CATHÉDRALE SAINT-PIEU II E, A ANGOIILÊ.ME
l'église, les contreforts, robustes massifs de maçonnerie, qui fortifient le mur ol neutralisent la poussée sur dos points déterminés. Tant do précautions ne paraissent pas encore suffisantes aux architectes romans. Quand l'église a des bas côtés, ils en font des espèces d'arcs-boutanls qui contre-butent la voûte de la grande nef et on assurent la parfaite stabilité. Pour cela, il leur suffit d'élever la voûte des bas côtés jusqu'à la naissance de la
PORTAIL DE L EGLISE DAULNAY ( C II A U E N T E - 1 M E l: I E i; Il E)
voûte de la grande nef. Parfois même, ils donnent à cette voûte des bas côtés la forme d'une demi-voûte, c'est-à-dire d'un véritable arc-boutant.
On voit comment l'emploi de la voûte change tout d'un coup les proportions, l'éclairage el toute la physionomie de l'église. Vers la fin du xr3 siècle, la voûte elle-même se modifie: son ouverture n'est plus en plein cintre, mais elle affecte la forme d'un arc brisé. Cette sorte d'arc, qu'on appelai! jadis très improprement arc ogival », et dont on voulait faire la caractéristique de l'art gothique à son apogée, apparaît, on le voit, longtemps avant le \iu' siècle, [/arc luisé, qui se montre fréquemment dans les monuments de la Perse antique, nous est venu sans doute de l'Orient au temps des grands pèlerinages qui précédèrent les croisades. Il fut accepté par les architectes romans non comme une beauté, mais connue une nécessité. La voûte en arc brisé a, en effet, une poussée moins forte que la voûte en plein
cintre. Néanmoins ]<■ plein cintre resta la forme noble. Sa courbe parfaite fut préférée longtemps encore pour les portes, les fenêtres, les arcades.
L'église romane est donc née d'une lui mécanique et d'une sorte de fatalité. Il est légitime de trouver une harmonie entre la lourde carapace qui écrase et assombrit L'église et la chape de plomb qui semble alors peser sur les âmes. Mais il faut se garder d'être injuste pour les vieux maîtres romans. Car ils n'ont pas accepté sans lutter la fatalité de la pesanteur. Ils ne se sont pas complu dans le demi-jour. Presque partout ils aspirent à dilater
l'église et à l'emplir de lumière.
Les moines clunisiens sont allés dans cette voie j usq u ' à l'i mprudence.
L'église de Yézelay a plusieurs fois menacé de s'écrouler, mais on y respire aussi librement que dans une cathédrale du xinc siècle. Dès qu'il est né, l'art roman aspire au gothique. L'histoire de l'architecture du moyen âge est l'histoire d'une lutte entre la lumière et l'ombre. Il semble qu'on voit
intérieur de la CATHÉDRALE d'heure en heure
m durham (Angleterre) grandir le jour
et diminuer la nuit. Au milieu du xin' siècle, l'architecte de la sainte Chapelle, dans la joie de la victoire, supprime les murs et bâtit avec de la lumière.
L'architecture romane, dés qu'elle apparaît, revêt une variété d'aspects qui est pleine de charme. Les traditions d'une contrée, sud génie propre, la nature des matériaux qu'offrait le sol, imposèrent à l'architecture son caractère. L'Auvergne, le Poitou, le Périgord, la Provence, la Bourgogne, la Normandie, la vallée du Rhin, la Lnnibardie eurent des écoles distinctes. Les églises des environs de Clermont, par exemple, ne ressemblent en aucune façon à celles que l'on rencontre en descendant le Rhin. Toutefois ces écoles ne fuient pas aussi fermées qu'on pourrait le croire. On est étonné, par exemple, de rencontrer en Poitou et en Saintonge deux ou trois églises tout à fait semblables à cellesde l'Auvergne. C'est que l'abbaye auvergnate de la Chaise- Dieu possédai! dans ces légions des prieurés dont les églises ont été bâties par des moines envoyés par l'abbaye mère. D'autres fois il est arrivé qu'un monument célèbre a été imité dans diverses régions. Les coupoles de la cathédrale du Puy, par exemple, avaient