‹ Le moyen äge et la renaissance, histoire et description des moeurs et usages, du commerce et de l'industrie, des sciences, des arts, des littératures et des beaux-arts en Europe. Direction littéraire de Paul Lacroix, direction artistiques de Ferdinand Séré. Dessins fac-similéChapitre 41 sur 65 · VENERIE · texte numérisé non relu

VENERIE

■.ttifib-

n langage deChasse, la Vénerie est . ii proprement parler, l'art de forcer, de tuer ou de prendre un animal désigné, parmi un grand nombre d'animaux de la même espèce. La création de colle science demandait beaucoup de réflexion, <le jugement. de tact et d'expérience : il s'agissait, par exemple, au milieu d'une forêt, de compter, sans les voir, tous les cerfs qui s'y trouvaient. 11 fallait, par l'inspection des empreintes (pie leurs pieds laissent a terre, par le déchirement des brandies d'arbre, par les fumées plus ou moins grosses, plus ou moins dures, plus ou moins colorées, juger l'âge des animaux, leur sexe, leur taille, la hauteur de leur bois; quel était le plus vieux, le plus gras, enfin signaler positivement celui (pie l'on voulait chasser. Une lois le choix fait et l'animal lancé, il fallait le suivre toujours, sans prendre le change, en se servant des remarques laites avant d'attaquer. Il fallait reconnaître, à chaque occasion, sur le sol. les mêmes empreintes, et ne pas le.$ Mœurs et Usegts de la vie prives CHASSE. Fol I.

confondre avec celles qu'aurait laissées une autre bric de même espèce et de même ùlic: car les animaux, effrayés par les cris incessants d'une meute, fatigués d'une fuite de plus en plus nécessaire et devenant bientôt impossible, ont L'instinct de se faire remplacer par un autre animal frais et dispos, qui. si le veneur ne savait pas démêler la ruse, rendrait lâchasse interminable.

L'origine de la Vénerie remonte à Childebert II; peut-être, la connaissait- on auparavant; mais aucun document écrit ne nous en fournit la preuve. Cependant on chassa longtemps encore au hasard, en attaquant la prend re bête que l'on rencontrait. Les (basses de Charlemagne étaient presque toujours d'énormes boueberies. Les chasseurs poussaient le gibier dans une enceinte formée de toiles ou de filets, et là, avec des flèches, des javelots ou des lances, on tuait les bêtes par milliers : c'était le braconnage sur une grande ('(belle. ( Versus de Carolomagno et Leonis papœ ad eiimdem advenlu. Recueil des Historiens des Gaules, t. V. p. 388.) Quoique toujours en guerre, Charlemagne ne manquait jamais l'occasion de chasser; il se reposait, en courant à travers les forêts. « Accoustumeement chevauchoit ou ebaçoit en boiz selon lacoustume françoise, car à paines est-il nascion qui autant en sçache.» disent les Chroniques de Saint-Denis. Le lendemain d'une bataille, il poursuivait le buffle ou le sanglier, pour se tenir en baleine.

En formant ses équipages de Chasse . Charlemagne avait imité le faste des empereurs d'Orient : non-seulement il traînait à sa suite une armée de veneurs, mais encore l'impératrice et les princesses avaient un grand nombre de jeunes lilles et de dames poulies accompagner à la Chasse, soit que Charlemagne fût avec elles, soit que la guerre l'eût porté vers des régions lointaines. Berthe, Gisala. Rhodaïd . Théodrada, Hildrud, lilles de l'empereur, entourées d'une cour élégante et nombreuse, le front ceint d'un diadème d'or, montées sur de superbes coursiers, chassaient les plus féroces animaux et rivalisaient d'adresse et de courage. (Kecueil des Hist. des Gaules, t. V, p. 389.)

Pour Charlemagne et ses successeurs, la Chasse était l'auxiliaire obligé de la publique. Quand il tenait sa cour plénière, on accourait de tous les points de l'empire, et c'était autant pour tuer des loups et des buffles que pour s'occuper des Saxons ou des Espagnols. La Chasse alors était mise au rang des choses les plus importantes. Les historiens racontent une partie de chasse comme une bataille : ils n'oublient aucun détail; ils donnent les dates de l'une et de l'autre. (<■ Imperator, post actum Carisiacci conventum. autumnalemque venationem ex more complétant, Aquas reversus est. » Kgi.nard.) Ainsi Louis-le-Débonnaire chassa trois fois dans les Vosges : en 821 , 825 et 831 ; chaque fois, les Chroniques de Saint-Denis ajoutent au récit des événements historiques : c< Et li cmpères s'en alla chacier en la forêt de Vouge. »

Philippe Mouskes . évêque de Tournai . qui « a mis en rimes toute l'histoire et la lignée des roys de France, » dit qu'Aix-la-Chapelle doit son origine à une aventure de Chasse. Charlemagne. courant après un cerf à travers les bois, traverse un ruisseau; son cheval n'a pas plutôt mis le pied dans l'eau, qu'il le retire. L'empereur, s'apercevant que l'animal boite, descend et lui tàte la sole, qu'il trouve chaude; il met sa main dans l'eau.

qui est brûlante : là. il lit ('-lever une chapelle ronde, ayant la forme d'un pied de cheval. On bâtit ensuite la ville, et aujourd'hui encore la source est sous une rotonde qui rappelle cette ancienne histoire.

Le plus ancien traité de Vénerie écrit en français est le Dict de la chace don cerf, poëme de cinq cent dix-huit vers, qui remonte à la On du treizième siècle. (Il fait partie d'un recueil de poésies françaises, conservé àla Bibliothèque Nationale sous le n°7615.) Ce poëme ne traite que de la Chasse du cerf: niais, en 1328, l'auteur inconnu du Livre

Comment on doit mener en gnesle son varlel pour aprendre a cognoislre de grant rerf par le pie Plubus, des déduis de la Chasse *'< t bestes sauvaiges et des On SCOUX de proie, m*- du XV* siècle, orne de miniatures, conserve naguère à la Itibl. du L-o titre et réintégré aujourd'hui .1 Ij Bibl Viliuiule

du Boy Modus écrivit les règles de la Vénerie pour toutes les bêtes, depuis le cerf jusqu'au lièvre. Son livre est le point de départ de la science. Certes, les chasseurs s'honoreront toujours de compter, en tête des écrivains cynégétiques, Xénophon, général ,

philosophe, historien; mais son traité de Chasse, quoique rempli d'excellentes observations sur le lièvre, ef de bons conseils relativement aux chiens, ne parle que de pièges, de lilets pour prendre les bêtes. An-ion. Oppien, chez les Grecs: Gratins Faliscus, IVémésianus, chez les Romains, écrivirent aussi des traites de Chasse, qui n'ont aucun rapport avec l'art de prendre, de forcer, de tuer un cerf, un sanglier, désigné au milieu de vingt autres. Cependant un passage d'Arrien (chap. xv) ferait croire qu'il cette époque, dans les Gaules, on connaissait les principes de la Vénerie. Après l'auteur du Roy Modus, vinrent Gace de la Vigne, Gaston l'hœhus. et Hardouin, seigneur de Fontaine-Guérin : ils écrivirent , le premier en 1359, le second en 1387, le troisième en l.'V.iï.

