‹ Le Musée d'OrleansChapitre 3 sur 9 · PEINTURE ET 'SCULPTURE · texte numérisé non relu

PEINTURE ET 'SCULPTURE

Le Musée cl Orléans occupe les bâtiments de l’ancien hôtel de ville, compris entre la place de la République et la rue Sainte-Catherine. C'est un local pittoresque et d’un intérêt historique et monumental certain, mais déplorable pour le bon aménagement et la bonne conservation des collections qu’il abrite. Son exiguïté, sa vétusté, ses inconvénients de toute nature ont été maintes fois signalés. Des projets ambitieux avaient été conçus avant la guerre pour une reconstruction. Ces projets avaient même fait abandonner la possibilité d un transfert à l’évêché devenu libre. Mais on semblait déjà y renoncer avant 1914 et il n’en peut plus être question à l’heure actuelle. Il reste à s’accommoder du mieux possible de locaux incommodes, à les rendre aussi salubres et aussi sûrs que possible et c est le parti auquel sagement s’est arrêté le conservateur actuel qui a déjà beaucoup fait pour obtenir une meilleure disposition et une meilleure présentation des œuvres dont il a la charge.

Quelques mots d histoire d’abord sur le bâtiment lui-même : à la veille du fameux siège d Orléans de 1429, le corps de ville s’était déjà installé dans un hôtel dit (les Créneaux, situé sur le côté gauche de la cour actuelle et (pii fut, dès 1 145. complété par une grosse tour appuyée sur le mur de ville. Plus

1. Leschilfres en caractères gras renvoient aux pages des planches

Le Musée d’Orléans

tard, au début du xvi° siècle, on éleva au delà de celui-ci le bâtiment de la rue Sainte-Catherine dont la façade extérieure en brique et pierre, est un joli spécimen de ce style charmant et coloré, mélange d’éléments français traditionnels et de nouveautés italiennes qui fleurit sous Louis XII aux bords de la Loire. Quant à l’architecte, aucun document ne nous a livré son nom ; mais il est possible que ce soit un certain Pierre Biart, parent du célèbre Colin Biart qui dirigea les travaux de Gaillon et travailla pour le roi à Amboise et à Blois.

Les bâtiments de la cour se renouvelèrent et se complétèrent au xvi° siècle, pour se dénaturer plus tard, tout en gardant leurs proportions et leurs dispositions essentielles. Dès le xviii0 siècle, on avait annexé vers le midi, puis vers le nord, deux maisons voisines élargissant la façade sur la rue Sainte- Catherine. On fit de même au xixe siècle sur la face opposée, sans que ces annexes médiocres, ces juxtapositions de petites maisons bourgeoises, qu'il eût fallu raser et reconstruire, aient fourni des salles suffisamment vastes et saines.

La municipalité, du reste, avait abandonné le vieux bâtiment dès 1738. Le musée n'y fut installé qu’en 1825 ; dans l’intervalle un grenier à sel et un palais de justice l’avaient occupé, sans l’entretenir, très probablement. Une réfection de la façade principale s’imposa en 1911 et, plus récemment, on dut réparer toute la grande salle et son comble : la tour elle-même est actuellement l’objet des soins du service des Monuments historiques.

Le Musée d Orléans ne figure pas parmi les musées départementaux créés par le Consulat et l’Empire. Il résulta de l’initiative municipale et privée : décidée en 1823, son ouverture eut lieu en 1825. Le fondateur et le premier bienfaiteur en fut le comte de Bizemont qui donna une partie de ses collections à la ville, réunit des tableaux épars à la préfecture ou à la cathédrale et obtint mainte libéralité des amateurs Orléanais. Ce sont ceux-ci qui, traditionnellement, par leurs dons ont fait la fortune du Musée et lui ont donné sa physionomie. Cette fortune fut éclatante et cette physionomie est avenante au possible. Les donations de M Pilté-Grenet, de

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Mme d’Autroche, du baron de Morogues, de Mme de Limay, néeDesfriches, plus tard de Mme Léon Cogniet, de M. Delzons, de M. Bichet, de M. Guillon et de bien d autres encore y ont, on s’en aperçoit, infiniment plus contribué que les envois de l’Etat et les acquisitions. Celles-ci ont pourtant été intelligemment dirigées et ont fait entrer au Musée, pour des sommes souvent infimes, des chefs-d’œuvre égarés et que les amateurs d’aujourd’hui se disputeraient à prix d’or, grâce aux soins diligents des successeurs de M. de Bizemont, M. de Langalerie et surtout Eudoxe Marcille, amateur délicat et passionné de la génération et de la qualité des Lacaze et des Concourt, dont l’activité et le goût ont marqué de leur sceau la collection orléanaise.

