DRAPEAU
partie du gouvernement provisoire comme ministre des affaires étrangères, descendit seul au milieu de la foule en armes qui entourait THôtel de ville, demandant que le drapeau rouge fût officiellement adopté, et prononçait un discours fameux qui finissait ainsi :
Je repousserai jusqu'à la mort le drapeau de sang, et vous devriez le répudier plus que moi ! car le drapeau rouge que vous nous rapportez n'a jamais fait que le tour du Champ de Mars, traîné dans le sang du peuple en 91 et en 93, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie !
(Histoire de la Révolution de 1848, par Lamartine, livre VII, chap. xxvii.)
M. de Lamartine se souvenait peut-être de la prédiction formulée quarante ans auparavant par le général de Lafayette, alors qu'il présenta aux électeurs assemblés à l'Hôtel de ville, avec son projet d'organisation de la milice parisienne sous le nom de garde nationale, la nouvelle cocarde tricolore (à la suite d'une délibération du 16 juillet 1789) :
Je vous apporte, leur avait-il dit, une cocarde qui fera le tour du monde , et une Institution à la fois civique et militaire qui doit triompher des vieilles tactiques de T Europe...
Lafayette avait remarqué que les deux couleurs qui composaient la cocarde de la révolution étaient celles de la livrée de la maison d'Orléans. Il crut devoir y joindre la couleur blanche, l'ancienne couleur française, et la cocarde tricolore, adoptée par l'Hôtel de ville, devint ainsi la cocarde nationale. .
(Mémoires de Lafayette, 1837, tome II, p. 266.)
G^est an droit qa^à la porte on achète en entrant.
Boileau. VArt poétique (1674) ; chant III, vers 150. Il s'agit, on le sait, du droit de siffler au théâtre.
« Chacun chez soi et chacun son droit. »
Le discours que M. Dupin aîné prononça à la Chambre des députés le 6 décembre 1830, à propos de la levée de 80,000 hommes, en faveur de la politique pacifique du gouvernement, se terminait ainsi :
La France n'est hostile envers personne : elle ignore d'où pourront lui venir des ennemis : à tout événement, elle sera en mesure de les repousser : sa maxime forte, à laquelle elle doit invariablement tenir, est celle-ci : chacun chez soi et chacun son droit, (Moniteur universel du 8, p 1648.)
M. Dupin se plaint dans ses Mémoires (tome II, p. 266) qu'on ait travesti sa pensée en lui faisant dire : chacun chez soi, chacun pour soi, maxime égoïste qu'il repousse énergiquement. Il explique qu'il a seulement voulu dire que « les peuples voisins n'ont pas le droit d'aller troubler les gouvernements étrangers sous prétexte de donner aux peuples des constitutions plus parfaites >. (On demandait alors l'intervention dans les affaires de Pologne, de Belgique, etc.)
M. Dupin reproche en particulier à Louis Blanc d'avoir reproduit cette version inexacte dans son Histoire de dix ans (tome II, p. 146).
Charlet a fait du mot ainsi défiguré de Dupin la légende d'une de ses belles lithographies, publiée en 1840.
« Où il n^y a rien, le roi perd ses droits. »
Le 15 avril 1765, M"' Clairon, la célèbre actrice de la Comédie-Française, avait refusé de paraître dans le spectacle annoncé (le Siège de Calais, de P. L. de Belloy), pour ne pas recevoir la réplique de son camarade Dubois, convaincu de friponnerie. Le lendemain, im exempt vint lui signifier l'ordre qui lui était donné de la conduire au Por-l'Evêque :
Cette héroïne, disent les Mémoires de Bachaumont (à la date du 20 avril), a reçu la nouvelle avec une noblesse digne d'elle ; elle a déclaré qu'elle étoit aux ordres du Roi, que tout en elle étoit à la disposition de Sa Majesté ;... mais que son Honneur resteroit intact, et que le Roi luimême n'y pouvoit rien : « vous avez bien raison, Mademoiselle, a-t-il répliqué, où il n'y a rien, le roi perd ses droits. »
Grimm, dans sa Correspondance littéraire (janvier 1770), a mis la même réponse dans la bouche de Sophie Arnould.
Ce n'est pas là, bien entendu, Torigine de ce proverbe, qui figure déjà dans le Thresor de Sentences dorées de Gabriel Meurier sous la forme :
Ou rien n'y a le Roy perd son droit
(Rouen, 1578, p. 146.)
C'est très probablem.ent un vieil adage de droit coutumier.