Ravaillac (1610), eurent des songes prophétiques pour avantcoureurs. La nuit qui précéda le tournoi où un éclat de lance rompue entra dans l'œil de Henri II, la reine Catherine de Médicis, couchée auprès de son royal époux, rêva qu'elle le voyait .privé d'un œil. La même nuit, le maréchal de Monlluc. qui était alors en Gascogne, vit en rêve le roi Henri II «assis sur une chaire, ayant le visage tout couvert de gouttes de sang, » et il se trouva tout en larmes. Trois jours avant le régicide du jacobin •lacques Clément. Henri III. qui devait être la victime, vil en songe les ornements royaux, tels que camisole, sandales, tuniques, dalmatique , manteau de salin azuré, la grande et la petite couronne, le sceptre et la main de justice, l'épée et les éperons dorés, tout ensanglantés et foulés aux pieds par des moines et du menu peuple. Le lendemain, effrayé de ce songe, il se rappela celui qu'il avait fail en janvier 1584, songe précurseur de la Ligue, dans lequel il s'était vu déchiré et mis en pièces par les lions et les bêtes fauves de la ménagerie du Louvre. Il avait fait tuer alors toutes ces bêtes qui devaient lui être si funestes; cette fois, il fit mander le sacristain de l'abbaye de Saint-Denis et lui ordonna de redoubler de vigilance pour la garde des ornements du sacre; mais ces précautions n'ôtèrent pas le couteau des mains du meurtrier. Peu de jours avant la mort de Henri IV, la reine Marie de Médicis, qui dormait a ses côtés, rêva d'abord que les diamants et les pierreries de la couronne de France se changeaient en perles « que les interprèles des songes prennent pour des larmes. » Elle s'éveilla en sursaut, fort inquiète de ce rêve; mais s'étant rendormie, elle poussa un cri qui réveilla le roi : « Les songes ne sont que mensonges! murmura-t-elle en se signant. — Qu'avez-vous donc songé? lui demanda son mari. — Je songeais qu'on vous donnait un coup de couteau sur le petit degré du Louvre! répondit-elle. — Loué soit Dieu que ce n'est qu'un songe! reprit le roi.» Henri IV n'avait pas encore eu le temps d'oublier ce songe, lorsqu'il fut frappé d'un coup de couteau par Ravaillac, dans la rue de la Féronnerie. La mort de Henri IV est, au reste, une de celles qui furent précédées et accompagnées
de loules sortes de présages, connue jadis celle de Jules César. Ces présages, recueillis soigneusement par les historiens contemporains, résument, pour ainsi dire, les différentes Superstitions qui avaient cours à «elle époque. Ce ne furent pas seulement des songes, niais des visions, des phénomènes, des horoscopes, des pronostics, des oracles, des pressentiments. La reine, pendant la cérémonie de son sacre et couronnement, qui eut lieu à Saint-Denis la veille même de l'assassinat, sentit chanceler la couronne qu'elle portail sur sa tête et y porta la main pour l'empêcher de tomber. Dans celle même cérémonie, elle se sentit saisie d'une profonde tristesse et eut souvent les larmes aux yeux. La nature entière semblait prendre une voix pour avertir Henri IV. La nuit qu'il couchait à Saint- Denis pour le sacre de la reine, une orfraie vint se poser sur la fenêtre de sa chambre et ne cessa de crier jusqu'au jour. Cette nuit même, la pierre qui fermait le caveau des rois de la maison de Valois, se souleva, et les statues posées sur les sépultures royales versèrent des pleurs. A Paris, l'arbre de mai, planté dans la cour du Louvre, se renversa tout à coup, sans qu'on l'eût touché. D'un bout de la France à l'autre, depuis le commencement de celle funeste année 1610, ce n'étaient que signes précurseurs d'un grand événement, si bien que le peuple avait craint la lin du monde : déhordemenls de rivières et inondations, ordre des saisons interverti, froid et chaleur extrêmes, disettes, éclipses. conjonctions de planètes, tout cela était expliqué par les prédictions qui s'accordaient pour annoncer la mort du roi. Aussi, Henri IV, malgré sa force d'âme-, fut-il préoccupe1 de ces indices de mon. Quand le médecin Labrosse, savant mathématicien, eut osé dire au duc de Vendôme : « Si le roi pouvait éviter l'accident dont il est menacé, il vivrait encore Irente ans!» Henri IV haussa les épaules en traitant de fol le duc de Vendôme qui le suppliait de se mettre en garde contre l'accident qu'on lui prédisait. « — Sire, dit le duc, en ces choses la créance est défendue et non pas la crainte ! » Le roi, obsédé d'avis analogues, finit par en subir l'influence et par se laisser aller aux anxiétés du pressentiment. « — Vous ne me connaissez pas, dit-il au duc de Guise le malin même de l'événement ; quand vous m'aurez perdu, vous me connaîtrez, et ce sera bientôt ! » Il répétait souvent qu'on lui avait prédit qu'il mourrait en carrosse, qu'il serait tué dans la cinquantième année de son âge, et qu'on l'enterrerait dix jours après le roi Henri III. dont le corps resta, en effet, à Compiègne jusqu'à la mort de son successeur. On signala, dans toute l'Europe, des visions qui avaient avec cette mort une corrélation évidente. A Douai, un piètre, qui était à l'agonie, eut trois extases et s'écria, en rendant le dernier soupir : « — On lue le plus grand monarque de la terre! » Dans l'abbaye de Saint- Paul, en Picardie, à l'heure même où Ravaillac commettait sou crime, une religieuse malade dit solennellement : « — Madame, faites prier Dieu pour le roi, car on le tue ! » La vision, que l'on a souvent confondue avec le songe, n'occupe pas moins de place dans l'histoire. Elle était si fréquente au Moyen Age, que les historiens les plus graves, qui en rapportent des exemples mémorables , ne se hasardent jamais à les mettre en doute. Un grand nombre de ces visions sont mêlées aux événements des anciens temps. et font partie intégrante des faits qu'elles colorent d'une teinte de légende et qu'elles
^=%^7fe
■"Va lf F "•:■•■'- ! l'A: ' :
frappent au coin du merveilleux. Entre les visions les plus célèbres, sinon les plus étranges, qui abondent clans les récits des vieux chroniqueurs, il faut citer celle de Childéric. père de Clovis, vision que le bon Erédégaire se plaît à raconter, comme s'il en avait été le témoin. La nuit de ses noces avec Bazine, veuve du roi de Tburinge, cette princesse pria Childéric de quitter le lit nuptial et d'aller dans la cour du palais voir ce qui s'y passait : Childéric obéit et voit des léopards, des lions et des licornes. 11 retourne, effrayé, près de sa femme qui l'invite à descendre une seconde fois dans la cour : le roi ne voit plus, cette fois, que des ours et des loups; une troisième fois, il vit des chiens et de petits animaux qui s'entre-déchiraient. Ainsi s'écoula cette nuit de noces. Le lendemain. Bazine, qui liait un peu sorcière, expliqua la vision de son mari : les lions. les léopards et les licornes représentaient le règne d'un grand roi qui serait fils de Childéric; les ours et les loups représentaient les enfants de ce roi; les chiens, les derniers rois de sa race. Quant aux petits animaux, ('(•tait le peuple, indocile au joug de ses maîtres, soulevé contre ses rois et livré aux passions des grands. Une autre vision non moins fameuse dans les annales de la dynastie mérovingienne, c'est ('elle «pie nous voyons figurée en pierre de liais, à l'entrée de la basilique de saint Denis, sur le tombeau de Dagobert. ce roi dont le peuple a gardé la mémoire, peut-être à cause de cette vision que l'Église avait proclamée vraie ci incontestable. A l'heure même où Dagobert expirait, un pieux ermite, qui habitait une des îles volcaniques de Lipari. vit surgir, au milieu de la mer agitée, une barque remplie de diables qui menaient une âme enchaînée au volcan de Stromboli. « un des soupiraux de l'enfer. » L'âme, injuriée et maltraitée, se débattait et appelait à grands (ris saint Denis, saint Maurice et saint Martin. Aussitôt, la foudre éclate, trois jeunes hommes vêtus de blanc s'élancent à la poursuite des dénions, délivrent l'âme prisonnière et l'emportent avec eux dans le ciel. C'était l'âme du saint roi Dagobert, qui reçut ainsi un brevet de paradis et qui faillit être canonisé comme bienheureux, grâce «à la vision d'un ermite de Lipari.
Les visions n'étaient pas toujours connue celle-ci, un drame à péripéties, dans lequel le visionnaire, éveillé ou frappé d extase, jouait le rôle de spectateur ou d'acteur h travers une succession plus ou moins variée de circonstances extraordinaires. Souvent les visions consistaient en apparitions rapidement effacées, qui s'offraient aux yeux d'une seule personne ou de plusieurs ii la fois. Elles tenaient alors de la Croyance si générale aux spectres, aux fantômes et «aux revenants, Croyance que 1 Église n'avait garde de combattre, lorsqu'elle était dégagée de l'appareil coupable des sciences occultes. Ces Su-
Songe de Childéric, d'.iyr .■• une m. m. dure du MU. dei Chroniques de S<ii»t-Drme N° $395, Dibl. Nal. de Paris).
perstitions, nées de celte Croyance impérissable dans l'esprit de l'homme, varièrent seulement de caractère et de physionomie, suivant les temps et les lieux. Dans les premiers siècles du christianisme, celaient surtout des saints et des saintes, des anges et des chérubins, qu'on voyait apparaître pour conseiller le bien, pour empêcher le mal. Plus tard, quand la peur de l'enfer eut fait plus de conversions que l'espoir du paradis, quand l'influence de Satan , dans les choses de ce inonde transitoire, se fut accrue, pour ainsi dire, avec l'assentiment des plus vénérables canonistes, les apparitions prirent volontiers une couleur infernale et diabolique : on attribua généralement au démon tout ce qui sortait de l'ordre naturel, tout ce qui semblait étrange ou inexplicable, tout ce qui avait enfin un semblant de merveilleux. Les visions, si ordinaires aux imaginations faibles et vives, aux esprits malades ou inquiets, devinrent dès lors l'apanage fantastique de la haute et basse diablerie chrétienne. Or, le peuple n'était pas seul accessible à cette épidémie de crédulité et de terreur; les princes et les rois, les savants et les sages, les piètres eux-mêmes, faisaient, au besoin, de parfaits visionnaires.
On a rempli des volumes avec les histoires de visions et d'apparitions que fournissent les plus graves écrivains ecclésiastiques et profanes du Moyen Age, sans avoir recours à la Légende dorée et aux anciennes légendes de saints, où la Superstition populaire a déposé religieusement ses premiers germes. Parmi les histoires innombrables que rapportent consciencieusement les vieux chroniqueurs, entre autres Grégoire de Tours, Guibert deNogent, Guillaume le Breton. Mathieu Paris, on sciait fort en peine de faire un choix, pour citer les plus extraordinaires, les plus terribles, les plus absurdes. Un homme d'armes, qui avait voulu enlèvera l'église de Nogent le droit de pêche dans la rivière de l'Aigle, fut battu et souffleté par la Sainie-Vierge en personne, si bien qu'il reconnut son tort et demanda l'absolution; un archevêque nommé Laurent, qui était sur le point de se voir expulsé de l'Angleterre, en 616. par le roi saxon Edbald , fut blessée! meurtri de coups, de la propre main de saint Pierre, qui lui apprit de la sorte à ne pas quitter ses ouailles; la mère de Guibert de Nogent était fort incommodée la nuit par un démon incube qui revenait toujours à la charge, malgré la chaste vigilance de la vierge Marie; un serf breton rencontra, un soir, son seigneur mort et enterré depuis peu, qui le força de monter en croupe, et qui le promena ainsi, rompu de fatigue, jusqu'au jour, à travers champs, etc. C'étaient là des visions dont il restait trace sur le corps des patients, et chacun d'ailleurs, en les acceptant et tenant pour vraies, pouvait h son tour narrer la sienne, car le diable alors n'était jamais las de se montrer sous les formes les plus diverses, sous les plus innocentes comme sous les plus épouvantables.
Ecoulez, par exemple, ce que Torquemada raconte dans son Hexameron, recueilli en Espagne au seizième siècle. Lu chevalier espagnol devient amoureux d'une nonnain . et lui donne rendez-vous la nuit dans l'église du couvent : il avait fait forger une fausse clé qui devait lui ouvrir la porte de cette église. Minuit sonnait, quand il y entre impatient de retrouver sa belle. Mais l'église est éclairée et tendue de noir; on y dit l'office des morts, devant un catafalque environné de cierges allumés. Tout à coup une pro-
Mœurs et usages de la vis religi SUPERS Fol. XI.
cession de moines encapuchonnés défile en chantant le Dies irœ. Il se sent glacé d'effroi, et pourtant il s'approche d'un moine et lui demande quel est le défunt dont il voit célébrer les obsèques : c'est le propre nom du chevalier que prononce le moine qui s'éloigne aussitôt. Le chevalier adresse la même demande à un second moine, puis a un troisième, et il n'obtient pas d'autre réponse : il assistait lui même à ses funérailles ! Saisi de vertige, il sort de l'église et remonte h cheval : deux grands chiens noirs apparaissent et courent à ses côtés. Lorsqu'il arrive dans son château, les deux chiens y pénètrent avec lui et l'étranglent sous les yeux de ses serviteurs qui ne peuvent l'aider que par un signe de croix.
Le savant jurisconsulte Alessandro Alessandri, qui rédigeait son traité Dierum genialium en Italie, à la fin du quinzième siècle, rapporte plusieurs visions, sur la foi des témoins oculaires eux-mêmes. Ici. c'est un honnête moine, nommé Thomas, qui fait route avec un vieillard inconnu, hideux à voir, vêtu d'une robe longue, et qui accepte l'offre que lui fait ce vilain homme de le porter pour traverser un ruisseau; mais, une fois sur les épaules de son compagnon de voyage, il s'aperçoit que celui-ci a des pieds monstrueux armés de griffes : alors il se recommande à Dieu, et soudain, au fracas du tonnerre, il se trouve jeté par terre, a demi mort; quant au porte-moine, il avait disparu. Là, c'est un gentilhomme italien, qui. revenant de l'enterrement d'un ami. s'arrête dans une hôtellerie et se couche accablé de douleur. Mais quand il va s'endormir, il voit entrer dans sa chambre son ami qu'il avait vu mettre en terre le matin même : il l'appelle, il l'interroge; l'autre, sans prononcer une parole, se déshabille et se couche auprès du vivant qui frissonne et pousse un cri au contact glacé du mort: celui-ci le regarde alors d'un air de reproche et de tristesse, puis sort du lit, se rhabille et quitte la chambre en gémissant. Alessandro Alessandri, qui a consigné le fait dans son livre de jurisprudence, n'avait-il pas eu lui-même des visions? Le grand réformateur Mélanchthon, qui combattait philosophiquement les Superstitions du papisme, n'a-t-il pas aussi porté témoignage de la réalité des apparitions, lorsqu'il raconte que la tante de son père, devenue veuve, vit un soir son mari défunt, accompagné d'un fantôme en habit de cordelier, entrer dans la maison, s'asseoir à ses côtés, lui parler vaguement de prêtres et de messes, et lui toucher la main qui resta longtemps noire depuis?
Ordinairement, une vision était regardée comme un présage de malheur, sinon de mort, car on supposait que l'homme, au moment de sortir du inonde des vivants, se trouvait en communication immédiate avec le monde des esprits, et avait à résister alors plus que jamais aux illusions de l'enfer. De là. celte tradition attachée à plusieurs maisons nobles, dans lesquelles l'apparition d'un spectre annonçait toujours le décès du chef ou d'un des membres de la famille. Ainsi, quand un Lusignan devait mourir, la fée Mélusine. moitié femme et moitié serpent, apparaissait durant trois nuits consécutives sur le donjon du château de Lusignan en Poitou, et jetait des plaintes lamentables qui ont encore un écho dans l'expression proverbiale de cri de mélusine. Quand la maison des Tortelli, à Parme, allait perdre un de ses enfants, on voyait apparaître, dans les grandes salles du
château, une petite vieille centenaire, accroupie sous le manteau de la haute cheminée. Quand un chanoine du chapitre de l'église cathédrale de Mersbourg en Saxe avait vécu son temps, trois semaines avant qu'il fût rappelé à Dieu, un tumulte étrange s'élevait dans le chœur à minuit, et une main invisible faisait retentir à coups de poing le banc de celui qui était condamné à mourir : les gardiens de lCglise faisaient une marque avec de la craie sur ce hanc, pour le reconnaître, et le lendemain, ils avertissaient le chapitre qui préparait aussitôt les ohsèques et la sépulture, tandis que le chanoine désigné se préparait à la mort.
Certaines visions ou apparitions mieux constatées encore, que l'on considérait aussi comme des présages éclatants de l'avenir, comme des avertissements du ciel ou des menaces de l'enfer, frappaient quelquefois de stupeur et de consternation tous les habitants d'une ville ou d'un royaume. C'était le prélude inévitable de quelque grand événement qui ne tardait guères a s'accomplir. Pierre Boaistuau , François Belleforest et d'autres naïfs compilateurs du seizième siècle, ont rassemblé six tomes de ces Histoires prodigieuses (Paris, 1397-98, 6 tom. in-10, 6g.) , et pourtant ils sont loin d'avoir épuisé la matière. Ainsi, n'onl-ils rien dit de l'horrible tumulte qui se lit dans l'air autour du Louvre, pendant sept nuits après celle de la Saint-Barthélemi : on entendait « un concert de voix criantes, gémissantes et hurlantes, mêlées parmi d'autres voix furieuses, menaçantes et blasphémantes, le tout pareil à ce qu'on avait ouï la nuit des massacres » ; mais ils n'ont eu garde d'oublier les prodiges qui accompagnèrent les principales périodes de la réformalion de Luther. En 1500, près de Saverne, ville d'Alsace, on vit en l'air une tète de taureau gigantesque , entre les cornes de laquelle brillait une grosse étoile; la même année, la ville de Lucerne fut menacée par un dragon de feu , horrible à voir, qui n'avait pas moins de douze pieds de long, et qui volait de l'Est au Midi ; en 1514. tout le duché de Wurtemberg eut le spectacle de trois soleils, offrant chacun Pempreinte d'une épée rouge de sang; en 1517, les moines d'une abbaye de Saxe remarquèrent , la nuit de Noël , une grande croix rousse qui traversait le ciel ; en 1520, à Vienne en Autriche, durant plusieurs jours, on eut trois soleils et trois lunes , avec quantité d'arcs-en-ciel ( rien n'était plus fréquent , à celle époque , que l'apparition de trois, quatre, et même sept soleils à la fois); en 1530, au moment où se préparait la ligue de Smalcade, on vil en l'air une Iroupe de cavaliers et de paysans armés, une fontaine, une figure d'homme puisant de l'eau, et un dragon: en 1532, par toute l'Allemagne , on vit passer en l'air des bandes de dragons volants , qui n'étaient pas des grues, puisqu'ils avaient des faces de pourceaux et portaient des couronnes royales; la même année, près dlnspruck, on vil en l'air un aigle poursuivi par un (hameau, un loup et un lion qui jetaient des flammes; en 1534, les gens de Schweilz, en Suisse, virent dans les nuages, en plein midi, se dérouler une longue suite de tableaux et d'images allégoriques; en 1538, il y eut à l'horizon, dans divers endroits de la Bavière, un furieux combat d'hommes flamboyants, tandis que s'élevait, à l'Orient, une grande étoile sanglante, d'où pendait un étendard : en 1511. la Thurgovie s'inquiéta
fort de voir la lune écartelée d'une croix blanche ; en 1545, toute la Silésie fut témoin du brillant spectacle que présenta le ciel, où combattirent deux armées commandées par un lion et un aigle (ces combats d'armées aériennes se renouvelaient alors si fréquemment, que les champs de bataille célestes semblaient boire plus de sang que ceux de la terre, et quelquefois même ce sang tombait en pluie sur le crâne des curieux); en 1 549. des bourgeois de Brunswick ne furent pas peu étonnés de voir, une nuit , trois lunes au-dessus de leurs tètes, avec une infinité d'autres choses plus singulières, un lion et un aigle de feu, le portrait du duc de Saxe, la création d'Eve, etc. C'était bien pis, lorsque la vision prophétique prenait un corps et devenait un fait matériel; sans parler des pluies de sang, de pierres , de froment, de grenouilles, qui n'avaient pas encore révélé le secret de leur origine , on pouvait souvent loucher du doigt le prodige effrayant qui changeait le cours des lois de la nature et accusait les bizarres fantaisies de sa toutepuissance; la vision n'était plus dans le ciel, mais sur la terre. Voici, par exemple, comment furent annoncées les guerres désastreuses des Polonais contre les Turcs et les Russes : Le 8 septembre 1623, lete de la Nativité de Notre-Dame, on pécha dans la Vistule, près de Varsovie, un poisson merveilleux, long de 35 pieds, large de quatre coudées, haut et épais de dix, ayant une tète humaine surmontée d'un diadème et de trois triples croix, avec une croix de sang qui sortait de sa bouche , mais n'ayant que deux pieds , l'un d'aigle et l'autre de lion , portant sur son dos une pièce d'artillerie et une provision de boulets, tout hérissé de lances attachées à ses flancs . en guise de nageoires, tout chamarré de devises et d'emblèmes , tels que clés pontificales en sautoir, tète de mort entourée d'un chapelet, épées et pistolets figurés sur son ventre et sur sa queue bifurquée, qui semblait formée de dards et de javelots ardents. Les historiens polonais nous ont conservé une description minutieuse de ce fameux poisson, qui fut pourtrail d'après le vif, et qui promettait plus d'événements terribles que l'avenir n'en put tenir.
Que si quelque savant osait proposer, en tremblant, une solution naturelle de ces phénomènes, en les attribuant à des vapeurs, à des reflets, a des causes toutes physiques, et surtout à l'ignorance, à la crédulité du peuple, mille voix prolestaient contre les explications fournies par la science, encore indécise et craintive : « Quant à moi. disait le bonhomme Simon Goulard, dans ses Histoires admirables et mémorables, j'estime que la plupart de tels ostentes sont faits et formez par le Seigneur Dieu mesme ou par ses saincls Anges , qui , pour l'amour du genre humain . nous mettent devant les yeux, par le moyen de telles images, une bien expresse représentation et suite des événements. » Goulard était calviniste, et il ne voulait pas donner trop d'importance au rôle du démon dans ces sortes de visions ; il ajoute cependant : « Les diables mettent par fois la main à tels ouvrages. » Le peuple était volontiers de cet avis; quant à l'Église catholique, qui n'avait aucun intérêt dans la question, elle évitait de se prononcer, et elle laissait chacun interpréter à sa guise les solennels enseignements que ces prodiges célestes ou diaboliques offraient aux hommes.
ous avons déjà dit que TÉglise frappait surtout de ses censures et de ses aaathèmes les Superstitions qui louchaient plus particulièrement à l'essence du dogme, à l'esprit et à la forme d'un des sept sacrements de l'autel:
car l'Eglise, indulgente ou aveugle pour des Superstitions que créait ou protégeait la foi naïve des fidèles, avait compris que les sacrements ne pouvaient admettre aucun mélange superstitieux et idolâtre, sous peine de compromettre le principe même de la religion catholique. Voilà pourquoi les théologiens et les casuistes s'appliquèrent à rechercher et fv Tl r~^y ;1 combattre ces Superstitions subversives de la loi religieuse, et d'autant plus re- \L v^~*~ doutables, qu'elles affectaient de se placer sous la sauvegarde d'un sacrement et de faire cause commune avec lui. Nous allons passer en revue la plupart de celles qui avaient été classées par l'autorité ecclésiastique au nombre des attentats et des péchés (outre les sacrements.
I. Le sacrement du baptême, le premier et, suivant une expression consacrée. 1 initiateur des six autres sacrements, avait donné lieu à certaines Superstitions, qui furent considérées comme hérétiques, dès la fondation de l'Église. Du temps de saint Denis d'Alexandrie, c'était une hérésie assez répandue, que de suppléer au baptême par l'eucharistie, qui n'a aucune action contre le péché originel, sans la grâce du baptême. Cette hérésie devait naturellement avoir cours à une époque où l'on baptisait autant d'hommes convertis au christianisme, que d'enfants nés dans le giron de la religion nouvelle; on cherchait donc à éluder la pénible cérémonie du baptême, qui se faisait par immersion dans une cuve. Par celte raison sans doute, les néophytes, qui arrivaient à la prêtrise, et même à l'épiscopat, avant d'avoir été baptisés, étaient disposés à soutenir que l'ordination remplaçait le baptême, quoique les conciles eussent décidé que rien ne suppléait à ce sacrement. La tendresse ingénieuse des parents dévots imagina de lui faire une sorte de compensation, pour le cas où l'enfant viendrait à mourir en naissant ou dans le sein de sa mère : on vit souvent le mari et la femme, lorsque celle-ci était grosse, invoquer ce qu'on appelait le baptême du Saint-Esprit en faveur de leur progéniture à naître. On vit aussi, et plus souvent encore, des femmes enceintes approcher et communier à l'intention de leur fruit qu'elles croyaient faire par-
LE MOYEN AGE ticiper avec elles au sang de Jésus-Christ. Celte Superstition se confina chez les Éthiopiens, ainsi que le racontait, au seizième siècle, lévêque Zagazabo, ambassadeur du roi d'Ethiopie en Portugal. Les âmes des enfants morts sans baptême n'étaient pas sauvées, suivant le sentiment des docteurs de l'Église d'Occident, bien que la mère, pendant sa grossesse, eût reçu l'absolution et même le sacrement de l'eucharistie.
L'eau bénite, qui sert au baptême, fut matière à bien des Superstitions et à bien des défiances superstitieuses. Fallait-il employer l'eau froide ou chaude? Etait-il permis d'user d'eau amère, salée, fétide, trouble, bourbeuse, colorée par quelquecause naturelle ou accidentelle? Les conciles et les décrélales furent d'accord sur ce point, que la qualité de l'eau était indifférente, pourvu que cette eau fût réellement de l'eau. Le bon pape Etienne II avait même décidé que le vin, faute d'eau, pouvait être employé au baptême, et ce, en vertu de l'argument irrésistible que tout vin est plus ou moins mêlé d'eau, mais l'Eglise réforma cette décision bachique. Quant aux baptêmes conférés avec d'autres liquides, tels que des eaux de senteur, des boissons de grains fermentées, du jus de citron, d'orange ou de grenade, de l'huile, du lait, de l'urine, ils ont été. de tous temps, déclarés nuls ou idolâtres ou impies. On n'admit pas davantage le baptême donné avec du sable ou de la terre, dans des circonstances graves où l'eau manquait absolument. Force était d'avoir de l'eau véritable, et de ne la faire servira l'usage du baptême, qu'après l'avoir bénite connue il faut.
