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REPAS DE PAYSANS

qu'il y avait, au point de vue intellectuel et moral, entre le roi et son premier peintre « une harmonie préétablie ». Si on a rendu Le Brun responsable de ce qui manque à l'ai t de cette période, il n'est que juste de reconnaître que cet art lui doit une partie de ses beautés.

Le Brun avait travaillé, en même temps que Le Sueur, à l'hôtel Lambert, qui a conservé sa Galerie d'Hercule. Avec Nicolas Fouquet, avec les travaux du château de Vaux, avec l'organisation de la fabrique de tapisseries de Maincy. il avait fait son apprentissage de directeur des beaux-arts d'un grand Etat. Si la disgrâce du surintendant l'empêcha d'exécuter le plafond de la grande salle, c'est cependant à Vaux qu'on voit celle de ses peintures qui, pour la facture et la beauté des types, nous paraît son chef-d'œuvre, le Salon des Muses. Le Brun est avant tout un admirable décorateur; quelque dominateur qu'il soit, il sait toujours subordonner sa peinture au rôle qu'elle doit légitimement jouer dans la place à laquelle elle est destinée. Il suflit de citer la grande galerie de Versailles et les liataill<< d'A lexandre.

Pierre Mignard (1610-1695' est le seul nom que l'on ose opposer à Le Brun. Ses grandes peintures, aux Tuileries, à Saint-Cloud, à Versailles, à Saint- Eustache, à l'hôtel Hervart, onl disparu, et l'on ne peut plus le juger comme peintre monumental que par la Gloire du Val-de- Grâce, où il a affronté, chose rare dans l'Ecole française, « la promptitude et les brusques fiertés de la fresque », comme le

dit Molière dans son | te sur l'œuvre de

son ami. La Gloire du Val-de-Grâce, chantée par Molière, a eu aussi l'honneur d'être gravée par Gérard Audran. Mignard fut également un des portraitistes le plus en vogue- : à Borne il avait peint le portrait de deux papes, Urbain VII et Alexandre VII. Mais aujourd'hui on estime au moins autant que ses œuvres d'apparat sa simple tète de Molière, à Chantilly. Il eut pour rivaux les spécialistes Hyacinthe nigaud (1639-1743 et Largillière (1656-1746).

A côté de ces deux maîtres, nous devons un souvenir à Nicolas Mignard , frère de Pierre, au critique d'art Roger de Piles, (Mme Dacier, Boileau), à François de Troy, à Claude Le Febvre, dont le pinceau franc et énergique a peint VÉlève et son Précepteur, au Louvre; à Ferdinand Elle, dit

Ferdinand; à Elisabeth Chéron (Mme Lehay), peintre, poète, musicienne et aussi femme charmante, comme le montre son portrait par elle-même au Louvre, au pastelliste Vivien, enfin à deux miniaturistes, Samuel Bernard, père du financier, et Petitot, dont les émaux forment au Louvre une collection unique.

Un des meilleurs poi trails de cette époque, un des plus naturels, est celui qu'a fait de lui-même François Desportes 1661- 1743 , le peintre officiel des chasses du roi et resté un des maîtres du genre. Desportes fut pour les tètes cynégétiques de Versailles, de Mark ou île Saint-Germain, ce que fut Van der Meuien (1634-16'JO pour les campagnes de Louis XIV, donl il nous a donné comme le bulletin officiel au pinceau. J.-B. Martin, son imitateur l 659-1733 . reproduisit aussi, soit à Versailles, soit au réfectoire des Invalides, les grandes actions du roi. Il décora en outre à Chantilly, avec Michel Corneille, la galerie des Grandes Actions de M. le Prince. Cette façon de comprendre la peinture de batailles n'a rien de commun avec la manière de Jacques Courtois, dit le Bourguignon 1622-1679 . un îles meilleurs continuateurs de Salvator Rosa. Van der Meuien a travaillé le plus souvent sous la direction immédiate de Le Brun. Rien de plus naturel. Mais celle direction s'impose aussi aux paysagistes (perspectives architecturales ou pittoresques de Rousseau) et même aux peintres de fleure. J.-B. Monnoyer, dit Baptiste (1634-1699), dont les œuvres magnifiquement décoratives ont été parfois confondues ave. celles de son élève Blain de Fontenay (1634-171 5), est le Le Brun du genre.