Celle-ci ne comprend pas moins aujourd’hui de 1.200 peintures, principalement de l’Ecole française du xviii0 siècle dont une vingtaine de pièces constituent la gloire essentielle du Musée ; 430 sculptures et plusieurs centaines de dessins exposés, sans compter ceux qui sont conservés dans les cartons.

Une collection d’estampes qui se compose de plus de 30.000 pièces, reliées en volume ou réunies en portefeuilles, forme, depuis 1897, comme un cabinet spécial dont l’origine remonte à un legs que fit au chapitre de l’église Sainte-Croix, en 1713, un horloger d Orléans nommé François Morel. Réuni à la Révolution au Dépôt littéraire ou Bibliothèque municipale, transporté plus tard au Musée (1856), enrichi de nombreux dons, de l’acquisition de la collection Leber et d’un legs très important de l’abbé Desnoyers, ce fonds primitif méritait au moins d’être mentionné brièvement ici.

Nous ne ferons de même que noter rapidement la très importante donation dont a, beaucoup plus récemment, en 1907, bénéficié la ville d’Orléans de la part de M. Paul Fourché, enfant d’Orléans, établi à Bordeaux. Ces collections composées de tableaux et de dessins, de meubles, de sculptures, d ivoires, de miniatures, constituent un véritable musée à elles seules. Elles ont été du reste installées à part dans un vaste immeuble de la rue de la Hallebarde mis par la municipalité à la disposition du libéral et intelligent donateur qui continue à s’intéressera son œuvre et à l’enrichir de

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ses dons. De très grands noms s’y rencontrent de toutes les époques et de toutes les écoles, depuis Raphaël jusqu’à Corot et ce serait tout un autre ouvrage analogue à celui-ci qu’il faudrait pour en indiquer même les œuvres les plus sûres et les plus marquantes.

Contentons-nous ici des collections municipales proprement dites logées à l’ancien hôtel de ville, où elles voisinent encore avec des séries d histoire naturelle que nous négligerons, bien entendu, et qui devraient bien trouver ailleurs un logis plus spacieux et moins encombré. La distribution en est assez compliquée dans l’assemblage composite et boiteux des bâtiments desservis par un dédale de couloirs et d escaliers que nous avons décrit. Néanmoins on s’efforce d’y introduire le plus d’ordre et de méthode possible et, si la promenade que nous allons tenter à travers les salles dans l’ordre où elles se présentent pour le visiteur ne nous donne pas un tableau absolument logique et systématique des richesses du Musée d Orléans, il nous semble toutefois que ce tableau, déjà esquissé ailleurs du reste, était moins utile qu’un modeste guide qui put faciliter aux amateurs et aux passants curieux la visite de cette vieille maison, un peu bizarre mais si attachante !

Lorsque le visiteur pénètre dans la cour du Musée, il est attiré par un perron et une porte, assez peu monumentale du reste, qui commande la grande salle ; mais ce n’est pas par là que se fait l’entrée du Musée, sauf en certaines circonstances ex ceptionnelles. On est dirigé vers une petite porte de l'aile droite qui donne accès dans une première série de salles (numérotées I, XVIII et XIX), où l’on a réuni autant que possible les productions des écoles de peinture classiques italienne et espagnole, flamande et hollandaise. Nous y noterons, dans la première, un robuste Portrait d'homme du Tintoret, une Charité romaine de Luca Giordano et une Résurrection de Lazare d’Andrea Sacchi qui faisait partie de la collection orléanaise du président Haudry au xviii0 siècle. Un Saint Thomas de l’école espagnole, peinture robuste et un peu sèche, était attribué jadis à Murillo : on veut y reconnaître aujourd’hui un tableau de jeunesse de Velasquez.

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Parmi les flamands, le morceau le plus important (placé provisoirement dans une réserve voisine de la salle XIX) est un Génie de la gloire et des arts de Rubens, dont les accessoires passent pour avoir été peints par Téniers, morceau décoratif puissant et large qui appartint, au xviii® siècle, au grand amateur Orléanais Desfriches.