On ne saurait croire combien d'interpolations s'étaient glissées dans les paroles sacramentelles du baptême, chacun ayant essayé de les rendre plus efficaces ou de les appliquer mieux à sa propre situation: mais l'Église rejeta ces variantes inorlhodoxes dans la Superstition du culte superflu. On autorisait les père et mère à baptiser leurs enfants nouveau-nés en danger de mort, mais non à modifier et à travestir avec intention la formule du sacrement ; cette intention n'excusait pas le fait, et le nom de la Vierge ou de quelijuc saint ajouté aux noms des trois personnes de la Trinité constituait le cas de Superstition, sinon la nullité du baptême. Le choix du jour, pour l'administration de ce sacrement, avait semblé assez important, pour qu'on le fixât d'une manière générale dans chaque pays; on ne baptisait d'abord qu'à certains jours, notamment aux principales fêtes; mais plus tard, l'Eglise d'Occident proclama que tous les jours étaient bons pour conférer le baptême. Ce fut alors que les préférences des parents se prononcèrent d'une façon superstitieuse : les uns ne voulaient baptiser l'enfant que quarante jours après sa naissance si c'était un mâle, et quatre-vingts jours après, si c'était une fille; les autres exigeaient que la mère eût été purifiée : quelques-uns pensaient que le baptême n'avait pas d'efficacité avant le huitième jour. etc. La Superstition était bien plus grave dans les premiers siècles de l'Église, lorsque les chrétiens, pour ne rien perdre des bénéfices de ce sacrement régénérateur, attendaient le plus lard possible et le recevaient quelquefois en même temps que l'extrème-onclion. « C'est se moquer de Dieu, disait à ce sujet saint Augustin, que de lui donner les dernières années de sa vie, après avoir donné les premières aux démons. »
On ne se contentait pas de baptiser des enfants vivants, on baptisait aussi des enfants morts-nés, des avortons et des monstres inviables. L'Eglise avait beau défendre et maudire ces baptêmes inutiles ou indignes qui allaient jusqu'à prononcer les paroles sacramentelles et verser l'eau lustrale sur des morceaux de chair informe et sur les débris du placenta; on trouvait toujours des prêtres prêts à fermer les yeux et à consacrer celte Superstition qu'excusait l'amour maternel et paternel. Un archevêque de Lyon (d'Espignac), au milieu du seizième siècle, constate ce fait, dans le recueil des statuts synodaux de son diocèse : « Il y a quelques simples femmes, lesquelles apportent en « l'église quelques avortons, les gardant là par quelques jours, pour savoir si miracu- « leusement leur apparaîtra quelque signe ou déclaration de sentiment et de vie, voulant. « par quelque elfusion de sang ou autrement, induire le curé ou vicaire de les baptiser.» Cette défense de baptiser un enfant mort motivait celle qui ne permettait pas davantage d'administrer le baptême sur la main, le pied ou quelqu'autre partie de l'enfant, lorsqu'il commençait à sortir du ventre de la mère.
Le baptême des animaux morts ou vifs constituait un fait de Superstition criminelle, et ce n'étaient guère que les sorciers qui s'en rendaient coupables. Ils baptisaient ainsi, pour leurs maléfices, chiens, chats, cochons, et crapauds. On lit dans le Rosier historial. qu'en 1 460 un prêtre de Soissons, d'après le conseil d'une sorcière, baptisa un crapaud sous le nom de Jean et lui fit manger une hostie; après quoi, il composa, avec la chair de cet étrange néophyte, un poison, à l'aide duquel il fil mourir ses ennemis. Le bras séculier se chargeait de punir de pareilles Superstitions. Les sorciers faisaient baptiser encore des images de cire, de terre ou de métal, des livres magiques, des pbylactères el des talismans, par l'entremise d'un prêtre portant étole, un cierge allumé dans la main gauche, et dans la droite un aspergés d'herbe de niille-perluis. On bridait impitoyablement les auteurs et complices de ces impiétés. Quant à la cérémonie que le peuple nomme encore le baptême d'une cloche, c'est une simple bénédiction que l'Église a prise sous sa surveillance pour empêcher le peuple d'y mêler des pratiques trop superstitieuses. Cette consécration des cloches ne paraît pas remonter au delà du quatorzième siècle. On bénissait aussi les maisons, les églises, les vaisseaux, mais on ne les baptisait pas.
Les Superstitions, qui entouraient la naissance de l'enfant, précédaient ou suivaient le baptême, étaient innombrables; l'Eglise en tolérait et en approuvait quelques-unes, comme les invocations et les dévolions à sainte Marguerite, quoiqu'on ne sache pas positivement quelle est celte bienheureuse patronne des femmes en couches ; comme la ceinture el le cierge de cette sainte Marguerite; comme les exorcismes sur les femmes en mal d'enfant; mais elle blâmait ceux qui trempaient dans l'eau froide les pieds et les mains du nouveau-né, pour l'empêcher d'être sensible au froid ; qui lui frottaient les lèvres avec une pièce d'or, pour les lui rendre vermeilles; qui, avec un fer chaud, imprimaient sur son corps le signe de la croix; qui prenaient pour parrains et marraines les premiers pauvres que le hasard amenait au carrefour du chemin ou au seuil de la porte; qui paraient magnifiquement l'enfant pour le présenter au baptême; qui le
conduisaient aux fonts baptismaux avec des instruments de musique et au son des cloches; qui lui imposaient un nom superstitieux ou profane ou ridicule ou diabolique ; qui lui donnaient plusieurs noms (le pape Alexandre VII en donna treize à un de ses neveux qu'il baptisa lui-même) ; qui lui faisaient administrer, immédiatement après le baptême, la confirmation et la communion; qui le portaient sur un autel ou dans un cabaret pour le faire racheter à prix d'argent, par ses parrain et marraine; qui se livraient à des festins déréglés le jour du baptême; qui faisaient boire du vin bénit à l'enfant baptisé, etc. Cependant, malgré les prohibitions et menaces de l'Église, le peuple n'en persévérait pas moins dans ces pratiques superstitieuses qui semblaient se rattacher à l'acte même du sacrement; il s'imaginait que, faute d'avoir sonné les cloches, l'enfant baptisé pouvait devenir sourd ou bien perdre la voix, et que la santé de cet enfant dépendait surtout des libations dont serait arrosé son baptême.
Enfin, la purification de la mère, à la suite de ses couches, ne devait avoir lieu que quarante jours après sa délivrance; cette purification, empruniée au judaïsme, se faisait quelquefois par l'entremise de la sage-femme qui remplaçait l'accouchée, quand celle-ci était malade ou défunte. Dans ce dernier cas, l'usage de quelques paroisses exigeait que la cérémonie de la purification fût faite sur la bière de la morte, qui n'aurait pu, autrement, recevoir l'eau bénite ni entrer, souillée et immonde, en paradis. Du reste, une femme, avant d'être purifiée, restait oisive dans son ménage et s'abstenait de toucher aux aliments que son contact eût rendus impurs. Celait là une réminiscence des mœurs judaïques.
II. Le sacrement de la confirmation, que l'Église appelle la perfection du baptême, et que Calvin regardait comme une Superstition inventée par le diable, ne prêtait pas absolument autant que le baptême aux Croyances superstitieuses. Le chrême, qui est la matière même de la confirmation, se composait d'ingrédients différents chez les Grecs et chez les Latins : l'huile et le baume en faisaient la base, mais on y ajoutait plus ou moins d'aromates et d'herbes odoriférantes : le prêtre consacrait ce mélange, en soufflant dessus, en prononçant les paroles de bénédiction et en se prosternant devant son ouvrage. Aussi les hérétiques disaient-ils que ce chrême n'était autre qu'un charme et une profanation. Les sorciers s'en servaient pour leurs maléfices. La Superstition accordait un pouvoir surnaturel à ces saintes huiles, où l'on croyait que la personne du Saint-Esprit était renfermée comme celle de Jésus-Christ dans l'eucharistie. Tantôt on frottait de chrême un criminel et on lui en faisait boire quelques gouttes, pour le forcer à l'aveu de son crime ; tantôt on oignait de chrême les lèvres d'une femme, pour lui inspirer de l'amour. Quelquefois, dans les conjurations magiques, ce chrême était employé ii d'affreuses profanations. On punissait donc très-sévèrement les prêtres qui vendaient ou distribuaient hors du sanctuaire la moindre parcelle des saintes huiles : le concile de Tours, en 812, avait décrété qu'on leur couperait le poignet.
Les autres Superstitions, relatives à la confirmation, étaient moins sérieuses : peu importait, en effet, que le néophyte reçût ou non un présent de ses parrain et marraine;
qu'il fût confirmé à jeun ou après avoir mangé; qu'il portai, trois jours durant, le bandeau qui couvrait son front marqué du sceau de la confirmation: qu'il ne se lavât le visage, que le sixième ouïe huitième jour, etc.; mais c'était un sacrilège, que de réitérer la confirmation; c'était une Superstition, de ne pas se soumettre à la cérémonie du soufflet, qui ne date guère que du quatorzième siècle, de préférer un jour plutôt qu'un autre pour l'administration de ce sacrement, et de se pourvoir de deux parrains et de deux marraines pour ce nouveau baptême, dans lequel on pouvait changer de nom ou prendre du moins un second patron. Le petit nombre des Superstitions qui concernent ce sacrement, prouvent que le peuple ne lui reconnaissait qu'une médiocre importance., sur la terre et dans le ciel.
III. Le sacrement de 1 eucharistie, au contraire, a été. plus que tous les autres, l'objet el la cause d'une foule de Superstitions que l'Eglise a toujours poursuivies et condamnées avec ligueur; car l'eucharistie est le dogme fondamental du christianisme. Pendant les premiers âges de la religion du Christ, ce dogme était sans cesse en butte aux attaques des schismatiques et des hérétiques, qui s'efforçaient d'y introduire quelque Superstition nouvelle. Nous n'essayerons pas d'énumérer et de décrire les plus bizarres, les plus criminelles de ces Superstitions primitives, à l'égard delà matière du pain eucharistique. On a peine h croire aujourd'hui que, pour composer ce pain des anges, les arlotyrites aient pétri de la farine avec du fromage; les calharisles, de la farine avec de la semence humaine; les montanisles ou calaphrygiens, de la farine avec le sang d'un enfant, etc. On obviait à ces folies infâmes ou ridicules, en conférant la communion sous les deux espèces. Les conciles décidèrent plus tard que le corps de Jésus-Christ se trouvait aussi bien dans le pain levé que dans le pain sans levain, dans une petite hostie que dans une grande, dans une hostie sèche que dans une hostie détrempée devin consacré, enfin dans un fragment d'hostie que dans l'hostie tout entière En dépit de ces décisions, la crédulité populaire se préoccupa toujours de la composition, de la forme et de la grandeur des hosties. On peut attribuera la piété du clergé l'invention de certains mirai les qui avaient pour but de rectifier h ce sujet les Croyances erronées du peuple. On raconte qu'au quatorzième siècle, un chevalier allemand, nommé Osvvald Mulser. pour se distinguer des vilains, ne voulut communier qu'avec une hostie de la plus grande dimension ; mais à peine l'eut-il dans sa bouche, qui devait être fort grande aussi, qu'il sentit le sol s'affaisser sous lui et qu'il tomba dans un trou, comme s'il allait être enseveli vivant: force lui fut de lâcher l'hostie, que l'on ramassa teinte de sang, et que l'on montrait encore, il y a cent ans, dans la sacristie de Seveld en Tyrol. Les dévots ne renoncèrent pas sans peine aux grandes hosties, et ils imaginèrent de les remplacer par plusieurs qu'ils avalaient coup sur coup, dans l'espoir de gagner plus de grâces à la fois : ce raffinement de dévotion superstitieuse était fort goûté dans les couvents de femmes, qui trouvaient des confesseurs pleins de complaisance pour ces pieuses fantaisies.
Les pratiques du culte se sont, d'ailleurs, souvent modifiées selon les lieux et les
-3 et usages de la vie . . SUPERSTITIONS. Fol '
temps, en sorte que l'Église a fini par repousser et par combattre comme superstitieux et répréhensible ce qu'elle avait admis d'abord comme orthodoxe. Au septième siècle, on communiait indifféremment avec du lait ou de l'eau même au lieu de vin, avec des grains de raisin au lieu de pain; on enterrait les morts avec une hostie sur la poitrine: on prenait des hosties non consacrées, en guise de remèdes, pour arrêter les vomissements, les hémorrhagies, les convulsions, les coliques et le reste. Ces hosties non consacrées furent employées jusqu'au seizième siècle, pour guérir les fièvres et la jaunisse, pour faire des philtres et des talismans. Le vin, qui avait servi au sacrifice de la messe, était aussi détourné de son usage saint et appliqué à des Superstitions profanes : on le buvait comme une panacée universelle; on le mélangeait avec de l'encre pour écrire et signer des actes politiques et des contrats d'intérêt privé. On croyait par là les rendre indélébiles. C'est ainsi que fut signée la paix conclue, vers 854, entre Charles le Chauve et Bernard, comte de Toulouse. (Pacc eu m sanguine eucharistico firmalâ et obsiijnalà. dit Àribert, historien contemporain.) C'est ainsi que le pape Théodore 1er avait signé l'excommunication de Pyrrhus, chef des monolhéliles, dans un concile assemblé à Rome en 648.
Les anciens conciles se sont élevés avec force contre la communion que l'on administrait aux morts; caries morts ne pouvaient ni prendre ni avaler l'hostie. Les lois ont frappé avec une terrible rigueur les sorciers ou les mécréants qui faisaient communier «les bêtes. Celles-ci ne se prêtaient pas volontiers à cette impiété; car saint Antoine de Padoue, pour convaincre un hérétique, présenta une hostie à un mulet qui jeûnait depuis trois jours, et le mulet, loin de la saisir, se mit à genoux, baissa la tète et adora le sacrement. Nous avons vu que le crapaud était moins révérencieux, lorsqu'un abominable sorcier le forçait h communier dans une messe magique; c'est que le diable passait alors dans le corps du crapaud. Jovien Pontano , dans le cinquième livre des Histoires de son temps, raconte une communion plus impie encore par la solennité qu'on lui donna. Les habitants de Suessa, assiégés par le roi de Naples et manquant d'eau, allaient être forcés de se rendre. Ils amenèrent un âne aux portes de leur église. lui chantèrent un Requiem, lui fourrèrent dans la gueule une hostie consacrée, lui donnèrent la bénédiction et l'enterrèrent tout vif «levant le porche. A peine cette horrible cérémonie était-elle achevée, que le ciel s'ouvrit en cataractes et remplit d'eau les puits et les citernes, ce qui fit que le roi de Naples leva le siège de la ville. La légende cite pourtant quelques exemples édifiants d'animaux qui ont entendu la messe et qui se sont agenouillés au moment de l'élévation, sans profaner le sacrement de l'Eucharistie. Les chrétiens eux-mêmes n'élaient pas aptes à recevoir la communion en tous temps : on la refusait aux femmes qui avaient leurs menstrues, aux enfants qui n'étaient pas baptisés, aux fous et aux démoniaques. La posture du communiant ne semblait pas indifférente aux décrétalisles , qui défendaient de communier assis, couché ou debout ; mais ils n'exigeaient pas, comme on la cru, que le communiant fermât les yeux, ou tint ses mains serrées sur sa poitrine, ou dormît quelques heures avant de s'approcher
de la sainte-table, ou avalât auparavant un morceau de pain bénit; ils n'eiripêchàienl pas de manger, de boire, de tousser, de cracber, de marcher pieds nus, de travailler, après la communion, pendant toute la journée. Huant à se communier soi-même, lorsqu'on n'avait pas qualité pour dire la messe, il fallait pour cela être autorisé par un évèque ou par un pape. Marie-Stuart. dans sa prison, où on lui refusait l'assistance d'un prêtre, avait des boîtes pleines d'hosties consacrées, que ses partisans lui faisaient passer en cachette; mais elle ne communiait qu'une fois par jour, et avec une seule hostie a chaque communion. 11 n'y avait guères que les sorciers qui possédassent des hosties et qui en lissent abus hors des églises. Le père Nyder, dans son traité intitulé Formicurii, raconte qu'un prêtre infâme avait perverti trois femmes qu'il faisait mettre nues pour leur donnera chacune la communion cinquante fois par jour. On sait combien d'horribles sacrilèges se commettaient autrefois avec des hosties consacrées, que les communiants reliraient de leur bouche en cachette pour les faire servira de coupables desseins. Tout le Moyen Age a retenti des miracles, par lesquels Jésus-Christ aurait protesté contre ces outrages faits en quelque sorte à sa chair et à son sang. Le plus célèbre de ces miracles est celui des Billettes. Un juif, qui habitait la rue des Jardins, à Paiis, en 1290. crucifia et martyrisa une hostie que lui avait apportée une femme catholique qui sortait de la sainte-table : l'hostie, toute sanglante, s'envola et se soutint en l'air, aux yeux de son bourreau, qui fut mis en pièces par le peuple indigné. (Voy.. dans cet ouvrage, le chapitre des Jiifs, par M. Depping.) On citerait beaucoup d'autres faits analogues qui ne sont pas plus authentiques. Suivant le témoignage de Césaire d'Heisterbach, un prêtre impudique, qui avait voulu garder une hostie dans sa bouche pour déhancher une femme qu'il aimait, sentit tout à coup celte hostie se dilater et grossir de telle façon qu'il fut forcé delà rejeter, avant de quitter l'église: il l'enterra dans un coin, sous un las de poussière; mais le remords lui ayant fait déclarer son crime, on retrouva, en place de l'hostie, une petite figure de chair attachée à une croix et toute couverte de sang. Ces profanations d'hosties n'avaient pas toujours une issue miraculeuse. Thomas Bossius rapporte qu'en 1273, une femme de la Marche d'Ancône, dans l'espoir de se faire aimer de son mari qui ne l'aimait pas, emporta chez elle l'hostie qu'elle avait reçue à l'autel; un paysan, qui s'affligeait de la stérilité de ses abeilles, fit semblant de communier et alla cacher l'hostie dans une de ses ruches; un autre, pour tuer des chenilles qui dévoraient ses légumes, divisa l'hostie en petits morceaux et les sema dans son jardin. C'étaient là des Superstitions que le diable inspirait et dont il avait sans doute le bénéfice.
L'eucharistie servait de prétexte a des Superstitions moins coupables, auxquelles le clergé s'associait souvent, dans les localités peu éclairées, par ignorance ou par faiblesse. Ici, pendant les ouragans, on ouvrait le tabernacle et l'on promenait le saint-sacrement autour de l'église; là, on apportait le saint sacrement pour arrêter un incendie, une inondation ou quelque autre tléau naturel; souvent on jetait des hosties dans l'eau ou dans les flammes, afin de s'en rendre maître : ailleurs, on prêtait serment sur le
saint-ciboire. Celaient des pratiques de vaine observance qui ne diminuaient pas l< respect dû au sacrement. Il n'eu était pas de même des processions accompagnées de spectacles profanes, badins ou ridicules, qui contrastaient singulièrement avec la sainteté de l'eucharistie qu'on exposait ainsi, au milieu des mascarades et des bouffonneries- Telle était cette fameuse procession de la Fête-Dieu à Aix, que le bon roi René avait pris soin de régler et d'organiser, en y faisant figurer le prince îles amoureux, le roi des plaideurs. Y abbé des cabareliers, Y abbé des fripiers, et quantité d'autres personnages allégoriques aussi peu orthodoxes La Fête-Dieu et l'exposition du saint-sacrement, au Moyen Age. avaient presque partout un entourage parasite de cérémonies qui rappelaient souvent la pompe des fêles du paganisme, et qui ne causaient aucun scandale dans le peuple accoutumé à y prendre part avec une sorte de pieux enthousiasme.
Ces spectacles, ces déguisements, ces danses, que l'on tolérait jusque dans les églises et qui s'y mêlaient, en quelque sorte, au culte, 'devenaient impies et sacrilèges, dès qu'ils
Le; Danseurs de la nuil de No
l'une gravure sur bois de P. WolgmuUl, d ins le Liber Chronicarum mimât. [Nuremberg i-iïtô, cr. il
semblaient se mettre en antagonisme avec les pratiques de la religion. Ainsi, la Chronique de Nuremberg Liber Chronicarum mundi. par Hartmann Schedel . raconte que.
vers l'année 1025, dans un village de l'évèché de Magdebourg, dix-huil hommes et quinze femmes s'élanl mis à danser et h chanter dans le cimetière, pendant qu'on célébrait la messe de minuit, à la fêle de Noël , le prêtre, qui disait celte messe, les excommunia; en sorte que les pauvres excommuniés continuèrent à chanter et à danser, sans paix ni trêve, durant une année entière; et, pendant le temps de celle étrange pénitence, ils ne reçurent ni pluie, ni rosée; ils n'eurent ni faim, ni fatigue; ils n'usèrent ni leurs vêtements ni leurs chaussures. Quand l'évèque de Magdebourg les délivra de l'excommunication, quelques-uns moururent, d'autres dormirent trente nuits de suite sans s'éveiller, et plusieurs conservèrent un tremblement nerveux dans tous les membres.
Le sacrifice de la messe, qui avait été réglementé et fixé dans ses moindres détails par tant de conciles, fut de tout temps comme une arène ouverte aux Superstitions les plus étranges et les plus criminelles. Ainsi, les sorciers faisaient dire une prétendue messe du Saint-Esprit sur une peau de bouc arrosée d'eau bénite, sur un gâteau de pâle cuite ou «rue. sur des mouches canlarides, sur des os de morts, sur une hostie piquée d'épingles, etc. On verra, dans l'histoire des Sciences occultes, ce que c'était que la messe du sabbat où le diable régnait sans partage L'Eglise avait plus d'indulgence pour certaines messes superstitieuses qui ont été successivement retranchées des missels, après avoir
J %iâ
eu place dans la liturgie catholique. Telles furent les messes de saint Amateur et de saint Vincent, des Quinze Auxiliateurs, du Père-Eternel, du Trenlain de saint Grégoire, des Cinq Plaies, des Clous, de la Lance, et de limage de noire Seigneur; de la Dent, du Prépuce, du Nombril et de la Robe sans coulure de Jésus-Christ; du Saint-Suaire et de sainte Véronique; de la Sainte Larme, des Onze mille Vierges, du Rosaire, etc. Chacune de ces messes, auxquelles Luther et Calvin firent une rude guerre, avait son origine dans quelque Superstition de la légende, et tenait plus ou moins à l'observance du culte superflu. Nous examinerons à part avec détail la messe de l'Ane et celles de la fête des Diacres , des Rois , des Fous et des Innocents . en recueillant les curieux vestiges de ces mœurs et de ces usages du paganisme. L'Kglise, qui tolérait le retour périodique de pareilles saturnales , condamnait absolument, sous peine d'excommunication, les messes sèches, c'esl-à-dire sans consécration et sans communion, et les messes à plusieurs faces ou tètes, c'est-à-dire celles où l'on recommençait deux, trois cl même quatre fois le sacrifice jusqu'à l'offertoire, de manière qu'une seule consécration pût servir à plusieurs messes, et procurât ainsi à l'officiant économie de temps et augmentation de salaire : cela s'appelait naïvement : enter des messes. Quant à la messe sèche, on la nommait aussi messe navale (naulica et misse de chasse (renalica
Fini jouant de la cornemuse,
l' a près l'Atlaa d < - 1 3fn numents de la
i'ratice! par Alex. Lenuir.
parce qu'on l'àvaif faite exprès pour les marins et les chasseurs. La suppression de quelque partie de la liturgie dans l'office de la messe, ou l'introduction de quelque prose, de quelque litanie . de quelque leçon, non approuvée par les canons de l Église . constituait un cas de Superstition ou de culte superflu.
Les fidèles qui entendaient la messe ou qui achetaient des messes pour leur compte péchaient souvent par Superstition: les uns menaient leurs chiens et leurs chevaux malades à l'Église, et plus spécialement aux chapelles de Saint-Pierre, de Saint-Hubert et de Saint-Denis, pour leur faire appliquer sur le corps les clefs de ces chapelles ou leur faire dire des évangiles sur la tète; les autres faisaient dire des évangiles pour euxmêmes, tantôt en tenant un cierge éteint, tantôt en levant le pied droit en l'air, tantôt en se cachant le menton clans la main droite, tantôt à certaines heures du soir ou du matin. et cela, pour se délivrer de la gale ou de la dyssenterie, pour guérir un enfant ou une personne absente, etc. Dans certaines localités, on mettait sur l'autel, durant la messe, des clous de cheval qui devaient empêcher les chevaux encloués de rester boiteux; dans d'autres Églises, le jour de Pâques, on bénissait un agneau devant l'autel, à l'offertoire: dans les campagnes, on offrait encore a la messe, il y a peu d'années, du lait, du miel, du cidre, des confitures, des volailles , du gibier, des fruits ou des légumes. C'était une réminiscence de.l'oblation judaïque; les confréries présentaient le pain bénit, environné de banderolles et d'emblèmes, au son des violons, des flûtes et des instruments de musique ; les chevaliers de l'arquebuse faisaient des décharges de mousqueterie dans l'Église: ce qui, pour être superstitieux, n'en était pas moins généralement usité avec l'agrément du curé et des marguilliers.
Les Superstitions relatives a certains endroits de la messe ont été formulées par les casuistes. Voici quelques-unes de celles qui concernent le Sanclus : 1" ramasser à terre, pendant le 'Sanctus de la messe, des rameaux de buis bénit, et les faire infuser dans de l'eau pour guérir la colique ou le mal d'estomac; -1° tenir la bouche ouverte, pendant le Sanclus de la messe des morts, pour être préservé de la morsure des chiens enragés: 3° porter sur soi le Sanclus écrit sur du parchemin vierge , pour être heureux à la pèche: » mettre deux fétus en croix pendant le Sanctus pour retrouver les choses perdues. Voilà maintenant quelques autres Superstitions non moins singulières qui regardent l'élévation : Ldire le Paler à rebours pendant l'élévation, contre le mal de dents: 2" répéter trois Ave entre l'élévation du corps et celle du sang de Jésus-Christ, contre les mauvais rêves et les visions nocturnes ; 3" enterrer trois épingles ou aiguilles pendant l'élévation, contre le mal de gorge ou le flux de sang; 4" aussitôt après l'élévation, se pendre au cou un os de mort, contre la fièvre; 5° rester assis pendant l'élévation, pour gagner aux jeux de hasard, etc.
