EMPOIGNER
Ce dramatique incident, qui fut aussitôt connu dans tout Paris, eut pour Tàcteur Bouffé les conséquences les plus inattendues.
Il jouait alors, au Panorama-Dramatique, dans un mélodrame comique en trois actes intitulé Tringolini, un rôle d'alcade dans lequel il avait à donner plusieurs ordres d'arrestation.
Le soir du 4 m.ars, M. Ferdinand Laloue, l'un des auteurs (anonyme) de la pièce, engagea Bouffé à dire à ses alguazils : Empoignez-moi cet hoinme là ! en rassurant qu'il en obtiendrait le plus grand effet. Bouffé, qui n'avait alors que vingt-trois ans, pensant venger ainsi l'honneur du député outragé, eut la malencontreuse idée de suivre ce conseil dans une des scènes du troisième acte.
Le mot fut effectivement accueilli par un tonnerre d'applaudissements. Mais une surprise désagréable lui était réservée à sa rentrée dans la coulisse. Le commissaire de police l'y attendait, qui verbalisa et, aussitôt le spectacle fini, l'emmena à la Préfecture de police où le pauvre artiste passa une fort mauvaise nuit. Fort heureusement, l'affaire n'eut pas de suite grave pour le jeune étourdi. [Mes Souvenirs^ par Bouffé, 1880, p. 60 et suiv.).
Victor Hugo, dans les Châtiments, a tenu à consacrer le souvenir de l'expression employée par le colonel de Foucault. La xi* pièce du livre IV débute par ces vers :
Vicomte de Foucault, lorsque vous empoignâtes
L'éloquent Manuel de vos mains auvergnates,
Comme TOcéan bout quand tressaille l'Etna,
Le peuple tout entier s'émut et frissonna;
On vit, sombre lueur, poindre mil huit cent trente...