1 i Phœbus enseignant Part de l.i Vénerie, I ai -wnlc d'unr miniature du ms. cilé ci-dessus l'hebus, des deduiz <li ta (ilmssf des Ocstcs s-uirnigts

Vers î3ï<>. Alphonse XI, roi de Castille et de Léon, vainqueur des Maures à la bataille

del Salado, faisait écrire en espagnol un livre de Chasse : Libro de Monleria; plus tard, Argote de Molina commenta, augmenta cet ouvrage, et le publia en !582 à Séville. Mais le traité anonyme que le roi Alphonse XI avait fait rédiger pour son usage, n'eut jamais l'autorité ni la vogue de celui que Gaston III. dit Phœbus, comte de Foix, dicta lui-même à ses compagnons de Chasse. Si dans tous les pays la grande Chasse à courre porte le nom de Chasse française, l'honneur en est dû aux auteurs cynégétiques français. Presque tous les termes de Vénerie, qu'on emploie encorede nos jours, se trouvent dans leurs ouvrages : ils les ont créés, consacrés, et la mode, qui change si souvent pour toutes choses, ne leur a point fait sentir son influence.

On rencontre, par-ci. par-là, dans le Roy Matins, des phrases charmantes par leur simplicité: « Mute de chiens esi . quand il y a douze chiens courans et nu limier, et si moins eu y a . elle n'est pas dicte mute, et si plus en y a. mieulx vault. car tant plus de chiens y a et meilleure est la chace et la noise qu'ils font. » II y a des pages dignes de notre La Fontaine. L'apologue de la Loutre et du Renard est un chef-d'œuvre de style . de naturel, de naïveté, par la leçon qu'il donne et par la manière agréable dont elle est présentée, l'ius loin, le roi Modus demande à un pauvre homme qui désirait savoir l'ait de prendre les (aissans (blaireaux) : « Est-ce (pie ces animaux t'ont fait du mal? — Non . sire : mais je n'eus oneques des souliers qui tant me duraissent comme ceux que j'ai eus qui estoient de cuir de laissons. — Eh bien! répond Modus. je te dirai comment lu prendras tous les laissons de ton pays. .)

Le roi Modus et Gaston Phœbus n'ont pas seulement écrit sur la Vénerie, mais encore

ils ont décrit tous les pièges, toutes les manières de chasser de leur époque.

La vache artificielle, dont on se sert encore de nos jours pour approcher les canards, est décrite dans l'ouvrage de Gaston , avec cette seule différence que c'est un cheval artificiel : mais l'usage est le même.

Les miniatures du manuscrit de Gaston Phœbus nous représentent des chasseurs tirant des flèches sur les ours, les sangliers, les cerfs , les chevreuils, etc.: quand il s'agit du lièvre, la flèche n'a plus de fer : elle se termine par une espèce de masse, probablement en 1er ou en plomb, qui devait assommer le lièvre et non le percer. Dans une miniature, le chasseur est représente, l'arbalète a la main . monté sur un char entouré de branches d'arbres : tout cela s'avance comme un buisson ambulant vers le gibier, qui ne s'en inquiète point.

Fel. 11

. Comment on pool |iurier 1,1 lui le poci traire aux bestee , fac .-nu de d'une miniature ilu ii s l'.ii i -.ir h t'hebus, </i .1 déduis de in Chasse des bestet i ■■<■

Gaston Phcebus, comte de Foix. ét;iit un des plus braves chevaliers de son temps;

dans son livre, il dit avoir eu trois grandes passions: l'amour, la guerre et la Chasse; il avoue avec modestie.

que d'autres ont eu plus de succès que lui auprès des dames .

, que d'autres ont été meilleurs chevaliers :

« Pour ce, seroit-ce grand niceté si je en parloye, mes de Chasse je ne doubte que je n'aye nid maistre, quoique ce soit ven-

k" , '''il'

i -nt on pu et traire au* lièvres , * fac-similé d'une roiniaturp du m s citl

i Cumiucnt on puel mrner la r luire le pnnr traire aai • si mi le d'unr miniature du rus cite ci-desso*.

tance, » Gaston Phœbus avait seize cents chiens. Froissait raconte qu'il lui en amena quatre d'Angleterre; il nous a conservé leurs noms : Tristan, Hector, Brun et Rolland.

Tous les auteurs cynégétiques du xiv siècle, en vantant la Chasse comme leur passion favorite, font toujours ressortir son côté moral, c'est-à-dire qu'en chassant on évite le péché d'oyseuse (oisiveté). <■ car qui l'uvt les sept péchiez mortels, selon nostre l'ov. dit Gaston Phœbus, il devroit estrê sauvé; donc bon veneur sera sauvé. »

Les chasseurs grecs et romains reconnaissaient Diane ou Phœbé pour leur divinité pro-

tectrice. Les Gaulois donnèrent aussi plusieurs noms à la Lune, et ils l'invoquaient ionjours, qu'ils allassent à la guerre ou à la (.liasse : au passage d'une rivière, ils priaient Nehalennia de leur être propice; dans l'obscurité des bois, ils s'adressaient à Ârdhuina. L'étymologie de ee nom est inconnue, mais il servit probablement à nommer la forêt d'Ardenne, la plus grande qui lût en Europe, et par conséquent celle qui renfermait le plus de gibier. La déesse de la Chasse était quelquefois représentée par une statue de femme, mais plus souvent encore par un étrange amalgame de parties d'animaux sauvages qui formaient un monstrueux hiéroglyphe appelé cernunnos, parte qu'il y avait toujours des cornes. Le cernunnos avait parfois un corps d'homme avec une tête de cerf; il en existe un semblable sur une des faces d'un autel antique, découvert dans des fouilles sur l'emplacemenl même de Notre-Dame à Taris. Les chasseurs suspendaient à celle espi ce d'idole les pieds, les peaux, les cornes des bêles qu'ils avaient tuées, dans l'espérance d'obtenir sa protection.

Saint Germain . évêque d'Auxerre et chasseur intrépide , avait près de sa demeure un arbre qu'il chargeait de toutes lesdépouillesdesanimaux tués de sa main. LepoëteHéric, précepteur du roi Charles le-Chauve. qui vivait au neuvième siècle, nous apprend que cet arbre était un poirier. Au reste, les Romains connaissaient aussi le cernunnos. Ovide le désigne [tarées mots : Volivi cornua ccrvi. Dans quelques pays, le cernunnos était collectif, il servait pour tout le village : on choisissait le plus bel arbre pour recevoir les trophées des guerriers et des chasseurs: il était chargé' d'armes enlevées à l'ennemi et de dépouilles d'animaux conquises à la Chasse. Sous cet arbre sacré, on tenait conseil « on jugeait les procès, on délibérait sur les affaires publiques. Aujourd'hui encore, dans beaucoup de villages, l'orme, qui remplace le cernunnos, est debout près de l'église, el sons son ombrage on danse les jours de fête.