La messe de minuit, la messe des morts, et d'autres messes autorisées par le rituel, avaient chacune leurs Superstitions spéciales. Celles de la messe de minuit sont encore la plupart en vogue chez les gens de campagne. On faisait boire les chevaux et les bestiaux, en revenant de cette messe, pour les guérir ou les préserver de maladies: on
portail sur soi un morceau de pain bénit de la messe de minuit, pour n'être jamais mordu par un chien enragé; le berger qui se présentait le premier à l'offrande, pendant cette messe, devait celte année-là avoir les plus beaux agneaux du canton, etc. Les messes des morts étaient surtout une source inépuisable de pratiques superstitieuses, non-seulement de la part des fidèles, mais encore de celle des prêtres et des curés. Quelquesuns de ces derniers, par dévotion ou par tout autre motif, ne disaient jamais que la messe des morts, comme si un cercueil eût été là derrière eux; quelques bons chrétiens, par anticipation, faisaient dire, à leur profit et en leur présence, des messes des morts, comme s'ils fussent déjà dans la bière. Le nombre des messes qu'on disait pour les vrais morts autrefois prêtaient aussi à la Superstition, mais l'Eglise y trouvait trop d'avantages pour se montrer bien sévère à cet égard. Sainte Gertrude n'avait-elle pas conseillé de dire cent cinquante messes pour les morts et de communier cent cinquante Ibis à l'intention d'un seul défunt? Peu importait donc que, d'après certaines traditions superstitieuses émanées du paganisme, on fit dire sept messes des morts; qu'on fît, à ces messes, allumer sept cierges; qu'on distribuât sept aumônes après chaque messe; qu'on récitât sept Paler et sept Ave, etc. Mais si, pour faire mourir quelqu'un, on disait ou faisait dire une messe des morts devant une image de cire, on encourait la peine de la hart ou du bûcher; ce qui n'empêcha pas les ligueurs, en 1589, de placer sur L'autel, dans plusieurs paroisses de Paris, de pareilles images de cire à l'effigie du roi Henri III. et de piquer ces images avec des aiguilles, pendant la messe des morts, pour obtenir du ciel ou de l'enfer, que ce roi mourût. Les messes pour les morts ne i levaient pas avoir d'autre objet que de tirer une âme du purgatoire ou d'abréger l'expiation de ses péchés. C'était donc Superstition que de faire dire ces messes pour les damnés, excommuniés, hérétiques, relaps et inbaptisés : on trouvait bien difficilement un prêtre qui consentît à dire des messes, les lui payât on double, pour un homme tué en duel ou mort en flagrant délit. Cependant, les écrivains ecclésiastiques rapportent une foule d'exemples de damnés qui sont sortis de l'enfer par l'intercession des saints et par
les mérites de Jésus-Christ. La plus célèbre de ces légendes est celle de l'empereur Trajan , ce grand philosophe payen , que saint Grégoire le Grand eut l'adresse de délivrer du gouffre éternel, en le faisant baptiser après sa mort. Voilà pourquoi l'Église, dans ses offices des morts, prie pour les morts en général, et laisse à Dieu le soin d'appliquer ces prières à qui de droit. Il y avait pourtant des chapelles et des autels privilégiés où, en souvenir de certain miracle et en vertu de certains brefs, une messe des morts . dite à tel jour et à telle heure , faisait inévitablement sortir une âme du purgatoire au moment de l'élévation. C'est un privilège que conserve encore la chapelle souterraine de Sainle-Croix de Jérusalem à Rome.
Le diable vaincu par 1111 frire convers, fac-similé d'une lattiro du Ha. dVs Chroniques de St-D
No srv.JS, A. r. Bill. Nat. d» Paris.
On rapporte, a ce sujet, que le diable se présenta en personne plusieurs fois pour acheter des messes au nom de quelque grand scélérat ou de quelque athée abominable mort en état d'excommunication, et ce, dans la maligne intention de contrarier le privilège de l'autel et de troubler la conscience du piètre. On pouvait, d'ailleurs, obtenir des messes pour quiconque avait été inhumé en terre sainte, avec les cérémonies de l'Eglise : car l'Eglise, était censée avoir admis, dans son giron, tous les morts qu'elle avait honorés de ses prières. Ce fut donc pour éviter le scandale d'une pareille erreur , que le corps d'une méchante sorcière, qu'on avait osé présenter devant l'autel, fut tiré du cercueil et emporté par le diable, sur un cheval fantastique, qui disparut dans les airs. Ceci se passa en Angleterre, vers l'année 1034, selon la Chronique de Nuremberg, qui assure que l'on entendait encore crier la sorcière, à quatre lieues de dislance.
Le prêtre était souvent lui-même atteint et convaincu de Superstition, s'il disait plus d'une messe par jour, s'il se faisait payer la même messe par deux ou trois personnes différentes, s'il se servait d'un pain levé et d'un calice de bois, s'il s'endormait pendant le sacrifice, s'il revêtait deux éloles au lieu d'une, s'il portait des ornements faits avec des étoffes employées naguère a des usages profanes, s'il négligeait à dessein de consacrer l'hostie, s'il touchait l'hostie avec des mains impures, s'il avait avalé un verre de vin ou une noix confite avant de monter à l'autel, s'il y montait l'épée au côte. botté et éperonné ou bien les pieds nus, etc. Mais il ne devenait pas complice des Superstitions qu'il secondait sans le savoir; car on lui faisait dire souvent des messes pour connaître si une personne absente vivait ou était morte, pour obtenir la réussite d'une entreprise ou même d'une action criminelle, pour retrouver un objet perdu ou volt'-, pour découvrir un voleur, pour avoir les plus beaux troupeaux et les plus belles récoltes, etc. Enfin, tant de Superstitions incroyables se mêlaient au sacrifice de la messe et au sacrement de l'eucharistie, que certains hérétiques n'avaient pas hésité à en attribuer l'invention au diable. Celui-ci. comme nous l'avons raconté plus haut, se donnait le plaisir de faire dire des messes, mais on n'assure pas qu'il osât y assister: il en demandait aussi aux vivants, tantôt sous la forme d'un homme noir, tantôt sous l'apparence d'un spectre, tantôt en poussant des plaintes et des gémissements comme une âme en peine, tantôt en proférant d'horribles menaces. On n'a jamais su quel intérêt il pouvait avoir dans ces messes extorquées a la crédulité ou à la peur.
IV. Le sacrement de pénitence, outre quelques Superstitions imperceptibles que l'œil du casuiste exercé savait seul apprécier, en avait fait naître de plus grossières, qui étaient aussi plus répandues dans le peuple. On croyait à ces miracles, en vertu desquels un mort se confessait d'un péché mortel qui l'empêchait d'entrer en paradis. Selon Bonfinius, trois ans après la bataille de Nicopolis, où l'armée de l'empereur Sigismond fut défaite par les Turcs, on trouva, sur le champ de bataille, une tète coupée qui ouvrait les yeux et qui demandait un confesseur; selon Thomas de Canlipré, un voleur normand, qui avait jeûné tous les mercredis et samedis en l'honneur de la Vierge, fut tué et décapité par ses ennemis sur le sommet d'une montagne, en sorte que sa tète, en rou-
lant dans la vallée, appelait à grands cris un confesseur; selon Césaire d'Heisterbach, un moine de l'ordre de Cîteaux, étant mort en l'absence de son abbé qui le confessait d'ordinaire, revint exprès, la nuit suivante, chercher sa confession, sans laquelle il serait allé droit en enfer; selon plusieurs chroniqueurs français du quatorzième siècle un chanoine de Notre-Dame de Paris, qu'on avait inhumé dans le chœur de la cathédrale, fut, pendant plusieurs nuits consécutives, rejeté hors de sa sépulture, jusqu'il ce qu'il eut trouvé un confesseur qui le débarrassa d'un péché mortel, avec lequel il ne pouvait reposer en terre bénite. Quelquefois, c'était le confesseur mort qui venait en aide h son pénitent vivant; témoin saint Basile, qui, pendant qu'on le portail en terre. effaça la confession d'une grande pécheresse, écrite dans un papier cacheté et déposée sur son corps; témoin saint Jean l'Aumônier, qui, ayant reçu une confession, en donna l'absolution par écrit après sa mort, et se leva de son tombeau pour remettre un bulletin où celte absolution était signée de sa main. L'exemple des plus grands saints n'était pas toujours bon à suivre : si sainte Liduine de Hollande avait pu confesser les péchés d'un fameux scélérat et recevoir l'absolution pour le compte de celui-ci. la mère de saint Pierre le Vénérable fut admonestée et punie, pour avoir confessé , avec ses propres péchés, ceux de son mari défunt ; si des saints s'étaient confessés à des images et h des reliques, l'Église ne permettait, qu'en cas de nécessité absolue, la confession faite à des laïques, mais non à des femmes : c'est ainsi que le sire de Joinville confessa le connétable de Chypre, qui s'attendait à être mis à mort par les Sarrasins : « Je lui donnai, dit-il. telle absolution comme Dieu m'en donnait le pouvoir. » On ne pouvait jamais abuser du sacrement delà pénitence : Pierre le Chantre cite un abbé de Longpont qui recommençait chaque jour sa confession générale ; le bienheureux André d'Avellino se confessait quatre et cinq fois par jour. Ces confessions incohérentes étaient fort en usage dans les couvents, principalement chez les religieuses, et quelquefois l'abbesse usurpait le droit d'absoudre les péchés.
C'était dans les indulgences que la Superstition jouait le rôle le plus important : indulgences fausses et supposées; indulgences indiscrètes et ridicules; indulgences vaines et superflues. Cependant, toutes les indulgences étant payées, et souvent fort cher. l'Eglise avait intérêt h fermer les yeux sur leur abus; le pape et les évèques ne les approuvaient pas toujours, mais en revanche ils ne les condamnaient pas souvent. Ces indulgences étaient attachées à des prières, h des messes, a des neuvaines, à des jeûnes, à des processions, a des pèlerinages, a des offrandes. Elles avaient parfois l'origine la plus burlesque. Telles furent les indulgences de l'Araignée. Un cordelier de la ville du Mans célébrait la sainte messe : une énorme araignée tomba dans le calice; le cordelier avala d'un seul trait l'araignée et le vin consacré. Il n'en mourut pas, et bientôt I araignée sortit toute vive de la cuisse du religieux. Le pape Urbain IV autorisa dès lors la confrérie et les indulgences de l'Araignée. Un pape moins superstitieux, innocent XI. supprima en 1678 une petite partie des indulgences fausses et apocrvphes qui avaient cours dans la chrétienté; parmi ces indulgences, on remarque celles ac-
Mœurs et u£2£3S dî '- ™ rell£- - ■ Fol. XIX.
cordées par Jean XXII à ceux qui baisent la mesure de la plante du pied de la Vierge ; celles attribuées à la mesure de la taille de Jésus-Christ ; celles de la confrérie de saint Nicolas, au moyen desquelles on délivrait tous les jours une âme du purgatoire en disant cinq pateret cinq are; celles dites de quatre-vingt-dix mille ans, copiées sur un vieux tableau qui était dans l'église de Saint-Jean-de-Latran, etc. Mais il y avait bien d'autres indulgences bizarres ou impertinentes dont ne parlait pas le décret d'Innocent XI, telles que celles des Salutations à tous les membres de Jésus-Christ, celles de l'Adoration des membres de la sainte Vierge, celles des Révélations de sainte Brigide, celles de l'Oraison de saint Léon, celles du Cordon de saint François, etc. Ces indulgences ne se bornaient pas à racheter des années ou des siècles de purgatoire; elles préservaient des tempêtes, des naufrages, des morsures de serpents ou de chiens enragés, de mort subite, de la peste. Ces indulgences étaient annexées à certains chapelets, à certaines croix, à certaines médailles, à certains habits qu'il fallait porter, véritables Superstitions empruntées au paganisme et conservant encore un caractère manifeste d'idolâtrie. Les dévots, effrayés de la durée des peines du purgatoire, ne se montraient pas moins fort empressés de les abréger par des indulgences qui promettaient beaucoup à peu de frais. L'Église décida donc que les curés et les abbés accorderaient seulement l'absolution des péchés confessés; que les archevêques et les évèques donneraient des indulgences seulement pour quarante jours; les cardinaux, seulement pour cent jours, et que les papes ne pourraient, en aucun cas, étendre leurs indulgences au delà de deux mille ans. C'était bien peu de chose auprès des indulgences que nous fait connaître le livre des stations de Rome, imprimé en 1475 : quand on montrait les clefs de saint Pierre et saint Paul dans la basilique de Saint-Jean-de-Latran, les Romains gagnaient trois mille ans d'indulgences; les Italiens, six mille, les étrangers, douze mille; quand on exposait la Véronique dans la basilique de Saint-Pierre, Romains, Italiens et étrangers gagnaient des indulgences semblables aux précédentes; il y avait vingt-huit mille ans d'indulgences pour celui qui montait dévotement les degrés de Saint-Pierre; sept mille ans, pour celui qui visitait, h Saint-Laurent, la pierre sur laquelle ce saint a été grillé, etc. En somme, la seule fête de saint Mathieu, à Rome, pouvait rapporter à un chrétien actif cent cinquante-neuf mille deux cent quatre-vingt-douze ans et vingt-huit jours d'indulgences, tout au juste. La papauté, au Moyen Age et longtemps après la Renaissance, n'a pas eu de meilleurs revenus que ceux des reliques et des indulgences.
V. Le sacrement de l'extrèine-onction offrait moins de prises à la Superstition, à cause des conditions même dans lesquelles on l'administrait. Mais comme on se servait de l'huile bénite pour conférer ce sacrement, on appliqua cette huile à des usages superstitieux et profanes. Les sorciers ne manquèrent pas de la faire entrer dans leurs conjurations et dans leurs philtres. Quant aux patients qui recevaient ce sacrement , précurseur ordinaire de la mort, leur frayeur s'augmentait encore de quelques vaines Croyances : ils s'imaginaient que les onctions, faites aux yeux, aux oreilles, aux mains et aux pieds, auraient pour résultat, dans le cas où ils guériraient, de les rendre sourds.
aveugles ou paralytiques; que ces ouclions seraient inutiles devant Dieu, si on ne leur avait préalablement lavé le visage ; que, durant cette cérémonie funèbre, on devait allumer treize cierges, ni plus ni moins, autour de leur lit; qu'après avoir reçu ce sacrement, ils ne pourraient accomplir le devoir conjugal, manger de la chair, marcher pieds nus. On a lieu de s'étonner que ce sacrement, qui s'entoure d'un appareil si lugubre et si solennel, n'ait pas inspiré plus de Croyances superstitieuses; en voici quelques-unes que l'Église s'eflbrçail en vain de détruire. On croyait, presque partout, que l'exlrème-onction entraînait la mort inévitablement et empêchait d'ailleurs toute guérison ; on croyait que quiconque l'avait reçue voyait diminuer sa chaleur naturelle, perdait ses cheveux, était plus accessible au péché qu'auparavant, et ne devait pas danser pendant un an, sous peine de mourir; on croyait encore que les abeilles périssaient à une lieue autour de la maison où se donnait l'extrème-onction. La terreur qu'inspirait le moment suprême ne permettait pas, sans doute, à la Superstition d en pervertir les tristes cérémonies. Mais dès que le viatique sortait de l'église, précédé
Le [.a.sape du viatique, fac-similé d'une gravure sur bois de P. Wolgemuth. {Uber Clironicarum mundi. Nuremberg, 1493, în-fol.).
d'un porte-croix et annoncé par le son d'une clochette ou d'une crécelle, on évitait de se trouver sur son passage, on se renfermait dans l'intérieur des maisons, pour n'être
pas désigné h une mort prochaine, et même pour ne pas mourir à la place du moribond qui allait recevoir les derniers sacrements. Si l'on ne pouvait échapper à la rencontre fatale du viatique, on se découvrait, on s'agenouillait avec respect, et l'on s'empressait ensuite d'entrer dans une église, comme pour y implorer le droit d'asile contre la mort. C'était donc un fait inouï, que l'impiété d'une troupe de joyeux compagnons, qui, dansant sur un pont de bois h Utrecht, en 1277, laissèrent passer le Saint-Sacrement sans interrompre leurs danses; mais le pont se brisa tout a coup, et deux cents personnes lurent noyées dans le fleuve, pour avoir oublié, dit la Chronique de Nuremberg, de rendre à Dieu l'hommage qui lui est dû.
VI. Les Superstitions qui regardent le sacrement de l'ordre s'étaient cachées en quelque sorte dans le clergé et n'arrivaient pas jusqu'au peuple. Le chrême, qui servait aussi à l'ordination, était seulement détourné parfois de son usage, comme toutes les huiles saintes, et employé en magie, en amour ou en médecine. On racontait différentes légendes qui défrayaient la chronique scandaleuse des mauvais chrétiens et des hérétiques, entre autres la plaisante légende de la papesse Jeanne, celles de certaines prostituées qui s'étaient fait sacrer évêques et qui avaient osé conférer les sacrements. On se scandalisait moins de voir, dans l'histoire, des enfants au maillot ordonnés prêtres aussitôt (jue baptisés, cl même sacrés cardinaux ou évêques sous la garantie d'un bref du pape. Quant aux laïques qui se faisaient passer pour prêtres et qui en remplissaient les fonctions, sans avoir reçu l'ordination, ils étaient livrés impitoyablement au bras séculier et punis comme idolâtres et sacrilèges.
VIL Le sacrement du mariage avait gardé naturellement toutes les Superstitions païennes qui appartenaient aux cérémonies nuptiales de l'antiquité, et de plus il en avait fait naître d'autres qui tenaient plus particulièrement à l'esprit du christianisme. Les unes précédaient le mariage; l'amour, la curiosité et l'avarice, suivant un casuiste, en étaient les instigateurs. On avait inventé mille charmes, mille pratiques, mille artifices superstitieux, pour se faire aimer : philtres de toute espèce, sortilèges et invocations magiques, prières, messes, jeûnes, le tout mélangé de folies et de sottises qui se modifiaient h l'infini selon le pays et les individus. Voulait on connaître si un mariage serait prospère en fortune, en amour, en enfants? on avait recours à tous les genres de divination que l'homme, avide de savoir l'avenir, s'est plu à multiplier et h expérimenter, bes présages étaient observés et interrogés avec soin. Une fille n'avait qu'à remuer avec la main l'eau d'un seau tiré du puits, ou y jeter des œufs cassés sur la tète de quelqu'un, pour voir dans cette eau l'image de l'homme qu'elle épouserait. Une union ne pouvait être heureuse, si les époux, en allant a l'Église, rencontraient sur leur chemin une femme grosse ou échevelée, un moine, un prêtre, un lièvre, un chien, un chat, un borgne, un boiteux, un aveugle, un lézard, un serpent, etc. ; si on les retenait par leur robe ou par leur manteau, s'ils entendaient le cri d'un oiseau ou d'un animal de mauvais augure. En revanche, le mariage était voué au bonheur, s'ils rencontraient une courtisane, un loup, une araignée, un crapaud , etc.; s'ils sortaient de leur logis au bruit du
tonnerre, si l'oreille droite leur tintait, s ils saignaient de la narine droite, etc. On ne finirail pas d'énumérer tous les présages, auxquels on donnait un sens heureux ou malheureux dans les préludes du mariage.
Les maléfices et les philtres imaginés pour inspirer de l'amour étaient plus innombrables et plus bizarres encore : on employait, dans leur composition, les substances qui semblaient propres à faire des talismans ou des breuvages amoureux. On ne se contentait pas de mettre un anneau de jonc ou de paille au doigt d'une fille, ni de lui faire forger un anneau avec un vieux fer de cheval, ni de jeter de la poudre depouillot sauvait dans sa boisson, ni de porter un ruban qu'elle avait porté, ou des rognures de ses ongles, ou bien une boucle de ses cheveux. On pulvérisait des osde morts, des reliques, des perles magiques, des minéraux précieux, des hosties consacrées, des cierges et des rameaux bénits, et l'on attribuait à ces poudres la puissance d'allumer un amour irrésistible dans le cœur le plus froid et le moins tendre. On ne doutait pas du succès de l'opération, si l'on avait fait boire de l'eau bénite, du saint-chrême ou des saintes huiles à la femme qu'on voulait contraindre à aimer. L'amour et la concupiscence charnelle autorisaient les pratiques les plus condamnables : c'était le meilleur produit du dangereux métier de sorcier. Les fiançailles donnaient lieu à diverses Superstitions plus innocentes : on aspergeait d'eau bénite les fiancés quand ils sortaient de l'église, ou bien on les battait et on les empêchait de sortir, avant qu'ils eussent payé rançon; on les emportait de vive force au cabaret, on les accueillait par des huées et des charivaris. C'est pourquoi il était défendu aux curés de célébrer les fiançailles après le coucher du soleil. Un fiancé augurait mal de son mariage, s'il laissait tomber son chapeau à terre : une fiancée, si on lui louchait la main droile avec la main gauche, et si quelqu'un lui marchait sur le pied droit.
Le jour de la célébration du mariage n'était pas inutile à choisir, quoique l'Eglise ne reconnût pas, comme le paganisme, des jours fastes et néfastes. On n'aurait eu garde de se marier a la fête de saint Joseph, qui était honoré par l'Eglise, mais redouté de tous les maris. On peut supposer que cette fête, placée en plein carême, avait contribué à faire décréter par les conciles et les synodes, que le carême, de même que les dimanches et les principales fêles chômées, serait un temps inapte et défendu au mariage. Il y avait cependant autrefois comme aujourd'hui des cas d'exception, mais alors la célébration se faisait sans appareil et sans réjouissances. Les jours de jeûne, quatrelemps et vigiles, étaient également antipathiques avec le mariage, parce que, dit le synode de Besancon en 1573, les époux eussent été forcés de coucher seuls : Debent a marital 7 Ihoro abslinere tanquam uxorem non habentes. L'Église blâmait les époux qui se mariaient de grand malin, habillés salement ou négligemment, et qui réservaient leurs beaux habits de noces pour le bal ou le festin ; elle ne tolérait pas non plus l'usage de donner des étrennes ou des présents à la mariée devant l'autel; elle condamnait plus sévèrement d'autres Superstitions qui avaient pour objet unique d'empêcher le nœud de l'aiguillette, ce plaisant épouvantail de nos pères. Les maris avaient imaginé, contre un si
désagréable accident, de meltre du sel dans leur poche ou des sols dans leur chaussure en allant se marier, ou de passer sous le crucifix sans le saluer, au moment de la bénédiction nuptiale, ou de pisser trois fois dans l'anneau conjugal en disant In nomine Palris, ou même de faire acte de mari avant la célébration du mariage.
L'Eglise s'était préoccupée, plus qu'elle ne le devait, du nœud de l'aiguillette, qui était assez fréquent au Moyen Age, par suite de la frayeur qu'on en avait. On attribuait, en général, ce mauvais cas à des sortilèges, à des enchantements, à des malices du démon. Tous les moyens semblaient bons pour se soustraire à cette fâcheuse position conjugale. C'est pour cela qu'on frappait avec des bâtons la tête et la plante des pieds des mariés, pendant qu'ils étaient agenouillés sous le poêle. Le remède pouvait être plus violent que le mal. D'autres maris se contentaient de faire bénir deux ou trois anneaux et même jusqu'à cinq, destinés tous ensemble au doigt annulaire de l'épousée, ou bien ils recommandaient h celle-ci de laisser tomber l'anneau, quand on le lui présenterait, ou bien encore ils faisaient célébrer les épousailles, en cachette, la nuit, dans quelque chapelle basse et fermée. Les méchants, de leur côté, avaient bien des manières de nouer l'aiguillette, et le diable était toujours le complice secret ou avoué de cette vilaine action. Le savant Bodin, dans sa Démonomanie, compte plus de cinquante façons d'en venir h un tel résultat, qui amusait singulièrement les malins de l'enfer. Sans rappeler les exemples mémorables que nous fournit l'histoire (Pierre le Cruel, roi de Castille et de Léon, empêché, par les charmes de sa concubine Maria Padilla. d'accomplir son mariage avec Blanche sa femme; Ludovic Sforza empêchant, par des sortilèges, son neveu, Louis Galeas, duc de Milan, de cohabiter conjugalement avec la duchesse Isabelle; Jean, comte de Bohème, frappé d'impuissance la nuit de ses noces, etc.), nous enregistrerons ici un arrêt fort ingénieux, rapporté par Bodin et relatif au nœud de l'aiguillette : « D'autant que celaestoit fort commun en Poitou, le juge criminel de Niort, sur la déclaration d'une nouvelle espousée, qui accusoit la voisine d'avoir lié son mari, la fit meltre en prison obscure, l'an 1560. la menaçant qu'elle ne sortiroit jamais, si elle ne le délioit; deux jours après, la prisonnière manda aux mariés qu'ils couchassent ensemble. Aussitôt le juge, estant averti qu'ils estoient déliés, lâcha la prisonnière. »
Le procédé le plus ordinaire et le plus facile pour lier l'aiguillette, était de faire un nœud, soit à une. corde, soit à un ruban, soit à une courroie, soit même à un cheveu, pendant la cérémonie du mariage, en prononçant à rebours un des versets du psaume Miserere met, Deus. Il y avait même des enfants dressés h ce métier malhonnête, et qui en vivaient. L'Église, après avoir recherché et décrit avec soin tous les sortilèges analogues sous le titre de la décrélale De frigidis et malefîciatis, analhématisait . excommuniait les auteurs, agents et instigateurs de ces Superstitions détestables, non-seulement les sorciers et magiciens, mais encore quiconque oserait , dans une perverse intention : tourner les mains en dehors et enlacer les doigts les uns dans les autres . quand Tépoux présente l'anneau à l'épouse; lier la queue d'un loup en nommant les mariés; attacher certains billets, certains morceaux d'étoffe, aux habits des époux; toucher ces
époux avec certains bâtons faits d'un certain bois ; leur donner certains coups dans certaines parties du corps; prononcer certaines paroles en les regardant; faire certains signes avec les mains, les doigts, la bouche, les pieds, etc. Quant aux remèdes ecclésiastiques offerts aux pauvres maléficiés , c'étaient des exorcismes, des messes, des oraisons, des jeûnes, des aumônes. Tous les conciles, tous les synodes, tous les riluels ont fulminé l'excommunication contre « les sorciers et sorcières, charmeurs et cbarmeresses. tous ceux et toutes celles qui mettent empêchement en mariages qui sont h faire ou parfaits. » Le peuple avait, dans le but de combattre aussi le nœud de l'aiguillette, adopté une coutume qui règne encore par toute l'Europe : c'était le ehaudeau, ou bouillon, ou soupe, ou pâté, ou fricassée de la mariée, qu'on lui apportait processionnellement, au son des instrumenis et au bruit des chansons, pendant la première nuit des noces. Cette pâtée était destinée à écliauffer l'ardeur des époux et à les empêcher de s'endormir, tandis que le démon veillait pour leur jouer un de ses tours habituels.
