‹ Le musée de la conversation: répertoire de citations françaises, dictons modernes, curiositésChapitre 190 sur 434 · COUTEAU · texte numérisé non relu

COUTEAU

couteau dont on change successivement le manche et la lame, et qui pourtant est toujours le même. Tout ce que nous pouvons en dire, c'est qu'on la retrouve dans une ancienne pièce de Dorvigny, Les battus paient Vam,ende, proverbe-comédie-parade en un acte, qui fut joué aux Variétés en 1779.

A la scène v, Suzon, la fille du savetier Simon, apprend à Janot, son amoureux, garçon de boutique de Ragot, fripier, qu'elle a perdu un petit couteau qu'il lui avait donné :

JANOT. — Comment ! S'tustache Dubois que je vous avais fait présent? Ah ben ! voyez, c*est comme un sort!... Mais c'est égal, je vous en donnerai un autre... tout ce qu'il y a de pus meilleur : vous n'en verrez pas la fin de celui-là. Il m'a déjà usé deux manches et trois lames, c'est toujours le même.

Disons en passant que cette pièce, dont le succès fut prodigieux, fourmille de ces coq-à-l'âne qui ont donné lieu à l'expression : phrase à la Janot.

Voici un exemple du style tout spécial de ce nigaud (scène m) :

— J'ai été battre s'te vieille courte-pointe que vous savez ben, avec la voisine qui était toute pleine de poussière...

Si l'on s'en rapporte à ce que raconte Mayeur de Saint-Paul dans le Chroniqueur désœuvré, pamphlet anonyme que ce comédien de la foire lança contre ses camarades, Dorvigny n'aurait fait que s'approprier, dans cette pièce, l'œuvre d'autrui.

Voici ce que nous y lisons au chapitre xxxvii, p. 140 de la 2* édition (Londres, 1782) :

On le dit bâtard de Louis XV... Bâtard du roi ou d'un crocheteur, Dorvigny a joué la comédie en province, où il fut trouvé passablement mauvais... Il s'est mis acteur

ALEX., Mus. de la Conv., I. 13

Page 1