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Tirer, faire partir, trahere

2, Joie, plaisir, attention, delectamentuni ,

DU MOYEN AGE

les transes de la colique et les poses bouffonnes de la défécation excitaient alors le rire désopilant du peuple, et donnaient facilement un libre essor à la gaîté gauloise, précédant ainsi les effets comiques de M. de Pourceaugnac avec les clystères détersifs, insinuatifs et carminatifs de Molière.

Cette farce eut autrefois un grand succès ; elleestencoreconsidérée aujourd’hui comme un chef-d’œuvre de malice et de joyeuseté, par nos critiques littéraires les plus distingués On rira toujours en France du larron atteint d’une affection ridicule, de ce meunier malade, finissant sa vie dans le gâtisme, ne donnant au diable qu’une âme infecte, que la déesse des enfers caractérise d’ailleurs de la manière la plus réaliste.

1. La Farce du Munyer a été publiée pour la première fois en 1831, par M. Francisque Michel, professeur à la faculté des lettres de Bordeaux, d’après Le manuscrit de la Bibliothèque nationale.

L’Aveugle et le Boiteux.

Moralité d’André de la Vigne.

Un aveugle et un boiteux implorent la charité publique sur une route déserte. Le premier se désole de n’avoir pas vu la lumière et le second se plaint non moins amèrement de ne pouvoir faire un pas devant lui. C’est la goutte, paraît-il, qui l’a rendu paraplégique ?

Tous deux finissent par se rencontrer et se faire l’aveu de leurs infirmités. Et, comme l’union fait la force, ils conviennent de s’aider mutuellement : le boiteux montera sur le dos de l’aveugle et ils chemineront ainsi, en demandant aux âmes charitables de les secourir.

Mais, voici que chemin faisant, ils entendent le bruit d’une procession de moines, allant en pèlerinage au tombeau de saint Martin. Que disent-ils? demande l’aveugle. Le boiteux lui répond :

DU MOYEN AGE

Comment !

L’on dit des choses somptueuses.

Ung sainct est mort nouvellement,

Qui faict des euvres merveilleuses.

Malladies des plus périlleuses Que l’on sçaurait penser ne dire,

Il guerist, s’elles sont joyeuses :

Icy suis pour le contredire.

Nous connaissons l’éternelle croyance populaire aux miracles produits par les saints. Cependant il faut, pour que saint Martin agisse, que les maladies soient «joyeuses », c’est-à-dire que les malades les supportent avec résignation. Et c’est le cas de nos deux mendiants ; mais ils refusent une guérison qui leur enlèverait leur gagne-pain. Aussi ont-ils fait, inutilement d’ailleurs, tout leur possible pour éviter les pèlerins, et fuir la rencontre d’une si fâcheuse compagnie.

Donc, ils ont beau dire et beau faire, l’un recouvre la lumière et l’autre retrouve ses jambes. C’est alors que le boiteux raconte à son compagnon ce qu’il compte faire pour continuer son commerce de mendicité. Il simulera toutes les maladies, pour attirer, comme avant, la commisération publique. Il est curieux de l’entendre énumérer les moyens qu’il emploiera pour cela :

Puisque de tout je suis reiïait, 1 Maulgré mes deus et mon visaige,

Tant reray, que seray deffaiot, 2 Encore ung coup de mon corsaige, 3

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