Quant aux Superstitions qui avaient pour but de dénouer l'aiguillette, elles étaient aussi nombreuses et aussi singulières que celles qui servaient h la nouer. L'Église ne les autorisait pas davantage, parce qu'elle n'y avait aucun intérêt. Voici les plus communes : 1° mettre deux chemises h l'envers le jour des noces; 2° placer une bague sous les pieds de l'époux, pendant la cérémonie; 3° dire trois fois en se signant : Ribald, Nobal et Varnobi; 4° faire dire, avant la messe de mariage, l'évangile de saint Jean /// principio; .'> " frotter de graisse de loup les montants de la porte du logis nuptial : 6° percer un tonneau de vin blanc et faire couler le premier jet dans l'anneau de mariage; 7 pisser dans le trou de la serrure de l'église où le mariage a été célébré; 8" prononcer trois fois Yemon avant le lever du soleil; 9" écrire sur un parchemin neuf dès l'aube : Avigazirtor, etc. On comprend que le nœud de l'aiguillette, eût-il été serré par tous les diables, n'était pas capable de résister h de si puissants remèdes. On comprend aussi que les mauvais plaisants ne se lassaient pas d'inventer des recettes analogues h celle-ci : on faisait déshabiller les époux et on les couchait tout nus par terre ; le mari baisait alors l'orteil du pied gauche de sa femme, et la femme, l'orteil du pied gauche de son mari ; puis, l'un et l'autre faisait un signe de croix avec ses talons en marmottant une prière. Il y avait encore d'autres cérémonies «sales, vilaines et impures à l'endroit de l'anneau, » entremêlées d'oraisons spéciales, dont la plus célèbre commençait ainsi : « Bénite aiguillette , je te délie. »
Ce redoutable nœud n'avait rien à faire avec une autre Superstition assez fréquente dans les couvents des deux sexes : ici, un moine épousait la sainte Vierge ou quelque sainte préférée ; là, une religieuse, sans plus de façon, épousait Jésus-Christ ou quelque saint, avec qui elle s'était mise en cohabitation mystique. On apprit que ces illuminés poussaient parfois les choses jusqu'au contrat dûment signé par une des parties et par un représentant de la partie absenle. Les impies et les sorciers n'avaient pas voulu être en reste de Superstition sur le chapitre du mariage : ils se mariaient donc entre eux. au risque d'être brûlés, ou bien ils contractaient une alliance abominable avec le diable
ou ses simulacres reconnus, tels que le bouc, la chèvre, le chien et le porc. Le Sabbal n'était, dit-on, que la consécration de ces hideux accouplements. Ce fut là le texte de bien des procès criminels. Le peuple avait une aversion instinctive pour tous les mariages mal assortis : il manifestait cette aversion par des charivaris, dans les secondes noces, où le cortège des mariés était souvent conduit à l'autel au milieu d'un effroyable concert de cloches, de poêles et de chaudrons, à moins que cette musique dérisoire, renforcée de cris et de huées, ne fût réservée pour la nuit même du mariage. L'Eglise prenait en vain la défense des veufs et des veuves qui convolaient ensemble en secondes noces : mais le charivari bravait les excommunications. « marchant en larves et masques. jetant poisons, breuvages vilains et dangereux devant les portes des secondement mariés, excitant fumées puantes, sonnant labourins, faisant toutes choses vilaines et sales qui se peut penser, jusques à tant qu'ils aient des mariés tiré certaines sommes d'argent comme par force. » Tels sont les termes d'une ordonnance synodale de l'archevêché de Lvon en 1577.
ous n'avons pas rapporté toutes les Superstitions auxquelles l'Eglise faisait la guerre avec plus ou moins d'énergie et de persévérance selon les temps et selon les hommes. Il exislail encore une innombrable quantité de Superstitions locales qui avaient sans doute une origine commune de paganisme, niais qui s'attaquaient moins directement aux principes du dogme catbolique : ces Superstitions, qu'on peut distinguer des autres, en les appelant profanes, se mêlaient à tous les actes de la vie privée et se perpétuaient par la simple tradition du foyer domestique. Elles avaient plus de racines et d'éléments dans les campagnes que dans les villes, et elles formaient une espèce de religion occulte que le peuple pratiquait avec un aveugle respect. Comment le clergé, souvent crédule et ignorant non moins que ses ouailles, aurait-il pu rechercher et combattre une à une les mille Superstitions qui enveloppaient la société chrétienne et qui se déroulaient autour de l'homme depuis son berceau jusqu'à sa tombe? Voilà pourquoi la plupart de ces Superstitions, nées dans les religions antiques, ont traversé le Moyen Age et la Renaissance sans rien perdre de leur caractère primitif: païen ou chrétien, le peuple est également superstitieux. par instinct, par goût et par habitude.
11 faudrait donc découvrir, dans les mœurs religieuses de l'Antiquité, le germe des Superstitions populaires du Moyen Age, principalement de celles qui ne faisaient pas intervenir le personnage du diable, et qui conservaient ainsi leur cachet païen ou judaïque: en voici quelques-unes que l'on peut juger, à première vue, antérieures au christianisme : On mettait une pièce de monnaie dans la main droite du mort, avant de 1 en-
sevelir, pour qu'il fût mieux reçu dans l'autre monde; on n'achetait pas à prix d'argent les abeilles, mais on les échangeait, pour qu'elles prospérassent dans la ruche ; on faisait sortir de l'étable les veaux, à reculons, en les séparant de leurs mères; on ne voulait pas manger de la chair d'un animal qui n'aurait pas été tué avec le fer; on jetait des cordes nouées de plusieurs nœuds, sur la fosse d'un trépassé; on couvrait d'un voile noir les ruches à miel , h la mort de leur maître, afin que les mouches ne mourussent pas aussi; on ne commençait à labourer, qu'après avoir trois fois, autour de la charrue, promené du pain et de l'avoine, avec un cierge allumé; on choisissait un fou, un enfant ou un idiot, pour semer du persil qui, autrement, eût porté malheur au semeur; on enterrait un cheval, imbœuf ou tout autre animal mort, les pieds en l'air, à l'entrée d'une «•curie, pour empêcher la mortalité de s'y introduire ; on dressait des croix et des poteaux dans les champs, en prononçant certaines formules, pour protéger les moissons, etc. D'autres Superstitions, au contraire, non moins innocentes que les précédentes, avaient évidemment un cachet chrétien qui témoignait de leur origine : on mettait des branches de buis bénit sur le fourrage, pour le préserver des insectes; on évitait de jeter au feu les coquilles d'œuf, de peur de faire brûler une seconde fois saint Laurent; on croyait que les remèdes pris par un malade après la confession et la communion, n'avaient plus d'efficacité; on n'osait coudre, hier, ni travailler dans la chambre d'un mort; on ne laissait aucun vase plein d'eau dans une maison où était un cadavre, pour que son âme n'allât pas s'y baigner; on faisait une croix à la cheminée, pour empêcher les poules de s'égarer, etc. L'inventaire des Superstitions religieuses serait plus long que celui des vérités de la science et de la morale.
C'était surtout pour se guérir des maladies, pour se préserver de maux et de malheurs à venir, pour s'attribuer toutes les variétés de bonheur désirables, que le pauvre peuple se livrait plus volontiers aux erreurs et aux pratiques de la Superstition. La souffrance physique et morale, la peur, l'avarice, l'égoïsme enfin, se traduisaient de mille manières, en croyances et en actes plus insensés que coupables; car tout le monde ne faisait point appel aux sciences occultes qui avaient alors des inconvénients plus sérieux que l'excommunication. Les talismans, par exemple, étaient, à certaines exceptions près, tolérés ou approuvés par l'Église : on portait sur soi des versets de la Bible ou de l'Evangile, des prières, des grains bénits, des chapelets, des scapulaires, des médailles . des reliques. 11 y avait aussi des talismans astrologiques et magiques. Quant aux herbes, aux pierres, aux poils d'animaux, qui servaient à faire des préservatifs. l'Eglise n'en reconnaissait pas la vertu, et refusait de sanctionner leur usage par des prières et des cérémonies- Elle était plus indulgente que la Faculté de médecine, à l'égard d'autres Superstitions de vaine observance qui avaient également pour but de guérir diverses maladies ou d'en garantir. Voici un échantillon de ces étranges Superstitions, que l'on retrouverait encore dans les moeurs des campagnes. I. Contre la lièvre : ne manger ni chair ni œufs, à Pâques et aux fêles solennelles; dérober un chou dans un jardin voisin cl le mettre sécher à la crémaillère; porter en amulette un os de mort ; enfermer dans un sa-
ire et - . . ::
chef une grenouille verle et l'attacher au cou du malade; manger la première pâquerette que l'on rencontre; recevoir la bénédiction, le même dimanche, à trois paroisses différentes: chercher, en disant son chapelet, une tige de bouillon blanc et la jeter aux veufs; passer à travers la fente d'un arbre ; boire dans un seau d'eau, après qu'un cheval y aura bu; passer entre la croix et la bannière de la paroisse pendant une procession; boire de l'eau bénite, la veille de Pâques ou de la Pentecôte; s'entortiller le bras ou le cou avec les ourlets d'un linceul; boire trois fois, dans un pot neuf, de l'eau puisée à trois puits et mêlée ensemble; elc. II. Contre la peur : ficher des épingles dans le soulier d'un mort; porter sur soi une dent ou un œil de loup ; mouler sur un ours. III. Contre le rhumatisme : faire frapper trois coups d'un marteau de moulin par le meunier ou la meunière en disant : In nomme Pains, etc. IV. Contre l'épilepsie ou mal caduc : attacher un clou de crucifix au bras de l'épileptique ; lui faire porter un anneau d'argent ou une médaille, avec les noms des trois Rois : Gaspar. Melchior, Balthazar. V. Contre les verrues : les frotter avec de la bourre ou avec du genêt; envelopper des pois chiches ou des cailloux dans un linge et le jeter derrière soi dans un chemin. VI. Contre le mal de dents : les loucher avec une dent de mort : planter un clou dans une muraille; demander trois aumônes en l'honneur de saint Laurent. VII. Contre l'hémorrhagie : saigner du nez sur des fétus de paille en croix; mettre dans le dos une clé forée. Mil. Contre les douleurs de l'accouchement : faire mettre à l'accouchée les chausses de son mari ; lier avec sa ceinture la cloche de l'église en la faisant sonner trois fois. IX. Contre la pleurésie : courir çà et là dans une église. X. Contre le mal de gorge : attacher une branche de prunier dans la cheminée; appliquer un soc de charrue au creux de l'estomac. XI. Contre la gale : se rouler tout nu dans un champ d'avoine; arracher une poignée d'avoine en grappe et la laisser sécher sur une haie. XII. Contre la toux : cracher dans la gueule d'une grenouille vivante. XIII. Contre les engelures : plonger ses mains dans le fumier, le premier joui' de mai. XIV. Contre les chancres : souffler h jeun, trois fois de suite, pendant neuf jours, dans la bouche du malade. XV. Contre les maux d'oreilles : les toucher avec une main de squelette. XVI. Contre le mal de tête: se lier les tempes avec une corde de pendu, elc. Les médecins avaient plus d'intérêt que les prêtres à combattre ces Superstitions, et c'est à peine s'ils permettaient aux rois de France d'empiéter sur les droits de la Faculté et de guérir les écrouelles en les touchant, antique privilège des successeurs de Clovis qui. le premier, en avait fait usage , après avoir été sacré avec l'huile de la Sainte-Ampoule, que le Saint- Esprit, sous la figure d'un pigeon, daigna, lui-même, apporter du ciel. Selon le médecin Dulaurens, qui a écrit l'histoire de ce merveilleux privilège de nos rois, Henri IV guérissait plus de 1500 malades par an. Les rois d'Angleterre, qui n'avaient rien de commun avec la Sainte-Ampoule, ne guérissaient que le mal caduc.
L'Eglise, qui trouvait bon que le roi d'Angleterre guérit le mal caduc, et le roi de France les écrouelles, offrait à toutes les maladies une foule de remèdes analogues, que le pouvoir de l'imagination pouvait rendre eflicaces en certaines circonstances. Elle mul-
tipliait. dans ce but, les fêles des saints el , en même temps, leurs reliques, qui molivaienl tant de processions, de pèlerinages, de vœux et d'offrandes. Ces reliques étaient souvent très-bizarres, très-malhonnêtes, comme le han de saint Joseph en bouteille (à Coûrchiverny, près de Blois) , les cornes de Moïse (à Rome) , le lait de la Vierge, etc. , mais, néanmoins, toutes avaient le mérite de guérir les bons chrétiens. Voilà comment on ne regardait guère à l'origine deces reliques qui, selon les besoins de la circonstance, se propageaient d'une manière inquiétante : ainsi, saint Georges n'avait pas moins de trente corps, tous également honorés, dans la chrétienté; sainte Julienne comptait vingt corps, vingt-six tètes et une infinité de bras et de jambes; saint Léger, cinq corps, dix tètes et douze mains ; saint Jean-Baptiste, dix tètes et onze index; saint Jérôme, deux corps et quatre tètes seulement, mais soixante-trois doigts; saint Pancrace, trente corps et plus de six cents ossements divers, etc. Un saint qui n'aurait eu qu'un corps, une tête, deux bras et deux jambes, dans les reliquaires du monde catholique, eût été assez mal vu, et ne se fût pas permis beaucoup de guérisons miraculeuses.
Ces guérisons étaient , d'ailleurs, partagées entre les saints qui s'en attribuaient le monopole; souvent même, le saint avait été inventé exprès pour la maladie, et lorsque, par exemple, au commencement du 16e siècle, le mal vénérien apparut, il trouva, on ne sait où, un saint Eoutin . pour le prendre sous ses auspices, et en disputer la direction suprême, au patron de la peste, saint Job. Il y avait donc un nom de saint accolé au nom de chaque maladie. On invoquait saint Aignan el saint Sain tin, pour la teigne; saint Andrieux. saint Antoine, saint Firmin, saint Germain, saint Messent, saint Verain, sainte Geneviève, pour l'érysipèle ou le scorbut; sainte Appoline el saint Médard, pour le mal de dents; saint Avertin, saint Leu, saint Loup, saint Jean, saint Mathieu, saint Nazaire. saint Valentin et saint Victor, pour l'épilepsie; saint Christophe, saint Eloi et saint Julien, pour le mal de gorge; sainte Claire, pour le mal d'yeux; saint Eutrope, pour l'hydropisie; saint Genou, pour la goutte; saint Ladre, pour la lèpre; saint Main, pour la rogne; saint Malhurin, pour la folie; sainte Pélronille, pour la fièvre; saint Quentin, pour la toux; saint Roch el saint Sébastien, pour la peste; saint René, pour les maux de reins. C'était là, il faut l'avouer, une concurrence permanente contre les médecins qui n'osaient s'en plaindre tout haut, et qui mettaient, de bonne grâce, leur pharmacopée sous l'invocation de ces bienheureux thérapeu listes. Passe encore si l'on s'était borné à demander, de la pluie à sainte Geneviève, et des enfants à saint Grélichon ou à saint Guignolet !
La Superstition était partout , dans les palais comme dans les cabanes , dans les villes comme dans les champs, en France et dans tous les pays de l'Europe: elle participait à tous les actes et même à tous les sentiments de la vie religieuse el privée. Elle embrassait, comme le serpent, l'arbre de la science, et elle en dévorait les fruits, jusqu a ce que la Vérité eût mis tin à son règne . en écrasant sous ses pieds ]a tète du monstre qui s'était réfugié pendant tant de siècles au fond des ténèbres du Moyen Age. pAUI. LACROIX.
Ou Comitc de l'Histoire de France cl du Comité dei Monuments Historiques.
Th. Brovvne. Essai? sur les Erreurs populaires, Irad. de l'anglais (par l'abbé Souchay). Parts, 1735, 2 vol. in-12.
.1. Barth. S algues. Des Erreurs et des Préjugés répandus darrà les divers raugsde la société, raris, 1819, ô vol. iu-S.
I i première édit. de 1810 est en un volume: la seconde de 1811, en deux.
Gatien DE Seiifr. Traité des Erreurs et des Préjugés. Paris, 1845, in- 12.
II existe dans le? Revue- et les journaux un crand nombre de notices sur les Crovances el usages, superstitieux île? provinces de chaqui
Lidov. Lalanne. Curiosités des Traditions, des Mœurs et des Légendes. Paris, 1847, in-12.
.1. Berger de Xivrey. Traditions tératologiques, ou Récit de l'antiquité et du Moyen Age sur quelq. points de la fable, du merveilleux et de l'histoire naturelle. Paris, 1856, in-8.
Ferd. Denis. Le Monde enchanté; Cosmographie et histoire naturelle fantastique du Moyen Age. Paris, IN43, iu-32.
On v Iroure la légende du Purgatoire de tasnt Patrice, d'après un manuscrit du quinzième siècle, et la Lettre du PresTre Jehan.
Aiin. Sorbini Tractatus de Monstris. Paris , 1570. in- 16.
Trad. en franc, par Fr. de Belleforest, dans les Hist. prodigieuses. Er. Hedelin. Des Satyres, Brilles, Monstres et Démons; de leur nature et adoration. Paris, Becon, 1627, in-8.
\ ['autres traités ? n r le- Monstres, par Mari. Weinrichius 1595 . Gralenberg 1609 , Fort. Licelo (1654), etc.
Yn> . -m lesD | leurs notices dan- les .Veut, de l'Acad. Celt.,
F, Cam. Dnchemin, I - .1 hannean, !
A. J. Et. Lerofge. Notice sur le Trou du Purgatoire de S. Patrice. Voy.celte Not. au t. Vides Mém. de l'Acad. Celt.
B. G. (Gist. Brunet.) Notice histor. et bibliogr. sur la .-mit,' du Juif Errant. Paris, 1813, iu-S de 19 p. Discours véritable d'un Juif Errant, lequel maintient en
parolles probables avoir esté présent à voir crucifier Jésus- Christ, et est demeuré en vie. Bordeaux, 1609, in-8 de lli p.
Y'ov. aussi une pièce analogue, du même temps : Relation d'un Gentilhomme arrive de Jérusalem, dans laquelle on apprend où est le malheureux qui donna un soufflet à Jesus-Chi ist.
Yoy. les dis-erlal. pnbl. en Allem., par Drosclier (166S), Frenliel, sous M. Je G. lin!., 1668), et Schmied, sons celui de Ch. Schuli 1689|.
P. Vict. Cayet. De la venue de l'Antéchrist, comment et en quel temps il viendra; de la consommation du monde, et du second avènement de N. S. J.-C. Paris, 1602. in-8.
Yoy. ail--i [Atlst. de la nativité de l'Ant'chrtst. parles Chevaliers de Malte Par., 1625, in-8] . i'Advert. a tous ehrestiens sur le grand et épouv. avènement de l'Antéchrist, par de Perrières Varin f Par., 1609, in-S1, fie l'Antéchrist et de ses marque*, par J. Perri
De ritus et moribus Indorum. Presbiter Johannes potens.
S. n. et s. a. (Eistadt, Reiser, circa 1-iSO), in-i de 8 11.
Plusieurs foi- réimpr. Imite en vers, par Giuliano Dati ' ta Gran mar/nificentta d<l Prêt* Jannt (Florentix, cir.- i 1 i- in-4 de 4 ff.à 2 col.
Preslre Jehan, à l'empereur de Rome et au rov de France. S. n. el s. d. (>ors 1300 , in-4 de 12 IT. goth.
Kcimpr. sou- le titre de : Nouvelles de ta terre de Prestre Jehan.
.1. Lenfant., Histoire de la Papesse Ji aune, tirée des Dissertat. latines de Spanheim. La Haye, 1736. 2 vol. in-12, fig.
\ it., nuire le ilict. rusior. de B.olc. le- dissert.de Léon. Allalias
Itatio fabulfe de Johanna papissa. Colon.-Agrîp., 1645, in-8),
ndel ( De Joanna papissa. Amstel-, lb57, in-S . de Sun. M i-
resius Joanna panissa reatïfttfa. Groninj 1 -. in-4 >, de Jos.
Garampi Diesert. ad Jaannœ paptssœ fabellam. Roms, 1749, in-4 .
Rob. ni: Triez. Les Ruses, finesses et impostures des Esprits malins. Cambray, Sic. Lombart, 1565, in-i.
Jac. de Clfsa (Jinterbfrck). Tractalus de Apparitionibus ii imarum. Burgdorf., Ii73, in-fol. de 26 11.
Réimpr. plusieurs fui- au quinzième siècle. L. Lavateri, de Spectris, Lemuribus, et magnis atque insolitis Fragoribus, etc. Gênera, Crispinus, 1370, in-8, fig.
Souvent réimpr. et Irad. en franc, par Jean I : Trois Litres
l paritions des Esprits, Fantasmes, et Accidents merveilleux qui précèdent ta mort de quelq. pet sonn. renomme- Génère, I '71. in-8 .
N' ii Taillepied. Traité de l'Apparition des Esprits, à
-. avoir des âmes séparées, fantosmes, etc. Rouen, 1602. in-12.
P. I.eloyer. Discours el histoires de- Spectres ou Appari-
tions et Visions d'Esprits, anges et démons. Paris, 1605. in •!.
La première édit., Angers. 1586, in-4, ne contient que 4 livres. Yov. les Traites lai. sur le- Spectre-, par P. Tbvrœus 1599. Si.-. Scherertiins [16S1 , Fr. Torreblanca (16Ï5 . H. Grosius (1650), etc.
Alp. CostadAU. Traité hist. el crit. des princip. Signes dont nous nous servons pour manifester nos pensées. Sec. part. Signes superst. et diaboliques. Lyon, 1720, 4 vol. in-12, lig.
AiG. Calhet. Traité sur les Apparitions des Esprits et sur les Vampires ou Revenants. Paris, 1751, 2 vol. in-12.
Lenglet Dffresnoy. Trailé histor. et dogm. sur les Apparitions, les Visions et les Révélations. Paris, 1751 ,2 vol. in-12.
Lenglet Dufresnov a réimpr., dans son liée, de diseert. anc. et noue, sur les Apparitions, les Fistons et les Songes (Paris, 1752, 4 vol. iu- 1J . des relalii n- publ. à pari aux seizième et dix-septième siècles.
Apomazar Achmet . Des Significations et événements des Songes, tourné du grec en lat. par Leunelavius, et mis en franc, (par Denys Duval;. Paris, 1581, in-8.
Vuv. l'ourr.grec d'Arteraidorns(£)e Somniorum iulerpretaïione , souvent réimpr., et trad. eu franc par Ch. Fontaine (Lyon, J. de Tournes. 1546, in-8 . L'édit. de Wourn, 1584, in-16, est suit, du Livre d'Ang. Aiphe, des divinations et des augures, trad. par A. Dumoulin.
Jean Levesqfe de Bdrigny. Mémoire sur la Superstition
des peuples à l'égard des Songes. Yoy. ce Mém. dans le t. NXXVHI des Mém. de l\4cad. des Insc.
P. Boaistuau, Cl. de Tesserant, Fr. de Belleforest, Rodr. Hoyer et J. ne Mabconville. Histoires prodigieuses. Paris. Ve de Guill. Caiellal, 1597-98, 6 tom. in-16, lig. s. b.
Réimpr. plus. foi-. La I re edit. ne contient qu'un extrait des auteurs -i et latin-, par Boaistuau [Par., A. Briere, 1560, in-4, lig.).
J. de Mabconville. Recueil d'aucuns cas merveilleux advenus de nos ans, et d'aucunes choses eslranges et monstrueuses advenues es siècles passez. Parts, Dallier, 1563,in-8.
Le Recueil du même auteur, imprime sons un titre analogue dans la 6e partie des Hist. prodigieuses, est lotit à fait différent de celui-ci.
Voy. au-si le Thresor d'histoires admirables et mémorables de nosire temps, recueil!, par Sim. Goulari Genève, 1620, 4 vol. in — .
Theopei. Raynaudi Traclatio de Stigmatismo sacro et profano, divino, bumano, daemoniaco. Luyrf., 1654, in-8.
Van. Dale. Dissertatioues de origine et progressu idolatrise et Superstitionum. Amstel., 1696, in-i.
P. Lebrun. Histoire cril. des Pratiques superstitieuses qui ont séduit les peuples el embarrassé les savants. Augm. et conlin. par BelotetGranet.) Pans. 1752-36,4 vol. in-12, lig.
Réimpr. plus fois. La Ire édil.. :~"-. n'a qu'un vol.
(J. Fr. Bernard.' Superstitions anciennes el modernes, el Préjugés vulgaires qui ont induit les peuples à des usages nu itra ires a la religion. Amsterdam, 1753-56, 2 vol. in-fol., lig.
.l.-B. Thiers. Traite des Superstitions qui regardent les sacrement-, -inédit, augm. Paris. 1711. i vol. in-12.
Jac. de Voragine. Aurea Legenda alias Historia Longobardica vocitata. Impressa Parisiis, per l'Id. Gering, Mari- Crantz ri Muh. Friburger, 1475, in-fol. a 2 col.
Réimpr. plus de cent fois et Irad. en ilal., en angl., en allem., en liobem., à latin du quinzième siècle. La vieille traduction IVanç. de Je,tt,
de Vîgney ou Vigny a été sonvent réimpr, avec de- variantes. VI. Gusl.
îlruneteii a publ. une nouvelle, mais en abrégeant l'original (Par. 1-4.1,
in-12). La première édit. de la Légende dorée, trad. pari.de Vigny
(Lyon, Barth. Buyer, 1477, in-fol. 1, est suivie de la Légende des SainCtà
nouveaulx, extraite du Spéculum hlfitoriaie de Vincent île Beauxais,
Jean Calvin. Traiclé des Reliques ou avertissement trèsutile du grand profit qui reviendrait à la chrestienté s'il se faisoit inventaire de tous les corps saints et reliques qui sont tant en Italie qu'en France. Genève, J. Gérard, 1543, in-8.
L'édil. de Genève, 1599. contient un aulre Traite des Fîeliques, trad. du lai. de G. Cbemnicius, et l'Ioveni. des reliq. de Haine, trad, de I ilal.
Jac.-Ai G.-Sivi. Collin DE Plancy Dictionnaire critique des Reliques et des Images. Paris, 1821-22. 5 vol in-8.
(H. Griffet.) Hisl. des Hosties miracul. Bruce., 1770, iu-8.
Voy. les Traites histor. el dogmat. des 1 tat I-nl. Val—
serano |15S5l, par Uni. M. irier 1587 . de J. Capel 1597), je Laur. llevner flC56), de lio.nin. \ ii , 1699 . de Nie. Forestier 170! . ,'..
Voy., en outre, la Bibliographie des Scunces occultes.
^€(L€ D€S Smi%.
Mœurs et Usages de la vie religieuse
erodien , Macrobe, Denys Halicarnasse , qui ont décrit les Saturnales et les Lupereales de l'ancienne Kome, semblent avoir en sons les yeux les Fêtes singulières que 1< laganisme légua comme un Stigmate à la religion cbrétienne, et que celle-ci a subies, plutôt que tolérées, penlant tout le Moyen Age, souples noms de Fête des Diacres.
Fête des Fous (fëslum Faluoriiiin. Fête des Innocents.
Fête tics Anes, etc. Il y avait des traditions, des mœurs et ; usages tellement enraci- FÉTE DES FODS Fol I.
nés dans l'esprit du peuple, que c'eût été tenter l'impossible que de vouloir les faire disparaître sous l'enseignement et la pratique d'un nouveau culte. Les fondateurs du christianisme avaient compris que le plus sûr moyen de s'emparer du monde, c'était d'admettre d'abord, les yeux fermés, la superstition païenne dans le giron de l'Eglise de Jésus-Christ, c'était d'attendre que la moisson fût entassée dans les greniers pour séparer l'ivraie du bon grain. On laissa donc au peuple ses fêtes favorites, consacrées par des siècles, et l'on se contenta d'en changer la destination : Jésus-Christ hérita de l'apanage de Saturne; ses principaux saints se partagèrent la succession de Pan. de Priape et des autres divinités champêtres.
La Fête des Calendes ou des Saturnales commençait, chez les Romains, au milieu du mois de décembre, et se prolongeait jusqu'au troisième ou cinquième jour de janvier; tant que durait cette fête, les affaires publiques et particulières restaient suspendues; on ne songeait qu'au plaisir; ce n'étaient que collations, danses, concerts, mascarades : on s'envoyait l'un à l'autre invitations et présents; on ne quittait presque pas la table; on y faisait des rois du festin ; on y installait les esclaves h la place de leurs maîtres ; on se permettait de tout dire et de tout faire, comme sous le règne de Saturne, au bon temps de l'âge d'or. Le christianisme, qui recruta ses premiers apôtres parmi les classes infimes de la société, n'eut garde de priver celles-ci d'une fête pareille, que l'on pouvait, au besoin, défendre avec les paroles de l'Évangile sur la charité et l'égalité. 11 fractionna seulement cette longue fête en plusieurs fêtes spéciales qui s'abritèrent chacune sous les auspices d'un jour férié du calendrier catholique. De là, les idolâtries et les réminiscences païennes, auxquelles donnaient lieu la fête de Noël, celles de Saint- Etienne, de Saint-Jean l'Évangéliste et des Saints Innocents, du 2o au 28 décembre, la fête de la Circoncision et celle de l'Epiphanie ou des Rois, le 1" et le 0 janvier. Les Lupercales, qui se célébraient au mois de février en l'honneur du dieu Pan, ne furent pas davantage supprimées par les chrétiens; on les partagea en deux séries distinctes : les fêtes du carnaval, qui s'ouvraient le lendemain de l'Epiphanie et ne se terminaient qu'au mercredi des Cendres; les fêtes du mois de mai, qui duraient quelquefois tout le mois, et qui. plus ordinairement, se bornaient au premier jour de ce mois et aux trois jours des Rogations. Il y eut. pour ainsi dire, la fête des campagnes et celle des villes. Puis, comme si ce n'était pas assez de concessions aux vieilles coutumes du paganisme, on permit aux fidèles de se divertir comme des païens aux fêtes de quelques saints, tels que saint Nicolas, saint Martin, saint Éloi , sainte Catherine, saint Ursin. etc., qui avaient confisqué ii leur profit le culte des dieux et des déesses de l'Olympe.
