LE MAGASIN DES ACCESSOIRES
Jamais la mise en scène n*a été aussi bien comprise que de nos jours. Décors, costumes, meubles et accessoires, il faut maintenant que tout soit d'une vérité historique parfaite.
lyO LE MUSÉE
Depuis une vingtaine d'années, le public a complété son éducation artistique. Grâce au goût si répanda du bibelot, des choses anciennes, des meubles précieux, des faïences, des armes, il a appris à connaître le style de chaque époque, et un anachronisme, dans le moindre détail matériel, le choquerait autant, et peut-être plus, qu'un barbarisme dans une tirade.
On comprendra toute l'importance du progrès réalisé en relisant ce passage de Sorel, qui a trait à une représentation dramatique : (' Apollon et Hercule y paraissoient en chausses et en pourpoint... Cet Hercule, se voulant faire remarquer, avoit seulement les bras retroussés comme un cuisinier qui est en fonction, et tenoit une petite bûche sur son épaule pour sa massue, de telle sorte qu'en cet équipage l'on l'eut pris encore pour un gaigne-denier qui demande à fendre du bois. Pour Apollon, il avoit derrière sa tête une grande plaque jaune prise de quelque armoirie pour contrefaire le soleil. »
Scarron nous montre également Destin jouant un rôle d'Hercule, couché sur un matelas, qui figure le lit antique, et ayant sur la tête un corbillon en guise de couronne.
Sous la Révolution encore, les héros grecs ou romains entraient en scène portant la cocarde tricolore.
Dieu merci ! la bûchette et le matelas d'Hercule, le corbillon des rois et la cocarde des trois Horaces ont disparu pour toujours. Des curiosités, des objets précieux, des meubles de style remplacent définitivement tout ce honteux bric-à-brac.
A la Comédie-Française, le magasin d'accessoires et le gardemeuble renferment des collections vraiment artistiques et qu'il est fort intéressant de visiter. On y trouve bien encore quelques objets en carton, quelques papiers dorés ; mais on peut, en revanche, admirer un grand nombre de belles choses.
Si l'on avait l'esprit tant soit peu philosophique, la vue d'un
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magasin d'accessoires pourrait servir de texte A de longues dit* scrtations. Ce fouillis pittoresque d'attributs royaux et démocratiques; ce péle-mclc excentrique de poignards tragiques et de mains de justice, de meubles somptueux et de volailles en carton, est bien fait pour corroborer cette parole profon>ic : t Vanité dc« vanités; tout est vanité. > En voyant, rapprochés les uns des autres, les objets de nos ambitions, les instruments de nos passions, tout cela semble si creux et si vide que l'on est tenté de comparer la vie à un immense carnaval de fous, dans lequel des ombres d'hommes courent après des ombres d'honneurs et de richesses.
Sans moraliser davantage, passons en revue les principaux accessoires.
Voici d'abord des instruments de musique : un tambourin pour les rôles d'Espagnol, d'Italien et de Provençal; un violoncelle pour le vieux maestro de Dalila; une pochette pour le maître à danser dans // ne faut jurer de rien; un tambour, du temps de Louis XVI ; des guitares, des mandolines et des violons de toutes les formes; enfin, des lyres et des cithares pour les pièces antiques.
De tous ces instruments le plus curieux est la mandoline du Barbier de Sévillc. Son manche cannelé et cambré, sa forme arrondie et légère, la pureté de ses sons, attesteraient son ancienneté si le nom du luthier qui a créé ce bijou ne s'y trouvait inscrit en toutes lettres. La Comédie-Française a aussi une guitare pour le Mariage de Figaro. Lorsque la première représentation du Mariage eut lieu, en 1784, on s'attendait tellement à une chute complète de la pièce, que Ton se contenta de louer cette guitare à raison de dix francs par jour. Si Beaumarchais n'avait pas écrit : « Tout ce qui tend à donner de la vérité est précieux dans un drame sérieux, et l'illusion tient plutôt aux
petites choses qu'aux grandes ;» s'il n''avait pas surveillé de près la mise en scène de son œuvre, on aurait probablement évité même cette petite dépense.
Au lieu d'une chute, la pièce eut un succès énorme. La guitare, à laquelle on ne songeait plus, figura cinquante fois de suite. Au bout de ce temps le luthier présenta sa note : ^00 francs de location pour une guitare !
