COMPAGNIE
Bonsoir, la compagnie!
II ne peut être question de chercher une origine à des formules aussi banales que celle-ci, mais il y a lieu de faire connaître les circonstances qui leur ont valu quelque notoriété, et dont ces formules évoquent le souvenir.
Voici donc comment Tabbé de L'Attaignant, le gai chansonnier auquel on attribue un de nos refrains les plus populaires : J'ai du bon tabact sentant sa fin prochaine, adressait ses Adieux au monde, en sept couplets, dont voici le premier :
J'aurai bientôt quatre-vingts ans ; Je crois qu'à cet âge il est temps
D'abandonner la vie :
Je la quitterai sans regret, Gaîment je ferai mon paquet ;
Bonsoir la compagnie.
De Piis, élève de Tabbé, lui fit cette jolie réponse :
Eh ! pourquoi donc compter tes ans ?
Tant qu'on pense il n'est jamais temps De dédaigner la vie.
N'excite point notfe regret,
ISO COMPAGNIE
En faisant déjà ton paquet ; Demeure en compagnie.
(Chansons et autres poésies posthumes de M. Vabbi de VAttaignant, 1780, in-12, p. 193 et 195.)
L'abbé suivait ici le conseil donné par La Fontaine à un centenaire :
Je voudrais qu'à cet âge
On sortît de- la vie ainsi que d'un banquet, Remerciant son hôte ; et qu'on fît son paquet.
[La Mort et le mourant, liv. VÎII, fab. P.)
L'Attaignant écrivait sa chanson d'adieu en 1777, et mourait deux ans après.
En 1850, le chansonnier Justin Cabassol dédiait ce souvenir à L'Attaignant :
A quatre-vingts ans Il partit sans Cérémonie ; En homme poli Il dit, dans un couplet joli :
« Je ne puis surseoir, Or donc : Bonsoir La compagnie !... n Et chez les élus Ce fut un bon vivant de plus.
« Il n^y a si bonne compae^ie qui ne se sépare... »
Le dicton populaire ajoute : « disait en viourant Dagober t à ses chiens », ou : « comme disait le roi Dagabert en noyant ses chiens, »
Que Dagobert se soit laissé aller à noyer ses chiens,