Toutes ces fêtes joyeuses reçurent la désignation génériquede Fêle des Fous, en témoignage des extravagances dont elles étaient le prétexte avoué. Ce fut pour leur ôter leur tache originelle, qu'on essaya d'en faire remonter la responsabilité jusqu'au roi Salomon, qui avait dit que le nombre des Fous est infini (Siultorttm infinilus est iiumerus). L'Église chrétienne ne fit donc pas difficulté de se déclarer, en quelque sorte, la mère des Fous, en répétant avec Jésus-Christ : « Rienheureux les pauvres d'esprit! » L'Eglise de ces
premiers siècles s'associait de fait et d'intention à tous les actes de ses enfants, à leurs joies aussi bien qu'il leurs souffrances : elle retenait ainsi dans son sein et sous son autorité immédiate les pieuses saturnales qui turent le berceau du théâtre moderne. Les conciles et les synodes ne cessaient de protester contre ces scandales, éclatants vestiges du paganisme; mais les évoques dans leurs diocèses, les curés dans leurs paroisses, les abbés dans leurs couvents, se montraient plus indulgents et ne se hasardaient pas à contrarier le sentiment populaire en proscrivant la Fête des Fous, que l'Europe chrétienne avait introduite dans sa liturgie. La France surtout, par suite du caractère gai t'tgalois de ses habitants, s'était prononcée pour cette joyeuse Fête, qu'elle célébra plus longtemps et plus solennellement que ne le tirent tous les autres pays : elle avait pressenti que l'art dramatique sortirait de là.
La Fête des Fous était générale dans l'Église grecque et dans l'Église latine. Les conciles d'Orléans (533), d'Auxerre (585), de Châlons-sur-Saône (050), défendent les déguisements, les danses et les chansons profanes dans les églises; le concile de Tolède (033) < «"donne des prières , des processions et des jeûnes, pour l'abolition de la Fête des Calendes ou des Saturnales; le concile de Constantinople (092) condamne aussi les indécences de cette Fête, les masques, les danses, les chansons, les galas, qui en perpétuaient l'idolâtrie. Ces conciles ne faisaient que se conformer à l'opinion que saint Augustin a plusieurs fois exprimée dans ses sermons et ses homélies. La Fête des Calendes se nommait en France la Fête des Barbatoires (Barbaloria), sans doute parce que les acteurs se couvraient le visage de masques à barbe, hideux et fantastiques, appelés barboires dans la langue du treizième siècle. Grégoire de Tours (HisJ. Franc. , lib. X, cap. xvi) parle d'un jugement rendu contre les religieuses de Poitiers, accusées d'avoir célébré les Barbatoires. Cette fête était encore nommée la Fête des Diacres, des Sous-Diacres et des Diacres-Saouls {Salitri Diaconi), parce que le bas clergé' se livrait, ces jours-là, aux excès du vin et de la débauche. (Ducange, Glnss. inf. Latin., aux mots liarbaloria, Kalenchr, feslum Fatuorum.) On n'a pas de détails précis sur cette Fête jusqu'au douzième siècle; on sait toutefois qu'elle était en usage non-seulement dans toutes les églises, cathédrales et paroissiales, mais encore dans tous les couvents d'hommes et de femmes. Elle autorisait les folies les plus coupables et les plus honteuses; elle avait, d'habitude, trois ou quatre périodes marquées, ayant chacune ses acteurs et son spectacle particuliers. Le premier jour, qui était la fête de Noël, la plèbe cléricale et monacale criait à l'unisson : Noël, Noël! et se mettait en liesse ; le lendemain, jour de Sainl-Étienne, les diacres tenaient concile pour élire un pape ou patriarche des Fous, un évêque ou archevêque des Innocents, un abbé des Sots; le jour suivant, fête de Saint -Jean, les sousdiacres commençaient la danse en son honneur; ensuite, le quatrième jour, fête des Saints-Innocents, les enfants de chœur et les clercs subalternes acclamaient le pape ou l'évêque ou l'abbé élu, qui faisait son entrée triomphale dans l'église, le jour de la Circoncision, et qui siégeait pontiticalement jusqu'au soir de l'Epiphanie. C'était donc le ligne joyeux de ce pape, ou de cet évêque, ou de cet abbé de la Folie, qui composait la
Fête des Fous et qui en dominait les phases bizarres, les mascarades grotesques et parfois impies, les scènes plaisantes et souvent ordurières, les orgies furieuses, les danses, les jeux et les chants profanes, insolentes parodies de la liturgie catholique.
La Fête des Fous nous apparaît pour la première Ibis, avec toute sa pompe étrange et malhonnête, en 1182, dans un ouvrage liturgique (Bei.etus, Lib. de divin, o/pc. cap. lxxii et cxx, cité par Ducange), qui l'appelle la liberté de décembre, à L'instar des Saturnales païennes. Cette liberté consistait à intervertir les rôles et les rangs du clergé, qui, pendant les fêtes de Noël et de l'Epiphanie, commettait toutes sortes de folies dans l'intérieur des églises : les clercs, diacres et sous-diacres officiaient à la place des piètres; ceux-ci dansaient et jouaient aux dés , h la paume , à la boule et à d'autres jeux de hasard, devant l'autel; les enfants de chœur, masqués et couverts de chapes, occupaient les stalles des chanoines; la veille des Innocents, ils élisaient un évèque parmi eux, le revêtaient d'habits épiscopaux, le sacraient et le promenaient par la ville, au son des cloches et des instruments. Belet distingue quatre danses particulières à la Fête des Fous : celle des lévites ou des diacres, celle des prêtres, celle des enfants ou clercs, et celle des sous-diacres. Ce qu'il dit des évèques et des archevêques qui se mêlaient à ces profanations ne doit s'entendre peut-être que de ceux qu'on choisissait parmi les acteurs de la Fête. Les églises, les monastères, les maisons épiscopales, étaient soumis ;i la « liberté de décembre. •> Telle était la force de l'habitude, que l'évèque de Paris, Odon ou Eudes de Sully, qui exerça un si grand empire sur les mœurs de son temps, ne put détruire complètement les abus qu'il déplore dans son mandement de l'année 1 198, abus qu'il avait d'abord fait frapper d'excommunication par le cardinal Pierre de Capoue, légat du pape en France. Le Ie' janvier, jour de la Circoncision, la cathédrale était envahie par une foule de gens masqués, qui la profanaient par îles danses immodestes, des jeux défendus, des chansons infâmes, des bouffonneries sacrilèges et par mille excès de toute espèce, jusqu'à l'effusion du sang. Les prêtres et les clercs étaient les instigateurs et les complices de ces scandaleuses mascarades qui se répandaient par les rues et jetaient le désordre dans tout Paris. Eudes de Sully régla lui-même les cérémonies de la fête de la Circoncision, et ordonna aux chanoines de se tenir, a l'avenir, dans leurs stalles avec gravité et modestie. L'année suivante, il publia un second mandement contre les excès du même genre qui avaient lieu le jour de Saint- Etienne par le lait des diacres, que cette fête intéressait spécialement, comme celle de la Circoncision appartenait plutôt à la licence des sous-diacres. Pour donner à ces deux fêtes le caractère respectable qu'elles devaient avoir, il assigna une certaine somme aux chanoines et aux clercs qui assisteraient aux matines et à la messe et qui s'y conduiraient décemment. Les mandements d'Eudes de Sully ne furent pas longtemps en vigueur, et, malgré les efforts de son successeur, Pierre Cambius, malgré une lettre pastorale de 120S. malgré le concile de Paris (1212), qui défendit expressément aux évèques et aux archevêques de laisser célébrer la Fête des Fous, où l'on simulait un sacre d'évêque (ubi baculus accipilur), cette Fête reprit le dessus dans le diocèse de Paris, ainsi
que dans tous les autres où l'autorité episcopale n'avait pas mieux roussi à se faire obéir.
L'autorité royale lui vint en aide sous le règne de Charles VII, qui parait avoir été. plus que ses prédécesseurs, préoccupé du désir démettre lin à ces turpitudes. Il ne fil d'ailleurs que donner force de loi à ce décret du concile de Bàle (1435), compris dans la Pragmatique-Sanction : « Il y a un indigne abus qui se pratique dans quelques églises et qui est, qu'en certaines fêtes de l'année, quelques-uns, se revêtant d'habits pontificaux avec la mitre et la crosse, donnent la bénédiction, comme font les évèques; d'autres s'habillent en rois et en ducs, et c'est ce qu'on appelle, en quelques provinces, la Fête des Fous, des Innocents ou des Enfants. » (Cap. de Specl. in eccl. non faciend. , sess. '21.) Charles VU eut plus d'une occasion de faire appliquer dans ses États le décret du concile; en 1 444, il invita la Faculté de théologie de Paris à écrire aux prélats et aux églises pour les adjurer de travailler à l'abolition de la scandaleuse superstition connue sous le nom de Fête des Fous, « détestable reste de l'idolâtrie des païens et du culte de l'infâme Janus. » (Voyez la lettre de la Faculté de Théologie, dans le Traité contre les masques, de Savaron.) Suivant cette lettre, le jour de la Circoncision, les gens d'Église assistaient à l'office, les uns en habits de femmes, de fous, d'histrions, les autres en chape et en chasuble mises à l'envers, la plupart avec des masques de figure monstrueuse; ils élisaient un évéque ou un archevêque des Fous, le revêtaient d'habits pontificaux , et recevaient sa bénédiction, eu psalmodiant les leçons des matines indignement travesties; ils dansaient dans le chœur . chantaient des chansons dissolues, mangeaient et buvaient sur l'autel, jouaient aux dés sur le pavé de l'église, encensaient le célébrant avec la fumée de vieux cuirs et de matières puantes qu'ils faisaient brûler dans l'encensoir, couraient et sautaient de la façon la plus indécente, et, h la suite de cette messe dérisoire, se montraient sur deséchafauds et se promenaient sur des chars en luttant de cris, de grimaces, d'insolences et d'impiétés. Le blâme sévère que la Faculté de théologie de Paris avait adressé au clergé de Fiance ne produisit pas beaucoup d'effet hors de la capitale; car, peu d'années après, les ecclésiastiques de Troyes célébraient la Fête des Fous c. plus excessivement que au temps passe n'avoient accoustumé. » Charles Ml crut devoir, à cette occasion, se plaindre à l'évêque de cette ville et lui rappeler que, <■< selon la Pragmatique-Sanction et les anciens droits, les Fols ne doivent faire aucuns évesques ne arcevesques des Fols, qui portent en l'église mitre, croix, crosse et aultres ornements pontificaux. » Le clergé troyen, pour s'excuser, prétendit que son évêque, Jean Léguisé, lui avait commandé de célébrer la Fête des Fous, qui se célébrait de même à Sens. 11 eût pu ajouter qu'un prédicateur, en réponse au décret de l'Université de Paris, avait osé soutenir en chaire, à Autun, que cette Fêle était aussi approuvée île Dieu que celle de la Conception de la Vierge. C'est Gerson qui raconte ce lait curieux.
La Fêle des Fous, (pie l'on célébrait à Sens depuis le onzième ou douzième siècle. semble pourtant avoir eu un caractère différent. On peut même assurer qu'elle avait été. dans l'origine, instituée naïvement par une dévotion toute musicale. Cette Fêle était h
fameuse Fête de l'Ane, ou des Anes (festum Asinorum, dit Ducange dans son Glossaire), ijuï existait aussi, mais avec des variétés notables, à Rouen, à Autun, à Béarnais et ailleurs. Nous avons, pour en juger, le rituel même de la Fête, contenant l'office de l'Ane, avec la musique notée. Ce précieux manuscrit, provenant de l'ancienne bibliothèque du chapitre de la cathédrale de Sens et conservé aujourd'hui dans la bibliothèque publique de cette ville, se compose de quarante feuillets petit in-i° sur vélin d'une éclatante blancheur ; l'écriture des rubriques et des antiennes, placée sous la notation carrée, avec des initiales en rouge, n'est pas antérieure au commencement du quatorzième siècle: mais la reliure du volume se compose de deux admirables dyptiques en ivoire . du plus beau travail antique du quatrième siècle, représentant les fêtes de Cérès et de Bacchus: ces deux planches d'ivoire ont été malheureusement dépouillées de leur garniture et de leurs fermoirs d'argent. Les rubriques insérées dans le texte de l'office nous font connaître toute la mise en scène de la Fête de l'Ane, qui n'était pas célébrée, comme on l'a cru . en mémoire de l'ànesse de Balaam . mais bien de l'ânesse qui se trouvait dans retable où naquit Jésus, et de celle que montait Jésus-Christ à son entrée dans Jérusalem le joui' des Rameaux. Il est possible que quelques souvenirs des Fêtes de Bacchus et de l'âne de Silène se soient mêlés d'abord à la fondation de cette Fête chrétienne, qui ne causait pas plus de scandale que la fête de Saint -Hubert, où les chasseurs amenaient à la messe leurs meutes et leurs faucons pour les faire bénir, et remplissaient 1 église de sons de trompes et de cris de chasse, auxquels oiseaux et chiens répondaient à l'unisson. La musique imposante et solennelle qui accompagnait les paroles du chant, et qui les voilait pour ainsi dire, devait être écoutée avec beaucoup de recueillement par l'assistance, qui d'ailleurs n'entendait guère le latin. Ces paroles avaient été composées fort sérieusement, en style d'ode, par quelque poète qui ne pensait pas qu'on pût trop louer l'animal que Jésus-Christ avait jugé digne de lui servir de monture. Au reste, six vers léonins, qu'une main du quinzième siècle a tracés en tète du manuscrit; nous apprennent que cette fête était le triomphe du préchantre (prcecen(or), et que chantres et clercs, après l'office, se désaltéraient le gosier en prévision des feux du purgatoire :
Festum festorum de consuetudine raorum , Omnibus urbs Senonis festivat nobilis nnnis, Quo gaudet Piseentor; tamen oinnis honor Sit Christo circumciso nunc, semper et almo. Tartara Baeehorum non poeula sunt Fatuorum, Tartara vineentes sic fiunt ut sapientes.
L'Ane, le plus bel Ane qu'on avait pu trouver, couvert d'une chape sacerdotale, était amené processionnellement à la cathédrale, au milieu des chants d'allégresse de son cortège; le clergé venait à sa rencontre, toujours en chantant, jusqu'à la porte de l'église, où ces quatre vers hexamètres latins annonçaient la cérémonie et les joyeusetés dont elle était l'objet :
Lux hodiè, lux Iaetitiœ, me judice, tristis Quisquis erit, removendus erit solemuibus istis. Siut hodiè procul invidiae , procul omnia maesta ; Lœta volunt, quicumque colunt Asinaria festa.
Le Sire Ane était alors introduit dans l'église , on il semblait prendre part au sacrifice de la messe : on le conduisait tantôt du côté de 1 epitre, tantôt du côté de l'Évangile ; on le présentait devant l'autel, et on lui chantait, avec accompagnement des orgues et des instruments, cette fameuse prose de l'Ane, qui n'est pas une moquerie audacieuse, comme l'ont cru les philosophes du dix- huitième siècle, mais une naïve et poétique expression de la piété de nos pères :
Orientis partibus, Adventavit Asinus Pulcher et fortissimus, Sarcinis aptissimus, Hé , sire Ane , hé!
Hic in collibus Sichen Enutritus sub Rubeu , Transiit per Jordanem , Saliit in Bethléem, //c, sire Ane, hé!
Saltu vincit hireulos, Dagmas et capreolos, Super dromedarios Velox madiana;os.
Hé, sire Ane, hé!
Aurum de Arabia, Thus et myrrham de Saba, l'ulit in eeelesià,
Virtus asinaria.
Hé , sire Ane , hé'.
Dum trahit véhicula Multa cum sarcinula , lllius mandibula Dura teiit pabula.
Hé, sire Ane, hé!
Cum aristis hordeum Comedit et carduum .
Triticum a palea Segregat in area.
Hé , sire Ane , hé!
Amen dicas, Asine , .lam satur ex gramine, Amen, amen itéra Aspernare vetera.
Hé, sire Ane , hé!
Le refrain de cette prose, en style biblique , dont la musique a tant de noblesse et de gravité, est assurément une imitation consonnante de YEv'ohé Hacche, que répétaient les adorateurs de Bacchus. La Fête de l'Ane se célébrait encore dans d'autres villes que Sens, le jour de Noël; mais l'office n'était peut-être pas le même pour toutes. Celui qui faisait partie de la liturgie de Sens, au treizième siècle, servait également à l'église collégiale de Notre-Dame de Sales, à Bourges, et Jean l'astoris, chanoine de cette église, lui avait lait don d'un livre de chœur, dans lequel la messe de l'Ane était notée à peu près de la même manière, si l'on en croit le correspondant anonyme de l'abbé d'Artigny. Celle messe en musique, destinée à mettre en relief le talent des chantres et des instrumentistes, devait être une messe sèche, c'est-à-dire sans consécration; elle pouvait donc se terminer par cette procession solennelle (conduclUS ad poculum) (\u grand -chantre, que l'on conduisait à table en répétant un plaisant alléluia. Cet aile-
Ma, qui revenait plusieurs fois dans l'office de l'Ane, était coupé en deux par cette longue parenthèse où l'on serait fort en peine de découvrir la moindre hérésie :
Allé résonnent omnes eeclesiae Cum dulci melo symphoniae, Filium Maris genitiïcis pise , Ut nos septiformis gratiae ftepleat donis et gloriée :
Unde Deo dicaraus uia.
Selon quelques auteurs qui se sont fondés sur une tradition conservée à Sens, toute l'assistance reprenait en chœur : la, ici, ou hian, hian. Ensuite, les gros chantres. derrière l'autel, entonnaient en faux-bourdon (in falso) ces deux vers léonins :
Hrec est clara dies clararum clara dierum , Ha?o est festa dies festarum testa dierum.
Ou voit, dans les registres de la cathédrale d'Autun, que la Fête des Fous (Follorum), de 1*11 à 1 i-16, amenait aussi un âne en chasuble au milieu de l'office, et que le chant traditionnel : Hé, sire Ane, lié, hé! était entonné par des clercs vêtus d'habits grotesques. Le cérémonial de la Fête de l'Ane à Béarnais, rapporté par Pierre Louvel (Hisl. el antiquités dit diocèse de /ieauvais), offre beaucoup d'analogie avec celui que nous a transmis le rituel de Sens; nous doutons pourtant que les chantres qui chantaient l'office de l'Ane se soient appliqués a imiter le braiement de cet animal, au-devanl duquel les chanoines se rendaient il la porte de l'église, la bouteille et le verre à la main (tenenles sinijidt urnas vint plenas cum scyphis vilreis). Ce jour-là. les encensements se faisaient avec du boudin et des saucisses, disait un Cérémonial, qui remontait au treizième siècle et qui n'est pas venu jusqu'il nous. 11 est clair que le refrain: Hé, sire Ane, lié! remplaçant Vevohé païen et Yamen catholique, avait pu être compris par les (idèles comme une invitation à braire sur tous les tons. L'âne de Béarnais reparaissait encore, dans une procession . le I ï janvier, portant sur son dos une jeune fdle et un eni'anl , pour figurer la Fuite en Egypte. Quanta la Fêle de l'Ane, telle que la célébrait l'église de Rouen, selon Ducange (au mot : Feslum Asinorùrn ). c'était simplement l'introduction de l'ànesse de Balaam . arrêtée par un ange, dans une monstre de personnages empruntés à l'Ancien Testament et au Nouveau, et composant une sorte de mystère entrecoupé de dialogues en latin farci ou macaronique.
Cette Fête de l'Ane n'était donc qu'un épisode plus ou moins développé de la Fête des Fous, épisode qu'on pourrait appeler musical. Cette Fête avait été naturellement complétée par une Fête du Bœuf, le jour de saint Jean l'Evangéliste. dont le bœuf fut de toute ancienneté l'animal symholique; mais le jésuite Théophile Raynaud, en faisant ce curieux rapprochement, a négligé de nous apprendre en quelle église se chantait la prose du Bœuf. Le rituel de la Fête des Fous nous manque aussi entièrement; ce qui nous
ET LA KENAISSANCE.
autorise à croire qu'elle avait perdu beaucoup de son caractère primitif depuis le mandement d'Eudes de Sully, et que ses principales extravagances s'étaient dépouillées de leur masque liturgique. L'église n'était plus alors le théâtre unique des orgies et des folies du bas clergé en gogue ou goguette : c'était sous le porche, c'était dans le cimetière et sur le parvis, que se déployait la pompe des processions joyeuses et des mascarades. Le pape ou le patriarche des Fous , l'évéque ou l'archevêque des Innocents , l'abbé des Sots ou des Conards présidait toujours à ces saturnales; mais, son élection faite, on se contentait di- le présenter à l'église, vêtu in ponltficalibus , avec quelques hymnes semi-profanes et quelques cérémonies ridicules, dont les chantres et les enfants de chœur avaient le privilège. Les corporations de marchands présentaient de même , à la messe de leur patron, le roi ou le prince de leurs confréries. Les compagnons de l'arc et de l'arquebuse avaient une messe spéciale en l'honneur de l'élection de leur roi; tes princes de la jeunesse , les princes d'amour, créés de la même manière par des associations de plaisir, étaient aussi les bienvenus, lorsqu'ils faisaient leur entrée dans l'église, portant le costume de leur élal et entourés de leurs sujets et vassaux.
La Fête des Fous subsista moins longtemps que celle des Innocents, parce que l'élection d'un pape des Fous fut reconnue injurieuse contre la papauté, avant que l'élection d'un évèque des Innocents semblât offensante pour l'épiscopat. Ces élections burlesques eurent plus de durée et d'éclat dans le Nord que dans le Midi. A Amiens, il y avait nonseulement un pape, mais encore des cardinaux des Fous, jusqu'en 1548. Le pape, élu par les sous-diacres , le jour de la Circoncision , avec permission du chapitre de la cathédrale, recevait, comme insigne de sa dignité, un anneau d'or, une tiare d'argent et un sceau. Son intronisation avait lieu dans un festin que payaient les chanoines, a condition que les serviteurs du nouveau pape s'abstiendraient de descendre les cloches de l'église et de commettre d'autres insolences. En 1438, un pape des Fous, nommé Jean le Caron, décédé dans l'exercice de son pouvoir annuel, fit un legs de soixante sous pour la célébration delà papauté de son successeur. Senlis, au quinzième siècle, avait un pape des Fous, dont l'élection et le sacre se faisaient dans la cathédrale, avant que l'évéque et le chapitre se fussent prononcés , en 1413, pour que cette indécente cérémonie fût du moins transportée hors de l'église. A Laon , ce n'était pas un pape, mais un patriarche des Fous, qu'on élisait la veille des Rois, sans préjudice de l'élection d'un évèque des Innocents, et le chapitre faisait les frais des bombances qui accompagnaient cette double fête , célébrée pourtant hors de l'église à dater de 1 554 . I e patriarche des Fous, à Laon, n'avait pas de cardinaux, mais des consoris qui formaient sa cour et son cortège. On ne peut douter que les papes et les patriarches des Fous n'aient eu, comme les évèques et les archevêques des Innocents, le privilège de faire frapper monnaie à leur effigie; mais on ne connaît que deux médailles, d'un type analogue, qu'on puisse leur attribuer. La première représente, d'un côté, une tête double de pape et de diable, avec cette légende : Ecclesia perversa tenet faciem di aboli, et de l'autre côté, une tête double de cardinal et de fou, avec cette légende : Stvlti ai.i- ItoiHs et Dsa-.es de la v.e nkiense. FE1E DÎS FOUS Fo! V
qvando sapientes. La seconde médaille offre aussi deux tètes doubles, l'une de pape et de patriarche, avec ces mots : In vibtvte tva letabitvr ivstvs; l'autre de cardinal et d'évêque, avec ces mots : Svper omnem terram co.nstityes eos principes. Il existe un si grand nombre de ces médailles en argent, en cuivre et en plomb, qu'il est permis de les regarder comme la monnaie courante des Fous au seizième siècle.
Les évêques et les archevêques des Innocents eurent un règne plus durable et plus étendu que celui des papes et des patriarches des Fous. On les trouve en même temps dans la Provence et dans la Normandie, dans la Lorraine et dans la Flandre; mais la Picardie semble avoir été leur mère-patrie. Ces évêques ou archevêques étaient élus, sacrés et acclamés parles gens d'église et par le peuple; ils avaient droit de porter la mitre . la crosse et les gants , aux cérémonies des Fous ; ils rendaient , dans leur diocèse folâtre, des arrêts et des ordonnances, qu'ils scellaient de leur scel épiscopal; ils frappaient monnaie en plomb et même en cuivre à leur nom et à leur devise : cette monnaie n'avait cours que parmi leurs sujets ou suppôts , qui s'en servaient comme de signe {enseigne) de ralliement aux processions et comme de jeton de présence aux assemblées; c'était à peu près l'usage des mereaux de confréries et de corporations. Il est remarquable que les monnaies ou médailles qu'on frappait et qu'on mettait en circulation à l'époque de l'élection d'un nouvel évèque des Innocents, avaient une similitude frappante avec les cachets (sigillajdes Saturnales, que les anciens Romains s'envoyaient en présent à l'occasion de ces fêtes , appelées aussi Sigillaires. On peut supposer, avec apparence de raison, que les monnaies des Fous furent destinées dans l'origine aux jeux de hasard qui se jouaient dans les églises . jusque sur les marches de l'autel, à la laveur de la liberté de décembre. Un grand nombre de ces pièces de jeu , ou jeloirs , sont venues h notre connaissance, grâce aux recherches du savant docteur Rigollot; mais quelques-unes sont encore des énigmes dont on chercherait vainement le mot. On voit, sur la plupart de ces monnaies, une devise joyeuse, latine ou française, avec divers attributs de la folie. Plusieurs présentent des rébus h la mode picarde, ou des sujets bizarres, rarement intelligibles pour nous qui n'avons fait encore que constater l'existence de ces associations de Fous, d'Innocents et de Sots, dans chaque province, dans chaque ville et même dans chaque couvent. La plupart de ces pièces, découvertes sur le sol de l'ancienne Picardie, appartiennent aux quinzième et seizième siècles : l'une est datée de li99, l'autre, de 1508, celle-ci, de 1514, celle-là, de 1528, sans nom de ville et sans indication certaine de localité; la légende porte quelquefois le nom de l'évêque; plus ordinairement, cette légende, latine d'un côté et française de l'autre, abrège et orthographie de différentes façons la double formule : Monnoie de l'évesquc Innocent et Moneta episcopi Innocenlium. Ces monnaies affectent souvent l'effigie et même la légende (Su somen Domim benedictvm) des monnaies royales et baronales du même temps. Voici deux ou trois devises de différents genres, qu'on rencontre sur les monnaies publiées par M. Kigollot : Vous vees le temps tel qu'il est; — Guerre cause mainlz hélas; — La paix est sous la main de Dieu; — Sidéra pace vigent , concrescunt lerranea ; — Bene vivere et lœlari ,
etc. En examinant avec attention les monnaies des Fous, plusieurs érudits ont pensé que ces pièces étaient distribuées en guise de contre-marque ou de billet, pour les processions, les montres, les jeux et les représentations théâtrales, que l'évèque des Innocents avait le privilège de faire exécuter par ses ouailles, ou suppôts, ou consorts.