Citons encore Charles de La Fosse (1636-1716), qui exécuta en quatre mois la Résurrection de la voûte de la chapelle de Versailles ci termina en 170b l'immense travail de la coupole et des pendentifs du dôme des Invalides. Cependant les successeurs de Le |{iun, tels que le> Coypel. tombent de plus en plus dans l'emphase et la déclamation, .b an Jouvenet 1644-1717 , quoique fort supérieur, a mérité parfois cette critique (Descente de croit, au Le .uvie . lii . ■ ii différent est J.-B. Sauterie 1650-1717 : dans un

temps se plaisait surtout aux compositions à nombreux

personnages, il aime les figures isolées qu'il peint lentement, soigneusement, d'un pinceau moelleux et comme attendri (Suzanne au bain, au Louvre; Sainte Thérèse, à Versailles).

A la fin du règne de Louis XIV. un esprit nouveau, en dépit du cadre ofticiel, se fait jour dans les arts comme dans les lettres et marque une quatrième période, succédant à celle de Le Brun. C'est alors que, avec Claude Gillot (1673-1722 , le beau monde prend goût aux personnages de la Comédie italienne; c'est alors

CH. LE BHUN. — DEFAITE DE LAIIMEE ESPAGNOLE Tapisserie des Gobelias de la suite de l'Histoire du roi (d'après la gravure de Sébastiea Le Clerc

ART FRANÇAIS XVIIe SIÈCLE

HYACINTHE RKJAUD

Le Mucée d'art.

L'ART FRANÇAIS DU XVIIe SIÈCLE

que se constitue un art gracieux cl léger, qui sera l'expression de la société nouvelle et qui précède l'apparition au grand jour de celle société. La majeure partie de la vie de Walteau (1 017- 1721 ) est antérieure à la Régence. Son talent est déjà formé en 1715 et ses Fêtes galantes accompagnent la triste vieillesse du grand roi.

M1GNARP. |.» GRAVURE

PORTUAIT DIS MARIE M A N C I N I - C O L O N N A

La gravure française était devenue alors la première de l'Europe. L'Étal le comprend (ordonnance de 1G61 sur l'état de graveur, École de gravure des Gobelins [ I GG7J dirigée par Séb. Le Clerc). Déjà dans la période précédente, Jacques Callot (1592-1035) avait « émancipé » l'eau-forte et dessiné ses figures picaresques, ses gentilshommes, ses soldats, d'une pointe pleine de fantaisie et d'une inoubliable personnalité. Abraham Bosse (1602- 1070) nous retrace les mœurs des diverses classes de la société. Leur tradition fut continuée pendant la période suivante par les Bonnart, puis par Claude Cill.it.

Robert Nanteuil (1620-1078), qui grave surtout d'original, est un des plus grands portraitistes du siècle. Aucune peinture ne nous donne une idée plus complète de Turcnne, Colbert, Louis XIV, Bossuet, Lamoignon, etc., que les planches de cet artiste.

Nanteuil n'a guère exécuté que des portraits. Gérard Au dran (1640-1697), le plus célèbre des artistes de sa famille, se plaît aux plus vastes compositions (coupole du Val-de-Grâce, Batailles d'Alexandre de Le Brun, le Temps enlevant la Vérité de Poussin). Audran a pour rival Edelinck (1040-1707), merveilleux virtuose du burin (Famille de Darius de Le Brun, Sainte Famille de • Raphaël).

Pierre Brevet (106 'M 730) est le graveur attitré de Rigaud {Louis XIV, 1712). Il sera dépassé par 1'. Brevet le Jeune (1095- 1738) [Bossuet, 1723]. A côté d'eux que de noms à citer : Morin, Daret, Masson, Thomassin, LaFaye, van Scliuppcn, Nie. ïardieu, Dorigny, Lasne, Mellan, Tortebat, J. Pesne, Claudine Stella, 1rs Poilly, Baudet, R. de Iloogho; les graveurs d'architecture (vues pittoresques et dessins d'ateliers) ou de modèles d'art, Israël Sylvestre, Pérellc, J. Marot, Bérain. Il faut faire une place à part à J. Lepautre, dont les modèles d'architecture et de décoration contribuèrent à répandre le goût françaisdans loute l'Europe.

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