C’est de la collection de celui-ci que provient aussi un lumineux petit panneau de Van Goyen 'représentant des Patineurs , donné par [sa fille Mme de Limay. Dans le voisinage, une Femme âgée en buste (22), vieille liseuse de bible à la Rembrandt. est une œuvre certaine de Nicolas Maes, ainsi que Louis Gonse. l’avait reconnu jadis ; notons encore un beau panneau d 'Oiseaux d’Hondecoter, une Paysanne attribuée à Jordaens, don de M. Fourché, un Portrait d'Anne d' Autriche attribué à Pourbus. une belle Etude d'apôtre de Philippe de Champaigne et, ces deux derniers morceaux nous rapprochant de la France, signalons que les deux compositions attribuées à Van der Meulen, qui représentent le Siège de Maëstricht et la Prise de Dinant pourraient être plutôt l’œuvre de notre Martin des Ratailles, qui suivit, du reste, l’exemple et les leçons du grand paysagiste et batailliste flamand travaillant pour Louis XIV.

On a placé dans la salle XVIII une bonne épreuve en terre cuite du Buste de l ingénieur Perronet qui, attribué parfois à Pigalle, est certainement l’œuvre de Masson et, dans la salle d’entrée, une vitrine contenant de nombreux bibelots et menues pièces du xvme siècle toute une série de médaillons de Nini, cet habile et élégant portraitiste italien qui travailla et mourut à Chaumont-sur-Loire et dont on conserve également ici les ébauchoirs, un petit buste en bronze de Louis XV par J. -R. Lemoyne, deux charmantes statuettes de Clodion, une Flore et un Silène , enfin et surtout deux admirables esquisses de Pigalle d’une liberté de facture magistrale, qu'il donna à son ami Desfriches et dont l’une lui avait servi pour son Citoyen du monument à Louis XV de Reims, 1 autre pour son fameux Voltaire nu, aujourd hui à l’Institut.

Nous passerons rapidement par la salle suivante (Il consacrée à la peinture moderne, où trône un banal et fade Pay-

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sage de Didier-Pouget et où, parmi quelques toiles insignifiantes trop bien placées, on rencontre cependant une Tête de Mineur de Roll, une figure nue de Gervex (le Bain), une Nourrice de Michel-Lévy, une vigoureuse Marine d'O. de Champeaux, artiste Orléanais, et, reléguées un peu haut ou dans l’ombre, quelques toiles plus hardies et colorées de d’Espagnat (La Dictée ) et d’un artiste local M. Gaston de Villers ( Nature morte) .

Un couloir assez étroit coupé de marches conduit au vestibule de la grande salle. Deux tableaux le décorent, d’un classicisme austère, destinés au Conseil d'Etat et déposés jadis au Palais de justice d’Orléans: c’est la Bienfaisance d'Antonin le Pieux et la Clémence de Marc Aurèle par Bergeret. élève de David (1782-1863). On y a placé aussi vaille que vaille deux académies de J. -P. Laurens (1868) et de Ferdinand Humbert et un grand plâtre de Duret, Mercure inventant la lyre. Mais l'intérêt se porte surtout sur quelques reliefs classiques de marbre, médaillons officiels de Louis XIV et de Louis XV, médaillon d’un inconnu désigné à tort comme Lebrun , qui offre un brillant portrait de l’école de Coysevox, sur quelques esquisses de David d’Angers pour les bas-reliefs de l'arc de triomphe de Marseille (1839), compositions encombrées et romantiques assez typiques d’un des côtés de ce talent inégal, sur d agréables bustes en plâtre qui portent à tort le grand nom de Houdon, un joli et précis portrait de femme de l’époque révolutionnaire, le buste de jeune homme inconnu dont la terre cuite figura jadis dans la collection Chapu, et qui est désigné sans preuve comme le poète Gilbert, enfin l’effigie vigoureuse et expressive du président Haudry d'Orléans (62; qui, bien qu elle ait été donnée au Musée en 1825, avec l’attribution à Houdon, se trouve être la réplique d’un autre plâtre passé récemment en vente et qui portait la signature obscure de Simiand. Un bas-relief de terre cuite mouvementé, daté de 1707 et portant les armes de Phélypeaux de la Vrillière représente le Massacre des Innocents et pourrait être attribué aux Italiens qui exécutèrent vers ce temps le célèbre tombeau de Châteauneuf-sur-Loire : enfin deux jolies terres cuites, un Silène vortant le jeune Bacchus enfant qui reproduit un

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motif classique et une Bacchante (60) marchant allègrement avec un jeune faune sur son épaule (cette dernière certainement de l’atelier de Clodion), complètent, avec quelques tableaux du xvme siècle, la décoration de cette jolie petite pièce récemment remaniée qui est un des coins les plus aimables du Musée.