A Amiens, qui semble avoir été le centre du vaste empire des Innocents, et qui possédait aussi, comme nous l'avons dit, un pape des Fous, le chapitre de la cathédrale faisait les frais de la Fête des Innocents, que les grands et petits vicaires célébrèrent selon l'antique usage (ut anliquilùs facere solebant) jusqu'au milieu du seizième siècle. A Laon, les chanoines assistaient à cette Fête , dont il est lait mention dans les registres de la cathédrale sous les années 1284 et 1.397 : l'élection de l'évèque avait lieu la veille delà Saint -Nicolas; après le souper de la Férié, les convives disaient une antienne et un De profanais. A Noyon, l'évèque des Innocents était, en 1416, un des chanoines de la cathédrale; il y avait, en outre, un roi des Fous, appelé roi des Vicaires, qui portait la couronne royale, à l'office delà Circoncision, more aniiquo. A Péronne, la Fête et l'épiscopat des Innocents ont subsisté jusqu'en plein dix-septième siècle; mais cette Fête, dans les derniers temps, se bornait à un souper des chanoines et des enfants de chœur. A Reims, à Roye, à Corbie, à Toul, à Bayeux, etc., on trouve des traces authentiques de la Fête des Innocents, de l'élection de l'évèque, des galas et des mascarades qui avaient lieu en son honneur. Dans le midi de la France, il y avait partout même empressement a élire les évêques des Fous plutôt que des Innocents. A Viviers, I évèque-fou (episcopus slullus) , mitre et crosse, était conduit professionnellement à la chaire épiscopale, où il entendait l'office , pendant les trois jours de Saint- Etienne, de Saint-Jean et des Saints-Innocents; il donnait sa bénédiction à l'assistance, et son aumù nier, en chape comme lui, ayant sur la tète un coussin en guise de bonnet, prononçait des indulgences bouffonnes qui variaient à chaque office.
A Vienne en Dauphiné, l'évèque des Innocents, élu dans la sacristie de la cathédrale dès le 15 décembre, par les jeunes clercs, officiait pontilicalement, présidait le diner du menu clergé, distribuait des bénédictions, ordonnait des processions publiques et recevait de l'archevêque de Vienne, en signe de redevance, trois florins d'or, une mesure de vin et deux charges de bois. Les enfants de chœur tenaient le rang et le siège des chanoines, pendant les cérémonies bouffonnes de cette Fête, qui ne disparut qu'en 1G70, et qui se célébrait de la même manière à Chàlons-sur-Saône. Dans cette dernière ville, l'évèque des Fous, promené sur un âne et entouré de son clergé burlesque, dînait en public sutune estrade dressée devant la cathédrale, au milieu des cris, des chants et des grimaces de la joyeuse bande. A Aix, l'évêque-fou (fatuus) était choisi tous les ans, le ±1 décembre, entre les enfants de chœur, par le chapitre lui-même, qui fournissait les mitres, les chapes et les ornements de la Fête des Fous; cette Fête ne fut supprimée qu'en 1343, propler insolentias et inhoneslates quee fiebant. Elle s'était perpétuée à Antibes jusqu'en 1644, quand Laurent Mesmes, qui en fut témoin dans l'église des Cordeliers de cette ville, écrivit à son ami Cassendi pour se plaindre de cette incroyable
superstition. Les acteurs de cette Fête, semblables à des fous furieux, se revêtaient d'ornements sacerdotaux mis à l'envers ou déchirés, pour occuper les stalles du chœur; ils tenaient des livres d'heures à rebours, et faisaient semblant de lire avec des lunettes dont les verres étaient remplacés par des écorces d'orange; ils s'encensaient avec de la cendre ou de la farine, marmottaient des mots confus et poussaient des cris pareils à des hurlements de bête et à des grognements de pourceau. La Fête des Fous était générale dans toute la chrétienté au moyen âge; mais elle ne fut nulle part célébrée avec autant de ferveur qu'en France, où la réformation même n'eut pas la force de la détruire, comme ailleurs. Elle a donc laissé moins de vestiges dans les annales ecclé. siastiques des pays étrangers; on citerait peu de documents analogues à cet inventaire des ornements de l'église d'York, daté de 1530, dans lequel il est question d'une petite mitre et d'un anneau « pour l'évêque des Fous. »
Les couvents d'hommes et de femmes avaient aussi leur Fête des Innocents, avecélection d'abbé-fou et d'abbesse-folle. C'était principalement dans les abbayes normandes que cette Fête avait pris racine dès le treizième siècle. Odon Rigaud, archevêque de Rouen, dans la visite qu'il fit de son diocèse en 1343, trouva que la Fête des Fous et des Innocents était une occasion de débauches et d'indécences pour toutes les communautés des deux sexes. Les religieuses se déguisaient en hommes . chantaient des leçons farcies à l'office des Saints-Innocents, et nommaient une petite abbesse, qui usurpait, ce jour-là, la place et la crosse de la véritable abbesse. Dans les monastères de moines, l'abbé des Sots (abbas StuUorum) ou l'abbé des Couards (abbas Cunardorum) avait des relations peu édifiantes avec les petites-abbesses et les abbesses-folles, comme en fait foi cette légende d'une vieille monnaie des Fous : De bone nonains nos cure de vielx a. b. .Mais, du moins, les excès auxquels donnait lieu l'élection de l'abbé-fou et de l'abbessefolle étaient presque toujours renfermés dans l'enceinte muette du cloître.
Cependant, dès le commencement du quinzième siècle, l'Église de France s'était appliquée à faire la guerre aux scandales que cette Fête avait introduits avec elle dans la pratique du culte, sinon dans le dogme religieux; la Pragmatique -Sanction donnait aux évèques et aux chapitres une grande force contre les profanations qui se faisaient alors dans les lieux saints. On ne pouvait espérer de détruire tout d'un coup une coutume de plaisir que les gens d'Église considéraient comme un de leurs plus chers privilèges. On commença donc par mettre les lieux saints h l'abri de ces profanations , de ces momeries et de ces jeux de théâtre, qu'on relégua d'abord sous le porche, dans les charniers, sur le parvis de la maison de Dieu; on sépara dès lors définitivement le culte et la liturgie , des superfétations païennes qui les déshonoraient. Les clercs pourtant ne renoncèrent pas à leurs divertissements ; et , tandis que les laïques héritaient , pour ainsi dire, de la Fête des Fous, et formaient des associations joyeuses pour la mise en scène des mystères. l'Église retirait par degrés sa protection aux excès de la liberté de décembre. Cette liberté s'était éparpillée par tout le calendrier catholique, et différentes fêtes de saints lui avaient donné asile, en dépit des admonitions épiscopales, synodales et ca-
ET LA RENAISSANCE, pitulaires. A Lisieux, le soir de Saint-Ursin, qu'on fêtait le 29 décembre, les chanoines faisaient une cavalcade, en habits grotesques, avec des tambours et des hautbois. A Alençon, le 6 décembre, jour de Saint-Nicolas, la confrérie de ce saint promenait par la ville un enfant habillé en évèque. Ailleurs, on célébrait les Martinales ou fête de saint Martin . la fête de sainte Catherine, celle de saint Lazare, celle de saint Éloi , etc. , avec un cérémonial bouffon qui devait être une imitation de la Fête des Fous. Le dimanche des Rameaux, les Rogations, l'Ascension, la Fête-Dieu, étaient aussi plus ou moins consacrés à ces bouffonneries, qui, dit une ordonnance du synode de Cambrai en 1565. « sentent plutôt le paganisme (pie la modestie chrétienne. ■> C'étaient toujours des mascarades, des farces et des jeux, qui préludaient à la naissance de l'art dramatique.
Les réminiscences du paganisme s'étaient principalement attachées aux fêtes du mois de mai, qui conservaient une teinte des Lupercales et des fêtes rustiques. Le renouveau et la saison du verl ont, de tout temps et dans tous les pays, éveillé la gaieté et invité aux plaisirs. De là, cette fête du l'r mai, que presque toutes les religions célébrèrent par des processions , des chants et des danses ; de là , cette plantation de l'arbre du mai . que chaque confrérie était si jalouse de faire avec pompe et triomphe. Les confrères de la Basoche, c'est-à-dire les clercs du Palais de Paris formant la compagnie de Mère- Sotte , finirent par s'attribuer seuls l'honneur de planter le mai dans la ville, et leur cavalcade en masque , au son de la musique, fut certainement une dégénérescence des épisodes de la Fête des Fous. Le pouvoir des papes, patriarches, évèques, archevêques et abbés des Fous et des Innocents durait partout une année entière, et se manifestait à certaines fêtes par ces montres qui faisaient le divertissement de nos aïeux. Il était tout simple •pie les Fous témoignassent de leur présence à l'époque de l'année où les fèves fleurissent; car le préjugé populaire établissait une inévitable coïncidence entre la floraison des fèves et l'invasion de la folie. Voilà pourquoi sans doute le vert était la couleur emblématique, la livrée de la folie, et par conséquent celle de la Basoche. On comprend donc que le 1 er mai , à la fête du Vert , la Mère-Sotte fit appel à ses suppôts laïques, comme les papes , évêques et abbés des Fous et des Innocents , à leurs consorts et serviteurs ecclésiastiques. Cette fête du 1" mai avait quelquefois un cérémonial bizarre qui ressemblait à la représentation d'un mystère. A Vienne en Dauphiné, selon un ancien missel manuscrit, quatre hommes nus et noircis (nudt denigrali) sortaient du palais archiépiscopal, le matin du 1er mai, et couraient les rues pour convoquer les meuniers et les boulangers, qui se rendaient bien montés et bien armés devant l'archevêché : là. ils acclamaient un roi nommé par l'archevêque, et lui faisaient cortège, précédés par les quatre noircis; on allait ainsi à l'hôpital de Saint- Paul, dont la porte était fermée Un des gardes du roi frappait à cette porte, en demandant saint Paul. On lui répondait d'abord : « Il dit ses heures; » puis : « Il monte à cheval; » et enfin : « Véez le ci tout prêt. » Et saint Paul paraissait, à cheval, vêtu en ermite, portant un baril de vin, un pain , un jambon, et une poche remplie de cendres, qu'il jetait au nez des passants. Le roi de la fête jurait sur l'Évangile, et promettait par acte notarié de ramener sain et
vu
sauf saint Paul à l'hôpital. Le cortège se transportait au couvent des Dames -de- Saint- André, où l'abbesse lui fournissait une reine parée, comme le roi, le plus grotesquement possible : reine et roi étaient alors promenés solennellement autour de la ville . avec des cris et des rires étourdissants.
Les processions et les cavalcades devaient être nécessairement la dernière expression de la Fête des Fous, qu'on eut tant de peine à écarter des églises et à retrancher de la liturgie. Ces processions furent sans doute des compensations offertes aux acteurs et aux spectateurs de cette Fête , aussi chère aux uns qu'aux autres. Chaque ville avait sa procession plus ou moins fameuse dans la province. Celle de l'Épinette à Lille, celle de la Mère-Folle a Dijon , celle du Prince d'Amour à Tournay, celle du Prince de la Jeunesse à Soissons , celle des Caritats à Béziers, celle de la Fête-Dieu à Aix, furent des épisodes déguisés de la Fête des Fous, et, en même temps, des évocations du théâtre naissant. La Fête-Dieu à Aix eut surtout un éclat et une célébrité qui ne sont pas encore tout à fait perdus de nos jours. Le roi René, comte de Provence, ne dédaigna pas de dresser lui-même l'ordonnance de cette fête. En suivant les vieilles traditions, qu'il remit en vigueur dans sa bonne ville d'Aix, non-seulement il régla le costume, le rang et la marche des joueurs, mais encore il composa lui-même la musique et la danse de cette fête chevaleresque, ecclésiastique et populaire, dans laquelle on voyait figurer le lieutenant du prince d'Amour, le roi et les bâtonniers de la Basoche, Yabbé de la ville, les 1 1 iables , les cazcasselos ( lépreux ) . les apôtres . la reine de Saba , les tirassons des cheva ux frux, etc. Cette fête avait lieu, la veille, le jour et l'octave du Saint-Sacrement, le lundi de la Pentecôte et le dimanche de la Trinité, et chaque journée amenait des cérémonies nouvelles qui coûtaient des sommes considérables h la ville, et qui excitaient toujours l'enthousiasme des spectateurs. Ces cavalcades, ces processions étaient accompagnées de représentations scéniques muettes ou dialoguées, sérieuses ou comiques, qui devinrent des mystères et des salies, quand un poëtese rencontra pour les rimer.
Les associations laïques qui se formaient de tous côtés pour hériter des joyeuses coutumes de la Fête des Fous, fournirent les premiers acteurs et les premières pièces à l'art dramatique. Les confrères de la Passion , a qui Charles VI permit de s'établir à Paris en 1402, et de représenter des mystères dans une salle de l'hôpital de la Trinité, étaient, dans l'origine, des gens d'Église, des personnes pieuses, qui voulurent faire tourner au bien delà religion ce goût effréné de spectacles et de mascarades, que la Fête des Fous avait répandu dans le clergé et dans la population. Les autorités ecclésiastiques encouragèrent d'abord ces jeux , plus édifiants que ceux du pape des Fous et de l'évèque des Innocents. Dans le même temps, les gens du Palais, avocats, procureurs et clercs de la Basoche, qui se souvenaient aussi du bon temps de la liberté de décembre, voulurent donner asile à la Folie ou Sotise , que la Pragmatique- Sanction avait expulsée du domaine de l'Église; ils créèrent le royaume des Sots et l'empire des Fous; ils élurent un prince qu'ils couronnèrent du bonnet vert à oreilles d'âne, sous le nom de Mère- Sotte. Le but de leur institution fut la représentation des Soties ou farces, qui s'atta-
quaient à toutes les puissances de la terre, et qui ne relevaient que de la malice de l'auteur. Ces représentations, de même que celles des mystères, étaient toujours précédées de processions et de montres en habits dissimulés. C'est ainsi que la Fête des Fous se perpétuait et se transformait, en fondant le théâtre moderne tragique et comique.
Cette Fête, enracinée dans les mœurs, empruntait tous les noms et toutes les formes pour échapper à la censure de l'Église et à la prohibition des lois civiles. A Paris, elle avait trouvé grâce devant la royauté et l'épiscopat , en provoquant l'association et la concurrence des confrères de la Passion et des clercs de la Dasoche. En Normandie, elle produisit la compagnie des Couards; en Bourgogne, la société de la Mère- Folle, dont le principal siège était à Dijon. La compagnie des Couards, c'est-à-dire des Sots ou Facétieux, et non des Cornards , comme l'ont pensé à tort certains philologues, fut constituée, vers le milieu du quatorzième siècle, h Évreux et h Rouen; son chef, élu tous les ans par les gens de Conardie, confrères de Saint-Barnabe , s'appelait l'abbé des Conards ; il visitait ses États, monté sur un âne , coiffé du coqueluchon vert à houppes, brandissant sa marotte comme un sceptre, et entouré de sa cour canardante et conardisante , qui chantait une antienne farcie, en mémoire de la Fête de l'Ane :
La Fête aux Conards, dont on attribuait la création à un certain abbé de la Bucaille, avait lieu le jour de Saint- Barnabe, patron de la confrérie, et le jour des Rogations; l'abbé prêchait à ses sujets Y Evangile des Connoilles, répertoire naïf et malhonnête de jeux de mots et de facéties; il rendait ensuite des jugements plaisants dans des causes grasses qu'on plaidait devant lui, comme cela se pratiquait aussi, le ier mai, au Palais de Paris. Sa juridiction conardique ne s'arrêtait qu'au seuil de l'église.
La société de la Mère- Folle de Dijon était plus renommée encore, quoiqu'elle ne fût pas plus ancienne. C'est Philippe- le- Bon, duc de Bourgogne, qui l'avait instituée pour remplacer la Fête des Fous , et qui la fit approuver par Jean d'Amboise, évèque de Langres et gouverneur de Bourgogne en 1454. Cette institution, si bien appropriée à l'esprit des vendanges bourguignonnes , semble avoir été imitée de la compagnie des Fous, qu'Adolphe, comte de Clèves, établit dans son comté en 1381, et que plusieurs villes des Pays-Bas s'empressèrent d'adopter comme un ordre de chevalerie. La société de la Mère-Folle se composait de plus de 500 personnes de toute qualité : magistrats . avocats, procureurs, marchands, bourgeois, etc., qui se divisaient en deux bandes, l'une d'infanterie, l'autre de cavalerie, tous portant le bonnet de Fou et des habits fantasques aux trois couleurs jaune , rouge et vert. Le chef de la compagnie se nommait Mère - Folle ; il faisait des montrées ou revues de son armée, présidait une sorte de tribunal facétieux, et prononçait des jugements que son procureur fiscal vert se chargeait de faire exécuter. Ces procès et ces plaidoyers visibles , ces cavalcades, ces promenades solennelles, ces assemblées et ces jeux burlesques mettaient en évidence les attributs de la Folie , le bonnet vert , la marotte et les grelots , qui disparurent, sans que le monde fût devenu plus sage; mais la Fête des Fous, qui avait cessé de hurler et de glapir sous les voûtes du sanctuaire, inspirait encore les chansons et les joveu-
setés que bégayait la comédie au berceau; tandis que le clergé, se rappelant que les Fêtes de Jésus-Christ, de la Vierge et des saints avaient fait autrefois la jubilation des fidèles, inaugurait le théâtre par des histoires dramatiques empruntées a l'Ancien Testament, à l'Évangile et à la Légende. Les mystères et les soties furent donc les heureuses inspirations de la Fête des Fous; mais il y a trois ou quatre siècles d'intervalle entre la prose de Y Ane et les compositions seéniques d'Arnoul Greban, de Jean Michel , d'André de la Vigne et de Pierre Gringoire.
Du Comité des monuments historiques et du Comité des documents inédits de l'histoire de France.
René Benoist. Traicté du sainct jeusue du caresme et de la nécessaire disposition à iceluy : où il est baillé un adverlissement contre les diaboliques et payennes baclianales des desbauches de Caresme prenant. Rouen , Rich. Lalleimind, s. d. (vers 1580), in-S de 34 p.
Voy. aussi son traite : De l'institution et de l'abus survenu es con/rairies populaires (Par.. Nie. Cbesneau, 1578. in-8).
(Lambert Daneu.) Traicté conlre les bacchanales ou mardi-gras, auquel lotis cbrestiens sont exhortez de s'abstenir des banquets dudict mardi - gras et des masques et mommeries (Paris,) 1582, in-8 de 68 p.
Jean Savaron. Traitté conlre lts masques. Paris, 1608, in-8 de 53 p.
Jean Deslïons. Discours ecclésiast. contre le paganisme des Roys de la Fève et du Roy-boit. Paris, 1664, in-12.
— Traitez singuliers et nouveaux contre le paganisme du Rov-boit. Le 1 du jeusne ancien de l'Église catholique la veille des Roys, le 11 de la royauté des Saturnales remise et contrefaite par les cbrestiens charnels en cette teste, le 111 de la superstition du Phtebé ou de la sottise du Febvé. Paris, 1670, in-12.
Voy. encore le Traite des Superst. , par J.-B. Tbiers . et son Traite des Jeux et des divertissements.
Cl >'oirot. L'origine des masques, mommeries, bernez et tevennez es jours gras de Caresme prenant, menez sur 1 asneà rebours et charivarj. Langres, 1009, in-8.
(J.-B. Billet.) Du festiu du Roi-boit. Besançon, 1762, in-S-
Réimpr. en 1810. dans le Mag. encyclop.. avec notes par Amanton.
Dutilliot. Mémoire pour servir à l'histoire de la Fête des Fous, qui se faisoit autrelois dans plusieurs églises. Lausanne et Genève, 1741, in--., lig, et Paris, 1751, in-12, fig.
Voy. nn eitr. de ce Mémoire, arec des remarques nouvelles dans les
t IV et VUdes.Vem. d'hisl-, de crit. et de littérature, par l'abbé d'Artigny
Par., 1749 et soir., 7 vol. in-12). Dutilliot a encore publie dans le
Mercure , janv. 1742 : a Leltie d'un gentilhomme de Bourgogne écrite à
M. Moreau de Mautour au sujet des Mem. sur la Fête des Fous, o
Le traite de Dutilliot a été reimprimé dans le t. VIII do née. des Cérémonies et coutumes religieuses de tous tes peuples , edît. de Prudbomme ( 1809 , arec des additions evtr. du I. Il des Monum. inéd. de Millin, et du t. 1 du Voy. dans les départ, du Midi, par le même auteur, qui s'était servi d'uue lettre de l'abbé Lebeuf insérée dans le Mercure de dec 1726.
Voy. encore , dans le Journal de Verdun, oct. 1751, des Observations sur la Fête des Fous ou des Innocents , et dans les Variétés hist . phys. et littéraires, ou recherches d'un savant, recueil anonyme de plusieurs auteurs, fait par Boucher d'Argis I Par., 1752 . S vol. in-12) , uo article intitulé : De l'origine de la Fête des Fous et de la MereFolle de Dijon.
11 est question, dans ces différents ouvrages, de la fête de l'Ane el du rituel de celle fêle, conserve à Sens ; mais on n'a jamais fait que citer des fragments de ce precieui rituel, qn'uu savant magistrat de Reims, M. Deleute, doit publier eu entier, avec la musique notée.
C. Leber. Dissertation sur les Saturnales françaises pour servir d'éclarcissement à l'histoire des mascarades qui se sont introduites dans les cérémonies des dilféients cultes. Voy. cette Dissert, au t. IX de sa Collect. des meilleures dissert, et mém. relat. à l'Itist de France.
Voy. aussi les t. IX et X de cette collect. , où sont réunies presque toutes les dissertât, spéciales snr la Fête des Fous.
Voy. plusieurs pièces relatives à l'ancienne Fête des Fous, à la 6c des Opéra Pétri Blesensis ( Par. , 1667, in-fol. ) ; elles sont analysées dans VUist. eccles. Parisiensis , de Germ. Dubois ( Par. . 1690 - 1710 . 2 vol in-fol.), et dans le Journ. des savants du 16 mai 1667.
Voy. le nationale dirinorum ojjiciorujn de Durand, et 1 Hist. universil Parisiens, de Duboullay.
J.-R. d'Amiens (Rigollot). Monnaies inconnues des évêques des Innocents, des Fous, et de quelques autres associations singulières du même temps, avec d-'s Dot'-s et une introdtict. par C.-L. Leber. Paris, 1837, in-8, lig.
Pierre Legras du Villard. Lettre sur la procession des Fous et autres extravagances en diverses églises. Grenoble , 1757, in-12.
Ant. Lancelot. Mémoire sur l'ancienne Fêle des Fous dans le diocèse de Viviers. Voy. ce Mem. au t. VII des Mém. de l'Acad. des insc. et bell.-lett.
( Matdtrin de Neiri:, pseudonyme de Laurent Messies.) Querela ad Gassendum, de parum christiania provincialium suoriim riiibus , nimiumque sanis torumilem motilius, ex occasione Ludicrornni.qiiaeAquis-Sextiis in soleninitate Corporis Chrisli ridicule celtbrantur. S. n., 164 >, in-i de 61 p
Voy. dans le Merc, sept. 1738, une Lettre de l'abbé de La Roque
(Gasp. Grégoire.) Explicttion des cérémonies de la Fêle- Dieu d'Aix en Provence. Air, 1777, in-12, lig.
(P. Jos. de Haitze.) L'esprit du cérémonial d'Aix en la célébration de la Fête-Dieu. Aix, 1708, in-12.
Le Recueil des actes et depesches faictes aux hauts jours de Conanlie, tenus à Rouen depuis la dernière s>pmaioe de janvier jusqu'au mardi-gras suyvant pénultième jnur de febvrier 15 40, avtc le triumphe de la monstre et ostenlation de magnifique et très -glorieux abbé des Conardz, monarebe de Conanlie. Rouen, s d. (1541), in-4 de 19 If.
Les Triumpbes de l'abbaye desConarls, sous le resvuuen-decimes Fagot, abbé des Couards, conten. les criées et proclamations faites depuis son advenement jusques à l'an prisent, plus l'ingénieuse lésine qu'ils ont conardement mon-tiée aux jouis grts en l'an 15i0; plus le testament d'Ouinet; plus la letanie, l'antienne et l'oraison faite en ladite ma son abbatiale en l'an 1580. Rouen, Nie. Dugard: s. d., in-8 de 56 ff.
Voy. dans le Merc, juill. 1725, one lettre de l'abbé Lebeuf • sur l'explication d'un terme de la basse latinité dans le Mercure du mois d'avril dernier : Abbas Conardorum. ■
Cn. Fred. Floegel. Geschicbte des Groteske Romischen. Leipsic, 1788, in-S, lig.
Giov. Fabbrom. Les bacchanales sacrées , spécialement connues sous le nom de Fiemcolone et de Befane, Irai, de l'ital. par Moreau A-: Saint-Mcry. Voy. cette dissert, au t I des Mém de la Soc. roy. des antiquaires de France.
Voy. aussi le Glossarium infimœ lulinitatis de Ducange. auv mots
KalK\0.€. ABB1S CoRWDOKIU . Ks.STlU ASUVOBDH , FeSTL'H FaTIOBIU, etc.
Voy. encore les histoires des provinces et des villes, où la Fête des Fuus était célébrée; les histoires du théâtre. les anciens rituels, ele
a féodalité au Moyen Aae. largement assise sur la hase d'où elle avait rejeté le pouvoir royal. n'était qu'un retour à l'ancienne oligarchie romaine , telle qu'elle existait avant l'usurpation des empereurs, et une rentrée en possession de l'indépendance germanique. Cette douhle origine éclate partout dans les deux éléments divers qui formaient la noblesse. La noblesse de l'Europe méridionale, en effet, se divisait en deux groupes très-distincts
au dixième siècle et composés, le premier et le plus nombreux , d'hommes de sang romain et de sang goth; le second et le moins fort, d'hommes de sang tudesque.
Ceux-ci dominèrent conjointement avec les nobles de race slave dans le reste de l'Europe. Les nobles romains , héritiers des villœ de leurs pères, avaient réussi à conserver, à travers les invasions.
l'influence attachée au prestige de
•: et usages ie la vie civile.
PRIVILEGES , DROITS FEODAUX , Fol I.
LE MOYEN AGE la naissance et aux richesses : c'étaient eux qui possédaient encore !a majeure partie du sol et des populations rurales. Les nobles Germains, au contraire, n'avaient point relativement de possessions territoriales aussi étendues, mais ils occupaient les hauteurs du pouvoir. Les ducs, les comtes, les vicomtes, les marquis, dernière expression de la conquête ou de l'établissement libre, étaient généralement de race germanique. La race romaine et la race gothique fournissaient les barons inférieurs. Toutefois, ces deux éléments hétérogènes, réunis sous la forte pression de la féodalité, constituaient un seul corps, mais qui n'avait de vie et de mouvement que ce que lui en prêtaient les traditions de Home et de l'antique Germanie.
