‹ Le musée d'artChapitre 94 sur 311 · ÉGLISE DE B A TA L 11 A PO H TU CAL · texte numérisé non relu

ÉGLISE DE B A TA L 11 A PO H TU CAL

xiv" siècle, Henri do Narbonne et Jac([ues de Favières sont appelas pour la construction de la cathédrale de (.erona et pour IV-glise de Sainte Marie de la Mer. à Barcelone. Enfin l'immense église de Halalha, en Portugal, rail songer au gothique ea dentelle de Saint-Nazaire de Carcassonne.

Plus lard, ce l'ut l'influence des pays flamands qui, par les relations commerciales, supplanta l'influence directe de la Fra

I.a sculpture et la peinture, dés le xve siècle, deviennent entièrement flamandes ; il se forme même un style flamand, particulier à l'Espagne, dont nous admirons encore les restes magnifiques dans toute l'Espagne, mais particulièrement à Tolède et dans les provinces du Nord. Lors de la réunion des Pays-Bas à la couronne d'Espagne, le style flamboyant des Flandres produisit dans la Péninsule des œuvres touffues, splendidement riches, d'une richesse sans mesure et sans distinction i|ue le romantisme

a célébrées plus que de raison. Il suffil de rappeler La chartreuse de Miraflores el la chapelle du Connétable, à Burgos,

les laineuses stalles de Philippe de li gognc. .1 la cathédrale

de Tolède, et l'église du couvent de San Juan de los lioyes. dans la même ville.

Au xiii" siècle, Villars de Honnecourt travaille en Hongrie;

au xiv°, Guillaui l'Avignon en Bohême, où il construisit le

fameux pont de liaudnil/..

L'Italie elle-même, malgré- le prestige de son passé latin, malgré la splendeur de ses traditions, malgré- le sentiment qu'elle avait de sa mission artistique, ne put se préserver de l'influence ogivale, comme on le verra dans le chapitre suivant.

L'Europe entière a été soumise à l'influence gothique. Du fait des croisades, nous retrouvons même celle influence directement marquée jusque dans les églises el monuments de la Syrie des xuc, xiii" et xiV siècles. L'église du Saint-Sépulcre a été presque rebâtie au milieu du XIIe siècle par un architecte du domaine royal. Les remaniements el mutilations qui l'ont ultérieurement dénaturée n'ont point cependant effacé le. traces de ce remarquable travail. Bien des détails précieux y parlent encore un langage qui nous est connu. C'est le porche de Suger, c'est Saint-Évremond de Oeil ou les vieilles églises du Soissonnais, que nous croyons voir dans ce vénérable témoin de la croisade de Louis VIL Le royaume de Jérusalem, fondé par Godefroy de Bouillon après la première croisade, avait introduit sur les rivages orientaux de la Méditerranée nos mœurs, notre langue, nos lois. Tous ces parages sont semés de forteresses françaises dont les puissants vestiges font encore l'admiration des voyageurs.

Il eût été surprenant qu'un ail aussi maître de ses procédés et aussi ingénieux que l'architecture gothique n'ait pas eu à sa disposition les ressources les plus variées et les plus complètes de l'arl décoratif. Les diverses branches de l'art, disons-le bien haut, ont été- au même niveau :

aucun des moyens de décoration n'a manqué à notre art national; pendant les cours des xir et xuie siècles, ceux-ci ont été à la hauteur de tout ce qui se faisait ailleurs, même en Italie. N'oublions pas que l'aurore de la peinture italienne ne se lève qu'avec Giolto, à la fin du xm'siècle, el que jusque-là l'art péninsulaire appartient à un hiératisme issu des vieilles formules gréco-byzantines.

Le souille de vie qui doit le transfigurer s'annonce avec l'illustre el

subli peintre florentin ; mais il

ne se fait vraiment sentir qu'après Masaccio, durant ce grand quattrocento qui vit s'épanouir les forces vives de l'Italie.

En sculpture . la supériorité est indiscutable, indiscutée même. On veul bien reconnaître, à l'unanimité, que la France est et a toujours été un pays de sculpteurs. Depuis le xi' siècle, bien plus, depuis les Gallo-Bomains, le tempérament national a été épris des séductions de la plastique. La France est, pour ainsi dire, un peuple d'architectes et de statuaires.

Trois phases d'une magistrale- amplitude divisent l'histoire de la sculpture française au moyen âge : la phase hiératique (du vnc au xi' siècle); la phase idéaliste (xïT et xiue); la phase réaliste ou iconique xive et xve). Lu phase idéaliste s'enchaîne avec l'évolution gothique: l'affranchissement des formes romanes, issues des traditions antiques ou byzantines, a commencé, avec les gothiques, par l'ornement, par le chapiteau. La métamorphose de roulement, dans la région d'origine, est d'un suprême intérêt, d'une importance capitale; nous y avons consacré tout un chapitre dans noire grand ouvrage sur VA ri ijolhique.

La question ne saurait se traiter brièvement. Tout ce qu'il est utile de retenir ici. c'est que l'élude de la flore locale intervient pour amener insensiblement l'ornement au principe d'une décoration rationnelle, vivante, souple, expressive et soigneusement appropriée à chaque objet, c'est-à-dire à un principe qui semblait oublié de l'humanité depuis les anciens Egyptiens cl les Grecs de l'âge liéi oique.

.Sur cette donnée de logique et de raison, l'essor devenait

Page 1