On entre ensuite dans la grand/e salle (III) qui occupe la partie essentielle du bâtiment Renaissance et est consacrée avec ses annexes à l'école française du xixe siècle. On l avait encombrée, n’ayant pas de salles pour la sculpture, de grandes figures de marbre ou de plâtre dont la blancheur et la gesticulation disparate nuisaient beaucoup à l’ensemble. De sages éliminations ont réduit l’inconvénient, qui subsiste cependant encore, et constitue la preuve évidente que ces mélanges de peinture et de sculpture, souvent réclamés, doivent être faits avec beaucoup de discrétion. Une seule figure comme celle de la Vénus au bain de Pradier (1829) (61), beau morceau de marbre un peu froid mais d’un classicisme élégant et typique, suffirait au centre de la salle avec quelques bustes, surtout ceux du comte de Bizemont et d’Eudoxe Marcille (ce dernier par Lanson) qui ont ici une heureuse et légitime signification d’hommage. Mais tout le reste, sans grande signification, même le Chevrier de Feugère des Forts, et le Frondeur de Schoenewerk, les grands plâtres de l orléanais Lanson, 1 Age de Fer et Judith, paraît ici indiscret et hors d échelle.

Les angles de la salle sont occupés par huit grands panneaux classiques provenant de la décoration du château de Richelieu et représentant les Jlvangélistes et les Docteurs de i Eglise dont l’attribution à l’un des F réminet sera discutée plus loin 23) . Ces grandes machines pompeuses et assez vides, issues de l’Leole de Fontainebleau plus que des Bolonais et de l’école contemporaine de Vouet, n’ont pu trouver place ailleurs et sont les seules pièces antérieures au xix° siècle de cette salle, dont la partie la plus intéressante est d’abord certainement la série des portraits de l’époque du premier Empire et. en toute première ligne, l’admirable effigie de Lavallée, secrétaire général des Musées impériaux (47) (1809), digne pendant de celle de son directeur Vivant Renon

qui est au Louvre. Une brillante esquisse de Gros donne une figure de Général resté anonyme. David n est ici représenté que par le curieux, mais incertain portrait de Madame Calés (44) au milieu de ses plantes et de ses livres de botanique. Mais Riesener y prend une place d honneur avec deux grands portraits d importance, le Maréchal Bessières, duc d istrie et le double portrait de la Femme et de la fdle de l'artiste 45). Un Orphée de Guérin, une esquisse de sa Phèdre et Hippolyte du Louvre, un Portrait de Girodet- Trioson, complètent le groupe des davidiens, avec la grande toile de Dubufe, datée de 1824, qui représente la Naissance du duc de Bordeaux et se rapproche plutôt de certains tableaux modernes de Gros. Ce fut un cadeau de Louis XVIII au musée d’Orléans en formation, cadeau qui suivant 1 habitude, négligea de tenir compte des proportions de l’établissement qui devait l’abriter.

Un Paysage montagneux de ce Châtelet, qui fut juge au tribunal révolutionnaire et dont les recherches de pittoresque sont ici d’un précurseur, ouvre la série des paysages modernes dans laquelle Huet apporte deux morceaux importants de l’école romantique, un Bois delà Haye traité dans sa manière un peu fantastique et une Vue de ht Vallée d Arques d'une allure plus solide et plus franche Deux Paysages d’Harpignies font apprécier son talent robuste, héritier des maîtres de 1830, auxquels se rattachent encore les œuvres de Lavieille et de l’orléanais Porcher.

Un autre Orléanais du milieu du xixe siècle est largement représenté ici : c’est Antigna, élève de Paul Delaroche, avec des Baigneuses qui parurent audacieuses et nous semblent bien froides aujourd hui et une Scène cl incendie d’un réalisme anecdotique assez mesquin. Son portrait, et ses études d’enfants font mieux apprécier son talent solide et consciencieux.

Boutet de Monvel et Hochard présentent aussi ici la contribution des peintres delà région plus récents, mais pourraient, surtout le premier, être représentés de façon beaucoup plus significative.

