MINIATURES DES MANUSCRITS
beaux monuiiienis de l’art grec chrétien : ce qu’il eu reste d’intact témoigne de l’ancienne perfection de l’œuvre et légitime nos regrets.
Pendant le dixième siècle , c’est encore chez les artistes de la Grèce qu’il faut chercher le beau dans l’art de la peinture des manuscrits. Le chef-d’œuvre de cette époque est certainement le Psautier avec commentaires, appartenant à la Bibliothèque Nationale (Gr. n» 139). Les nombreuses allégories païennes, dont il est orné, en font un monument de la plus grande rareté : on serait disposé à croire qu’il a été peint par un artiste encore attaché aux croyances du paganisme ; car cet artiste a personnifié dans ses compositions la Mélodie , la Valeur, la Douceur , la Force, le Courage, la Sagesse, la Patience, la Prophétie, la Nuit, l’Aurore, etc. Le coloris des Miniatures, les groupes de personnages, le caractère des têtes, les draperies des costumes, tout montre l’art antique dans sa plus haute expression. La peinture que nous reproduisons d’après cet admirable livre, représente le prophète Ézéchiel recevant des inspirations pendant la nuit (PI. n° VII).
Les livres manuscrits du dixième siècle, exécutés en France et ornés de Miniatures, sont assez rares. Deux célèbres ouvrages de cette époque sont conservés à la Bibliothèque Nationale : l’un est la Bible de Saint- Martial de Limoges (A. L. n“ 5), si riche en ornements d’une élégance remarquable (nous en avons tiré les bordures n°* 7 et 8); et l’autre, la Bible, dite de Noailles, dans laquelle un grand nombre de dessins au trait et enluminés offrent des armes, des meubles, des ustensiles, des costumes civils et militaires; mais l’exécution de ces dessins annonce une grande décadence dans l’art : les figures sont représentées habituellement de face, quoique le bas du corps soit de trois quarts; le dessin est très-incorrect; les teintes et les draperies sont des plus plates (voyez Planche VIII). Un autre manuscrit, contenant le Commentaite d’Harisson sur Ézéchiel (S. Germ. 303) , renferme aussi trois pages peintes, dignes d’attention : l’une d’elles représente le siège d’une forteresse. Il faut donc mentionner ce manuscrit parmi les curieux monuments exécutés en France au dixième siècle.
Toutefois, si l’amélioration dans les arts, excitée par le génie de Charlemagne, s’était déjà sensiblement arrêtée en France au dixième siècle, il I en fut de même parmi les artistes anglo-saxons et visigothiques de ce même période. Un Évangéliaire latin , exécuté en Angleterre (S. L. 693), prouve notre assertion; mais on y reconnaît, en même temps, que l’art d’orner les livres était moins dégénéré que celui de dessiner des figures humaines : la planche n“ VIII bis, que nous empruntons à cet Évangéliaire, en donnera une idée exacte par le fac-similé de la figure der//om»îcqui,dans l’opinion
des artistes de ce pays au dixième siècle, était le symbole de saint Mathieu l’évangéliste. Cette figure est, en effet, d’une très-singulière composition, tandis que les ornements et les lettres capitales qui se trouvent dans ce volume peuvent être cités comme des chefs-d’œuvre de finesse et d’élégance. Quant aux peintures visigothiques du manuscrit S. L. 1076, il serait difficile de détailler tout ce qu’elles ont de curieux. C’est un art tout h fait étrange, qui ne ressemble en rien à d’autres monuments contemporains. Les animaux fantastiques et les oiseaux, qu’on y voit représentés, se rapprochent souvent du style anglo-saxon. Ce précieux volume contient le texte de l'Apocalypse de saint Jean; il est orné de nombreuses peintures, dignes à tous égards de la plus grande attention : il nous a fourni la bordure 11“ 9.
L’Allemagne voyait alors s’améliorer l’art de peindre les Miniatures; elle devait ce progrès inattendu à l’émigration des artistes grecs, surtout h ceux de Constantinople, qui vinrent auprès des empereurs d’Allemagne chercher un refuge contre les troubles habituels de l’Orient. Ces artistes continuèrent d’ajjpliquer leurs talents h la composition des sujets chrétiens, et il nous est parvenu quelques beaux manuscrits de cette époque. On peut citer, entre autres, deux Évangéliaires latins (Bihl. Nation., n“® 817, A. F., et 140, S. Germ.), dont les peintures révèlent assez l’influence des artistes grecs, par la finesse des têtes : les pieds et les mains des personnages sont bien dessinés, et les draperies bien agencées. Aussi , le progrès est-il immense, si l’on compare ces peintures avec celles de l’Évangéliaire théotisque déjà cité. Il en est de même au siècle suivant. Notre planche IX reproduit une page d’un beau manuscrit (A. F. 11“ 275) de la Bibliothèque Nationale , qui est du commencement du onzième siècle et qui contient le texte des Évangiles. Un autre, à peu près contemporain, rappelle, dans une de ses peintures, l’usage, assez fréquent alors, de consacrer un livre en le déposant sur un autel h titre d’olfrande, soit qu’il contînt un texte sacré, soit qu’il perpétuât les immortels ouvrages de la latinité païenne. Le personnage qui avait fait exécuter ce beau volume (n® 1118, S. L.) est représenté au moment où, soutenu par deux anges, il va déposer son livre sur l’autel. Enfin la bordure n 1 1 est tirée d’un Évangéliaire du même temps, conservé dans la Bibliothèque de Munich.
Mais, en France, le clergé prêchait la fin du monde pour le premier millénaire qui allait s’accomplir. On fut donc occupé à toute autre chose, qu’à orner des livres. Aussi, le onzième siècle est-il celui qui nous a légué le moins de monuments de peintures chrétiennes ou autres : le volume n® 821 de la Bibliothèque Nationale nous représente le dernier degré de l’abaissement de cet art. (PL IX bis.) Rien au monde n’est plus barbare; rien n'est plus éloigné du sentiment du beau et même de l’idée du dessin. L’ornemen-
l.E MOYEN AGE ET LA RENAISSANCE
Miniatures des manuscrits PI. IX