‹ Le musée de la conversation: répertoire de citations françaises, dictons modernes, curiositésChapitre 408 sur 434 · IMMENSE · texte numérisé non relu

IMMENSE

Jolie Parfumeuse, jouée à la Renaissance le 29 novembre 1873.

A Tacte P', scène vu, La Cocardière (Daubray), ruminant un projet machiavélique pour souffler Rose Michon à son fiancé, s'écrie : « Oh ! ce serait immense ! »

« C'est immense ! » répète-t-il quand une circonstance inespérée vient favoriser ses noirs desseins.

Un article inséré dans le Gaulois du il septembre 1892, au lendemain de la mort de Daubray, nous apprend que cet excellent comique aux faux-cols légendaires est l'inventeur du mot :

Ce fut lui qui trouva, à une répétition, le fameux Cest immense! qui décida du succès de la pièce. Offenbach ne comptait pas beaucoup sur le mot.

— Laissez-moi faire, dit Daubray. Il y a plusieurs manières de le dire. Evidemment, c'est immense, ne signifie rien, mais : c'est immmense ! (ici Daubray fermait mystérieusement les yeux), c'est immense! (il les ouvrait avec convoitise), c'est immense! (il prenait un air navré), c'est immense! (il roulait des yeux terribles)... vous voyez qu'on peut en tirer parti. Offenbach se mit à rire, — et le public aussi. Le mot est resté.

Daubray, philosophe profond, savait mesurer la sottise d'une partie du public. Son mot fut aussitôt répété par tout ce qu'il y a de perroquets dans Paris.

A côté de ce mot peut figurer sans désavantage l'inepte fme V demande ! que tout Paris se plut à redire après le bourgeois Morisson (Pradeau) dans Nos bons Villageois, de Victorien Sardou, représentés au Gymnase le 3 octobre 1866. Cette scie ne fut ni moins insipide ni moins éphémère.

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