L'ART EGYPTIEN
En abordant 1 étude de la période historique, un spectacle imposant s'offre à nous : quatre-vingts siècles peut-être déjà avant l'ère chrétienne, l'Egypte fait intervenir l'art comme un dos facteurs principaux de l'organisation sociale et comme l'éducateur par exeellencej celui qui, sur les places, dans les rues, à l'intérieur des maisons, parle constamment aux yeux, y proclame en symboles pittoresques la fixité des croyances, en' registre, mieux que l'écriture, les victoires militaires ou les conquêtes, plus enviables encore, réalisées par l'industrie et la science, inarque les devoirs de chaque caste; bref du haut au bas de l'échelle remplit une mission utilitaire, en niellant en lumière cl eu consacrant les institutions, en leur donnant leur assiette, leur relief, leur couleur, car, chez les peuples d'Orient, l'art est essentiellement polychrome.
Mais, dira le lecteur, est-ce bien là de l'art? Celui-ci ne vit-il pas d'émotion, de poésie, d'idéal! Or, en Egypte, l'étiquette, soit religieuse, soit politique, ne laisse aucune place à la libre inspiration; elle impose à toutes les œuvres sa solennité, son uniformité. Rien qu'à voir ce costume (c'est là aussi une l'orme de l'art) lourd et raide, ces jupons empesés, qui forment comme une citadelle autour du corps, ou encore ces pagnes trop étriqués, on s'aperçoit qu'il n'y a ici ni initiative ni liberté.
LE MISÉE D'ART
Ce ne sont là qu'apparences. En regardant de plus près, on découvre, à travers les formules hiératiques, une incessante recherche de la perfection et parfois une véritable intuition de la beauté. Que de statues, de bas-reliefs pleins de vie ou de distinction ! Dans les peintures, il y a parfois jusqu'à de la vivacité.
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LE GIIAND SPHINX ET LES PVHAM1DES DE «il/. Eli
Et, pour en revenir au costume, que d'exemples cù les draperies, plaquées sur le corps, sont traitées avec une souplesse et line aisance exquises statuettes de la prêtresse 'Idui. au musée du Louvre, <>u de La dame Takoushit, au musée d'Athènes). Mais ces formules hiératiques elles-mêmes, que d'imagination plastique n'a-l-il pas fallu pour 1rs inventer, depuis l'ornement en forme de scarabée ou le sphinx jusqu'à l'obélisque, depuis la
colonne à chapiteau lotifor jusqu'aux grandioses ordonnances
des temples de Tliélics, de Louxor, de Dendérah! Enfin la préoccupation constante du colossal etde l'éternel n'aurait-elle d'aventure rien à voir avec l'art !
Bref, si le besoin de formuler les croyances dans la pierre, d'y retracer les événements de la vie nationale, de transmettre son souvenir à la postérité la plus reculée à l'aide des monuments les plus gigantesques que l'humanité ait jamais élevés: >i, disons-nous, de telles aspirations relèvent au premier chef de l'ai l . l'Egypte, autant que n'importe quelle nation, s'est montrée véritablement artiste. Tout chez ses habitants révèle la tendance à doubler celle existence éphémère, à la prolonger par des fondations impérissables, depuis les merveilles de son orfèvrerie jusqu'aux pyramides dont la cime se perd dans les nuages.
A joutons, pour conclure, que l'Egypte a élaboré une série de règles de proportion, d'harmonie, de rythme, pour ne point parler de sa technique si raffinée, sans lesquelles l'essor de l'art grec, de l'art romain et par contre-coup de l'art de la Renaissance se comprendrait malaisément.
Avant de nous attacher aux évolutions de l'art égyptien — car il a évolué, malgré son apparente lixité — considérons le cadre et les acteurs. Le cadre, c'est celte merveilleuse vallée du Nil, d'une fertilité incomparable sous les rayons de son soleil ardent. Les acteurs, ce sont les représentants d'une race douce et posée, acharnée au travail (H en même temps si éminemment religieuse que longtemps elle ne connut d'autre gouvernement que celui de ses prêtres. Aussi nulle part ailleurs les dogmes n'ont réussi à s'incarner en des monuments plus sévères ni plus gigantesques.
Ce qu'étaient ces dogmes, essayons de le dire en deux mots. Le panthéon égyptien, comme on sait, était composé d'une série de divinités plus ou moins étranges, parmi lesquelles dominaient des êtres humains affublés de têtes d'animaux, Osiris, Isis, Horus, Anubis le chacal, etc. Les Egyptiens étaient persuadés, d'autre part, que l'existence du corps assurait l'in- -i tégrité de l'âme ou « double >•. L'àme suivait le corps au tombeau et y vivait à côté de lui. De là des précautions infinies [mur préserver le corps en le réduisant à l'état de momie, pour pourvoir à ses besoins en déposant des offrandes à côté de lui, pour le protéger contre les voleurs en le cachant dans des sépultures inaccessibles. L'existence égyptienne tout entière, en un mol. ('■tait dominée par L'idée de la mort, qui n'était que le prolongement de la vie.
Origines de l'art égyptien. — La basse vallée du Nil, habitée dès les temps les plus reculés, parait avoir traversé les mêmes phases de civilisation que les peuples primitifs de L'Europe, de l'Asie et de L'Amérique. Les collections de silex ne laissent plus de doute à cet égard. Mais, à ces époques lointaines, les conditions de race et de climat qui constituent l'Egypte n'existaient pas encore. Entre la période géologique et l'époque memphile (cinquante siècles av. J.-C), où se lève enfin le rideau de l'histoire, l'abîme est. si profond qu'il semble parfois impossible île reconstituer tous les anneaux de la cliaine.
Au début, dans la nécropole «le ita 1 las, par exemple, on trouve des tombes grossièrement creusées dans les lits caillouteux des torrents, une céramique spécial"', un style informe pour les objets en terre cuite ou en ivoire; l'écriture est encore absente.
LES PREMIÈRES CIVILISATIONS
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LUS UlINES DU T E M l1 L li D A M O N , A K A K N A K
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LES K t I N li S DU TEMPLE DE K li O .N s O U , A K A H N A K
A Abydos, au contraire, apparaissent les monuments gui affirment les caractères spécifiques de L'art égyptien et qui, par surcroît, nous apportent les premiers éléments de 1'éerilure hiéroglyphique.
L'ARCHITECTURE
En Egypte, comme dans tous les pays où l'ail est véritablement sain et fécond, l'architecture lient compte à la fois du climat et des matériaux mis par la nature à la disposition des bâtisseurs. Ces matériaux étaient variés au possible : depuis le limon du Nil, employé sous forme de pisé ou de brique, depuis le calcaire, depuis le bois, jusqu'au giés, jusqu'au granit. Et, de même, aucun des secrets de la construction ne demeura étranger aux habiles architectes ou ingénieurs égyptiens.
Ancien Empire (Ire-Xe dynastie, L'-xxxe siècle av. J.-C). — Pendant celle période, où Memphis sert de capitale à l'Egypte, le temple esl une chambre, précédée ou non d'un vestibule, mais toujours d'une cour. Rien n'empêche qu'il ait eu des portiques, la colonne lapidaire étant déjà créée. Il ne reste des sanctuaires de celte période que les arasements de plusieurs chapelles funéraires, construites dans la péribole des Pyramides memphites : leur plan nous montre qu'ils ne différaient pas sensiblement de ceux du Moyen Empire et des plus anciens temples du Nouvel Empire.
En revanche, la tombe de la période memphite est représentée