‹ Le musée de Colmar. Martin Schongauer et son écoleChapitre 31 sur 48 · DEUXIÈME TABLEAU DU REVERS, CÔTÉ GAUCHE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME TABLEAU DU REVERS, CÔTÉ GAUCHE

La Résurrection du Christ, — Le Christ s'élance, léger et rayonnant, de son sépulcre vers le ciel. Dans la splendeur de sa transfiguration, la partie supérieure du corps est noyée dans la lumière et n'est rendue visible que par les plus fins contours. Il est regrettable que ce rayonnement affecte trop la forme circulaire et que le desân de la partie inférieure du corps, surtout des genoux, soit très-incorrect. Parmi les soldats renversés au pied du sépulcre, il en est deux placés sur le devant du tableau, qui sont admirablement dessinés et peints; par contre, on en voit un troisième placé à une certaine distance, qui est peint sans la moindre dégradation de teintes, en dépit de toutes les règles de la perspective aérienne. Comparé aux deux autres, il ressemble plutôt à un nain qu'à une figure rapetissée par l'éloignement. Si le peintre avait connu les lors du clair-obscur et s'il avait su opposer de plus grandes masses d'ombre à la lumière,

ce tableau produirait un effet beaucoup plus extraordinaire, puisque, môme sans posséder cet avantage, il est déjà digne d'admiration par le caractère élevé de Tinvention et de la composition.

TABLEAU EXTÉRIEUR SUR LES VOLETS FERMÉS DE l'iNTÉRIEUR.

La Vierge Marie est assise avec Tenfant Jésus au milieu d'un paysage qui a un peu souffert, mais qui renferme encore de belles parties, et dont les points de vue sont bien choisis. La mère contemple son enfant avec l'expression du plus tendre amour : l'enfant est magistralement peint; sa chair est delà chair véritable ; ses mouvements sont de la vie. On oublie volontiers ce qu'il y a de défectueux dans le dessin du cou et de l'épaule de la mère, en admirant ses vêtements drapés avec le meilleur goût, et en voyant par quel heureux artifice le peintre est parvenu, sans employer les reflets, à rendre la tète de l'enfant tellement brillante, qu'elle semble un corps lumineux qui commimique ses rayons à tout ce qui l'entoure et donne une véritable transparence aux doigts de la mère. Au haut du tableau et dans le plus profond éloignement, on voit Dieu le Père environné de nuages et de toutes les légions célestes. Vis-à-vis, comme dans une vision surnaturelle, la Vierge aperçoit la gloire et les honneurs que lui réserve Favenir. Dans une salle richement décorée, d'une très-belle architecture gothique, les anges chantent, en s'accompagnant d'instruments de toute sorte, des cantiques de louange en l'honneur de la Sainte Vierge, qui est vénérée et adorée sous différentes formes. Quelques beaux effets de lumière, quelques nobles figures d'anges et le caractère général de cette composition symbolique, dédommagent le spectateur de l'impression désagréable que lui cause la vue des joueurs de contrebasse aux ailes d'anges, affreusement dessinés et peints en rose. Le berceau et un baquet de linges mouillés, placés aux pieds de la Vierge, sont tout â fait nature, et le seraient davantage encore si la lumière et l'ombre étaient mieux distribuées et massées.

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