DORMIR
« 8i vous ne donnez pas... »
Ma chère sœur, si vous ne dormez pas, je vous supplie, en attendant le jour qui paraîtra bientôt, de me raconter un de ces contes agréables que vous savez.
C'est ainsi, on s'en souvient, que, dans les Mille et une Nuits, Dinarzade s'adresse chaque nuit à sa sœur la sultane Scheherazade pour obtenir la suite d'un récit commencé la nuit précédente. (Êdit. Aimé Martin, Panthéon littéraire, 1838, p. 13.)
Cette fatigante répétition valut au traducteur des contes arabes une plaisante mystification que nous trouvons ainsi rapportée dans la Galerie de l'ancienne cour (1786, t. II, p. 418) :
Quelques jeunes gens qui venoient de souper en ville, passant par la rue Dauphine où demeuroit M. Galland, l'appelèrent de toute leur force. Éveillé par leurs cris, il se jette hors de son lit, et court tout nu à sa fenêtre. Il faisoit le plus grand froid. Après différentes questions, les jeunes gens finissent par lui dire : Monsieur Galland, si vous ne dormez pas, faites-nous quelqu'un de ces beaux contes que vous savez.
Cette expédition eut le résultat souhaité : à la 70* nuit, M. Galland annonça qu'il supprimait, dans la suite de sa traduction, les continuelles interruptions de Dinarzade, avec cette note conciliante :
Comme cette répétition a choqué plusieurs personnes d'esprit, on Ta retranchée pour s'accommoder à leur délicatesse.
La phrase de Dinarzade a été plaisamment introduite
ALEX.. Mu8. de la Conv.» I. 16.