‹ Le Moyen Âge et la RenaissanceChapitre 34 sur 78 · MINIATURES, PE IV · texte numérisé non relu

MINIATURES, PE IV

IX ' SwA'Je

DAVID jouant de la harpe Miniature de la Bible de Metz (Bibl l^ai de P<^ris} Fragments tires de divers.. rnss de la même epoque (Bib! h'at de PânsI

décadence de l’art du dessin et celle de la peinture avant Charlemagne ; il en est de même des volumes numérotés A. F. 281, 2110, 2706 et 2769. On ne peut imaginer des ornements plus lourds, plus disgracieux, ni un dessin plus incorrect. (RI. n“ II .) 11 était donc bien temps que la salutaire influence cxercéi' par l’illustre monarque se manifestât dans les arts comme dans les lettres. Le premier manuscrit qui paraît constater ce progrès, serait le Sacramentaire d(‘ Gellone (S. G. n" 163), dont les peintures allégoriques, pleines d’intérêt, sont dignes d’une étude spéciale pour les amateurs de la symbolique chrétienne : notre planche III reproduit diverses peintures tirées de ce Sacramentaire. Un magnifique Évangéliaire, orné de peintures, que la tradition dit avoir appartenu h Charlemagne, serait un nouveau et plus positif témoignage delà renaissance des arts du dessin : ce volume est aujourd’hui conservé à la bibliothèque du Louvre. (PI. III bis.) Puis, viendraient, pour le neuvième siècle, dans l’ordre des temps et du mérite d’exécution : r l’Évangéliaire, donné par Louis le Débonnaire à l’abbaye Saint-Médard deSoissons (S. L. 686), dans lequel ou remarque des têtes d’un très-beau type, des ornements d’une grande finesse, et le style byzantin dans toute sa pureté (nous en avons tiré les bordures n“* 5 et 6); 2“ l’Évangéliaire de l’empereur Lothaire (A. F. n® 266), dont l’élégante ornementation l’emporte sur la correction des peintures représentant les évangélistes : néanmoins, le portrait de l’empereur est très-finement exécuté; 3° un autre Évangéliaire de la même époque (S. L. n" 689) : les peintures sont d’un coloris moins beau et l’exécution générale est moins soignée que celle du volume précédent, mais on doit y remarquer la forme des sièges sur lesquels sont assis les évangélistes, et le genre de boîte dans laquelle des livres sont enfermés ; 4® la Bible de Metz (A. F. n° 1) ; on y trouve des peintures de la plus grande dimension connue pour cette époque ; ces tableaux se font remarquer encore par des personnages heureusement groupés et par la beauté des draperies, mais on doit avoueique le brillant des couleurs l’emporte sur la correction du dessin; les personnages nus laissent beaucoup à désirer ; le type des têtes est peu varié : ce n’est pourtant pas le même artiste qui a exécuté toutes ces peintures, et il est facile de reconnaître, dans le nombre, une main moins habile que celle qui a peint les principaux sujets. Une de ces Miniatures excite un intérêt tout spécial : c’est David au njilieu des six prophètes; ce roi des Juifs, représenté une harpe à la main, n’est autre qu’un Apollon antique, autour duquel se trouvent personnifiés la Prudence, le Courage, la Justice, etc. (voyez notre planche IV et la bordure n® 3). On remai quera, de plus, dans ces peintures, la forme des édifices, des barques, des sièges, etc. Le portrait de l’empereur Lothaire recevant l’hommage de cette Bible, est une grande et belle composition qui termine glorieusement le volume ; enfin deux Bibles (n”® 2 et 3, A. F.), et un Livre de Prières (n® 1152), qui ont appartenu à Charles le Chauve. Les deux

?! Bibles se recommandent par la riche ornemenlalion des lettres capitales, du genre dit Caroline-Saxonne , et le Livre de Prières, par un beau portrait du roi Charles le Chauve , et par quelques autres peintures et lettres ornées : rexécution de ce dernier volume est bien moins satisfaisante que celle des Bibles et de rÉvangéliaire de Lothaire; les draperies y sont, en effet, moins habilement disposées; du reste, ces peintures sont aujourd’hui un peu altérées. Après ces manuscrits hors ligne pour la beauté de leurs sujets peints, on peut cependant encore citer deux livres très-remarquables par la finesse et la facilité de leurs dessins au trait, la pose et les draperies des personnages, rappelant entièrement celles des statues antiques: ce sont uiiTérence, conservé à la Bibliothèque Nationale, sous le 11“ 7899 (Voyez l’article Théâtre, Planche I), et un Lectionnaire de la cathédrale de Metz, duquel nous avons tiré la bordure de cette page.

Pour l’Allemagne, l'état de l’art du miniaturiste au neuvième siècle est constaté par les sujets peints dans la Paraphrase des Evangiles, en langue tbéotisque, de la Ibbliotbèque Impériale de Vienne, et il est facile de juger (|u’en cette partie de l’Europe, cet art était resté dans l’enfance, ou bien (pi’il avait dès lors dégénéré sous tous les rapports. (PL 11“ V.) Il en fut à peu près ainsi de l’art anglo-saxon à la même époque; cependant quatre sujets au trait, bien finement exécutés dans le Pontifical 11“ 943 de la Bibliothèque Nationale, sont là comme une heureuse et rare exception.

Mais si l’on veut se rendre compte des traditions réelles de l’art antique en Europe au neuvième siècle, il l'aut étudier les manuscrits de la Grèce chrétienne. Il en existe quelques-uns de premier ordre, à la Bibliothèque Nationale. Nous citerons, avant tous les autres, les Commentaires de Grégoire de Nazianze (Gr. n“ 510), format grand in-folio, orné d’un nombre prodigieux de peintures. (PL n°VL) C’est l’art antique avec tous ses moyens appliqués à la représentation des sujets chrétiens. Les têtes des personnages sont d'une admirable expression et du type le plus beau. Les tons de ces Miniatures sont chauds et bien veloutés, l’entente des draperies est parfaite. De riches costumes d’empereur et d’impératrice, de grand-prêtre, de chevalier grec chrétien, de simples soldats ou d’hommes du peuple, en font un très-utile et très-intéressant sujet d’étude. On y voit aussi représentés, des vaisseaux, des maisons, des palais, des trônes, des lits, des vases, des candélabres, des autels, et tous les ornements, passés de l’usage de la société païenne aux chrétiens du Bas-Empire. Malheureusement . ces peintures sont exécutées sur un vélin préalablement enduit d’une pâte mince très-friable , et cette pâte ayant éclaté, les couleurs ont été enlevées dans un grand nombre de tableaux. On a donc aujourd’hui à regretter la dégradation et l’état déplorable d’un des plus

Miniatures. PI. V.

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