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CRAINTE

[e ne conçois pas, dit Chamfort dans ses Maximes et ^ées, de sagesse sans défiance. L'Ëcriture a dit que le imencement de la sagesse était la crainte de Dieu ; je crois que c'est la crainte des hommes.

« La crainte fit les dieux ; Taudace a fait les rois. »

Crébillon. Xerxès, tragédie représentée en 1714 ; acte ^•', scène i" ; rôle d'Artaban, ministre de Xerxès.

Cette pièce tomba dès la première représentation.

Voltaire raconte que le public, indigné des théories monstrueuses professées par cet Artaban, prit le parti d'en rire plutôt que d'y répondre par des huées. (Eloge de Crébillon, 1762.)

Le premier hémistiche du vers de Crébillon est la traduction d'un vers de Stace, qu'on a parfois attribué à Lucrèce.

Louis XVIII partageait cette erreur, comme le rappelait M. Cuvillier-Pleury recevant M. X. Marmier à l'Académie française (7 déc. 1871), à la place de M. de Pongerville, traducteur de Lucrèce.

On sait, disait-il, que Tauteur de la Charte s'était donné le luxe innocent des citations latines et des à-propos érudits. « Comment avez-vous traduit ce vers de Lucrèce ? >» dit-il un jour à M. de Pongerville, qui reçut, ne s'y attendant guère, la question et le vers en pleine poitrine : Primus in orbe deos fecit tiinor...

Le traducteur n'hésite pas une minute et répond :

La crainte sur la terre a créé les faux dieux.

« Les faux dieux ? dit le roi, allons donc ! Le texte de Lucrèce n'en dit pas tant. — C'est vrai. Sire, c'est un vers À refaire, » et en réalité Pongerville avait improvisé sa réponse. Le vers était de Stace, dans la Théboïdr (liv. III. V. 661). Le roi avait fait une fausse citation. Le poète le

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