La salle IV, annexe de la précédente du côté Nord, la complète surtout par quelques études de paysage, notamment

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quatre morceaux de la dernière manière de Corot 48 (don Yetter) qui ne sont pas parmi ce que le grand artiste a produit de plus intéressant, un solide Paysage de Fiers, daté de 1850 et de belles pages de Camille Bernier et d’Emile Michel, On y remarquera aussi une jolie Tête d'enfant de Charles-Philippe Larivière, qui vaut mieux que sa peinture d’histoire, à moins qu elle ne soit de son frère Eugène mort à 23 ans, et l’auteur du délicieux portrait de leur sœur Paméla qui est au Louvre; enfin, parmi quelques morceaux de Salon, encombrants et sans intérêt, un beau paysage avec une Figure de paysanne portant des seaux forme panneau décoratif, et appartient à la meilleure manière de M. Henri Leroi le.

La salle Y, à l opposite, du côté Sud, offre encore dans sa partie droite des tableaux du xix° siècle. un Paysage de Millet, une esquisse de Chasseriau. Bacchantes et Satyres (48) donnée par l’artiste à Paul de Saint-Victor, des types exotiques de Berchère et de Dehodencq, mais surtout un grand panneau calme et doux de Leliepvre, un des peintres qui ont le mieux traduit les aspects du val de Loire.

On a tout récemment disposé à la suite de cette salle, une salle VI consacrée à un choix d'aquarelles, notamment de Harpignies, de Paul Lecomte et de Porcher.

Revenant à la salle V et pénétrant dans sa partie gauche qui sert comme d introduction à la grande salle du xvme siècle, avec un certain nombre de tableaux anciens, nous trouvons d’abord le Portrait de h abbé Barbier par Prudhon, qui, bien qu inférieur au Lavallée, est encore un morceau fort important, puis un Saint Charles Borr ornée en prière devant un crucifix, solide peinture de Philippe de Champaigne, signée par l’artiste et dédiée par lui à une communauté orléanaise dissoute en 1769 pour cause de jansénisme. Le tableau figura un temps à l’évêché, d’où provient également la grande toile un peu froide de Ilallé, datée de 1762, qui représente /’ Archevêque Flavien demandant à Théodore la grâce des habitants d' Antioche.

Une esquisse de Natoire nous montre, avec des qualités plus brillantes et une liberté plus vive, la composition d’un autre grand morceau de décoration resté au palais épiscopal c’est l'Entrée solennelle à Orléans de M ' Nicolas Joseph

de Paris qui fut exécutée eu 1743 pour le château épiscopal de Meung.

Quelques bons portraits du xvne siècle, un Gaston d Orléans, une Jeune fille attribuée à Mignard, une dame assez plantureuse nommée A nne Marguerite Petit par Jean Raoux, un beau Portrait de religieux de Jean Restout annoncent déjà la merveilleuse réunion que nous allons trouver dans la salle suivante.

Cette salle contient les véritables trésors de la collection orléanaise avec la série des portraits et tableaux divers des xvne et xvme siècles français et, malgré les récents et sagaces arrangements qui l’ont très sensiblement améliorée, elle déborde encore.

La sculpture y tient une place importante, mais juste et légitime, avec la suite des quatre excellents bustes enterre cuite ou en stuc de Houdon représentant Voltaire et Rousseau, Molière et Lafontaine Plus rare encore, l’épreuve en plâtre bronzé du président Hue de Miromesnil (57) évoque une des plus magnifiques effigies de l’artiste dont le marbre est à Montpellier. Les deux terres cuites de Pigalle représentant l’amateur Orléanais Desfriches (58) et son domestique le nègre Paul (59 , admirables morceaux de verve puissante et de virtuosité magnifique, distraction et témoignage d amitié du génial sculpteur du Mercure et du tombeau de Maurice de Saxe. Enfin, un peu isolé dans cette atmosphère pétillante, spirituelle et enjouée, le bronze austère de Germain Pilon, représentant l’évêque Jean de Morvillier, venant de son tombeau à Blois, (56) y mêle une note de gravité inattendue, en y introduisant en tous cas un chef-d’œuvre de plus.

Seules, les deux figures de bronze modernes de Tournois et de Captier, que leur matière rend pourtant supportables dans ce milieu coloré, où de belles portières de tapisseries ajoutent une note d’intimité somptueuse, en disparaîtraient peut-être sans inconvénient.