Ci monstre comment les veneurs soûl i Eosemblée, lie - le d'une miniature du mu du Lit n- 'lu uni Hodus Ribliolli \*a(i le Paris

Après l'établissement de la religion chrétienne dans les Gaules, les idoles furent détruites, mais les chasseurs n'en continuèrent pas moins à douer à leur porte les tètes de cerfs, les pieds de sangliers et de loups, les bêtes puantes, les oiseaux de proie, etc.

Ils n'invoquèrent plus Diane, avant de partir pour la Chasse: ils s'adressèrent les uns à saint Germain d'Auxerre, les autres à saint Martin : ce qui dura jusqu'à l'époque où la France reconnut saint Denis pour son protecteur. Les chasseurs alors voulurent un saint pour eux seuls: et, comme saint Hubert, évêque de Liège au huitième siècle, avait éiè un chasseur illustre, et que sa conversion était venue à la suite delà rencontre qu'il (il d'un cerf miraculeux portant l'image du Christ entre ses deux cornes, ils adoptèrent pour patron saint Hubert, qu'ils ont conservé jusqu'à nos jours.

la fête de ce saint, que l'on célèbre le 3 novembre, se célébrait aussi en avril, en mai, en septembre et en novembre, parce qu'il était mort en mai, que sa conversion avait eu lieu en avril, et que la translation de son corps fut faite d'abord en septembre et plus tard en novembre. A toutes ces fêtes de saint Hubert, les chasseurs accouraient de fort loin. Cependant les plus brillantes étaient celles du printemps et de l'automne . car elles concordaient avec les grandes assemblées de la nation.

Dans ces réunions solennelles et à moitié politiques, les nobles hommes portaient la cotte d'armes armoriée. L'usage des habits blasonnés devint si général au quatorzième siècle, que les dames elles-mêmes suivaient la (basse, vêtues de robes mi-parties, c'està-dire de deux couleurs, et parsemées de lions, de serpents, de tètes d'animaux. Ces rois et les reines étaient couverts de fleurs de lis d'or. Ces chiens eux-mêmes portaient des colliers aux armes de leur maître, pour qu'on pût les reconnaître lorsqu'ils s'égaraient dans les buis.

La Chasse e( même les animaux qu'on chassait furent tellement en honneur au Moyen

Age, qu'une infinité de nobles familles allemandes, ainsi qu'une grande quantité de villes, ont pris leur nom d'un ours, d'un loup, d'un cerf, d'un lièvre, d'un chien, parce que probablement ces bêtes ont fourni jadis des épisodes intéressants à l'origine de ces villes et de ces familles. Berne et Cri viennent d'un ours et d'un buffle; les Ilischleben . les Wolfenbutel . les Hasenfratz, les Hundsleben et mille autres noms offrent des étvmoloines analogues. Les chasseurs formaient des confréries qui avaient leur rang marqué dans les cérémonies publiques, et surtout clans les processions. La chasse était d'ailleurs une espèce de franc-maçonnerie, avec ses initiations mystérieuses et sa langue à pai t. Ces chasseurs initiés avaient leurs couleurs et des nombres symboliques, (rois et sept. " NU '•' Pour se faire reconnaître partout et pour être

bien accueillis de leurs confrères, ils avaient leurs signes, leurs demandes et réponses, connus des seuls adeptes.

En 1445, Gérard, duc de Clèves et burgrave de Ravensberg, créa l'ordre des chevaliers de Saint -Hubert. Les gentilshommes seuls pouvaient y être reçus: la décoration de l'ordre se composait d'une chaîne composée de cors de chasse, à laquelle était suspendue l'image de saint Hubert adorant le crucifix posé sur la tète d'un cerf. Les chevaliers de Saint-Hubert guérissaient la rage; et, de nos jours encore, le 3 novembre, les chasseurs du pays font dire une messe à l'église de Saint-Hubert, et ils y assistent avec leurs chiens, pour les préserver de cette affreuse maladie.

Au .Moyen Age, les chasseurs, pour réussir dans leurs entreprises, faisaient quelquefois pacte avec Satan : ils livraient leur âme en échange d'une (lèche, d'une balle enchantée, dont les coups étaient certains. Les vieilles légendes sont remplies île semblables histoires. Dans ce temps de crédulité naïve, il était naturel d'orner de merveilleux récits les anecdotes qui avaient rapport à la passion favorite du plus grand nombre. Un cerf chassé par Dagobert s'étant réfugié près du tombeau de saint Denis, la meute, saisie de respect, s'arrêta tout court, et le cerf fut sauvé. Tantôt, c'est un lièvre

qui, après avoir épuise toutes ses ruses pour échapper aux chiens, se jette dans les bras d'un saint homme qui lui sauve la vie. Ailleurs, on voit un ours aux abois grimper sur un arbre où un ermite avait accroché ses habits, et trouver son salut sous le froc du pieux solitaire. Après, viennent les chasses fantastiques, des chevaliers ayant chassé toute leur vie chassent encore après leur mort; et puis, le fantôme de feu qui arrêta Charles IX chassant dans la lôrèt de Lions, près Rouen : el puis, la rencontre de Henri IV avec le grand- veneur à Fontainebleau. On croyait généralement à l'existence des loups-garous : hommes, ils chassaient pendant le jour: loups, ils chassaient [tendant la nuit. En 1251, 1573 et 1578, les parlements de Besancon , de Dôle et de Paris, en ont fait brûler plusieurs.

A cette époque, les chasses les plus dangereuses étaient préférées, précisément parce qu'elles étaient dangereuses. Charlemagne joignait au plus grand courage une force de corps prodigieuse. Un ours était devenu la terreur des Vosges : plusieurs chasseurs, avant voulu venger la mort de quelques habitants, furent eux-mêmes ses victimes. Charlemagne accourl avec ses veneurs et ses meutes. On lance l'ours, qui lue plusieurs chiens. Charles est le premier à l'attaque; bientôt il se trouve seul, au sommet d'un rocher. L'ours arrive el s'élance contre le roi : ils se prennent corps à corps, el la lutte finit par la mort de l'ours, que Charles précipite au fond du ravin où étaient restés ses compagnons

Guillaume AMgcneste, in. cm du roi, mort od 1301, ain: représente sur sa tombe, jadis dans le cloître de l'Abbaj de LoDg-Ponl

LE MOYEN AGE émerveillés. C'est alors que retentirent pour la première lois les cris de : Vive Charlesle Grand! Les chasseurs, armés d'une cuirasse, bardés de 1er, attaquaient l'ours, à pied, et lorsque l'animal les étreignait de ses énormes griffes^ ils lui plongeaient un large coutelas dans le cœur. Godcfroy de Bouillon fut, dit-on, le héros d'une chasse de celte espèce. (Voy. le Miroir de Lorraine dans la Philomèle séraphique. Tournay, Adrien Quinqué. 1632, iu-12. )

Charlemagne était très-jaloux de son droit de Chasse, et il aimait à manger du gibier.