Non loin des instruments de musique^ une panoplie fort bien disposée nous fait voir les armes de la Comédie. Elles sont, à dire vrai, peu nombreuses; à part quelques paires de pistolets, une hallebarde signée Gounod et une épée Louis XIII à coquille, le reste, fusils, tromblons, épées de combat, fleurets, ne vaut pas la peine d'être détaillé.
Il n'en est pas de même des garnitures de consoles et de cheminées qui accompagnent les décors de salons.
On tient en réserve pour le salon du riche banquier deux admirables statues en bronze de Barbedienne, qui représentent la Poésie et la Musique; des bouteilles en porcelaine de Chine, de la famille violette, un plat d'Urbino, des vide-poches en verre de Bohême, en parfait état; un encrier de Boule et des sonnettes en bronze doré. La scène doit-elle se passer dans la salle à manger? voici un plateau d'argent d'un très-beau style, des réchauds, tout un luxueux service de table.
Enfin, quand l'intrigue de la pièce conduit à la campagne l'héroïne de la comédie, on laisse traîner sur la table du jardin l'inévitable corbeille à ouvrage, où sommeille une tapisserie de Pénélope, qui ne s'achèvera jamais.
Les accessoires les moins riches sont ceux qui sont employés dans les tragédies et dans les pièces antiques. La plupart des coupes et des gobelets sont simplement en carton recouvert de papier d'étain. Les urnes sont en bois, cependant elles méritent
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d'être remarquées pour l'élcgancc de leurs formes copiées sur les plus beaux spécimens anciens. Nous avons retrouvé notamment duns le magasin des accessoires l'urne qui a été représentée dans le lamcux portrait de Talma.
Les coupes qui servent dans Horace et Lydie sont très* remarquables. Elles sont taillées dans l'onyx et garnies d'une fort belle monture en bronze doré.
En passant, admirons des buires d'étain qui portent encore, sur leurs ventres rebondis, les armoiries de leurs anciens maîtres.
Nous nous trouvons maintenant en pi^nce d*une véritable collection de cannes. Il y aurait une monographie complète à écrire si Ton voulait indiquer l'expression et le caractère de chacune d'elles. La canne du marquis est élégante et riche, avec son long manche d'or ciselé et sa dragonne en fil d'or. Celle du médecin a l'air d'être en demi-deuil, avec sa baguette d'ébène que termine une poignée droite en ivoire. La canne de Tavare n'est qu'un bâton, cueilli sans doute à l'arbre du voisin, par économie. Celle du fils prodigue est, au contraire, enrichie de turquoises. Le bâton du malade imaginaire, de M"* Pernelle et de M°" Pimbêche trahit, lui aussi, l'esprit de ceux qui le portent, par son bec hargneux et contrariant.
Bâton de pèlerin, canne Louis XIV, pouvoir-exécutif, stick moderne, toutes les variétés sont représentées par quelques spécimens dans la collection du Théâtre- Français. Le rôle des coups de bâton dans les relations sociales a été si considérable en France, que ces cannes constituent en quelque sorte un résumé de l'histoire de nos mœurs.
Ne quittons pas les cannes sans saluer le bâton comique, rembourré d'étoupe, que le patient trouve toujours un peu trop dur, malgré les précautions de celui qui frappe.
Un des accessoires les plus intéressants de la Comédie- Française, c'est un échiquier Louis XV qui a servi dans Adrienne Lecouvreur. La table est supportée par quatre griffes et encadrée dans une monture en bronze doré. Les pièces sont également en bronze. Rois et reines, fous et cavaliers^ tours et pions, sont ciselés avec un art infini. Le jeu dressé est magnifique. D'un côté, on voit s'aligner une armée éblouissante des tons de l'or, et de l'autre, une armée qui a l'éclat sombre du bronze vert.
Passons, sans transition, de cet échiquier royal aux accessoires de carton.
Le carton joue un grandrôledansle détail de la décoration. On ne se figure pas toutes les formes qu'il peut affecter. Sans parler des volailles dorées qui sont légendaires et des fruits vermeils que tout le monde connaît, un artiste habile peut lui donner l'aspect des objets d'art les plus précieux. Et non-seulement l'illusion est complète pour le spectateur placé dans la salle ; mais elle est aussi réelle pour Facteur.
