‹ Le musée de la conversation: répertoire de citations françaises, dictons modernes, curiositésChapitre 22 sur 434 · ADIEU — AFFAIRE · texte numérisé non relu

ADIEU — AFFAIRE

dragons, en exhalant sa rage contre Thésée, qui vient d'échapper à sa vengeance.

Parmi les applications qui ont été faites de ce vers, nous citerons celle que Gresset (1709-1777), en se séparant de Tordre des jésuites, à Tâge de vingt-six ans, plaçait à la fin de sa pièce intitulée Adieux aux jesuites :

J'ai vu des esprits vrais, des cœurs incorruptibles, Voués à leur patrie, à leurs rois, à leur Dieu.

Que d'autres s'exhalant, dans leur haine insensée,

En reproches injurieux.

Cherchent en les quittant à les rendre odieux : Pour moi, fidèle au vrai, fidèle à ma pensée, Cest ainsi qu'en pariant je leur fais mes adieux.

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« A demain les affaires sérieuses ! »

Mot d'Archias, gouverneur de Thèbes en Béotie (IV siècle avant J.-C).

Voici comment on le trouve rapporté dans Plutarque :

Au milieu d'un festin, un envoyé d'un autre Archias, grand pontife d'Athènes, lui apporta un message le prévenant qu'un complot était ourdi contre lui. Au lieu d'en prendre aussitôt connaissance, comme le messager l'en priait instamment, « Archias en se riant luy respondit, « A demain matin les affaires » : et prenant la lettre la meit dessoubz son chevet, puis retourna à continuer le propos qu'il avoit commencé avec Philidas : mais depuis ceste parole est demourée en usage entre les Grecs, comme un proverbe commun.

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« A demain malin les affaires, b (Ta cTcojôatx, plus exactement : les choses sérieuses.)

(Vie de Pélopidas, fin du chap. x. — Trad. Amyot, chap. XX.)

Dans la nuit même, Archias était mis à mort par les conjurés thébains qui, sous la conduite de Pélopidas, délivrèrent ainsi leur cité du joug des Lacédémoniens (379 avant J.-C).

« Il n'y a pas d^affaire Dreyfus. »

Nous rappellerons dans quelles circonstances ce mot, qu'on a tant reproché à M. Jules Méline, a été prononcé.

A la séance de la Chambre du 4 décembre 1897 se produisirent une demande d'interpellation de M. Marcel Sembat, une autre de M. de Mun, et une question de M. Castelin à propos des incidents relatifs à l'affaire Dreyfus. (On se souvient que le 15 novembre, par une lettre à M. Billot, ministre de la guerre, M. Mathieu Dreyfus avait dénoncé, comme l'auteur du fameux bordereau, le comte Walsin-Esterhazy, commandant d'infanterie.)

En réponse à M. Castelin, qui pressait le président du conseil de rassurer l'opinion publique, M. Méline s'exprima en ces termes :

L'honorable M. Castelin me demande d'apporter à la Chambre des explications (Je nature à rassurer l'opinion publique sur ce qu'il appelle l'affaire Dreyfus. Que l'honorable M. Castelin me permette de lui dire tout de suite ce qui sera la parole décisive dans ce débat : Il n'y a pas

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d'affaire Dreyfus. {Applaudisseineiits sur un grand nombre de bancs.) Il n'y a pas en ce moment (exclamations à Vextrême gauche et à gauche) et il ne peut pas y avoir d'affaire Dreyfus {Nouveaux applaudissements. — Interruptions à Vextrême gauche)...

Une accusation de trahison a été portée contre un officier de Tarmée... La justice militaire a été saisie uniquement de cette question particulière, qui, encore une fois, n'a rien à voir avec l'autre...

{Journal officiel. Débats de la Chambre, p. 2734.)

Le 9 février suivant, au début de la troisième audience du procès Zola, devant la Cour d'assises de la Seine, M. le président Delegorgue, répondant à M* Labori qui venait de parler de « Taffaire Zola », affirmait à son tour : t II n'y a pas d'affaire Zola. » « Bruits et rires », ajoute le compte rendu. {Le Procès Zola, édit. du Siècle, t. I, p. 132.)