Accoustuméement, disent les Chroniques de Saint-Denis, estoit chacun jour servis de quatre paires de mes, tant seulement, sans le rost dont li veneour le servoient, et de celui mangeoit-il plus voluntiers que de nul autre. » Les moines de Saint-Denis et de Saint- Thin lui demandèrent la permission de faire tuer quelques cerfs dans leurs forets; il la leur refusa pendant plusieurs aimées, et si plus tard il l'accorda, ce ne fut qu'aux prières très-pressantes des ahhés, la chair de ces animaux devant servir à la nourriture des hères infirmes, et les peaux, h couvrir des missels ou à faire des ceintures et des gants pour les moines.

Louis IX fut non-seulement un brave guerrier, un roi juste, un homme pieux, mais encore un chasseur intrépide. C'est h lui (pie l'on doit la race des chiens gris. Voici ce qu'en dit Charles IX. dans sa Chasse royale: « Le roy saint Louis, estant allé à la conqueste de la Terre-Sainte, fut fait prisonnier; et comme, entre autres bonnes choses, il aimoit beaucoup la Chasse , estant sur le point de sa liberté, ayant sçu qu'il y avoit une race de

c< 'S 1, .vU» /»

Ci dei ise la nature el la propriété des deins et comment l'on les prent à forclie de eliieus el la saison en quoy ils voilent mîei , - fac-similé d'une minialure

du ms. cite ci-dessus : Livre du roy Uodus.

chiens en Tartarie qui estaient fort excellents pour la Chasse du cerf, il fit tant, qu'à son retour il en amena une meute en France. Ceste race de chiens sont ceux qu'on appelle gris, la vieille et ancienne race de cette couronne, el , dit-on . que la rage ne les accueille jamais. » Saint Louis ne se contentait pas de chasser le cerf: il chassait aussi le lion. Laissons parler son historien Joinville. <> Aussitost qu'il eut la connoissanee du pavs de Césarée, le roy se mil, luy et ses gens, «à chasser aux lions, en sorte qu'ils en prindrent plusieurs; mais ils se mettaient en grand danger et péril de leurs corps; et la façon de

les prendre estoit telle : ils alloient à la Chasse, montés sur chevaux qui estaient autan! bien eourans come il estoit possible; et quand ils avoienl trouvé aucun lion, ils le frappoient d'un coup de traict d'arbaleste ou d'arc, et le lion, se sentant blessé, couroit sus au premier qu'il voyoit, et celuy se mettait à fiiyr tant qu'il pouvoit, et en fuiant, il laissoit choir quelque couverture ou pièce «le vieux drap, et le lion qui la rencontrait la prenoit et deschiroit, pensant que ce lïïsl celui qui l'avoit frappé; et ainsi que le lion s'amusoit à desrompre la pièce de drap, les autres s'approchoient et lui tiroient coups de traits, et le lion, derechef, alloit après celuy qui l'avoit frappé. Lequel laissoit choir une autre pièce de drap pour amuser le lion ; et ainsi faisoient-ils plusieurs fois, jusqu'à force de coups ils avoient tué le lion. •>

Les premières permissions de Chasse ont été accordées aux bourgeois, sous le règne de saint Louis, à la condition de donner au seigneur, sur les terres duquel se faisait la Chasse, un cuissot de la bête prise. C'est de lit que vient la coutume, religieusement observée encore de nos jours par les gardes-chasses, de présenter le pied de la bête à la personne qui dirige la Chasse ou à (elle qui doit en avoir les honneurs.

Charles M aimait sans doute beaucoup le gibier, car il prélevait un droit sur toutes les bêtes qu'on tuait dans son voisinage. « Nous nous réservons la tète et les pieds ( ungulas) des sangliers, dit son ordonnance de 1397, l'échiné des ours , les pieds (planlas) des cerfs et l'épaule des biches. ■>

Louis XI, toujours occupé de guerres, d'intrigues, de politique, de ruses, fut le plus déterminé chasseur de son époque. « J'ai esté, dit-il dans une lettre à M. de Bressuire, j'ai esté averti de Normandie, que l'année des Anglois est rompue pour ceste année; je

a Comment l'on prenl la Iruie ■> forcbc de cliirne , fac-similé d'une miniature du n>s. cité ci-dessos.

m'en retourne prendre et tuer des sangliers, afin que je n'en perde la saison . en attendant l'autre pour prendre et tuer des Anglois. » (Tristan l'Ermite de Soi.if.us . Cabinet du roi Louis XI. )

Pour toute chose, Louis XI était avare; quand il s'agissait de la (basse, il était prodigue. Il entretenait des légions de chiens, d'oiseaux, de veneurs et de fauconniers; il était si

jaloux du droit de Chasse, qu'il l'avait défendue, même aux gentilshommes, sous peine de la corde. Sous son règne, dit Mézeray, « e'estoit un bien plus grand crime d'avoir tué un cerf qu'un homme, de quoi ils faisoient d'estranges contes. » Lorsqu'il devint vieux, malade , infirme, il voulait que ses ennemis le crussent encore jeune et dispos. 11 faisait acheter des chevaux vigoureux et fringants dans les royaumes voisins; il envoyait des messagers en Espagne et en Bretagne pour chercher des chiens ; on annonçait en grande pompe que c'était pour le roi : le prix augmentait nécessairement et on le doublait encore. On lui amenait des chevaux napolitains, des faucons de Tartarie. des léopards d'Afrique, des élans et des rennes de Norvège. « De chacune de ces bestes, dit Commines . donna aux marchands quatre mille cinq cents florins d'Allemagne. »

Les individus, les corporations, les rois, qui voulaient plaire à Louis \1 . lui faisaient présent d'un chien, d'un faucon, d'un veneur habile, d'un bon fauconnier ou d'un cheval. « Leroy d'Angleterre, ditCommines. envoya des trompes de chasse et des hou

Cornet de chasse iwc siècle1) , d'après l'original existant en .Angleterre.

teilles de cuyr, à rencontre des belles pièces d'or, couppe d'or, vaisselle, pierreries et autres belles besongnes que le roi et autres seigneurs avoient données à Warwick, à son parlement de Rouen. »

Louis XI défendit la Chasse à tous : seigneurs, nobles, paysans lurent mis sur la même ligne. Pour assurer l'exécution de ses ordres, il lit faire des visites domiciliaires dans les châteaux, comme dans les chaumières; tout ce qui ressemblait à un filet, à un piège, a une arme de Chasse, fut saisi et brûlé. L'héritier du trône, son fils même, n'avait pas la

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permission de chasser; retenu dans le château d'Amboise, on voulait qu'il lût aussi ignorant qu'ignoré. Un jour, le dauphin pria tant son gouverneur Dubouchage, que celui-ci consentit à faire une promenade dans les bois. Le roi le sut . et Dubouchage eut grand

peine à garder sa tète sur ses épaules. Du moment que Charles VIII lin monté sur le trône, il se dédommagea des privations qu'il avait subies : il chassa tous les jours. Il permit aux nobles de chasser; on n'entendît plus que les cris des chiens et les hennissements des chevaux. La cour avait été triste.

ombrageuse, sous Louis XI; elle devint gaie, folâtre, enfantine, sous un roi de treize ans. Les veneurs de Louis XI ne faisaient leur office qu'en tremblant, car le vieux roi ne plaisantait guère:

Charles VIII rendit la gaieté à tout le monde, la Chasse redevint un plaisir.