La Comédie possède un grand nombre de cartonnages parfaits d'exécution : notamment des pendules monumentales et des garnitures de cheminée gigantesques. Parmi les pièces les plus extraordinaires, nous avons admiré deux grandes potiches en porcelaine de Chine, avec des dessins rouge de cuivre, rehaussés d'or, et une pendule qui complète la garniture. Ces trois objets en carton peint ont coûté 1,200 francs. On est forcé de les faire sonner en les frappant pour s'assurer qu'ils ne sont pas en vrai chine.
Ouvrons maintenant Parmoire aux provisions. Des faisans avec leur parure de plume, des rôtis dorés, des bouts de tables garnis de fruits, des fromages, des pains : il y a là assez de carton pour suffire aux appétits imaginaires des jeunes premiers et des oncles bons vivants pendant plusieurs années. Le pâté embastillé, crénelé, qui faisait si bonne figure dans Gringoire,
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et qui fournissait à Coquclin un jeu de fcène »i expreuif, ot aussi app<itissant qu'au premier jour. Nous n'avons pu le revoir sans le saluer comme une ancienne connaissance.
Les encriers sont très-souvent appelés à paraître dans les comédies. C'est un accessoire de première nécessité. Sur cent pièces, il y en a au moins quatre-vingt-dix-neuf qui exigent une table et tout ce qu1l faut pour écrire. La statistiiiue, qui n'a pas de secrets pour nous, nous permet en outre d'affirmer que la proportion des comédies dont l'mtrigue se noue ou se dénoue par une lettre est environ de soixante-quinze pour cent. L'encrier n'est, du reste, jamais désagréable au spectateur. Sa vue le rassure au milieu des complications qui contrarient les amoureux de théâtre. Ne présage-t-cllc pas le dénoûment espéré, la signature finale du contrat ?
On ne s'étonnera donc pas que la Comédie-Franvaise possède presque autant d'encriers que de cannes. Les écritoires d'étain coudoient les encriers de luxe. Un des plus originaux et des plus anciens est celui qui sert au malade imaginaire pour vérifier la note de M. Purgon. Il se compose d'une boite plate qui affecte la forme d'un triangle et qui est garnie à Tune de ses extrémités d'un manche en argent. Sur le dessus de la boite s'élèvent deui chandeliers, qui portent des bougies de cire. Un petit cornet de métal reçoit l'encre, un autre la poudre. Enfin, sur le devant de Tencrier, une fonte profonde a été ménagée pour placer le binocle de l'écrivain.
Ce serait sortir de notre cadre que de parler de tous les accea^ soires de théâtre. Aussi nous laisserons de côté les animaux empaillés, les sacs de voyage, les livres dans lesquels on retrouve des bouts de rôle collés, les bûches en paillon, les grelots de la berline, le parapluie bleu, la pipe à éclairs, le tam-tam, les
fleurs en fer-blanc, les cœurs en satin rose conservés dans des urnes, les lampes magiques, les pots-à-feu et les reliquaires en bois peint. Tous ces objets n'ont rien de particulièrement artistique.
Il n'en est pas de même des cloches qui sont au Théâtre- Français.
La Comédie possède deux cloches énormes, qui feraient honneur au clocher d'une cathédrale. L'une d'elles a une légende trop singulière pour que nous ne la rapportions pas ici.
Cette belle cloche était autrefois suspendue dans le beffroi de l'église Saint-Germain-l'Auxerrois. C'est elle qui fut mise en branle, la première, sur un ordre venu du Louvre, dans la terrible nuit du 24 août 1)72. C'est à son signal funèbre que les catholiques, porteurs de la croix blanche, commencèrent le massacre immense de la Saint-Barthélémy. Toute la nuit son glas sinistre retentit, musique épouvantable pour un drame plus épouvantable encore.
Quand la Révolution éclata, les églises se fermèrent, les prêtres s'enfuirent. On ne voulait plus de maîtres, et l'on crut que l'on n'aurait plus besoin de Dieu. Les cloches de la plupart des églises de Paris furent réquisitionnées et Jetées dans la cuve où la fonte les transformait en canons.
Par une singulière coïncidence, on jouait alors au Théâtre- Français Charles IX, et la Comédie n'avait pas de cloche pour sonner la Saint-Barthélémy. Marie-Joseph Chénier demanda et obtint celle de Saint-Germain-l'Auxerrois. Singulière destinée des choses ! A trois siècles de distance, cette cloche sonne sur la scène ce qu'elle avait sonné dans l'église.
