INGRATITUDE — INJURE
de mettre quelques lignes sur un album. M. Roqueplan y écrivit trois pensées : L'ingratitude est Vindépendance du cœur. (Celle-là est restée ; les deux autres mériteraient également de ne pas être oubliées.) — Qui oblige s* oblige. — Ln service n'oblige que celtù qui le rend.
Le mot de Roqueplan n'est d'ailleurs que l'exacte contre-partie de cette jolie définition de la reconnaissance, due au sourd-muet Jean Massieu, élève de Tabbé Sicard :
La reconnaissance est la mémoire du cœur.
M. de Labouisse-Rochefort rapporte, dans une note de 1821 jointe à ses Mémoires, que Massieu récrivit un jour, d'inspiration. (Trente ans de 7na vie, de 1795 à 1826, tome VIII, 1847, p. 37.)
Nestor Roqueplan est aussi le père de cet aphorisme non moins fameux : « La mauvaise foi est Tâme de la discussion. • H. de Villemessant le lui attribue dans ses Mémoires d'un journaliste, 2*" série : Les Hommes de mon temps (1872, p. 171). Cette boutade est probablement extraite des Nouvelles à la main, qui parurent de 1840 à 1844.
« Le roi de France ne venge pas les ii^ures
du duc d'Orléans. »
Le 23 février 1899, les journaux annonçaient la saisie de dix mille médailles à Teffigie du duc d'Orléans, portant au revers cette inscription :
Je ne vengerai que les injures faites à la patrie.
Il y avait là une allusion bien claire à un mot histo-
rique qui aurait été prononcé par le roi Louis XII, lors de son avènement au trône de France en 1498.
Voici sous quelle forme on le trouve rapporté, d'après quelque chroniqueur du temps, dans le prologue de la traduction que Nicolas de Langes donna, en 1592, de la Chronique d'Humbert Vellay.
Après avoir vanté la magnanimité de Louis XII, il ajoutait :
Ce qu'il montra par effet à ceux d'Orléans qui Tavoient grandement offensé avant qu'il fût parvenu à la couronne, et auxquels lui en demandant pardon, il répondit ce grand apophtegme qui lui est péculier (particulier), « qu'il ne seroit décent et à honneur à un roi de France de venger les querelles, indignations et inimitiés d'un duc d'Orléans, et qu'il oublioit le passé et les retenoit pour ses bons et loyaux sujets ».
[Chronique abrégée publiée à la suite de Jean d' Anton, par Paul Lacroix, en 1835, p. 224.)
Quelques historiens, notamment le président Hénault, dans son Abrégé chronologique de V histoire de France (1744), ont prétendu que cette parole royale se rapportait plus particulièrement à Louis II de La Trémoille (1460-1525), qui avait fait le duc d'Orléans prisonnier à la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier (27 juillet 1488).
Jean Bouchet, dans son Panégyric du chevalier sans reproche (surnom de La Trémoille), se contente de dire, au chapitre viii :
Ledict duc d'Orléans, nommé Louis XII, incontinent le décès dudict roy Charles (VIII) et avant son couronnement, manda ledict seigneur de La Trimoille, et, de son propre mouvement, sans aulcune requeste, le confirma en tous ses estatz, offices, pensions et biensfaitz, le priant luy estre aussi loyal que à son prédécesseur Charles, avec promesse de meilleure récompense.
ALEX., Mus. de la Conv., I. 28
« Quant aux injures, on ne les élèvera Jamais au-dessus de mon dédain. »
Personne n'ignore que ces paroles hautaines ont été dites à la tribune par M. Guizot.
Il nous reste à rappeler à quelle époque et dans quelles circonstances elles furent prononcées par le ministre de Louis-Philippe.
Dans la séance du 26 janvier 1844, la Chambre des députés discuta le dernier paragraphe de l'Adresse, qui, modifié par la commission, contenait ce passage :
La conscience publique flétrit de coupables manifestations.
C'était une allusion directe aux hommages rendus par les membres les plus ardents du parti légitimiste, à Belgrave-Square, au jeune duc de Bordeaux qui voyageait en Angleterre (novembre 1843).
Quelques députés, qui se sentaient visés par cet article, firent entendre de violentes protestations, et ripostèrent, MM. Berryer et de La Rochejaquelein notamment, en reprochant à M. Guizot son voyage à Gand pendant les Cent-Jours.
Calme au milieu d'un tumulte indescriptible, le ministre chercha en vain à s'expliquer sur sa conduite, et prononça ces paroles restées célèbres :
Messieurs, on peut épuiser mes forces, mais j'ai Thonneur de vous assurer qu'on n'épuisera pas mon courage !...
J'ai confiance dans la vérité, dans le bon sens et le sentiment de mon pays...
Et quant aux injures, aux calomnies, aux colères extérieures, on peut les multiplier, les entcisser tant qu'on