R O G I E R VAN D E R W EYDEN. PORTRAIT DE CHARLES LE TÉMÉRAIRE
(1457) du musée de Francfort ; celle du musée de Turin, et surtout, au musée des Offices de Florence, le Portrait d'un bounjeois
Mu'Ct d'Anver»
ItOGIElt VAN D E II WEYBCN. — L* ORDINATION, LB HARIAGE, l'eXTRÊ M E-ONCTION Volet de gauche du triptyque îles Sept Sacrements.
flamand avec safrmmc, formé, de deux volets réunis aujourd'hui sous le même cadre. La lête de l'homme est de premier ordre et vaut presque un Holbein. — Cristus est mort en 1472.
Trois grands noms dominent la peinture flamande primitive: van Eyck, van der Wcyden, iMeinlin.tr. Il semblerait vraiment qu'avec van Eyck le dernier mol eût été dit; niais l'art est comme la nature, toujours divers, toujours nouveau.
L'École de Bruges avait eu la grandeur solennelle et la vérité précise; l'École brabançonne, dont le fondateur sera Rogier de la Paslure — en flamand Rogier van der Weyden — sera moins minutieuse dans le détail; elle recherchera, comme les van Eyck, d'ailleurs, l'effet un de l'ensemble; elle dépassera ces maîtres parla puissance du caractère, par la profondeur du sentiment dramatique.
Rogier naquit à Tournai en 1399 ou 1400. Il fit ses études un peu tard, chez Pierre Campin — encore un des maîtres, célèbres en leur temps, dont on ignore tout. — fut élu maître de la corporation des peintres de sa ville natale en 1432, l'année même où le retable de Garni étaitexposé, et s'établit à Bruxelles. Il travailla pour la ville, pour dos corporations et des couvents, certainement aussi pour Philippe le Bon; partit en 1449 pour l'Italie, où Lionel d'Esté, les Sforza, lesMédicis, lui firent des commandes, et
revint à Bruxelles, où il mourut en 1464. Ses ouvrages sont restés oubliés pendant trois siècles. Un seul est daté, la Descente de croix de Saint-Pierre de Louvain (1443). Trois autres sont d'une authenticité incontestable; le Juyement dernier de l'hospice de Beaune, son ouvrage le plus important, fut exécuté en 1451-1452 pour Nicolas Rollin, chancelier de Bourgogne, celui-là même qui avait commandé à van Eyck la Madone du Louvre.
Le triptyque donné en l44o aux chartreux de Miraflores par le roi Jean II d'Espagne, aujourd'hui au musée de Berlin, n'eût-il conservé que son panneau central, la Mise i/u lambeau, suffirait à la gloire du maître. On reproche à Rogier la longueur, la maigreur de ses ligures de Christ; mais la mode le permettait ou le voulait ainsi, et personne n'a donné au divin supplicié un aspect plus profondément huuiain, une expression plus tragiquement
douloureuse; et il faudrait re nier jusqu'à Giotlo pour trouver
quelque chose de Comparable au gcslo de douleur de la mère prenant son fils à bras le corps dans une étreinte désespérée, et déposant un dernier baiser sur ce visage où coule encore la sueur de l'agonie.
Le triptyque de la Nativité, commandé par Pierre Bladelin, en 1460, pour l'église de Middelbourg i musée de Berlin), est d'un sentiment moins dramatique, mais non d'un ai t inoindre : dans b; panneau central, le donateur rivalise de caractère avec les beaux portraits de van Eyck, et la Vierge, qui adore l'Enfant couché dans les plis de son manteau, offre un mélange indicible de grandeur, de grâce et de tendresse.
Avec d'aussi authentiques éléments, rien n'a été plus facile, malgré d'inévitables divergences de goût, que de reconstituer l'œuvre du maître.
On peut lui attribuer sans hésitation une merveilleuse Déposition de rmi.i du musée de Vienne, longtemps placée sous le nom de van Eyck. Son type de Christ émacié se retrouve dans la Crucifixion du même musée et, presque identiquement, dans celle du musée de Madrid. La ressemblance du type ne prouverait lien, si elle n'était corroborée par la qualité d'art; ainsi la Crucifixion" du musée de Dresde n'est qu'un pastiche d'atelier, fait de figures empruntées à la Crucifixion de Vienne et à la A/i-e au tombeau de Madrid ; tandis que le beau Chrift en croix du musée de Bruxelles, dans lequel les liguresdu Christ, de saint Jean et de la Vierge sont presque identiques à celles de la Crucifixion de Madrid, nous a toujours paru, conformément l'avis de certains critiques et contrairement à l'opinion de i ei tains autres >-\ du catalogue, être une (feuvre incontestable, de Rogier.
C'est encore sur des considérations d'art pur que nous nous appuierons pour attribuer à Rogier — d'accord cette fois avec le catalogue — une œuvre discutée :
la Tête de femme en pleurs du musée de Bruxelles, qui se retrouve dans plusieurs des ouvrages authentiques du maître.
Un ne peut tout citer, parmi tant d'autres beaux ouvrages du chef de l'École brabançonne. 11 nous est pourtant impossible
Musée île» Olïice». Hlurel HUGO VAN DER GO ES.