‹ Le muet drame en six actesChapitre 53 sur 55 · UB LATO CR · texte numérisé non relu

UB LATO CR

Vous me direz, n’est-ce pas, le motif de cette terreur quo vous éprouviez hier... vous mo dire* le contenu de cetto lettre soustraite pour vous par ce pauvre Maurice dan9 le coffre de la marquise.

CLÉMENCE

Lite renfermait la confession de ma faute, l’aveu de la naissance de mon fils, enfln tout ce que je croyais connu de monsieur do Grandpré, et tout ce quo 1a haine trop habilo do ma sœur lui avait laissé ignorer.

DBLATOUR.

Et c’est devant vous, pauvre Clémence, qu'il a lu cette lettre?

CLEMENCE

Oui, j’éteis à genoux, résignée à mourir; car celui que j’avais outragé, c était ce môme juge, si jaloux de l’honneur conjugal, quo la veille il avait fait prononcer l’acquittement d’un mari meurtrier do sa femme. Il lut à hauto voix... A chaque mot qui tombait de sa bouche, ma têtosecourbaitdavantago... mes forces a «puisaient A !a G», j’étais anéantie. Monsieur de Grandpré cessa de lire... j attendais mon châtiment... Après un long silence, j’osai lover les youx sur lui... il mo regardait sans colère et il pleurait. —La date de celte letlio, me dit monsieur de Grandpré vous absout du reproche d’indignité; c’est la fatalité qu’il faut seule accuser et qui rompt nos liens; relevez- vous donc, mon amie, ma sœur. - Sa sœur! ah! quand il m’a donné ce nom, comme il me semblait noble et grand; commo je l'admirais, lui qui pouvait me punir, et qui trouvait dans son cœur cetto sainte paru e plus généreuse que le pardon ! Vous comprenez que malgré la touchante indulgence de monsieur de Grandpré, il no ni est plus possible, maintenant de vivro S0U3 le môme toit que lui ; il en convient lui-raÔme, et m’a promis de ne pas metire obstacle au dessein quo j’ai formé do mo retirer dans un couvent.

DELATOUR

Vous, Clémence 1 vous ensevelir dans un cloître!

Vous devez encourager mon projot de retraite; car rien ne peut me retenir dans ce monde, si ce n’est la pensée,..

DELATOUR

De qui donc, madame?

CLÉMENCE

D’un paurre onfant que j’avais promis do protéger.

DELATOUR

Maurice !

CLÉMENCE

Oui, Maurice. Jo le voulais heureux ! Fatiguée do porter stérilement en moi ce trésor d’amour maternel qui no sait où «o répandre. . jo voulais, trompant ma tendresse, en accabler cet oufaut, afin quo mon fils qui, do là-haut, me regarde, pilt savoir enfin combien jo l’aurais aimé.

delacour, à part.

Pauvre mère ! ai-jo donc bien lo droit do lui dérober la moitié d’un secret qui lui appartient comme à moi?

CLÉMENCE

Jugez, parce quo m'inspirait l’illusion, ce quo la réalité m’eût fait faire.

DELACOUR

Oui, si votre fils eût été conservé. (La porte de gauche s‘entr ouvre, et laisse voir Maurice qui écoute avec anxiété.)

CLÉMENCE

An! taisez-vous! c'est un bunheur sur lequel jo ne veux pas un instant arrêter ma pensée. Si mon enfant existait, s’il éiaiilà dans mes bras, oh! quemo ferait l'opinion? quo mu feraitloraondo entier ? pour une de ses caresses, mais je braverais tout. Oui >o uo cacherais pas lâchement mon amour... Devant tous, je crierais: Cest luit c’csl mon fils!... Ohl taisez-vous, ne me il. les pas quo mou fils pournii métro rendu... Vous me donneriez le vertige, vous mo rendriez folle. (La porte se referme uiwment.)

delatour, qui a surpris le mouvement de Maurice.

Il a compris que je ne pouvais pas le nommer.

clémence, cAercAant à se remettre.

Vous m'avez troublée à uu point... Que vous disais-je donc? delacour.

Vous mo parliez do co jeune Maurice.

CLÉMENCE

Oh! c’est vrai. Pauvre orphelin 1 jo vais lo laisser sans protccleur...

DELACOUR

Peut-être !

CLÉMENCE

Je n’ose prier M. do Grandpré de continuer mon adoption.

DELACOUR

Ohl non, vous ne le dorez pas.

CLÉMENCE

A qui le confier?

DELACOUR

' A moi, Qémenco, à moi, qui connais ses intentions généreuses... à moi qui dois souffrir de la mémo douleur... à moi qui peux seul sentir le besoin de la môme illusion.

CLÉMENCE

A vous, oui, à vous; mais consenlira-t-il à vous suivre?

DELATOUR

Demandez-le lui, madame; le voici.

scnzra xv-

Lis Mêmes , MAURICE.

CLÉMENCE

Cher enfant , des circonstances que je ne pouvais prévoir von* m obliger de mo séparer de toi... Monsieur Délateur veut bien se charger do toi, consons-tu à voir désormais en lui ton protecteur, ton père?

Maurice, à Clémence.

Oui.

, delatour, à port avec joie.

Ahl co mot! c’est elle qui l’a prononcé!

CLÉMENCE

C’est aujourd’hui qu'ü t’emmèno... Nous ne nouj reverrons plus... mais tu penseras à moi.

Maurice, s'agenouillant devant elle.

Toujours !

LE MUET

Ainsi, noos allons nous dire sans douto un éternel adieu ! Maurice , toujours à genoux.

Ah! Us larmes m’étouffent ! (fc'n pleurant il baise avec transport la main de Clémence.)

clbmencb.

Ta douleur me narre; tu mo connais b peine, enfant... cl tu m'aimes ainsi... Comment donc aurais-tu aimé ta mère? delatour, cédant à son émotion.

Comme il tous aime, madame! ( Clémence U regarde. lire- ! prend avec calme.) Qui sait? il cherche peut-être aussi h se fairo illusion.

CLÉMENCE

Si je n’ai rion fait do ce que j’avais espéré pour toi, jo roux au moins, en to quittant, te laisser un souvenir quo tu garderas, je l'espère.

MAURICE

Un souvenir de vous? pour moi?

CL8MBNCB.

Cette bague, elle est de peu do valeur. — Mais c’est un don do ma mère qui ne m’a jamais quittée. — Mon écrin a des joyaux plus riches ; moi, je n’ai rien de plus précieux.

MAURicB prend l'anneau , le baise et le passe à son doigt.

Je le conserverai toujours.

DKLATOOR.

Ah ! Clémence! avec ma fortune tout entièro , jo no pourrais pas le faire plus houreux 1

Maintenant, Maurico, tu vas mo trouver bien exigeante.

MAURICE

Fous!

clbmencb.

En échange do cot anneau je voudrais à mon tour nn souvenir do toi.

MAURICE

Mais que puis-je vous donner ?

DE LATOUR

Pauvre enfant, il no possède rien.

clémence.

Si... jo me rappelle... un petit scapulairo quo je lui ai vu presser sur scs lèvres avec ferveur. { Mouvement de Maurice.)

DELATOUR

Son scapulaire !

CLÉMENCE

Tu sais, à Toulon, lo jour où tu accomplis cet acto de courogo, tu lo portais h ton cou.

Page 1