Les rois ayant tous la passion de la Chasse, il était naturel que les courtisans et les valets cherchassent tous les moyens de la satisfaire. Chacun inventait des méthodes; on allait chez les peuples voisins : on leur empruntait des pièges, désarmes, des ruses; on introduisait, en France, des animaux, inconnus auparavant, pour les multiplier et les chasser ensuite. Le renne lui apporté de la Norvège ; le faisan . de la Tartarie; le léopard lui-même lui amené en France et dresse à prendre le gibier pour le compte de l'homme. Les chasseurs, .achevai, avaient derrière eux une caisse placée en façon de portemanteau; sur cette caisse (Hait place le léopard. Ces chasseurs couraient la plaine ci les bois, précédés de quelques chiens pour faire lever le gibier. Du moment que la hèle partait, le léopard bondissait après elle, et en trois sauts elle était prise. Les chasseurs mettaient alors pied à terre : ils présentaient au léopard un morceau de chair fraîche dans une sébile pleine de sang, et l'animal leur abandonnait sa proie.

i léopard | svi siècle | , d'apri > un.' estampe de Jean Stradso.

Écoutons le moine de Saint-Denis, auteur de la Vie de Charles VI, écrite en latin : «Galéas, due <le Milan, passionné pour la Chasse et voulant s'y divertir avec plus » noble équipage qu'aucun autre prince, ne se contentoit pas de belles meutes de » chiens, en divers bourgs et villages, où ils étoient tous nourris aux dépens des » paysans : il vouloit avoir des léopards et autres bêtes étrangères, pour les exercer » contre celles des champs et des forêts. >i

Mathieu de Couci. dans sa Chronique du règne de Charles Vil, parle aussi de la chasse que Galéas fit faire aux environs de Milan pour amuser le duc de Clèves et autres ambassadeurs du duc de Bourgogne. « Ils allèrent, dit-il. à l'esbat des champs, où ils trouvèrent de petits chiens courants, chassant aux lièvres, et sitost qu'il s'en levoit un, il y avoit trois ou quatre léopards à cheval derrière des hommes, qui sailloient et prenoient les lièvres à la course. »

Cette singulière façon de chasser ne s'établit en France que longtemps après. Louis XI voulut l'essayer, car il fit venir des léopards de l'Afrique; mais Charles Y11I et Louis XII, qui sans doute avaient connu ce genre de Chasse pendant leur séjour en Lombardie, en donnèrent les premiers le spectacle à leur cour. Il est certain que Louis XII avait des léopards dans ses équipages de Vénerie. ( Lettres de Louis XII, publ. par J. Godefroy. Bruxelles, 1712, t. II, p. \2.)

Jodelle, qui vivait sous Henri II et Charles IX, a fait une ode sur la Chasse où l'on trouve ces quatre vers relatifs aux léopards:

Parler aussi du lièvre on peut , Qu'à force on prend de telle sorte :

Rare , quand le léopard veut , En quatre ou en cinq sauts l'emporte.

L'auteur du Roman de Gérard, écrit en langue romane, dit que Charlemagne , étant allé vers le château de Houssillon pour s'en emparer, fit amener ses chiens, ses lévriers et son équipage, dans lequel on voyait des ours et des lions (ores e leos). Ces lions ci ces ours étaient probablement des léopards. Louis XI, Charles VIII, Louis XII, chassaient avec des léopards. On les renfermait dans un fossé du château d'Amboise, lequel existe encore près de la Porte des Lions. 11 est très-probable que cette pinte fui ainsi nommée, parce que le peuple, ainsi que l'auteur du Roman de Gérard, confondit ces léopards avec des lions.

Louis XII aimait autant la Chasse que ses prédécesseurs; mais cette passion ne lui fit point faire de folles dépenses, à l'instar de Louis XL Xon-seulement il permit aux gentilshommes de chasser sur leurs terres, mais il étendit ce droit à ses nouveaux sujets d'Italie, qui n'avaient point joui de ce privilège avant sa conquête du duché de Milan. Sun historien. Jean de Sainl-Gelais, dit : « 11 mit l'Église en liberté et franchise; si feit-il pareillement les nobles, en leur donnant faculté de vivre comme l'on fait en France, sçavoir est d'avoir chiens et oiseaux et d'aller h la Chasse, comme bon leur sein-

ET LA H EN A ISS AN CE

bleroit, en leurs possessions ef domaines, ce qu'ils n'avoient accouslumé de faire, mais avoient seulement permission de voler les cailles et perdrix aux esperviers, en payant une grande somme de deniers. »

Si Louis XII aimait la Chasse, il ne voulait pas, comme Louis XI, que ses plaisirs tussent à charge au peuple. « Sa condition , ajoute Saint-Gelais, est telle en temps de paix, quand il a pourvu à ce qui est nécessaire, d'aimer la Chasse et la volerie; et, pour vray, c'est un desduil qui est bienséant à tous princes et grands seigneurs, car par là s'en esvi te oisiveté, la plus dangereuse de tous les vices; et nul si grand maistre que luy ne

. Du elieuil où lescbicin doiteol demoorer, et eommenl '1 doil cslre i Phebus, ies deivadt la CtuUM ia hesla saumiga.

pratiqua le métier si avant qu'il a fait . ne n'y eut oneques tant de plaisir à moins de frais: car j'ai vu, du temps du feu roi Louis XI, que c'estoit merveilleuse chose de la despense

qui se faisoit pour sa Vénerie el Fauconnerie, et le roy a d'aussy bons chiens et veneurs pour prendre le cerf à force, que eust oncques prince, et si ne lui couste point à moitié tanl qu'il faisoit aux autres, et en cela, comme aux autres choses, se peut connoistre son sens et sa prudence. »

François Ier, pendant son séjour en Italie, fut ébloui du faste que les princes de ce pays étalaient dans leurs équipages de Chasse. Il les imita , il les surpassa , à force de multiplier les impôts; il parvint même à l'emporter sur Charles-Quint . enrichi des trésors du Nouveau-Monde: ce qui lui mérita le titre de père des veneurs. Son seul ('équipage des toiles» était compost'' d'un commandant, d'un lieutenant, de douze veneurs à cheval , de

- Des nia 1.1 di os des chiens cl île leurs eu rai ions, ' f.ic-»iiuile d'une miniature do in s Cité ei-dessD3

six valets de limiers . de six valets de chiens, chargés de soigner soixante chiens courants . et de cent archers à pied portant de grandes vouges (espèce d'épieux). uniquement em-

ployés à dresser les toiles. Quand le roi allait il la guerre, ces cent archers étaient chargés des tentes et faisaient le service des gardes du corps. Cinquante chariots à six chevaux portaient les toiles ou les tentes, à la guerre ou à la Chasse. Les meilleurs capitaines de ce temps-là étaient aussi de bons chasseurs; lorsque le chevalier Bavard fut prisonnier de l'empereur, il obtint la permission de chasser à trois lieues hors de la ville qu'on lui avait donnée pour prison : ce lut en chassant qu'il se consola de ne pas se battre.