De ces deux sources historiques découlaient toutes les habitudes, tous les privilèges, toutes les redevances de la féodalité. Ainsi, par exemple, les châteaux étaient construits sur le plan des maisons des nobles Romains : le toit h double pente rappelait l'aigle qui ferme ses ailes; les tours permises aux seuls patriciens de haute naissance, les cornes de cerf clouées sur la porte, et la tète hérissée des sangliers, qui la surmontait d'ordinaire, avaient passé des sénateurs aux féodaux. («Pellibus et captas domibus conftyere prœdas.» Mami.ius, lib. 4, Aslron.) Ces derniers tenaient de la même main le privilège de planter des bosquets et des garennes autour ou h cùté de leurs demeures. Le goût de la chasse, d'autre part, et le privilège d'avoir des chiens et des faucons, attestaient l'importation germanique. 11 en fut de même pour les tributs transmis avec fidélité par la tradition du fisc romain, et que les barons avaient hérités des rois et maintenus comme la décime ou taille réelle, la scriplura ou droit de pacage, les redevances de la douane ou tonlieu leloncum). De ces droits consacrés par un long usage naquirent les principaux privilèges des ducs et des comtes , qui peuvent se réduire a quinze : les privilèges ou droits des trésors, de varech , d'établissement de foires ou marchés . de marque ou de représailles, de chasse, de ressort, de sauf-conduit, de noces, de couronne, de sceau, de justice, de péage, de vente et des armes.
Le droit des trésors attribuait aux ducs et aux comtes l'entière propriété de touto matière métallique trouvée dans leurs domaines. Ce privilège, réclamé avec trop de rieueur, coûta la vie au fameux Richard Cœur de Lion. Adhémar, vicomte de Limoges, avait découvert dans un champ un trésor, dont les bruits publics exagéraient la richesse. Ce n'était rien moins, disait-on, qu'un empereur romain à table avec sa femme et ses enfants; les statues, de grandeur naturelle, passaient pour être d'or massif, ainsi que la table. Vassal du duc de Guienne, il avait réservé la part du suzerain; mais Richard ne voulut rien céder de son privilège et réclama tout le trésor. Sur le refus du vicomte, il court cerner Chalus, où l'on croyait que l'or était caché. A sa vue, la garnison offrit d'ouvrir les portes. « Puisque vous m'avez fait déployer ma bannière, répondit-il. je ne veux entrer que par la brèche; vous serez tous pendus aux créneaux. » 11 y avait déjà trois jours que le siège durait, et les Anglais n'étaient guère plus avancés que le premier jour, lorsque le 26 mars, sur le soir, Richard vint attaquer Chalus en personne. Repoussé h diverses reprises, il fit tirer une nuée de traits contre les assiégés; et. afin
ET LA RENAISSANCE, d'examiner la position plus à son aise, il s'assit sur un bloc de rocher adhérent au sol , nommé la pierre de Malmont; deux chevaliers le couvraient d'une vaste large; impatient de voir. Richard la baissa de sa main, et ce moment décida de son sort. Un archer de Chalus, appelé Bertrand de Gourdon, l'avait reconnu : il banda son arbalète, et un long cri de joie suivit le sifflement de la flèche, car elle avait terrassé le fier roi d'Angleterre. La blessure pourtant n'eût pas été mortelle ; mais, ayant pris le château, il dépensa le trésor dans des orgies qui remportèrent douze jours après.
Le privilège de varech ou des naufrages s'exerçait au bord de la mer, et bien qu'il ne fût qu'un acte de barbarie, compliqué de vol, il n'en était pas moins réclamé aussi avidement par l'Eglise que par les barons. L'abbaye de Quimperlé plaida plus d'une fois contre ses voisins, qui le lui déniaient, et l'évèque d'Agde ne voulut pas y renoncer, malgré les objurgations d'Innocent III. («Naufragiis non parcebat Agalhensis episcopus, quà de re postulatus... » Altaseura, de Durions provincialis Galliœ.)
En établissant des marchés et des foires, les féodaux se réservaient une certaine somme par chaque bète vendue : dans la charte de La Française, confirmée en 1330. Jean d'Armagnac fixait cette somme à un denier tournois par chaque bœuf vendu ou par charge de blé sortie, et une obole pour une charge de sel.
Si ce privilège trahissait les préoccupations matérielles de la féodalité, celui de marque ou de représailles en peignait toute la violence. Quoique, selon le jurisconsulte, on ne dût y recourir qu'après jugement, on était souvent contraint, par le désordre des temps, de se passer des formalités judiciaires. En 1022, Wilhem le Pieux, comte d'Angoulème, eut h l'exercer ainsi. Avant de partir pour Rome, où l'appelait le pèlerinage de rigueur, il avait fait jurer trois frères ses vassaux, Wilhem, Odohïc et Alduin, coseigneurs de Roffiae. de vivre en paix et bonne amitié. Mais, au mépris des sandales do saint Cybard, sur lesquelles fut prêté le serment, Wilhem et Odolric ayant invité leur frère aux fêtes de Pâques, s'assirent à la même table, binent dans le même hanap, et quand il eut mangé leur pain et dormi sous leur toit, ils le saisirent dans son lit, lui arrachèrent les yeux afin qu'il ne retrouvât plus la roule de Rofiîac, et lui coupèrent la langue pour qu'il ne pût pas nommer les auteurs du crime. La voix de Dieu les lit connaître cependant, et le comte d'Angoulème, frémissant d'horreur, en référa au duc d'Aquitaine, son suzerain. Guillaume IV vint alors exercer le droit de marque, et mit la terre des coupables à feu et à sang. La vie et les membres seuls furent laissés aux frères du mutilé.
Le privilège de chasse, réminiscence germanique, faisait de ce plaisir un monopole pour les nobles. Des peines sévères l'interdisaient aux vilains. Si le paire, qui en Réarn prenait une perdrix rouge, en était quitte pour six sols d'amende au jugement de la Cour des Chênes, le vassal qui tuait un daim en Angleterre encourait la peine de mort. ce qui n'empêchait pourtant pas les compagnons de Robin Hood de dévaster les forêts royales. De ce privilège, dont abusaient les nobles qui , tels que ceux de Daupbiné . par exemple pouvaient chasser sur toutes les terres de leurs voisins, naquirent ces nombreuses ballades, protestations douloureuses des plus faibles, dans lesquelles des chasseurs
sonl condamnés, comme en Allemagne, à poursuivre un cerf infernal durant toule l'éternité, ou a chasser, comme notre roi Artus, dans les nuages, pour prendre une mouche tous les cent ans.
Le privilège de ressort, qui donnait aux ducs et aux comtes le droit d'évoquer les causes h leur tribunal, n'avait de supérieur, au Moyen Age. que le droit du roi, dont les féodaux contestaient même la vigueur, ainsi qu'on le vit dans l'affaire d'Enguerrand de Couev. Trois jeunes Flamands, de race noble, qui apprenaient le français a l'abbaye de Saint-Nieolas-des-Bois, étant allés se promener un jour hors du monastère, s'amusèrent à tirer des lapins à coups de flèches. Emportés par l'ardeur de la chasse jusque dans les bois de Coucy, ils furent arrêtés par les forestiers du comte, qui les fit pendre sur-lechamp. Le bruit de ce meurtre barbare étant venu aux oreilles de saint Louis, il évoqua la <ause et fit citer Enguerrand à comparaître devant les juges de sa cour. Le comte se présenta, mais il refusa de répondre, sous prétexte qu'un baron ne pouvait être jugé que par ses pairs. Saint Louis passa outre et le fit enfermer dans la tour du Louvre. Alors, comme il ne parlait de rien moins que de lui appliquer la peine du talion, Coucy demanda le duel. Le roi le refusa dans l'intérêt des moines, et n'accorda la grâce du coupable aux instances des barons, qu'après l'avoir condamné à fonder trois chapelles où l'on dirait des messes h perpétuité pour ses trois victimes, à donner le bois fatal à l'abbaye de Saint-Nicolas, à perdre dans toutes ses terres le droit de justice et de garenne, a servir trois ans en Terre-Sainte, et enfin à payer une amende de 12,500 livres.
Se liant à ce dernier privilège, celui de sauf-conduit ou de guidage n'avait pas une moindre importance: il appartenait exclusivement aux chevaliers, qui l'exerçaient de la f manière suivante : « Quand, dit le vieux Froissart, le comte de Narbonne et messire Guy d'Azay, sénéchal de Toulouse pour le roi de France, se présentèrent avec toutes leurs gens d'armes devant Montalban, le capitaine anglais, messire Jehan Trivet tint ce discours à leurs coureurs : — Je vous prie que vous retraiez pardevers eux et leur dites qu'ils m'envoient un sauf-conduit par quoi je puisse aller à eux et retourner arrière Ceux-ci répondirent : — Nous le ferons volontiers. Ils retournèrent donc et recordèrent à leurs seigneurs toutes ces paroles. Ce sauf-conduit fut impétré au nom dudit messire Jehan Trivet et l'apportèrent à Montalban. » Il fallait que les garants de ce privilège lussent de qualité égale h celle des seigneurs qui le réclamaient ; car, dans le cas contraire, il risquait fort d'être violé, comme cela arriva lorsque le vicomte de Béziers vint se livrer aux Croisés sur la parole d'un chevalier inconnu se disant son parent. Aussi. l'auteur contemporain a-t-il grand soin de s'écrier :
E fe i mot que fols par lo meu essianl,
« Et plus que chose folle fit-il à mon avis, » car. au lieu d'un traité honorable, il trouva la mort sous la tente du comte de Nevers. Dans les conditions ordinaires, la violation du sauf-conduit était rangée au nombre des crimes les plus odieux. Ainsi, au treizième
siècle, un concert de malédictions et de huées s'éleva contre le roi d'Aragon, qui avait fait brûler un juif pour ne pas le payer, au mépris de ce droit sacré.
Le privilège des noces ou de marquette, usurpé par Caligula, obligeait, dans l'origine, les nouveaux époux à subir le plus grand des outrages : exhibere debebant Domino virgules niipturas, qui primus illas vitiaret. Ce latin, dont la terrible crudité épouvante aujourd'hui, exprime la rigueur primitive de ce droit seigneurial répandu dans toute l'Europe, mais qui finit pourtant par devenir racbelalile. Il était en vigueur dans toute son infamie, en Ecosse, où Malcolm 111 le convertit en une redevance fixe d'un certain nombre de vaches : la reine même subissait celte honte, et en devait douze au fisc lorsqu'elle entrait dans le lit nuptial. Les vilains d'Allemagne, d'Angleterre et de Belgique pouvaient racheter l'honneur de leurs filles avec trente-deux deniers. En France, chose remarquable ! c'étaient les ecclésiastiques, abbés ou évèques, qui réclamaient ce privilège avec le plus d'ardeur. Sans parler, en effet, du chantre de l'église de Màcon, il fallut qu'en 1336, Philippe de Valois rappelât à la pudeur l'évoque d'Amiens ; et pendant tout le quatorzième siècle, le Parlement ne cessa de gourmander de sa rude voix ces prétentions étranges de l'Eglise.
Le droit de couronne consistait dans un cercle d'or, surmonté de roses d'or ou d'argent, qu'on offrait au duc le jour de son sacre; le droit de sceau, dans la finance, dû pour l'octroi des chartes; celui de justice, dans le pouvoir inhérent au fief, selon Montesquieu, et, en quelque sorte, patrimonial, de connaître des causes des vassaux. Ces causes étaient jugées dans des plaids ou assises publiques, présidés, au commencement du Moyen Age, par les comtes, les vicomtes, par leurs femmes même, et plus tard par des délégués appelés vicaires (vicarii) ou viguiers. En Angleterre, avant Guillaume le Conquérant, le président des assises [hall motes) était Yealdorman ou comte.
Tout marchand devait l'aubaine en passant sous les tours des féodaux, le péage en sarrèlant clans leurs ports, l'obole par chaque ballot en mettant ses marchandises en vente dans leurs marchés. Quant au privilège des armes ou du combat singulier substitué ;i l'action judiciaire des grands vassaux de la couronne, qui le possédaient seuls dans le principe, a litre d'héritiers des leudes en France, des thanes en Angleterre, des patriciens en Italie, il finit par échoir aux barons et ensuite aux ecclésiastiques. En 1023. Auger, abbé de Saint-Paul de Narbonne, ne pouvant s'entendre avec un noble du pays, résolut de vider le différend par le duel. Déjà son champion avait communié, et 500 sols étaient déposés, comme gage de bataille, entre les mains du vicomte, lorsque les juges des assises engagèrent les parties à terminer leur querelle par le partage du domaine en litige. Les combattants payaient les frais du duel au roi, qui dans certains cas prenait les armes et le cheval du vaincu; c'est ce que fit, en juillet 1292, le roi d'Angleterre, en donnant à Seguin de la Porte le cheval et l'armure qu'un chevalier, nommé Hugo Calculi, avait perdu dans un duel à Langon. (Rôles gascons -de la Tour de Londres, memb. 9 cl 11.)
Les nobles Espagnols, avec la plupart de ces privilèges, en possédaient de plus réels
Mœurs et usages de la vie civile, PRIVILEGES, DROITS FEODAUX. Fol, m.
que celui de rester couverts devant le roi. Si ce dernier donnait congé à un rico hombre, et que le rico-hombre quittât le pays, il pouvait emmener ses vassaux avec lui ; si le roi, pareillement, congédiait un hidalgo vassal du rico-hombre, celui-ci était libre de quitter le pays et d'aller s'établir avec son vassal dans un autre royaume. Nul rico-hombre ne pouvait d'ailleurs être exilé, sans un avertissement préalable de trente-trois jours.
En Allemagne, les nobles étaient en possession d'un privilège non moins précieux, celui d'auslregen. Lorsqu'un noble plaidait contre un électeur ou un prince , ceux-ci désignaient neuf juges. Le noble avait le droit d'en récuser deux ou quatre,"de choisir le président . et de demander même a l'empereur un comte ou un prélat pour juge commissaire.
A ces privilèges spéciaux, les grands enjoignaient quelques-uns très bizarres; il suffit de citer celui que se permirent, en 1224, la veuve de Philippe-Auguste, la reine de Jérusalem et la chaste Blanche de Castille , qui, emportées par leur zèle pieux, parurent dans une procession ,
De gens privés et 3'estranges, Par Paris, nus piez el en langes Que mile des (rois n'ot chemise.
A la vérité, dans les autres pays, la féodalité ne se montrait guère plus raisonnable, en suivant la pente des mœurs; obscène à Paris au treizième siècle, elle était féroce à Moscou dans le seizième. Les tsars exigeaient qu'on se présentât tète nue devant eux ; or, le héros cosak Yennak le Brave, ayant gardé son bonnet de fourrure en venant rendre compte à Ivan d'une expédition glorieuse, ce prince, h bon droit surnommé le Terrible, ordonna qu'on lui clouât sur-le-champ ce bonnet au front.
Les nobles de second ordre comptaient ensuite parmi leurs privilèges celui de porter des éperons qui étaient d'or pour les chevaliers, et pour les écuyers. d'argent; la faculté de recevoir double ration quand ils étaient pris, et d'avoir un délai de quinze jours pour la semonce ou convocation sous la bannière du seigneur ; le droit de posséder seuls des fiefs, d'obtenir un répit d'un an, quand on voulait saisir leur terre, d'échapper à la saisie mobilière, s'ils possédaient des alleux, et à la torture, sauf le cas où mort devait s'ensuivre. Si un grand baron confisquait, pour un méfait grave, les meubles d'un noble son vassal, le noble portant armes avait le droit de garder son palefroi, le roussin de son écuyer. deux selles, un sommier ou cheval de bagage, son lit, sa robe de soie , une boucle de ceinture, un anneau, le lit de sa femme, une de ses robes, sa bague, une ceinture avec la boucle, une bourse, et sa guimpe de toile.
Aux nobles exclusivement revenaient les privilèges honorifiques de placer, dans Ips églises, des bancs, accoudoirs, écussons, armoiries, effigies tombales; et de ce droit, ils abusaient si fréquemment, que, pour empêcher le sang de jaillir tous les dimanches sur le pavé des sanctuaires, François Pr fut forcé, en 1539, de l'interdire à tous les féodaux bretons.
Les nobles jouissaient encore du droit de bâtardise, qui les rendait héritiers des enfants-trouvés morts célibataires; du droit de déshérence, par lequel ils étaient investis des biens de tout individu dont on ne connaissait pas les parents; du droit d'épaves; de celui de racheter le fief donné à un vassal; du droit de lods, prix du consentement du seigneur au changement de main du fief; du droit de taille ; de celui des corvées et de la banalité ou obligation pour les vassaux de se servir du moulin, du four, du pressoir seigneurial.
Là ne s'arrêtait pas le privilège. S'ils tombaient, eux, hommes de guerre et de violence, dans les mains de l'ennemi, aussitôt le gantelet fraternel de la féodalité se levait pour couvrir les nobles. Que des milliers de vilains périssent écrasés sous les pieds des chevaux, c'était leur destin, la féodalité n'en avait cure; mais lorsque le seigneur était relevé et débarrassé de sa carapace de fer, il lui suffisait de prononcer un mot pour avoir la vie et la liberté : rançon! Si ombrageuse elle-même, si ténébreusement hostile aux féodaux , la royauté ajoutait, en toute occasion, à leurs privilèges. Louis XII avait déjà dispensé les nobles d'étudier pendant cinq ans, pour être reçus bacheliers en droit canon : le concile de Latran, non moins favorable, leur permit, au même titre, il est vrai, que les gens de lettres, de cumuler plusieurs dignités ecclésiastiques. C'est surtout dans les nombreuses occasions où un conflit mettait aux prises la jeunesse noble et la bourgeoisie, que se manifestaient avec éclat les sympathies royales. Qu'on en juge par un exemple !
Après avoir fêté le saint jour de Pâques, en 1335. dans la taverne de dame Alboine, une foule d'écoliers, gorgés di > viande et de vin, se mirent à parcourir Toulouse, en frappant à grand bruit des poêles et des chaudrons et poussant des vociférations épouvantables. Ils faisaient un tel vacarme, que les prédicateurs indignés s'arrêtèrent au milieu de leurs sermons et requirent l'intervention des capitouls. Le seigneur de Gaure. un d'entre eux, étant alors sorti de l'église avec cinq sergents, marcha droit aux écoliers. prit le plus échauffé au collet et l'arrêta ; mais, en même temps, il fut frappé par un autre de ces furieux, cherchant à délivrer son camarade, d'un coup de poignard qui lui enleva le nez, les lèvres et la moitié du menton. Cet attentat mit sur pied toute la ville. On releva le seieneur de Gaure tout sanglant et sans connaissance; et lui avant fait boire un peu de vin, les premiers citoyens venus l'emportèrent dans sa maison. Déjà des cris de vengeance retentissaient avec fureur par toutes les rues. Toulouse, outragée dans la personne de son premier magistrat, réclamait une prompte vengeance et se la fit. Appliqué immédiatement à la question, le coupable, nommé Àimeri de Bérenger, fut condamné à mort, exécuté, et son corps attaché avec sa tète aux fourches du château Narbonnais. Il n'en fallut pas davantage. Les parents du mort présentent requête au roi. Toulouse a mis un noble à la torture, Toulouse a empêché un noble d'en appeler à ses pairs. Toulouse a fait accrocher au uribet le cadavre d'un noble : Anathème contre Toulouse! Le parlement de Paris, docile instrument de ces colères, suspendit, en effet, toutes les libertés de Toulouse, la dépouilla du consulat, confisqua tous les biens, meubles et immeubles
rv
<le ses habitants, força les capi louis à s'aller agenouiller, en demandant grâce, devant le logis d'Aimeri, à dépendre eux-mêmes son corps du gibet, et à l'ensevelir en présence de tou le la population dans le cimetière de la Daurade. Telles furent les humiliations auxquelles on soumit la première cité du Midi, parce que, selon les paroles du procureur général, elle avait osé mettre la main sur un noble et sacrifier à sa dignité un écolier ivre et brutal.
L'exemption de la gabelle, du logement des gens de guerre, de la milice, et de ces fardeaux que le fisc faisait peser si lourdement sur les taillables, constituait un des derniers et des meilleurs privilèges des nobles. Le seigneur, parle seul fait de sa naissance, vivait indépendant et libre dans le donjon, tandis que ce bélail humain, qu'on appelait classe servile, abruti par quinze siècles d'esclavage, rampait misérablement sur sa terre. Divisés en deux troupeaux, on pourrait presque dire deux espèces où la servitude allait se graduant, les serfs, au Moyen Age et durant une grande partie de la Renaissance. se partageaient en serfs de corps et serfs de glèbe. Les serfs de glèbe et de corps descendaient de ces anciens mancipia de Rome, encore attachés au domaine du seigneur, et l'arrosant, de père en fils, de leurs sueurs héréditaires. Là végétaient les serfs dans le labeur et dans l'angoisse, pour que la noblesse et le clergé pussent vivre dans le loisir et l'abondance. Les masures où croupissaient ces populations hâves et chétives étaient chaque jour visitées par la fièvre, la famine et la peste, à deux pas de ces murs opulents du château ou de l'abbaye, derrière lesquels la santé animait de ses fraîches couleurs les joues de la châtelaine et fleurissait l'embonpoint vermeil de l'abbé. Aussi les contemporains comparaient-ils avec raison le peuple de ces temps, déplorablement torturé sur la glèbe féodale, h la vache amaigrie qui paît sur une lande dans l'inquiétude et la tristesse, car elle sait que des mains avides exprimeront ses mamelles jusqu'à la dernière goutte, et qu'un maître ingrat attend qu'elle soit mère.
Voilà la position de la classe servile et vassale, et voici ce que les féodaux exigeaient d'elle sous le nom de redevances :
Dans la châtellenie de Monlignac, le comte de Périgord recevait, pour blâme ou plainte, 10 deniers.
Pour querelle sanglante, 60 sols et 1 denier; si le sang n'avait pas coulé, 7 sols. Pour les fournages ou droit de four, le seizième pain de chaque fournée. Pour la vente du blé. dans une seule châtellenie, 43 setiers; du seigle, 6 setiers; d'avoine, 161 setiers; de fèves, 3 setiers; de châtaignes, 3 setiers; de cire, une livre; de chapons, 8; de gelines, 17; de vin, 37 sommades ou charges. Le comte châtelain prélevait en outre :
La prévôté, l'écriture, le péage, les fournages de ville affermés souvent par des moines, le péage du sel, la coutume des foires appelée liède, la coutume des cuirs , des blés, des noix, consistant dans une poignée prise sur chaque sac, la coutun:e des aulx et oignons, celle des poteries, le droit de la rivière, celui de la chasse qui donnait au seigneur le quartier de devant de chaque bète rouge, et de chaque hèle noire la tête et les quatre pieds, la dîme de tous les blés et de tous les vins, et 15 livres par moulin.
Enfin il percevait , en deniers : à la fête de saint Jean-Baptiste , 27 livres 7 sols 3 deniers; à celles de saint Pierre d'août, de l'Invention de saint Etienne, de saint Laurent, de l'Assomption, de la Décollation de saint Jean-Baptiste, de la Nativité, de Notre- Dame, de l'Exaltation de la sainte Croix en septembre, de saint Michel, de la Toussaint, de saint Martin, de la Nativité, de l'Epiphanie, de la fête de saint Hilaire, de la Purification, le Ier mars, le 1er dimanche de carême, le jour de Pâques fleuries, des grandes Pâques, de l'Ascension et de la Pentecôte, des sommes qui variaient entre 24,534 livres 533,110 et 4 sols 8 deniers. (Archives du royaume, section historique K, 1235.)
A ces menues redevances qui n'atteignaient que le commun des vassaux , venaient s'ajouter celles qui frappaient les privilégiés eux-mêmes. Tel était, par exemple, Yalberc. Quand le grand baron faisait ses chevauchées, ce qui arrivait d'ordinaire en janvier, avril, juillet et octobre, ses tenanciers étaient dans l'obligation de l'héberger lui et sa suite, et de payer, en quelque sorte, la carte arrêtée d'avance. Ainsi, en Allemagne, le vassal fournissait à l'évêque : 11 pains, 3 agneaux, 3 mesures de vin, un cruchon de lait, 3 volailles, 15 œufs, 4 mesures d'avoine; au comte : 30 pains, 2 agneaux, 2 mesures de vin, 1 cochon de lait, 3 volailles, 15 œufs, 3 mesures d'avoine, et du fourrage en proportion. On pouvait racheter toutefois la redevance avec l'agrément du seigneur qui. en Gascogne, était libre de recevoir en place un cheval de Bordeaux valant 200 sols.
Mais, loin de reculer devant ce fardeau, les nobles riches l'acceptaient avec bonheur comme une heureuse occasion de montrer leur faste et de faire éclater leur vanité. L'histoire ne nous a rien conservé, en ce genre, de supérieur à ce liait du onzième siècle. Ebles, vicomte de Ventadour, que la folie des vers et l'amour des dames avaient rendu le rival du comte de Poitiers, Guilhem VIII, était assis un jour à la table de son seigneur, où, par hasard, le service se fit attendre: comme chacun des deux rivaux ne cherchait qu'à éclipser l'autre, Ebles s'écria d'un ton railleur : « Pourquoi vous mettre ainsi en frais?... Il ne convient pas que le comte se dérange pour un si petit baron. » Le comte ne dit rien; mais, partant secrètement de Poitiers quelques jours après, il vint «à l'improviste avec cent chevaliers réclamer le droit à'alberc au vicomte de Venladonr. pendant que ce dernier était à table. Ebles, sans quitter son siège, fait signe qu'on donne à laver aux Poitevins. Les vassaux du comte, avertis h la hâte, apportent sur-le-champ, dans la cuisine du château, des monceaux de provisions. C'était, par bonheur, jour de foire, et la volaille ne manquait pas. On immola une telle quantité d'oies et de poules, on chargea la table d'un si grand nombre de plats, qu'on aurait cru assister aux noces d'un prince et que ces chevaliers à jeun trouvèrent la chère exquise; puis, voici que sur le soir un paysan entre dans la cour, à l'insu d'Ebles, conduisant une charrette traînée par des bœufs, et se met à crier de toutes ses forces , « que les hommes du comte de Poitiers viennent voir comment on délivre la cire chez le vicomte de Ventadour! » A ces mots , il coupa avec sa doloire les cercles d'un tonneau d'où roulèrent une centaine de pains de cire blanche , que le bouvier laissa par terre comme chose de peu d'importance, en remontant sur sa charrette et retournant chez lui.