Depuis, elle est restée dans le magasin. On l'en a tirée pour les représentations de Marion Delorme. C'est elle qui sonnait l'heure de l'exécution de Didier et de Saverny. Est-elle donc destinée à ne sonner que la mort ?
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LF CAROF-MEUBLE
Pour un amateur de bois sculpté, de bclloiupitscrics, d'étoffe* brochées, une visite au garde-meuble est ton intércsMnte ; elle est plus intéressante encore pour l'érudit qui cherche des traces
de Molière.
Le fauteuil de Molière, que l'on avait cru perdu dans l'incendie de 1799, a échappe par miracle à cette épouvanublc catastrophe. MM. Paul Porcl et Georges Monval, dans leur excellente histoire de l'Odéon', ont raconté comment les bustes du foyer et la statue de Voltaire furent mis à Tabri par des grenadiers du Corps législatif et par un peintre du nom de Bévalei. « Les journaux, ajoutent-ils, annoncèrent qu'on n'avait pu dérober aux flammes le fauteuil de Molière', que les comédfens conservaient avec tant de vénération. Nous avons eu la bonne fortune de découvrir la preuve du contraire et d'acquérir la certitudeque la relique, possédée encore aujourd'hui par le Théâtre- Français, est absolument authentique. C'est bien là le fauteuil sur lequel Molière a créé le rôle d'Argan dans son Malade imaginaire, et ressenti les premières atteintes du mal qui devait l'emporter après la quatrième représentation. Ce précieux meuble avait, en 1789, servi dans Charles IX ; et ce fut à cette circonstance qu'il dut sa conservation. Quand Talma remit la pièce de Chénier au théâtre de la République (8 janvier 1799), rOdéon prêta, pour cette reprise, les meubles de Charles IX, parmi lesquels : dix tabourets, deux banquettes, deux fauteuils,
' Pari», Alphonse I.cmcrrc, 1876.
* Voir notamment le Moniteur et la Décade pkihuopkiqme da logermioal an VII.
la
une table antique, et « Un mauvais fauteuil en basane noire dit de Molière (ces trois mots sont raturés) qui a appartenu à Molière », prisé... 12 francs!
Cette mention est extraite de : l'article des François de rOdéon, concernant les meubles qu'ils ont prêté (sic) pour Charles 9, (Etat remis aux commissaires par le citoyen Barbier, tapissier du théâtre, à leur séance du 28 germinal an VII.)
Le fauteuil de Molière se trouvait donc encore rue Richelieu loin de l'incendie de l'Odéon, qui eut lieu le 18 mars, puisque les commissaires, nommés pour faire l'inventaire du Théâtre- Français, de la République, le mentionnèrent à leur vacation du 28 germinal, ou pour mieux dire du 17 avril suivant.
Ce fauteuil est facile à reconnaître aux branches de fer qui sortent de ses bras et qui permettent de fixer la tablette sur laquelle le bonhomme Argan fait ses comptes.
Puisque nous parlons de fauteuil, citons le fauteuil de Talma, qui deviendra légendaire aussi, bien que d'un goût épouvantable. Figurez-vous un odieux mélange du style ogival et du style premier empire. Comment un ébéniste a-t-il pu être assez mal inspiré pour imaginer une combinaison pareille ! Vouloir marier la grâce de l'ogive à la raideur de l'angle droit, c'est un non-sens inqualifiable.
Il ne faut pas juger des autres meubles par cet odieux spécimen. La mauvaise impression du premier moment sera bientôt effacée.
Une table en chêne admirable s'offre à nous pour nous dédommager. Ce meuble ancien, très-pur de forme, a des tiroirs merveilleusement sculptés. Quatre pieds tors d'égale dimension le soutiennent; deux autres pieds, plus petits, portent sur la traverse et le consolident. Malgré ce surcroît d'appuis, cette table n'a rien de massif. On y reconnaît le goût de la Renaissance.
Les meubles Louis XIV sont aussi nombreux que riches. Il
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faut, du reste, plusieurs mobiliers pour varier la mise en scène des pièces de Molière, et pour donner aux iniérieurt anUtiquc», qui se présentent fréquemment dans les comédies modernes, un cachet suffisant d'élégance et de recherche.