Parmi les tableaux réunis et qui presque tous sollicitent

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l’attention, nous notons d abord, entre les plus anciens et les plus importants les quatre curieux panneaux de Deruet représentant les Eléments 24 et 25) et provenant du château de Richelieu. Ce sont des documents historiques de premier ordre pour les costumes, les architectures, les scènes de mœurs ; ce sont aussi des conceptions artistiques un peu étranges et naïves, mais d’un intérêt capital. De la même époque, un curieux Portrait présumé de Louis XIV enfant. Attribuée à Simon Vouet, une espèce de bergerie d’époque Louis XIII représente une Nymphe tenant des raisins, avec un jeune homme qui la regarde à travers des branchages. Le xvii° siècle est encore représenté notamment par un Portrait de jeune sculpteur inconnu (Don Maciet) et par une effigie robuste de Lenôtre attribuée à Claude Lefebvre. Largillièreet son Portrait, brillanteétuded’aprèsluimême, fait la transition avec le xvme siècle dont les premières générations de décorateurs coloristes sont représentées par François Lemoyne et ses Adieux d'Hector et d Anclromaque (27), par François de Troy et ses Filles de Loth (28). Une petite esquisse d’un Singe sculpteur porte sans trop d hésitation le grand nom de Watteau. Un Déjeuner au jambon attribué à Lancret est, au contraire, assez inattendu pour sa dimension et sa facture large et colorée ; c’est en tous cas un curieux tableau de mœurs. Boucher est représenté par un frais Paysage (acheté en 1912). 31 dans une gamme bleutée un peu conventionnelle, analogue au Moulin du Louvre, tandis que les paysagistes de la fin du siècle, Hubert Robert (41), Huet et Joseph Vernet, en des morceaux exquis», se plaisent à évoquer des coins de nature plus accidentés, avec des accents de lumière plus modernes, et que Fragonard, avec son Vœu à l'amour 42 , nous rappelle les galanteries plus tendres et sentimentales de l époqife de Diderot et de Rousseau.

De grands tableaux religieux, placés dans les hauteurs et que 1 intérêt des cimaises empêche un peu de regarder, vaudraient au moins d’être signalés : la Salutation angélique de Restout, la Fuite en Egypte de Dallé, les Disciples d’Fmmaiis et la Résurrection du Christ de Vieil, tous provenant de l’église des BénéJictins d Orléans.

Mais c’est surtout la série des portraits à laquelle nous

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ramènent obstinément les regards parlants de ces figures gracieuses ou expressives qui constituent tout autour de la salle une réunion si attirante : effigies encore un peu apprêtées et gardant quelque chose de la solennité du grand siècle chez Antoine Coypel (, sonpropre portrait au pastel), chezTournières ( Grégoire de Saint - Genietz) , chez de Troy ( Abbé Des friches) , même chez Tocqué [Marquis de Liicker et Comte de Provence), plus simplement gracieuses avec Nattier dont le Portrait de la duchesse d Orléans les mains dans son manchon est au moins une bonne répétition, pénétrantes et véridiques tout en restant presque officielle, avec la Madame de Pompadour (32) aux notes vives et claires, par Drouais, dont la tête, dit une inscription, fut retouchée d’après nature, avec un charmant Jeune homme inconnu signé de 1769. Mais voici le Peintre Dominé, le premier maître de Desfriches, peint par cet original et puissant Grimou qui s’adonnait en plein xviii0 siècle à de si curieuses imitations des flamands et des hollandais, voici le Desfriches (33) lui- même et le Graveur Orléanais Moyreau de Nonnotte, le Conseiller au présidial d Orléans Pothier (34) deLenoir, l’académicien Guillaume de Chabanon de Duplessis tous portraits moins brillants, plus solides peut-être et plus intimes. Ces bourgeois, artistes ou magistrats, Orléanais ou parisiens, vont avoir du reste la fortune de rencontrer un artiste de passage que les hasards d'une vie errante et d’une carrière difficile amèneront à Orléans : c est Jean-Baptiste Perronneau, le rival de La Tour, qu’une tardive justice a mis presque sur le même pied que lui . C’est en 1765 qu’il peignit, à 1 huile, le Portrait de Robert Soyer (35), architecte du pont de la Loire, et probablement vers la même date celui du Jurisconsulte Daniel Jousse (36) qui ne lui a été rendu que récemment; il avait été acheté 100 francs par Eud. Marcille en 1883 et attribué d’abord à Lenoir. Les portraits au pastel de Y Architecte Chevotet et de sa femme, légués en 1895 par M. Delzons, sont datés de 1751, ce sont de merveilleuses et souples figures d’une vie et d’un éclat incomparables, de même que celui de Madame Fuet (38), bourgeoise orléanaise plus sèche et un peu pincée, qui date de 1766 et fut légué cent ans plus tard par son arrière-petit-neveu, MJ Souque.