Ce que les seigneurs exigeaient de leurs vassaux et de leurs hommes de corps , les rois l'exigeaient à leur tour des habitants des villes, des abbayes et des barons. Sous les deux premières races, la redevance royale appelée don annuel (anima dona), consista invariablement en présents pécuniaires que les leudes apportaient à l'empereur ou au roi dans les plaids et les champs de mai. Tels furent les dons annuels que reçurent à Compiégne, en S-27. 868 et 874. Ludvvig le Pieux et Karle le Chauve. Cinq cents ans plus tard, celte redevance, toujours sous forme métallique, était payée avec des objets d'orfèvrerie. Ainsi, quand la funeste Isabeau de Bavière lit son entrée h Paris, en 1389, la ville mit à ses pieds douze lampes, deux bassins d'argent avec une nef, deux grands flacons, autant de drageoirs et de salières, six pots, six plats et six trempoirs, représentant une valeur de trois cents marcs d'argent. En 1501 et 1504, on en revint à l'argent monnayé, et la reine Anne reçut, pour ses deux entrées, d'abord six mille etensuilr dix mille livres. Quelques années auparavant, une autre reine s'était cependant prononcée contre ce mode de paiement. La femme de Charles VII, arrivant le 12 mais 1443 à Toulouse, trouva , hors de la porte Matabiau, les huit capitouls qui 1 attendaient en grand costume avec un magnifique dais d'azur orné de fleurs de lys d'or. La reine dit le chroniqueur du Capilole, était portée en croupe par le dauphin sur un cheval blanc, et suivie d'une foule innombrable qui ne pouvait se lasser d'admirer sa robe bleue doublée d'hermine, son chaperon de gaze relevé sur le front en forme de croissant, et sa bonne grâce. Le grand-conseil délibéra aussitôt de lui faire un présent pour sa joyeuse entrée, et lui envoya demander ce qu'elle préférait de 50 mars d'argent ou d'une pièce d'orfèvrerie. Sa majesté répondit, par l'organe du receveur de ses deniers, (pie des lasses ou coupes de vermeil lui seraient agréables. Mais la pauvre reine comptait sans la lésinerie des bourgeois, grands calculateurs en ce siècle. «Ayant été ad visé, en effet, avec quelques orfèvres ce que coûterait de dorer chaque pièce, et voyant qu'il en coûterait trois écus par pièce, il fut délibéré qu'il valait mieux donner cinq cents livres à la reine. » (Arc/tires du Capilole. livre X, annales.) Paris se montra plus magnifique au seizième siècle. En 1549, la ville donna au roi Henri II trois statuettes d'or massif dont l'une reproduisait ses traits , tandis que les deux autres figuraient au naïf François I" et Louis XII. Plus généreux encore à l'occasion du mariage de Charles IX. les bourgeois envoyèrent au Louvre un char de triomphe d'argent doré enrichi de devises et de sculptures.
Les redevances en nature pesaient d'ordinaire sur les abbayes. Jusqu'en 1 158, celle de Saint-Denis fut chargée du logement et de la table du roi. Cette redevance assez onéreuse retomba sur les Parisiens, qui ne parvinrent à s'en affranchir qu'en 1374. Durant toute la première période, c'est-à-dire au douzième siècle , les meubles de bois et de fer qui se trouvaient dans la maison de l'évèque devenaient à sa mort la propriété du roi. En 1326, les abbés de Saint Denis, de Sainte-Geneviève, de Saint-Germain, et les prieurs de Saint-Magloire , de Saint-Maur et de Saint-Martin lui devaient deux chevaux sommiers ; enfin le roi, à son entrée, jouissait du droit de réclamer une autre redevance,
ingénieux symbole de son droil de grâce, car au moment où il posait le pied sur le Ponlau-Change, les oiseliers, qui peuplaient ce pont le dimanche et les jours de fêle étaient tenus de lâcher deux cents douzaines d'oiseaux.
Les redevances dues en même temps aux seigneurs ecclésiastiques se multipliaient à l'infini.
Soigneuse du temporel, l'Église avait commence par établir que nul prévôt ou prieur ne devait être assez audacieux pour donner maisons, terres ou vignes, sans attacher à la donalion la redevance d'usage. Si quelqu'un s'avisait de ces abus de pouvoir, la concession devenait nulle, et l'excommunication allait frapper et celui qui donnait et celui qui acceptait dans ces conditions. Mais la stipulation et la menace étaient inutiles, car si l'Église pécha, ce fut par l'excès contraire. La féodalité laïque n'avait certes pasemniaillotté ses vassaux dans des langes plus serrés.
Le prieur de l'abbaye de la Réole devait avoir, tous les ans, de chaque maison pla< :ée dans la ville ou au dehors, deux hommes et deux femmes avec leurs instruments, pour sarcler les blés.
Tout vassal demeurant dans la ville ou dans le ressort du prieur, payait le droil de justice à celui-ci ou à son clavaire (officier chargé des clefs de la ville).
Le vassal ne pouvait faire presser ses raisins, triturer ses amandes, moudre son blé. qu'au pressoir et au moulin de l'abbé.
Nul n'avait le droit de vendre du sel que le prieur ; en achetant ou revendant du vin. le bourgeois devait lui payer une obole par charge.
Tous les ans, à la fête de saint Martin, les cordonniers étaient tenus d'apporter de beaux souliers au prieur, et les pelletiers une bonne pelisse le jour des Rameaux, à la fête de saint Pierre et saint Paul, et à celle des Chaînes de saint Pierre.
Le prieur recevait de ceux qui vendaient au marché : pour une chèvre, un denier, si elle en valait vingt ; une obole, si elle valait moins ; le même droit pour une vache et pour une brebis ; pour un bœuf et un âne, un denier; quatre, pour le mulet et le cheval : quatre verres et quatre salades, pour une charge de salades et de verres ; et de tous socs de charrues, rouleaux, bêches, sarcloirs et autres instruments de labourage, un; un fagot également par toute charge de bois.
Tous les baillis devaient au prieur le droit d'alberc, au moins une fois l'an.
Un juif qui traversait la ville payait quatre deniers au prieur.
Le prieur exigeait six sols d'amende de tout vassal qui lirait son couteau ou levait hache, lance, épieu et faulx, dans des discussions ; soixante, s'il y avait eu effusion de sang, el six, pour les attentais aux mœurs. (Coutumes de l'église de la Réole, Ph. Labbe. Bibliotheca nova, t. II, miscellaneis opusculis, p. 77 ï.
L'adultère, en particulier, était l'objet d'une redevance assez lucrative; les coupables, d'après l'Alphonsine, loi d'une très-grande partie de la France, ayant le choix de courir nus par la ville ou de payer de 60 à 100 sols au seigneur abbé.
Le mieux partagé des seigneurs ecclésiastiques, sous ce rapport, était l'abbé de Saint-
Denis. On lui devail d'abord le poêle qui avait servi aux funérailles des rois el toutes leurs dépouilles mortuaires: les sceaux d'or et d'argent avec leurs chaînes, le linge du corps et de la table, ainsi que les mulets et les chevaux de la pompe funèbre, revenaient, ii la vérité, au prieur de laSaussaye, près Yillejuif; mais, en revanche, l'abbé de Saint- Denis n'avait sur ses domaines que des hommes el des femmes de corps qu'il pouvait donner, échange]1, partager comme des esclaves, et dont les enfants étaient considérés comme des redevances.
Au dire de Sauvai, tous ceux qui habitaient au seizième siècle les cultures Saint-Martin et des Filles-Dieu et les rues Aumaire et Frépillon, devaient . aux deux moutiers des Tilles-Dieu et de Saint-Martin, les uns une journée d'homme et un quart de corvée, les autres une demi-corvée, d'autres trois quarts, quelques-uns une et demie.
A la même époque, les habitants de la rue de l'Oursine devaient, les pauvres une mine et un minot el demi, les riches un setierd avoine, au commandeur de Si. -Jean de Latran.
Le chapitre de Saint-Marcel avait le droit d'exiger de l'avoine, du foin et des poules dans soixante-cinq maisons de ce faubourg et des rues du Pont-aux-Tripes el des Marmousets.
Au siècle précédent, en 1450, une seule maison de la rue du Huleu (ou Hurleui devait à Saint-Magloire une corvée el demie, au mois de mars, un minot de froment , de l'avoine et deux chapons.
Telles étaient les principales redevances dues à l'Eglise : voici maintenant celles que l'Église devait à son tour. Depuis 1168, le lit de l'évèque de Paris appartenait de droit, après sa mort, aux pauvres del'Hùlel-Dieu. Les chanoines laissaient également les leurs en expiation des péchés commis. 11 est à remarquer que ces lits ne s'éloignaient pas de la simplicité des premiers temps. Mais lorsque les progrès du luxe se firent sentir dans les ameublements, les successeurs des chanoines trouvèrent le présent trop riche poulies pauvres, et décidèrent, en 1413, qu'à l'avenir cent sols suffiraient pour racheter les péchés des défunts. Toutefois, un siècle plus tard, les pauvres trouvèrent de meilleurs défenseurs, et, sur la réclamation des directeurs dcl'Ilôtel-Dieu, le Parlement condamna les chanoines à donner la soie, l'or et les bois sculptés qui ornaient les lits somptueux de leurs prédécesseurs.
Les évèques de Paris devaient, en outre, à leur chapitre , aux fêles de saint Eloi el de saint Paul, deux repas dont le menu consistait en huit moutons el deux seliers et demi de froment pour le premier, et pour le second, en six pourceaux el deux muids el demi de vin à la mesure du cloître des chanoines. Us devaient encore à Pâques, à la Pentecôte, à la Toussaint et à Noël, un certain nombre de pains el de quartes de vin à leurs chapelains et aux chantres.
Les religieux de Saint-Martin, la veille de la fête de leur patron, étaient tenus d'offrir au premier président deux bonnets carrés, et au premier huissier une écritoire avec une paire de gants.
Ils devaient tous les ans au bourreau cinq pains et cinq bouteilles de vin. Les religieux
de Sainte-Geneviève payaient au même personnage une redevance annuelle de cinq sols ; ceux de Saint-Antoine, une amende pour chaque pourceau de leur porcherie qu'il surprenait vaguant dans les rues, et ceux de Saint-Germain-des-Prés lui donnaient, le jour de Saint-Vincent, une tète de porc. Il n'y avait pas jusqu'aux malheureux qu'on menait pendre à Montfaucon, qui n'eussent le droit d'exiger, à titre de redevance, privilège peu envié probablement, du pain et du vin. des Filles-Dieu et des religieuses de Sainte-Catherine !
Nobles ou laïques, au reste, semblaient s'être mis l'esprit à la torture pour inventer de nouveaux moyens de pressurer leurs vassaux : aux redevances précédentes, s'ajoutaient le cens, pour la prescription duquel il fallait un siècle; le champart ou agrier. portion des fruits, qui en tenait lieu; la quête, collecte que les vassaux faisaient entre eux pour le seigneur; la rente annuelle de obligis; l'acapte, droit du baron à la mort du censitaire-vassal ; la crédence, qui obligeait les marchands de livrer à crédit leurs marchandises aux personnes désignées par un archevêque ou son chapitre; et ces corvées, si arbitraires et si cruelles, auxquelles Lesdiguières, quand il voulut rebâtir le château de Vizille, conviait ses vassaux en ces termes laconiques : Viendrez, sinon brûlerez '
Et ce n'est pas tout: il restait encore les redevances honoriliques, les redevances judiciaires, les redevances universitaires , et les redevances bizarres et ridicules.
Les premières formaient le côté brillant et chevaleresque de la féodalité. Là, le baron apparaissait dépouillé de sa roue de juif, avec toute la grâce et la poésie du Moyen Age et de la Renaissance : c'était un fief donné pour un baiser de rente, pour un bouquet de roses, pour des éperons dorés ou des oiseaux, comme dans la charte suivante concédée, le 4 septembre 1563;, au médecin de la mère de Henri IV :
«Jeanne, par la grâce de Dieu, reine de Navarre, dame souveraine de Béarn. etc.. à tous ceux qui les présentes verront, notifions et fesons savoir qu'à notre amé et fidèle médecin ordinaire, maître Arnaud de Cazaux, de notre ville de Pau, en considération des services qu'il a rendus aux derniers rois défunts, nos très-honorés et bien-aimés père et époux, .à notre fils Henri, prince de Navarre, et à sa sœur, et de ceux qu'il nous rendra, nous l'espérons encore, avons donné une maison, pour laquelle ses descendants seront tenus de faire hommage de deux linottes à nos successeurs, et par ces présentes nommons la maison noble à lui donnée avec ses dépendances : Tout y croit (Tot-y-creix). »
Les redevances judiciaires connues sous le nom d'épices remontaient jusqu'à la couquête romaine. On sait que, vers les derniers temps de la République romaine, partout le siège du juge était devenu un bureau de publicain : déjà Cicéron, la providence des grands coupables, avait, l'an de Rome 78 L fait absoudre le vieux Fonteius contre lequel s'élevaient les clameurs de toute la Gaule méridionale. Au neuvième siècle, cet abus si fatal au pauvre se pratiquait publiquement. « Toutes les populations, écrivait, en 821, Théodulfe, messager dominical de Charlemague, se rendaient en foule auprès de nous; hommes, femmes, enfants, vieillards, jeunes allés se pressaient sur nos pas, chargés de
privilège?, ".cit.- féodaux, : ... y..
présents et persuadés qu'il suffisait de les offrir pour avoir gain de cause. La corruption était le bélier, avec lequel ils battaient à l'envi les remparts de notre conscience. L'un promettait des cristaux et des perles de l'Orient, si on voulait le mettre en possession du champ d'autrni ; pour obtenir l'héritage et la maison rurale qui ne lui appartenaient pas. l'autre apportait un monceau de pièces d'or où brillaient les sentences de 1 alcoran. Celuici prenaità part notre officier et lui disait mystérieusement : — « Je possède un vase antique de la plus grande valeur et je le donnerai à ton maître s'il veut altérer la charte d'une lamillequemesparenlsont affranchie.» Celui-là disait : — « J'ai des étoffesdediversescouleurs qui me viennent des Sarrasins, sur lesquelles l'artiste a peint un veau suivant sa mère et une génisse auprès d'un taureau. Il est impossible de rien voir de plus éclatant et de mieux travaillé... Eh bien ! on me conteste un troupeau, et j'offre, tète pour tète, un taureau peint pour un taureau vivant, une génisse fictive pour une génisse réelle. » Un plus hardi montrait une superbe coupe d'or, en demandant une injustice; un plus riche étalait des tapis propres à resplendir sur les reposons d'argent et la belle vaisselle d'or, et insinuait tout bas que son père avait laissé des propriétés délicieuses, dont ses frères et ses sœurs réclamaient une part, et qu'il désirait bien posséder seul. Après les grands présents des riches, venaient les petits cadeaux du peuple. Les cuirs de Cordoue blancs et rouges, les toiles, la laine, les chapeaux, les souliers, les gants, les coffres h bijoux étaient tendus vers moi à chaque instant. In de ces solliciteurs alla jusqu'à me présenter d'un air de triomphe de petites bougies.» (Mary-Lafon, Hist.du midi de la France, 1. 1.)
Quand l'organisation régulière des parlements succéda au chaos du Moyen Age, les redevances judiciaires s'appelèrent épiées. Ce furent d'abord, en effet, de simples présents de dragées et de confitures, faits aux rapporteurs par les plaideurs les plus heureux. Mais comme un usage de ce genre ne tarde guère à se transformer en abus, les épices, volontaires dans l'origine, furent bientôt exigées comme un droit par les parlements qui les firent même payer en livres parisis et en écus quarts.
A l'imitation des rapporteurs, les maîtres dés requêtes, les conseillers clercs, les maîtres des comptes, les trésoriers de France et les secrétaires du roi réclamaient des manteaux : il fallait donner des robes aux officiels de lllôtel-de-Ville et une bûche aux trésoriers de France.
Les pauvres écoliers n'étaient pas mieux traités que les plaideurs. Ceux de l'école de Médecine, le jour où ils prenaient le bonnet de docteur, devaient aux régents \a pastillaire, redevance de petits pâtés, valant dix sols à chaque examinateur. Les étudiants en philosophie et en théologie payaient deux soupers au président et huit banquets aux autres maîtres, sans parler des gants, des bonnets, du sucre et des dragées.
Les licenciés en philosophie donnaient vingt-cinq sols pour le feutre ou paille du chancelier, et cinq pour le miton fourré du bedeau.
Quant aux bacheliers en médecine, ils dépensaient, pour obtenir leur grade quatre à cinq mille livres, soit pour les étuves, soit pour la tapisserie de Saint-Luc. soit pour la paille du quodlibétaire.
La barbarie primitive des temps féodaux et le mépris systématique de la classe servile percent, au contraire, dans les redevances bizarres. 11 faut que les vassaux viennenl battre l'eau des fossés pour faire taire les grenouilles, quand la dame est en mal d'enfant ; il faut qu'ils se plongent dans les étangs ou s'enfoncent dans les épines des huiliers, au moindre geste du seigneur. On les voit baiser, pour toute redevance, le loquet du manoir, se rendre au château un pied nu, aller h cloche-pied à côté du bateleur qui. pour acquitter le péage, fait danser son singe ou son ours, et du jongleur qui lance ses couteaux en l'air. Ailleurs, c'est la joie du vassal qui se donne carrière.
Le dimanche, qui précédait le carnaval, tous les manants et habitants de Tulle, mariés dans l'année, étaient tenus de se rendre sur le Puy Saint-Clair. A midi précis, finis enfants sortaient de l'hôpital , l'un ayant un tambour avec lequel il battait un air sans mesure, les deux autres portant alternativement un pot rempli d'ordures. Ce cortège allait d'abord battre un ban à la porte du vicomte, et ensuite à celles de ses officiers de justice; ceux-ci suivaient le pot au Puy-Sainl-Clair. Le greffier faisait l'appel des nouveaux mariés, et ceux qui étaient absents ou qui n'avaient pu casser le pot à coups de pierre payaient une amende au vicomte.
A Périgueux, les redevances de cette nature variaient singulièrement. Les jeunes mariés de la ville et banlieue devaient aux consuls, seigneurs du Puy-Saint-Front, une pelote losangée de drap ou de cuir de diverses couleurs ; la femme, mariée deux fois, devait un pot de terre avec treize bâtons de divers bois et arbres portant fruit, ainsi que deux sols six deniers pour celui qui rompait le pot en lançant le bâton les yeux bandés. La femme, mariée trois fois, offrait un tonneau de cendres treize fois tamisées, et treize cuillers de bois d'arbres fruitiers. La femme qui convolait en cinquièmes noces donnait une maison de treize chevrons sur la rivière de l'Ille, dans laquelle allaient danser treize hommes habillés de blanc; et enfin celle qui avait eu cinq maris en était quitte avec une cuve de fiente de géline blanche.
Aux environs de Paris, quelques féodaux exigeaient que leurs vassaux portassent une huche au feu seigneurial ou vinssent chanter une chanson grivoise à la châtelaine. D'autres se contentaient de donner un soufflet au vassal ou de lui tirer le nez et les oreilles.
Le seigneur de Souloire réclamait quatre deniers ou bien la manche du bras droit aux tilles de joie qui passaient sur la chaussée de son fief.
Dans une seigneurie du Maine, le vassal était tenu de feindre l'ivrognerie devant son seigneur. A Montluçon enfin, toute femme de mauvaise vie devait payer quatre deniers. ou faire, sur le pont du château, ce que la lettre de la charte appelle : unum bombum.
C'est garrotté dans tous cesliens, que le peuple vécut pendant le Moyen Age et la Renaissance. L'affranchissement faisait bien luire de temps en temps la liberté sur les alleux; la Commune arracha bien, en s'établissant dans le Nord, des milliers d'esclaves à la glèbe, mais la niasse n'en resta pas moins attachée au joug seigneurial, malgré les tentatives d'émancipation et les espérances que lui laissaient concevoir ses maîtres : la féodalité de casque ou de froc en agissait:! cet égard avec ses vassaux comme le seigneur de Laguène.
Tous les ans, ce rusé baron réunissait ses tenanciers sur la j)lacc du village. On plantait un niai, au haut duquel était attaché un roitelet. Le seigneur, montrant de la main ce nain des oiseaux, déclarait solennellement que, si l'un des vilains l' atteignait d'un coup de flèche, remise lui serait faite de la rente de l'année. Les vilains tiraient de l'arc, mais ils ne louchaient pas le roitelet et payaient toujours la rente.
Mary Lafon.
de l.i Société des Antiquaires de France.
(iiiTTi.. Aie. Jemchen. Thésaurus Juris feudalis, conlinens nptima alquo selecla opuscula, quibus jus feudale explicalur. Francof., 1750, 3 vol. in-i.
Vnv. .111--1 les ouvrages qui ir.ilcnl des matière* fenda'es, rem de Ccr* Ant. Guvol (1768), deFr. llcrvc (I7S5 , de Heur ion de Pansey 1 1789), elc-
H. Sauval. Des redevances. Voy. ces recherches dans son llist. de Paris (Par.,1724,3T.in-f.),l.vm, I. II, p. -458-400.
(Boncerf.) Les inconvénients des Droits féodaux. Londres el Paris, 1770, in-8.
Dav.Winspeaiie. Sloria degli abusi feiidali. Napoli, Trani, 1811,2 vol. in-8.
J. A. S. Gollin de Plancy. Dictionnaire féodal, ou reclierches et anecdotes sur les dîmes el les Droits féodaux. l'aris, 1819, 2 vol. in-8.
Clem. Vaillant. De la source du fief el que coulée du droit divin elle s'est esparce par toutes nations, l'aris, 1604, m 12.
Ant. Dadixds Altasebba. De origine et slatu feudorum l'iii moribus (rallia", Parisiis, 1019, in-i.
Réimpr. dans Sun traita De ducibua et comitibus provmctalibus. f Tolosie,
1643, in 4 ), et ailleurs.
Denis de Salvaing. De l'usage des fiefs el autres droits seigneuriaux dans le Dauphiné. Grenoble, 1008, în-fol.
Voy. encore les nombres! ouvrages sur les fiefs, par Cl. Sevssel (I56G\
Franc'. Dnaren [I51I5J, I*. Roliul'li 11571), JaCq! Cnja! 1592, Franc. Holman ' lri77.i, Jean de lïasinaison Ponctuel (1Ô79/, El. Foccadel (16llû , llmlli. Baralier (1612', etc.
I'l.ud. ClauterjEUS'. De jure et privilcgiis mililum. Lugdttni, 1539, in-fol.
Franc. RiGUElTJ. Indice des Droits royaux et seigneuriaux. Paris. Chesneau, 1583, in-fol.
Plusieurs loi* .*êinipr. La meilleure édition, sous le titre de Glossaire frunçote, a clé augm. par Eilscbe de Laurièrc {Par., 1701,2 vol, ill-4;.
(Ai'G. Galland.) Du franc-aleu et origine tics Droits seigneuriaux. Paris, 1057, in-i.
La première edit.. également anonyme, est intitulée : Contre le francaleu sans titre, pritettdu pur quelques prot'inces du droit écrit, au préjudice au roi (Par., 1629, in-i .
A. Laplace. Introduction aux Droits seigneuriaux. Paris, 1719, in- 12.
Fit. de Boutaric. Traité des Droits seigneuriaux et des matières féodales. Paris, 1740, iu-12.
.1. IiENAi'LDON. Traité historique et pratique des Droits seigneuriaux, l'aris, 1705, in— i.
X'ov. aussi : ta Prit. untv. sur la rénovation des tTriffrs et des Droits seigneuriaux, par de La Poix de Freminville ^Par., 1752-59, S vol in-4 .
Gilles Le Maitbe. Des fiefs, hommages, et vassaux. Paris,
Réimpr. dan* les Œuvres de l'auteur (Par., 1G53, in-i), dans ses Décisions notables (Par., Ii67, in-4), dans la Bibl. du Droit franc., etc.
Clem. \ au tant. De l'estat ancien de la France, déclaré par le service personnel du par le vassal à son seigneur, el tic Testât présent tle la France. Paris, Alacard, 1005, in-8.
Tu. Manlius. De horoagio, roverentià, obsequio operis, auxilio et aliis Juribus, qu;c surit inter dominos et subdilos. Lcodii, 1701 , in— i.
Gerabd Mellier. Mémoires pour servir à la connaissance des fois et hommages de la Bretagne. Paris, 1715, in-12
X'oy., sur le droit de loi et hommage, le Traité de la Xoblreee, par Andr. de La Koqae, celui de Mon. Hulierl Orlean*, 1681, in-Sl, elc.
Jacquet. Traité des justices de seigneurs et tles Droits en dépendants. Lyun, 1701. in i.
Henriqiez. Code des seigneurs hauts-justiciers el féodaux. Paris, 1780,2 vol. in-12.
Denis de Salvaing. Traité du Plait seigneurial et de son usage au Dauphiué, conlen. diverses questions en matière de Droits seigneuriaux. Grenoble, 1052, in-12.
Philbert Boïer. Instruction pour le fait des finances cl Droils seigneuriaux. Paris, 1585, in-8.
Mathias Mabeschal. Traité des Droits honorifiques des seigneurs es églises; 6' edit. augm. P.,ris, 1031, 2 vol. in-8.
Souvent réimpr. avec île- addit s, par Dell. Simon, llanlv, etc. La
première cdil. esl celle de 1615; laileinicre.de I7ii.
(Rondelle de Febanville.) Mémoire sur le patronage et sur les Droils honorifiques des patrons et hauls justiciers. Paris, 1708, in-8.
Il y a d'autres ouvrages sur les Droils honorifiques dans les églises, pal Jiicq. Corbin 1022, Denis Simon . 16S6], Cl. de Perrière 16 6), etc.
Emman. de Gama. Disserlation sur le droit d'Aubaine. Paris, 17U0, in-12.
Ahasvebi Fbitschi, Corpus Juris xenalorio-forestalis. lenœ, 1070, in-fol.
(Fb. deLaunay.) Tr. du droit de Citasse. Par., 1081, in-12.
Souvent réimpr. avec des additions.
Goth. Christ. Leiseri Jus georgicum, Irac talus tle Praxliis. Lipsiœ, 1713, in-fol.
Chbist. Berai lt Des Droits de Tiers et Danger, grurie el grairie. liouen, 1023, in 8.
Ce traite .adonne lieu a plusieurs réponses contre la prétention dit Droit, de Tiers el Danger.
Jean Combes. Traité tles Tailles et aulres charges de subsides. Paris, 1584, in-8.
Math, de Vaizeli.es. Traité des Péages. Lyon, 1550, in-i.
Desgouges. Lettre en réponse à un écrit touchant le fief de Haubert. Paris, 1082, in-4.
And. de La Roqie. Traité du Ban et tle l' Arrière-ban. Paris, 1070, in-12.
L. Peters. Ueber die Ursprunge des Lehnsverbandcs. Berlin, IS32, in-8.
Ant. Colohbet. Colon ia cellica lucrosa. Lugd., 1578, in-8.
C'est un Iraile des personnes de main-morte. X'oy. le Traite de* Maine- Mortes et conditions ïaittaotes, par ('.mil. de Oiicieu (1608 , el celui de Cl. Fi. Talltert: litsseï t. de manu-moi t ua semsijue (Vesulii, lti67,in-8).
11 laudrail citer une foule de traites, de thèses, de mémoires particuliers, tic., concernant divers autres Droils feudauv, tels que le droit de rég île, les dîmes, elc. Les rouloiniers de la France, avec leurs commentaires, fournissent aussi d'abondanU matériaux sur le sujet qui nous oecupe. On trouve des articles importants dans la Bibl. ou trésor du Droit franc., de Laur. Boucliel Paris, ih71 , 5 vol. in-fol.), dans le Bepert. d. Jurisprudence de Guyot (Paris, 17S4, 17 vol. în-l , elc.
X'ov. encore l'Introduction de noire ouvrage, par M. Benj, Guérard :
COSDITIUX DES rERSOXM'S ET DES TERHES, avec S.a Biulioe i aptlie.
Ï)fôjb3€«©«0 D€S bJCC«0,
tfontfiuuKfs ۈ: cKrmKe^c^sM^.