En relevant les housses qui les recouvrent, on peut voir la finesse des sculptures, la disposition favorable de leurs grands dossiers carrés, Tclégance des ornements et des crépiiMs et même — détail qui prouve leur ancienneté — les clous forgé* qui rattachent les sangles; quant aux chaises, on trou%'e toutes les espèces à la mode pendant le dix-septième siècle, depuis la chaise de glui à la capucine jusqu'à la chaise- inquiétude et la chaise-perspective.
André Boule n'est représenté dans le garde-meuble par aucune de ses œuvres; mais on trouve tout un mobilier exécuté d'après ses procédés ; les cuivres, habilement découpés, forment des dessins charmants incrustés dans les bois de l'Inde.
En fait de meubles Louis XV, il faut noter une commode cintrée et très-riche en ornements de bronze. Lescanapés â deux places, les fauteuils et les chaises Louis XV et Louis XVI abondent. Des soies brochées, aux nuances délicates, bleues, pompadour,ou vert-d'eau semé de bouquets clairs, recouvrent le plus grand nombre. Un mobilier complet en tapisserie de Beauvais se distingue au milieu des autres par le fundu des tons. Ce mobilier est, du reste, complet, depuis les cantonnières jusqu'aux chaises volantes.
Le style du premier empire n'a jamais été notre idéal; cependant nous sommes forcé, en présence d'un meuble que possède la Comédie, de lui reconnaître sinon de lu grâce, au moins une certaine beauté. Les bras dorés, les pieds, Tencadrement du dossier et du siège, sont raides; les dessins d'or de l'étoffe affectent de poser pour une 'circonférence régulière, et cependant,
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malgré toute l'aridité de ces détails^ l'ensemble a quelque chose qui ne déplaît pas.
Les meubles modernes^ de style indécis, ne nous arrêteront pas. Un seul fauteuil, un de ces anciens fauteuils que l'on appelait ganaches, nous étonne par ses dimensions. Il est si vaste qu^on le prendrait pour une chambre de malade.
— C^est un don de M"* de Girardin, nous dit-on. lia figuré dans la Joie fait peur.
A côté des vrais meubles, des bibliothèques, des secrétaires et des tables de toutes les époques, le dépôt que nous visitons contient un grand nombre de meubles faux. Ce sont des châssis de toile peinte, qui représentent des bahuts, des armoires, des prie- Dieu. Le trône tragique est en bois blanc. 11 doit tout son éclat au pinceau.
Près de la porte de sortie, un dernier objet nous attire. C'est la chaise à porteurs des Précieuses ridicules. C'est un fantôme de chaise. Les portières, le dos, la devanture, tout est en toile.
A ce propos une anecdote :
La Comédie avait autrefois une chaise à porteurs merveilleuse. Boucher, le peintre des Amours, l'avait décorée à sa fantaisie et lui avait donné toutes les séductions de son gracieux talent. C'était un bijou du dix-huitième siècle.
Mais, on le sait. Boucher n'a pas toujours été apprécié. Tant que l'école de David et la réaction artistique ont eu la faveur publique, les œuvres du peintre galant ont été reléguées dans Tarrière-boutique des marchands de tableaux. On ne prononçait son nom qu'avec une sainte indignation.
Les choses en étaient là, quand on eut besoin, pour la mise en scène d'une pièce nouvelle, d'une chaise à porteurs excessivement simple. On ne trouva rien de mieux alors que de passer une couche de couleur à la colle sur les médaillons de Boucher.
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Les Amours disparurent sous un rideau chocolat ou brun foncé.
Quand la pièce en question cessa d'être représentée, la chaise à porteurs rentra dans le garde-meuble avec sa couche de
chocolat.
Bien des années s'écoulèrent. Plusieurs générations de maîtres tapissiers se succédèrent. La chaise était toujours là, horrible â voir. On l'aurait volontiers brûlée. On préféra la mettre en vente avec un lot de vieux accessoires. ' Ce fut un marchand de la rue de l'Abbaye qui racheta... pour rien. Encore n'était-il pas très-satisfait de son acquisition. Mais quelle ne fut pas sa surprise en découvrant, un jour, que la couleur brune s'enlevait par écailles et qu'elle recouvrait des ornements très-finement exécutés !
Quelques lavages bien compris mirent à nu le travail de Boucher, et le marchand se trouva en possession d'une œuvre de premier ordre, dont il se défit très-avantageusement.
La Comédie apprit alors quel trésor elle avait perdu.