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^ Desfriches avait été certainement des premiers à accueillir à Orléans le pastelliste : des portraits qu’il lui commanda ou lui acheta, deux sont au Musée grâce à un don deM. Gatineau (1877), c’est l'effigie très simple mais d'une vie puissante et concentrée du poète Robbéde Beauvezet (37), son neveu (1759) et la gracieuse jeune femme en buste avec un coq, dite quelquefois l’Aurore, qui figura sans doute, selon Maurice Tourneux, au salon de 1767 et que M. Ratouis de Limay, descendant de Desfriches qui a consacré un beau livre à la mémoire de Perronneau, estime pouvoir peut-être représenter Madame Perronneau (39) J

Un panneau opposé à celui des Perronneau nous présente diverses effigies de la famille de Drolling (43) et de celle de sa femme, portraits solides et consciencieux de la fin du siècle, mais qui sont loin d’avoir la grâce et le charme des précédents. De cette même époque, notons une délicieuse Figure d'enfant, d’une grâce presque prudhonienne, due au peintre Harriet qui fut prix de Rome en 1798 et mourut en Italie en 1805.

Enfin pour en terminer avec cette salle du xvme siècle, signalons le tableau et l esquisse d’un peintre Orléanais nommé Bardin (1732-1809) représentant Mars et Vénus, dont les tentatives classiques précoces passent pour avoir influé sur celles de David et du baron Régnault.

Descendant quelques marches au sortir de la salle IX, on rencontre celle où sont exposés certains legs récents faits au Musée. Nous avons déjà cité les Perronneau du legs Delzons (1895) ; ils étaient accompagnés de plusieurs pastels de Valade assez ordinaires, mais aussi de deux précieux dessins d’Ingres, datés l’un de l’an XI, I autre de 1806, représentant son ami Simon.

Les legs plus récents de M. Bichet et de M. Guillon comprennent une jolie réunion de tableaux et dessins divers dominée l’un par une toile de Lancret (30), illustration d'un conte de La Fontaine gravée avec la légende A femme avare galant

18 Le Musée d’Orléans

escroc, l’autre par un beau dessin d’Isabey, représentant Y Acteur Chenard.

Le visiteur s’engage ensuite dans un escalier étroit qui le mène d’abord à deux petites salles du premier étage situées au-dessus de la précédente, où sont réunis les tableaux et esquisses de la donation Léon Cogniet, tableaux de maîtres d’importance comme le puissant portrait de femme de Louis David, dite La gouvernante des enfants du peintre et le Portrait de Guérin (46) par Robert Lefèvre, plus une énorme collection de peintures et dessins dus à Cogniet, à sa femme ou à sa belle-sœur, Mlle Thévenin. qui s’échelonnent depuis l’époque de la Restauration jusqu’à la nôtre et reflètent successivement toutes les tendances du siècle ou presque.

Continuant à gravir l’escalier, on arrive à l’étage supérieur à deux petites salles bourrées de dessins anciens encadrés, dont un grand nombre sont des plus précieux ; études de Watteau, de Boucher, de Fragonard (51, 53), de Huet, d’Hubert Robert (54) , de Bouchardon, etc. , qu’il est impossible d’énumérer ici et qui mériteraient les honneurs d’une publication spéciale, aussi bien que certains documents plus anciens attribués à Etienne Delaulne ou à Jacques Callot, certains dessins étrangers dont quelques-uns sont d’une magnifique qualité et portent les noms d’Andrea del Sarto ou de Tiepolo (50), des dessins plus modernes enfin, où nous retrouvons la main de Pnidhon, de Géricault, de Delacroix, etc..., sans compter ceux qui restent en portefeuille faute de place, ou en réserve comme ces curieuses études d’un modernisme étrange du peintre Auguste, né en 1789, étudiées naguère par M. Charles Saunier dans la Gazette des Beaux-Arts.

Sur le même palier s’ouvrent une série de salles consacrées aux artistes Orléanais et aux documents régionaux.,. Dans 1 une (XIII) se trouve surtout une série abondante d’œuvres de Desfriches (52), qui montre la qualité élégante, un peu monotone, de ses crayons et la faiblesse de la peinture de cet amateur, qui avait pourtant été élève de Natoire, mais que le commerce paternel avait rappelé à Orléans.

La salle voisine (XIV) présente d’abord un curieux tableau de Michel Corneille, né à Orléans en 1601, qui fut élève de

Le Musée cf Orléans

Simon Vouet et l’un des fondateurs de l’Académie de peinture. On y voit Esaii et Jacob (26) discutant autour de leur plat de lentilles, avec des costumes et dans un intérieur dont le style Louis XIII et la minutie réaliste à la flamande sont très savoureux. On notera, à l’autre bout de la salle, une autre singulière peinture locale de la même époque, c'est un portrait de Y Anatomiste Vesale daté de 1645 et signé Poucet fccit ; il provient de l’hôpital général d’Orléans et présente aussi les noms et les effigies en médaillon des donateurs, quelques médecins d’alors.