François Ier, galant chevalier, voulut que les dames l'accompagnassent dans les bois. Voici ce que dit Brantôme, ii ce sujet, en parlant de Catherine de Médicis, alors dauphine : « Elle aymoit la Chasse bien fort; sur quoy j'ay ouy faire le conte à une grande dame de la cour d'alors, que le roy François, ayant choisi et fait une troupe, qui s'appeloit la petite bande des dames de la cour, des plus belles, gentilles et plus de ses favorisées, souvent se dérobant de sa cour, s'en partoit et s'en alloit en autres maisons courir le cerf et passer son temps , et y demeuroit-il ainsi quelquefois retiré huit jours, dix jours, quelquefois plus , quelquefois moins, ainsi qu'il luy plaisoit et l'humeur l'en prenoit ; nostre royne, qui estoit pour lors Madame la dauphine, voyant telles parties se faire sans elle, que Mesdames ses belles-sœurs en estaient, et elle demeurait au logis, elle fit prière au roy de la mener toujours quant et luy, et luy fit cet honneur de permettre qu'elle ne bougeât jamais d'avec luy. » Catherine de .Médicis devint donc chasseresse intrépide : « Elle étoit fort bien à cheval et hardie, et s'y tenoit de fort bonne grâce, ayant esté la première qui avoit mis la jambe sur l'arçon, d'autant que la grâce y estoit la plus belle et apparaissante que sur la planchette. »

Guillaume Budé, qu'Érasme appelait le prodige de la Fiance, fil à cette époque un traité de la Chasse du cerf, dédié aux enfants de François I", Henri d'Orléans (Henri II. père de Charles IX) et Charles d'Angoulème. Ce traité, qui forme le second livre de sa Plrilologie, est écrit en latin, d'un style diffus et lourd. On n'y remarque qu'un seul fail curieux, l'histoire d'un cerf qui, chassé par Louis XII à Fontainebleau , pour dépister les chiens, grimpa sur un bœuf. Cette ruse mit en désarroi meute , piqueurs et chasseurs: arrivés à l'endroit où le cerf avait pris son étrange monture, les chiens, fermes sur la voie , ne voulaient plus aller en avant ni retourner en arrière : « Il semblait, dit Budé. qu'il avait eu des ailes pour s'envoler ou que la terre s'était ouverte et refermée sur lui pour le soustraire à la poursuite des chasseurs. »

Le goût de la Chasse étoit si répandu alors, qu'on est étonné aujourd'hui de rencontrer des livres de piété, remplis de termes, d'images, de métaphores empruntés à la Vénerie. Ainsi dans la Foresl de conscience contenant la Chasse des princes , ouvrage moral et mystique, composé en vers et en prose au commencement du seizième siècle, les vices et les péchés capitaux sont le gibier que l'auteur fait chasser ; les chiens, les cors, les armes, les gardes sont : crainte de Dieu, confession , pénitence , foi, espérance , charité, etc. Voici quelques vers de ce livre rare et singulier :

Mœurs el Usages de la vie privée VKNERIE . Fo!. IX

Plaines equivocques sur la Chasse , par dictions et par silahes.

Je t'ai requis pour tes fourets :

Jette rects quis , porte fou retz , Tends-les à fin contre le monstre Tant laict, affin qu'on te le monstre Pris et enserré par ta Chasse :

Prise en sera pourtant Chasse.

Sathan à ton nom deschasser S'attent : hastons-nous de chasser Sa lute , pour à loz entendre :

Salut t'en pourras lors attendre , etc.

Charles IX. auteur de la Chasse royale, excellent livre fort rare aujourd'hui, lit translater en français, par Louis Le Roy. le second livre de la Philologia de Budé; il avait même chargé ce savant de traduire la Chasse royale en latin, pour que l'Europe entière pût la lire. Charles IX était grand chasseur ; on cite de lui un exploit qui n'a jamais été imité par personne : tout seul, à cheval, sans chiens, il força un cerf. Baïf chanta ce haut fait de Vénerie dans un poëme, bizarre comme tout ce qu'il écrivait :

Sans lévriers , sans clahauts ,

Avez forcé le cerf, et par monts et par vaux , Maumene de vous seul , montrant que la vitesse Sauve peu le couart quand le guerrier le presse.

Oue ne suis-je Conon, maistre en la cognoissance Des astres du haut ciel! Là-haut, vostre semblance En veneur estoilé, la trompe sous le bras, L'épieu dedans le poing, vostre cheval plus bas D'estov les flamboyroit : Orion. qui menace La tempeste et l'esclair, vous quitteroit la place.

La Chasse royale est un livre curieux, intéressant; il contient d'excellentes notions sur l'instinct, les habitudes, les ruses du cerf; il est plein d'érudition. Charles IX cite Aristote, Pline. Oppien, Gaston Pboebus. Dans le chapitre II, Du Rut des cerfs, on trouve une description charmante, où les combats de ces animaux sont assimilés aux anciens tournois. Charles IX avait à sa cour le sieur de Clamorgan, qui . pendant quarante-cinq ans, avait servi dans la marine, et qui, après avoir combattu les ennemis de la France, faisait la Chasse aux loups. Le roi lui demanda un jour, à Saint-Germain, comment il s'y prenait pour tuer ces animaux: Clamorgan se mit aussitôt à l'ouvrage, et écrivit sa Chasse au loup. « Par cette chasse, dit-il, on délivre le pais de telles bestes mauvaises et pernicieuses, qui, entre autres incommodités, ravissent aux rois les faons et bestes fauves, biches et cerfs, les petits cochons sous la laye, les chevreux, et aux povres gens leurs vaches, moutons et menu hestail, et, qui plus est, les jeunes enfans, voire bien souvent les gratis. »

Du Fouilloux écrivit sa Vénerie à la même époque. Le roi Charles IX en accepta la

Ciuniiii'iil mi pnel prendre les liiups au* pièges , « fac-similé d'une miniature du ins. de Phebns , du desduiz de la Chasse des bestes sauvaiges.

dédicace. Sous un roi chasseur et écrivain cynégétique, on devait faire beaucoup de livres de Chasse, et l'on en a fait beaucoup qui sont encore fort estimés aujourd'hui.

