‹ Le Moyen Âge et la Renaissance (volume 2)Chapitre 31 sur 74 · LK MOYEN AGE · texte numérisé non relu

LK MOYEN AGE

Ce fut la dernière campagne que ténia l’Université en faveur de ses immunités féodales.

Plusieurs phases distinctes partagent naturellement l’iiistoire propre de TUniversité. Dans la première, on voit en elle une émanation de l’Eglise, qui prend racine dans le siècle, destinée de plus en plus ii se séculariser. L’institution se fonde, se constitue, se combine avec les besoins et les autres institutions publiques. Une activité des plus vivaces, une prospérité florissante, un succès brillant, caractérisent ses heureux débuts. Parmi ces populations d’auditeurs, que la parole d’Abailard entraînait en plein champ, avides de recevoir cette manne intellectuelle, se trouvaient un pape de la chrétienté (Céiestin II), vingt cardinaux, cinquante archevêques et évêques; et, si l’on veut savoir quels hommes au douzième siècle, dans l’Etat, dans la science, dans l’Église, présidèrent aux destinées de leurs contemporains, il faut ouvrir le tome II de Du Roulai, et y parcourir les soixante pages in-foiio (715-778) qui contiennent en abrégé la liste des élèves sortis alors de nos écoles. Dès la fin du siècle suivant, le haut clergé de France était exclusivement composé de sujets qu’elle avait formés. Simon de Beaulieu, archevêque de Bourges, haranguant, en 1281 , ses collègues de l’épiscopat, réunis à l’Université pour résister, par une ligue commune, cà l’invasion des moines mendiants, dans le double domaine de l’instruction et du sacerdoce, Simon de Beaulieu s écriait : « Ce que nous sommes, vous le serez un jour ; car je ne crois pas qu’il y ait parmi nous

« un seul prélat qui n’ait été pris du sein de « cette Université.» (« Quod nos sumus, vos eri- (( lis. Credo enim quod non sit hodiè prælatus « inter nos qui de bac Universilate non sit ad- « sumptus. » /f/stor. Univ. Par., t. III, p. 455, 466.) Au quatorzième siècle, son autorité, son importance morale et politique, s’étendent et s’affermissent. De 1297 à 1304. elle prête à Philippe-le=Bel un secours et un point d’appui contre les prétentions de Boniface YIÎI. En 1316 et en 1328, son suffrage est invoqué et pèse d’un grand poids dans la balance, pour la question de la successibilité des femmes au trône, et pour la fondation de la jurisprudence du royaume <à l’égard de la loi

Suppôts de rUniversilo harangiiunt l’empereur Charles ÎV eu 1377, SaliCIUC. C’OSt IC tCmie dC SOU apOgéC, 1 épOqUO d’après une miniature du Manuscrit des Chroniques de Saint— Denis , * • » i

n. 8393 (B.i.i, roy. de Paris). p|yg graudc splendcur. Conseillèrc des

rois, institutrice de l'Europe, concile permanent des Gaules, elle poursuit noblement une haute mission. L’Église, en proie k l’esprit d’examen et d’indépendance, avait conservé, au prix du fer et du feu , en se mutilant elle-même, sinon 1 intégrité, du moins 1 unité

de son orthodoxie. La France, fidèle à celte unité, ouvrait au Saint-Siège, dans Avignon . une seconde Rome. Par l’organe de l’Université, elle continuait à élaborer, à faire i-ayonner et resplendir la pensée religieuse; elle donnait des docteurs ii toutes les chaires; elle perpétuait la tradition du dogme et de la discipline, et, en niènie temps, elle fondait noti-e droit public sur ces principes d’indépendance qui ont fait d’elle, qui ont fait de la France, non-seulement politiquement, mais religieusement et moralement, une nation. Le code de ses croyances et de son enseignement, imparfait sans doute et sujet à l’erreur, du moins n’avait pas encore été souillé de ces abominables docli'ines de régicide, d’hypocrisie, de théocratie et d’obscurantisme, quelle devait plus lard professer et combattre tour à tour : professer, en la personne des Jean Petit, des juges de Jeanne Rare, des ligueurs et des persécuteurs de Ramus; combattre, en combattant, parmi les vicissitudes d’une longue et opiniâtre rivalité, les redoutables efforts d’une secte fameuse.

VEC la fin du quatorzième siècle, commence pour elle la période de la décadence. A cette époque, la vénalité, puis, à sa suite, le sophisme et le fanatisme de parti, entrent dans son enceinte. Dès l'année 1380, For de la maison de Bourgogne stipendiait parmi ses docteurs des créatures politiques. Aj)rès les Roui-guignons et l’apologie du meurtre de la rue Barbette, vinrent les Anglais, l’avilissement du joug étranger et la honte inelfaçable d’avoir trempé dans la sentence qui fit périr la vierge de Doiii- Remy sur un bûcher. Au siècle suivant, siècle de l'imprimerie et de la Réforme, elle avait perdu le sceptre de l’empire intellectuel, que pendant quatre cents ans elle avait exerce. Désoi'mais, la science ne sort plus d’une source unique; Paiis n'est plus la Mecque intellectuelle vers laquelle se tournent tous les esprits, ni, comme elle s’appelait au Moyen Age, la ville des lumières . la Karialh sep/ier de l’Écriture. Rome elle-même n’est pins l’oracle incontesté de la vérité. A entendre le protestantisme, chaque homme trouve dans sa propre conscience un ai'bili e suprême. La science, greâce h la découverte de Gutenberg, s’épanche par mille canaux qui vont abreuver jusqu’aux plus obscures intelligences. Fidèle aux pompes de l'ancien culte*, la France, tout en sympathisant avec l’espi it de la réformation, poursuit sous une autre forme, son rôle civilisateur : par les investigations de ses philosophes, de ses libres penseurs et par la constante propagande de sa littérature.

L’Université de Paris avait jeréeédé dans le temps, de même qu'elle éclipsa par sa renommée, toutes les autres Universités de l’Europe. Un tal)!eai3, rangé par ordre chronologique, de ces écoles rivales, presque toutes créées à son iinilaiion on émanées d'elle, soit sur le territoire actuel de la France, soit à rétranger, formera le complément nécessaire de la peinture que nous avons essayé de reii acer.

Noms des Universités.

Montpellier.

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