DU MONUMENT DE IIENI1I DE LONGUE VILLE
de Noyon, qui avait travaillé à Home et se disait disciple de Michef-Ange, fut un producteur fécond : plusieurs de ses ouvrages sont au Louvre : un Saint Pierre, une Suin'e Madeleine, une figure allégorique de la Douleur, provenant du monument de l'abbé Bernay (1651), et les grandes cariatides du pavillon de l'Horloge. Sarrazin et Guillain, de concert avec Charles Le Brun, fondèrent en 1648 l'Académie de peinture cl de sculpture, qui fut le centre d'une école féconde et brillante. Los maîtres de la nouvelle période sont d'ailleurs unis aux artistes de la première par une tradition qui ne s'interrompt pas jusqu'à la lin du siècle. Guillain a pour élèves les Anguier, dont l'aîné forme Girardon; Sarrazin a pour élève Lerambert (1620-1670), qui forme Coysevox. lequel à son tour est le maître de Nicolas Coustou.
Aucune époque n'a été plus féconde en œuvres de sculpture, sinon en chefs-d'œuvre, que le règne de Louis XIV. La puissance unique dont brillèrent alors l'Église catholique et la monarchie absolue multipliait dans les églises les autels et les tombeaux, dans les palais, les décorations et les statues. Versailles à partir de 1660 occupe un peuple de sculpteurs, dont les principaux sont, parmi les étrangers, Philippe Caffieri et Martin van Bogaerts, dit Desjardins; parmi les Fiançais, Etienne Le Hongre, Balthazar et Gaspard de Marsy, Jacques Burette, J.-B. Tuby et surtout François Girardon de Troyes (1628-1715), Antoine Coysevox de Lyon (1640-1720), Nicolas Coustou de Lyon (1658-1733).
Girardon a laissé dans sa ville natale un médaillon de Louis XIV à l'hôtel de ville, un Christ eu bronze à Saint-Remy et le maître-autel de l'église Saint-Jean: il a exécuté pour les jardins de Versailles des groupes décoratifs, Y Enlèvement de Proserpine, les Bains de Diane, en plomb, et les H'iin^ d'Apollon en marbre ; son œuvre
la plus noble et la
GIRAUDON
. — LE TOMBEAU DU CARDINAL DE RICHELIEU DANS LA CHAPELLE DE LA SORBONNE
plus sévère est le tombeau de Richelieu, avec les figures de la Religion et de la Science (1694), dans la chapelle de la Sorbonne. La statue colossale de Louis XIV, modelée par lui et fondue d'un seul jet p u Balthazar Keller, en 1699, pour la place
Vendôme, a été détruite pendant la Révolution ; une réduction en bronze est conservée au Louvre.
Par le caractère • pittoresque >> de la composition, la rondeur un peu molle, la majesté un peu apprêtée, ces œuvres trahis sent l'influence des écoles italiennes contemporaines.
Coysevox est le plus original des sculpteurs de Louis XIV :
ce Lyonnais n'a pas
L'ART FRANÇAIS DU XVIIe SIÈCLE
vu l'Italie et ne s'est inspiré que de l'antique, dont il o laissé d'admirables copies, comme la Vénus accroUjne, du Louvre. Reçu à l'Académie en 167G, il resta au service du roi pendant plus de quarante ans. Il fit, pour Versailles, la Garonne, la Durdogne, encore en place, la. Nymphe à la coquille (au Louvre); pour Marly, le Berger joueur de flûte (au
Louvre), Amphitrite, Neptune et | ^- ■.■
la Seine (à Brest); Mercure et la Renommée sur des chevaux ailés (à l'entrée du jardin des Tuileries); pour Saint -Cloud, le Rhône (au Louvre) ; pour les Invalides, la décoration de la façade de la chapelle. Coysevox a sculpté de nombreux tombeaux. Celui de Mazarin, avec les figures de la Paix, de la Prudence, de la Fidélité (bronze), de la Religion et de la Charité (marbre), a passé du collège des Quatre-Nations au Louvre; ceux d'André Le Nôtre et du maréchal de Créqui sont restés à Saint-Roch; celui de Colhert, à Saint-Eustache ; celui de Le Brun, à Saint-Nicolas du Chardonnet. Les œuvres les plus vigoureuses de Coysevox sont encore ses bustes, d'une ressemblance énergiquement accentuée, parmi lesquels il faut citer, au Louvre, le buste de l'artiste par lui-même, celui de Charles Le Brun, et surtout les bustes en bronze du grand Condé et de Michel Le Tellier, dont la patine sombre accentue encore l'énergie.
Le meilleur élève de Coysevox fut son neveu Nicolas Coustou.
Il fut l'un des premiers pensionnaires île l'Académie de Rome, fondée en 1666; à son retour, il exécuta les Tritons, le Berger chasseur (Marly), Apollon poursuivant Daphué, les Nymphes de la chasse (jardin des Tuileries), et une statue de Louis XIII, qui fit pendant, à Notre-Dame-, au Louis XIV de son maître Coysevox. Le frère de Nicolas Coustou, appelé
Guillaume, a signé le groupe célèbre des Chevaux de Marly.
A côté de ces sculpteurs provinciaux attachés au service du roi, il faut donner une place importante aux frères Anguier, originaires de la ville d'Eu, qui ont moins travaillé pour Versailles que pour les églises. Tous deux, après avoir eu pour premier
maître Simon Guillain, voyagèrent en Italie. L'aîné, François Anguier (1604-1669), a laissé le tombeau de l'historien de Thou, dont les différentes statues ont élé partagées entre les musées du Louvre et de Versailles; le tombeau de Henri II, duc de Montmorency (commandé en 1651), grand monument pompeux et lourd, avec de nobles statues allégoriques, dans la chapelle du lycée de Moulins; le tombeau de Jacques de Souvré, grand prieur de France (Louvre).
Son frère Michel travailla pour Fouquet, puis fit à Versailles plusieurs statues, dont une seule est conservée au Louvre :
c'est une Amphitrite, d'un modelé assez sommaire. De 1662 à 1667 il exécuta pour le Valde-Grâce une importante décoration, qui comprend un autel surchargé de figures, les quatre Evangélistes, sur les pendentifs du dôme, et les bas-reliefs de neuf chapelles. Michel Anguier fut chargé d'exécuter les sculptures de la porte Saint- Denis, trophées à l'antique et bas- reliefs allégoriques (1674).
Pendant que la protection royale s'étendait sur une véritable foule de sculpteurs, le plus grand de tous, le seul homme de génie, Pierre Puget, vivait loin de la cour, tentant toutes les entreprises, exposé à tous les déboires. Né en 1632 près de Toulon, fils d'un tailleur de pierre, il réunit, comme les grands Italiens de la Renaissance, la triple science du peintre, de l'architecte et du sculpteur. En 1655, il se