Le 13 décembre 1900, dans une deuxième séance de la Chambre, ^u cours de la discussion sur l'amnistie pour certains faits relatifs à l'affaire Dreyfus, M. Méline ayant pris la défense du général Billot, eut à répondre à ces deux interruptions :

M. AuGÉ. — Mais il n'y avait pas d'affaire Dreyfus I (Bruit.) Vous l'avez dit.

M. Michel. — C'est vous, monsieur Méline, qui avez créé l'affaire Dreyfus en disant qu'il n'y en avait pas. (Bruit.)

M. Jules Méline. — Il n'y en avait pas à ce moment, en effet, puisqu'il n'y avait pas de fait nouveau permettant d'introduire le procès en revision.

(Journal officiel. Débats de la Chambre, p. 2676, col. 1.)

C'était se tirer habilement d'une situation difficile, dont un autre aurait pu ressentir quelque embarras.

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« Les affaires, c*est Targent des autres. »

On sait assez généralement que dans la Question (V argent, de M. Dumas fils (Gymnase-Dramatique, 31 janvier 1857), se trouve le dialogue suivant (acte II, fin de la scène vu) :

RENÉ DE CHARZAY. — Qu-'est-ce quc c'est donc que les affaires, monsieur Giraud ?

JEAN. — Les affaires, c'est bien simple, c'est Vargent des autres.

Il faut savoir gré à M. Dumas d'avoir mis en pleine lumière, et dans un cadre parfaitement approprié, un mot remarquable qui, sans lui, risquait de rester à demi oublié dans la pénombre d'un roman de M°"' de Girardin : Marguerite ou Deux amours.

On Ty voit figurer, au chap. xvii, comme une piquante saillie de Montrond, Tami de Talleyrand, rapportée par le docteur Cabarrus.

Voici le passage en question :

Montrond demandait à un banquier millionnaire de lui prêter de l'argent ; le banquier lui répondit qu'il n'avait pas d'argent : propos de millionnaire bien connu.

— Comment! vous osez me dire que vous n'avez pas d'argent ?

— Eh I sans doute, quand on est dans les affaires, si riche que l'on soit, on n'a jamais d'argent. Vous, mon cher Montrond, vous ne savez pas ce que c'est que les affaires.

— Les affaires ! reprit Montrond, eh ! si, vraiment, je sais; très bien ce que c'est que les affaires : les affaires, c'est l'argent des autres !

(Ed. de Bruxelles, 1852, t. II, p. 104.)

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Peut-être M"*' de Girardin tenait-elle directement ce propos de Gabarrus, comme la prétendu la comtesse Dash (Portraits contemporains, par Jacques Reynaud, nouvelle série, p. 159). Peut-être aussi Tavait-elle simplement recueilli dans un feuilleton de la Presse, publié peu de jours après la mort de Montrond sous ce titre : Oraison funèbre du dernier roué, où il était rapporté sous la forme que voici :

A lui seul appartient cette définition effrayante des affaires : Ils sont toujours à dire les affaires, faire des affaires, qu'est-ce que c'est donc que les affaires : C'est le bien d'autrui,

(6 novembre 1843, art. signé Comtesse de G.)

Mais voici autre chose :

L'heureux mot n'était même pas de Montrond, qui s'en était fait honneur, mais n'avait eu qu'à le prendre tout fait dans cette drolatique élucubration intitulée le Moyen de parvenir, que Ton a attribuée à Béroalde de Verville.

Usons notre temps, dit un interlocuteur, avec la ponce de bien-seance, ou le grez de sagesse, et que cependant notre satyre soit perpétuelle, pour découvrir Tabomination des affaires du mauvais monde. Pétrarque. Mais de quoy sont composées les affaires du monde? Quelqu'un. Du bien d'autruy. (Œuvre contenant la raison de tout ce qui a esté, est, et sera. Imprimé vers 1610, p. 117.)

Béroalde lui-même semble n'avoir fait que traduire les anciens... mais nous arrêterons ici cette filiation^ déjà longue, dont les principaux éléments nous ont été signalés dans l'intéressante collection de l'Intermédiaire des chercheurs.

Ces rencontres peuvent d'ailleurs se produire très

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