Les autres peintures et dessins sont d’un intérêt local et méritent surtout l’attention des historiens du Vieil Orléans et de ses monuments qu’ils ont traduits avec une fidélité pittoresque. Ils sont signés de Chouppe, Pensée, Beaujoint, etc. I)e beaux dessins de paysage d’O. de Champeaux en ont été cependant rapprochés.

Parmi les statuettes en terre cuite et en plâtre, beaucoup proviennent de l atelier du baron de Triqueti et sont d’un romantisme assez désordonné ; mais on remarquera quelques petites figurines, études defemmes ou portraits, dues à un jeune Orléanais mort à Rome à 26 ans en 1850, Roguet, qui promettait un talent original et fort et dont la figure de la République en bronze, fondue en 1850, s’élève sur la place devant le Musée.

On redescend enfin et, au premier étage du même corps de bâtiment, situé à gauche de la cour, face à celui par lequel on a commencé la visite, on trouve installées aujourd’hui les collections de peintures primitives. Rien disposées et groupées, elles se trouvent toutefois un peu isolées et arrivent un peu tardivement dans la revue que nous achevons: d ailleurs elles sont loin de l’intérêt de celles que nous venons d’étudier, et ce sont pour la plupart des épaves de la collection Campana ou des morceaux éliminés des collections nationales, comme le panneau de la Sainte Famille (21) aujourd'hui à nouveau attribué au Gorrège, qui appartint jadis sous ce nom, aux collections royales et (pie le catalogue de \ illot avait, un peu dédaigneusement peut-être, rejeté aux anonymes avant son envoi à Orléans. Une Vierge debout attribuée à Crivelli, une

Le Musée d’Orléans

autre Vierge assise avec des saints donnée à Luca Srgnorelli, un tableau tardif, curieux pour sa formule encore archaïque et d’un auteur assez rare, Pietro Negrone, qui l’a signé et daté de 1555, représente deux saints en prière devant la Vierge qui tient l’enfant sur ses genoux.

Parmi les français, en dehors de deux panneaux très ruinés du début du xvie siècle, on ne peut guère citer que le Portrait d'un dauphin (23), fils de François Ier, par ou d’après Clouet, qui fut donné au Musée dès 1828 par un M. Gorrant, et, parmi les flamands, quelques panneaux romanisants du xvie. siècle attribués à Martin de Vos ou à l’école des Franck, mais pas un bon tableau du xv° ou du début du xvie siècle.

Toutes les reproductions photographiques de cet ouvrage ont été faites d’après les clichés de la Maison Bulloz. Paris.

École italienne.

Antonio ALLEGRI, dit LE CORRÈGE (Atthibuk a).

Sainte Famille.

M. 0. 1221. Bois, — H. 0,Gi. L. 0. 52. Envoi de l'Etat, 1872. — Ce tableau faisait partie des collections de Louis XIV et a figuré au Louvre jusqu'en 1872. Il était attribué, par les inventaires de Bailly, au Corrège. Yillot (Calai. Ecole italienne, n" 530) le classa aux inconnus de l’Ecole lombarde. Eu 1872, le tableau fut envové à Orléans et E. Marcille (Cotai. E. M. U>0) l’inscrivit aux anonymes. L’attribution en a été reprise avec desarguments nomeaux par M. Longhi (l’A r/e, 1921) qui le compare à uneMadonede Hampton-Courl et le dalede l ;» t .’> .

Écolo hollandaise.

Nicolas MAES (1632-1603).

Vieille femme lisant.

M. 0. 1439 - A. Toile. — H. 0,64 L. 0,53. — Tableau attribué autrefois à Ferdinand Bol (voir Catal. E. M. n° 36). L. Gonse qui a, le premier, rendu ce tableau à l’élève et imitateur de Rembrandt, en signale deux répétitions, l’une au Musée de Montpellier, l’autre ayant figuré à l’Exposition Rembrandt à Amsterdam, sous le nom du maître (voir Gonse P., p. 260).

École française.

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École française.

Ecole française

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Michel CORNEILLE (né à Orléans en 1601. *f* à Paris en 1664).

Esaü cédant a Jacob- son droit d'aînesse

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