Après Charles IX, il faut passer à Henri IV; car Henri III n'aimait pas la Chasse: il trouvaitcel exercice trop pénible ou trop dangereux. On ne lit, dans les chroniques de son règne, qu'un seul récit de Chasse aux lions, aux ours, aux taureaux; mais c'etail plutôt une boucherie qu'une Chasse. « Le vingt-uniesmé janvier lo83,leroy, après avoir (ail ses pasques et ses prières et dévotions au couvent des Bons-Hommes de Nigeon (à Chaillot) ausquels il donna centescus, s'en revint au Louvre, où arrivé il (il tirera coups d'arquebusades les lions, ours, taureaux et autres semblables, qu'il souloil nourrir pour combattre avec les dogues, et ce, à l'occasion d'un songe qui lui estoil advenu, par lequel luy sembla que les lions, dogues et ours le mangeoient et dévoroient. » (P. ue l'Estoile, Journal de Henri ///, t. I, p. 55.)

Henri IV était grand chasseur, d'un courage à toute épreuve; il faisait la guerre aux ours dans les Pyrénées. Les chasses les plus dangereuses étaient celles qui lui plaisaient davantage. « 11 aimoit, d'il Sully dans ses Mémoires, toutes sortes dédiasses ri

Comment eu puet prendre oars et autres bestes aui dardieres dn ms. cité ci-dessus.

f.ir-simile d'une miniature

LE MOYEN AGE de voleries, «'t surtout les plus pénibles et hasardeuses, comme ours, loups, sangliers:

il chassoit aussi les cerfs, chevreuils, renards, fouines et lièvres; vols pour héron, oiseaux de rivière, milans, hihous, corneilles, \ perdrix, à la terrasse, aux chiens couchants, et aux canards avec les barbets. » Il racontait lui-même «à Sully, qu'étant prisonnier en 1584.

et ne sachant à quoi s'occuper, il s'amusait dans sa chambre à l'aire voler des cailles. Un jour, il engagea les clames de la corn- à venir voir chasser l'ours; heureusement elles ne cédèrent point aux désirs du roi de Navarre, car il y eut , ce jour-là , des épisodes bien dramatiques. Deux ours tuèrent deux chevaux et forcèrent dix Suisses et dix arquebusiers, dont quelques-uns furent étranglés. Un ours percé de plusieurs balles, et emportant six ou sept tronçons de piques brisées dans son corps , embrassa huit hommes qu'il trouva sur le sommet d'un rocher, et se précipita dans l'abîme avec eux où tous furent mis en pièces.

Les lettres de Henri IV sont des monuments qui attestent son ardeur pour la Chasse. Tout en parlant d'affaires à ses ministres ou d'amour à ses maîtresses, il ne manque jamais l'occasion de citer le cerf qu'il a couru la veille. « Mon cher cœur, j'ai pris le cerf en une heure avec tout le plaisir du monde. — Je pris hier deux cerfs; je vis jouer des comédiens où je m'endormis. — J'ai pris aujourd'hui deux cerfs, et je vous aime bien.» L'auteur de Y Histoire des amours de Henri IV dit que «jamais on ne lançoit un cerf, sans que le prince n'ôtàt son chapeau, ne fît le signe de la croix, et puis piquoit son cheval et suivoit le cerf. » Il ne laissait jamais échapper une occasion de chasser; tout en battant ses ennemis, s'il savait un cerf dans les environs, il prenait son temps pour courre l'un, après avoir défait les autres.

Sully raconte que le roi chassa , le lendemain de la bataille d'Yvry. Sully blessé se faisait transporter sur un brancard à son château de Rosny; il vit la campagne couverte de chiens et de chevaux : c'était l'équipage du roi. Henri IV se délassait, en chassant, des fatigues d'un combat où il avait fait des prodiges de valeur. Bientôt Sully le rencontra lui-même, qui sortait de Rosny : « J'ai dîné chez vous, mon cher Sully, et je vais couchera Mantes; chemin faisant, je chasserai. » Henri IV chassait en pleine guerre au milieu des ennemis. (Voy. le Journal de P. de L'Estoile, octobre 1594.) Louis XIII n'eut qu'un seul point de ressemblance avec son père, ce fut l'amour de la Chasse.

Les conciles d'Épernon, en 507; de Màcon, en 585; d'Agde, en 606; de Tours, en 803, etc., défendirent aux prêtres de chasser. Un synode provincial d'Auch défend aux archidiacres, lorsqu'ils visiteront leur diocèse, d'avoir plus de cinq chevaux et cinq valets, et surtout de conduire avec eux des chiens et des lançons. Mais les vieux chroniqueurs assurent qu'en sortant des séances où ces interdictions étaient lancées, les cardinaux et les évêques montaient à cheval pour courre le cerf ou pour chasser au faucon. Des meules de chiens suivaient les prélats jusqu'auprès de l'autel et faisaient retentir l'air de leurs glatissements. Toutefois, ces prélats ne se permettaient jamais de chasser le dimanche.

Plusieurs papes, Pie II, Jules II, Léon X, ont élé grands chasseurs. Pie II (.Enéas Silvius) a écrit un ouvrage sur la Chasse. Le cardinal Adrien Castellesi a fait un poëme cynégétique où l'on trouve l'assemblage des plus bizarres idées qui jamais aient germé danslecerveau d'un homme: Diane conduit la Chasse; le cerf et le sanglier sont manques; mais un Sicambre apporte la poudre à canon et fait tuer une si grande quantité de gibier, que la déesse craint la destruction de l'espèce; Diane fait servir un grand repas, et au dessert elle improvise un sermon sur l'idolâtrie, la morale chrétienne et la divinité de Jésus-Christ.

Les ecclésiastiques étaient aussi jaloux de leur droit de Chasse, que les hauts barons. L'abbé Suger, pour ne pas laisser prescrire les droits de son abbaye, que les nobles voisins envahissaient de jour en jour, lit une grande partie de Chasse dans la forél d'Iveline. 11 invita le comte d'Évreux, Amauri de Montfort, Simon de Néaulle. Evrard de Villepreux. 11 passa huit jours sous la tente, on tua une grande quantité' de gibier. et Suger envoya partout des présents de venaison.

Le pape Clément V, dans ses fameuses constitutions appelées Clémentines . défend la

■ Cumulent l'en prent les escureos à lei re en ira bois, fac-similé d'une niiûialure du ms. du Livre du rotj A! ml us

Chasse aux ecclésiastiques. Cependant il la permet, dans le cas où les lapins el bêtes fauves seraient en trop grande quantité : (Juo casu, dit l'ordonnance, hoc eis permitti-

lur. D'après ce texte, on chassait toujours clans certains couvents; le gibier se nommai I quo casu; les moines chasseurs s'appelaient quo casu. Pour que le gibier fût toujours trop abondant et afin de se trouver dans le quo casu, certains moines faisaient des prières propullis et nidis.

