DELATOUR, MAURICE
DEUffOUR.
Faudra-t-Ü donc m’éloigner sans savoir ce qui s’est passé hier entre Clémence et de Grandpré... Us sont restés enfermés, et c’r*l seulement pendant la cérémonie funèbre qu il m a été permis do les revoir, et je ne puis interroger personno. Cependant i«! dois partir, je l’ai promis... Ma présence ici est un outrage a l’amitié ot une douleur pour Clémence... mais je ne partirai pas sans mon fils... Mon Ois voudra-t-il me suivre, lui qui ne mo connaît pas, et qui connaît sa mèro à présent. (Æ/aunce, qu» a paru ou fond, témoigne par un mouvement dejotc qu U aperçmt ta ptrtonnc Mndut. H tembU prit à courir au-ctewnl Delalour se tourne vers lui et le retient.)
DELATOUR
Le voilà l où vas-tu, Maurice ? Reste, mon ami, j’ai à te parler.
MAURtCB.
Quelle contrariété ! je voulais aller par là!
Jo devine! ta mère est Ut-bas, et tu es impatient do retourner auprès d’ello.
MAU!U Cl»
C'est cela.
DBLATOUR.
Cependant, pour toi, pour qjle-raémo, il faut que je te parie.
MAimiCB, rapidement.
Je consens, maie parle : vite.
DELATOUR
Tout a l’heure, M. Dubois m’annooçait que, selon mon désir, il a fait retenir deux places de pasîagors sur un navire qui part cette nuit. L’un de ces passagers, c’est moi, Maurice, je vais quitter ce pays.
Maurice, avec un geste de regret.
Jh ! quel dommage !
DEUTOOR.
L’autro place est pour toi.
uauricb, s’éloignant de Delatour.
Pour moi ! oh ! «on ! je ne veux pas partir. ( Montrant ce gui l'entoure, frappant du pied le sol en prenant une attitude ré • solue.) Foilà ma place, fv reste !
DELATOUR
Ta place est ici, veux-tu dite... mais ta présence est ploino do périls pour ta mère.
MACRiCB avec animation
Pour m'arracher d’ici, il faudra employer la violence. Parvenu à cette porte, on ne pourra me la faire franchir; je tomberai mort sur le seuil. .
DBUCOUR, suivant ses gestes.
Tu préfères la mort au malheur de leséoarer d’elle?
MAURICE
Oui, la mort
DELATOUR
Cruel enfant I (fias.) Mais si tu ne devais la quitter que pour retrouver ton père?
mal Ri ch, frappé de surprise en hésitant.
Mon pire 1
DELATOUR
Oui, il existe, et il a bien souffert, va. Sur un sol étranger, loin do son enfant, le pauvre père n’avait qu’une pensée, qu’un espoir... rentrer en tranco, retrouver co iils bien-aimé; le ciel l’a enfin priB en pitié, et par un miracle lui a fait retrouver col enfant; mais comme toute joio doit être payeo par une doulour, cet enfant est resté insensiblo et froid à la vue de son père, il a repoussé ses caresses, il refuse de le suivre. Mon Dieu, éclairez sa raison, touchez son âme; vous voulez que je vivo puisque vous me l’avez rendu, et je no peux plus vivre que cour toi, mon enfant 1
MAURICE
Fout! vous!
DEUTOUB.
Oui, je suis ton père... ton père, entends-tu bien? moi pauvre proscrit, revenu après quatorzo ans d’exil pour te connaître pour t’embrasser, pour t’emporter comme une conquête I (Il presse Maurice dans scs bras et le couvre de baisers.)
Moi, votre jili t est-il vrai ?
DELATOUR
Mon Dieu 1 je l’appelle mon fils, il sent les battements démon cœur... il voit mes larmes, et il ne me croit pas... Mon Dieu, il ne me croit pas I (/I tombe sur un siège.)
rauricr, se jetant au cou de son père.
SU oh I si, je vous crois.
delatour, attirant Maurice sur ses genoux.
Oui, Maurico, mon enfant ! oh ! no doute jamais de moi... ta confiance, c’est désormais mon bonheur, ma vio... tu m’aimeras. n’est-ce oas tu m’aimeras 9
Maurice, avec un geste de tendresse*
Oui 1 ou»!
DELATOUR
Et ta consens h co départ ?
mauricb, se lève, soupire tristement et regarde vers la droite. Mai s elle ?
DELATOUR
Eliot t’en séparer, c’est affreux! mais écoute-moi. (Avec douceur et persuasion.) Le sacrifice n’est que pour toi. Madame do Grandpré ignore ce que tu es pour elle... et moi ? je sais que tu m’appartiens ! Après tant d’années, elle s’est résignée à la doulour de t’avoir perdu; moi, maintenant, jo n’y survivrais pas, et puis, songes-y, Maurice, ici, quel serait ton sort, il to faudrait sans cesse renfermer en toi l'amour que tu lui as voué... Près do moi, au contraire, nulle contrainte imposée h ton cœurl Ici, tu n’es qu’un étranger qu’on peut abaisser jusqu’à la servitude. ! Chez moi, tu n’es plus orphelin ; chez moi tu commandes en i maître. Madame do Grandpré dépend d’un mari dont U volonté pèse et mesure la protection qu’elle accorde... il peut, c’est sou droit, fermer la main pleine de bieufaits qu’elle veut tendre vers ; toi. Mes mains et mon cœur te seront sans cesse ouverts, ot le trésor qu’ils ont amassé de fortune et d’amour, co trésor-là t’ap- ' partieot, mon fils, tu n’y puiseras jamais assez.
Maurice, avec émotion.
Oh! je né veux que votre tendresse.
DEUTOUR.
Tti consons à partir?
Maurice.
Oui , mais je veux la revoir encore une fois , l'embrasser.
DELATOUR
Eh bien ! oui, jo le le promets, lu no quitteras pas ta mère sans avoir reçu ses adieux.
MAunicB, fui est remonté, montrant Fextérüur à gauche.
La voici!
DELATOUR
Clémence ! Est-eUo seule I
Oui!
MAURICE
Eloigne-toi alors, je l'avertirai quand lu pourra* venir lui donner ton dernier baiser.
mauricf, désignant la porte à gauche.
J'entre là... j’attends... [./part.) Et f écoute!
DELATOUR, OffC joie.
11 mo suivra 1
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