Brantôme dit que François Pr fit son Concordat avec Léon X, afin de pouvoir récompenser les services de sa noblesse en lui donnant les biens de l'Eglise. 11 n'aimait pas à laisser tant de jouissances à des « moines clostraux, gens inutiles qui neservoient à rien qu'à boire et à manger, taverner, jouer, ou à faire des cordes d'arbaleste, des poches de furets, à prendre des connils (lapins), à siffler des linottes; voilà leurs exercices, encore étoient-ce les plus innocents. »

La Chasse vint souvent en aide à la politique; elle causa souvent de grands crimes Mérovée, fuyant la colère de Chilpéric et de Frédégônde, se réfugia dans l'église de Saint- Martin de Tours. Le traître Boson, gagné par la reine, l'attira hors de cet asile sacré en l'engageant à venir chasser. Mérovée sortit de l'église et fut assassiné. Ce même Chilpéric fut encore assassiné par ordre de Frédégônde , à l'occasion d'une partie de Chasse. Louis, comte de Flandres, était pour ainsi dire prisonnier de ses sujets, qui voulaient le forcer à épouser la fille d'Edouard III. roi d'Angleterre. Il retardait toujours l'exécution de la promesse qu'il avait faite; enfin arriva le moment où il fallait conclure. La veillé de la cérémonie, il eut la liberté de chasser au faucon. Un héron se lève, le prince lâche son faucon et le suit à cheval en criant; il court, il galope, comme emporté par l'ardeur de la Chasse, et gagne ainsi les terres de France. Le roi de Navarre était allié des Anglais; mais, lorsqu'en 1370, ils furent battus par Du Guesclin, il vil qu'il y aurait plus d'avantage pour lui à se tourner du côté de Charles V : ne voulant pas avoir l'air de violer la foi jurée à Edouard III , il se fil enlever dans une partie de Chasse et il sauva ainsi son honneur et ses intérêts. Ce fut également à la faveur d'une partie de Chasse. qu'Henri IV quitta Paris pour se rendre à Senlis, où ses amis vinrent le joindre.

Autrefois la Chasse était toujours pour quelque chose dans les cérémonies publiques. En 1389, lorsque Isabeau de Bavière fit son entrée à Paris, on vit des magnificences jusqu'alors inconnues. Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit , tous les anges du paradis étaient représentés dans les rues, tapissées de draps de soie. « Au plain d'un chàtel , charpenté de bois et de guérites, contenant grand espace, dit Froissait, avoit une garenne et grand foison de ramée, et dedans grand foison de lièvres, de connils et d'oisillons, qui voloient hors et y revoloient à sauf garant, pour la doute du peuple qu'ils véoient. Et de ce bois et ramée, du coté où les dames vinrent, issit un grand blanc cerf; d'autre part . issirent hors du bois et de la ramée un lion et un aigle faits très-proprement, et approchoient fièrement ce cerf. Lors issirent hors du bois et de la ramée jeunes pucelles environ douze, très-richement parées en chapelets d'or, tenant espées toutes nues en leurs mains, et se mirent entre le cerf et l'aigle et le lion, et montrèrent qu'à l'espée vouloient garder le cerf. » (Froissart.)

En 1461 , lorsque Louis XI fit son entrée à Paris par la porte Saint-Denis, on lui

donna le spectacle d'une Chasse à la biche, près de la fontaine Saint-Innocent. « On v lit moult grant bruit de chiens et de trompes de Chasse, dit la Chronique scandaleuse ;

la reine reçut en présent un beau cerf fait de confiture, qui avoil les armes d'icelle noble royne pendues au col. »

Le 17 février 1453, dans un festin splendide que donna Philippe, duc de Bourgogne et de Brabant, on vit des choses merveilleuses. Un pâté, gigantesque comme le cheval de Troie, renfermait vingt-huit personnages, qui tour à tour en sortirent pour réjouir la noble compagnie par leurs chants et leurs danses. « Et g après, au paslé , fut fait une Chasse qui glalissoit en manière de petits chiens, et à la fin en manière de lévriers, ethoûoient valets de chiens et braconniers qui sonnoient de trompe en iceluy paslé , comme s'ils eussent esté dans une forest » (Matthieu de Coucy, Hist. de Charles VII.)

Voici encore un divertissement bien singulier que le comte d'Eu, père de Catherine de Clèves, épouse du duc de Guise assassiné à Blois, voulut se donner en relevant d'une maladie. En effet, les distractions contribuent au rétablissement de la santé. On forma une enceinte avec des planches, on fit un amphithéâtre pour les dames ; el dois sangliers de trois ans furent lâchés dans le cirque. Vinrent ensuite les chasseurs qui devaient les combattre; ils étaient montés sur des chevaux vigoureux, mais à selles dessanglées; ils étaient armés d'une lance mornée, c'est-à-dire dont le fer était émoussé et qu'on appelait alors arme courtoise. L'un d'eux attaquait le sanglier et lui portail quelques coups de lance; le sanglier fondait sur le chasseur, qui l'évitait en tournant son cheval. Si dans ce mouvement la selle chavirait, le cavalier tombait par terre; avant que le sanglier arrivât sur lui, les autres chasseurs arrêtaient l'animal à coups de lance et donnaient au cavalier désarçonné le temps de remonter à cheval. Cela durait jusqu'au moment où les sangliers, fatigués, haletants, ne pouvaient plus se défendit': alors on lâchait des chiens, qui achevaient la fête.

Le roi d'Espagne Philippe 111 donna un spectacle semblable à sa cour; il combattit un énorme sanglier, à cheval; sa lance était terminée par deux-branches de fer recour-

Comment on doit huer et corner, n fac-similé d'une miniature du m s. de Phelnis, du desduiz de ta Citasse des bestes sauvaiges.

bées en dehors, de sorte qu'elle formait une pince dont il pouvait saisir le boutoir du sanglier sans cependant le blesser. Dans cette Chasse, on ne pouvait tuer l'animal, qu'en le harcelant, ce qui demandait beaucoup d'adresse, décourage et de sang-froid. La Chasse du cerf blanc était bien autre chose encore; les vieux romanciers en parlent comme d'une fêle solennelle qui coûtait toujours la vie aux plus braves chevaliers. Cette Chasse du cerf blanc devait être bien ancienne, puisque au temps du roi Artusla coutume en était déjà perdue. Ce roi voulut la faire revivre. Celui qui tuait le cerf blanc

■ CoiuniPtit on doit escorchier le rerf pI le desfaire . - fac-similé d'une miDialûre'du ms. cite ri-dessos.

avait le droit de donner un baiser à la plus belle. Ce baiser était l'origine de bien des rivalités, de bien des querelles; de sorte que la Chasse du cerf blanc avait toujours un triste lendemain; on en cite une où treize chevaliers perdirent la vie, et cependant les romanciers assurent que les dames préféraient cette Chasse à toutes les autres.

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